Dark Soul (French Edition)

Haley C. Scott · Chapitre 30 sur 30

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Dark Soul (French Edition)

Épilogue

 

 

Oz, quatre ans plus tard

Le viol se définit par l’article 222-23 du Code pénal aux termes duquel : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »

Il prend une peine de quinze ans de réclusion criminelle.

Il se distingue des agressions sexuelles prévues à l’article 222-27 du Code pénal qui n’impliquent pas de pénétration sexuelle.

C’est aujourd’hui, l’aboutissement de quatre années de procédures. Quatre années de tortures psychologiques pour mes amies et leurs proches. Charlotte et Clémence ont non seulement enduré des atrocités, mais elles ont dû faire preuve d’un courage sans failles, face à une justice française des plus exigeantes. Si elles n’avaient pas été si nombreuses à être abusées, salies, violées par cet homme, j’ignore si elles auraient pu aller jusqu’au bout.

Durant ces quatre années, elles ont dû subir de nouveaux examens médicaux et quantité d’expertises psychiatriques. Le père de Gabriel Paris a tout fait pour rabaisser les filles, les réduire à l’état d’objet. Trouvant chaque fois une petite erreur, une ridicule incohérence pour relancer la procédure. Elles ont été confrontées à Gabriel à deux reprises, ressortant de l’entrevue brisées une fois de plus pour Clémence, alors que Charlotte avait l’air d’y puiser sa force. Dom n’y étant pas pour rien.

L’avocat de Gabriel a tenté de négocier avec Clémence pour que l’affaire aille au tribunal correctionnel. J’ai bien cru qu’elle allait craquer. C’est le grand « truc » de la justice française, d’essayer de faire passer des viols, un crime relevant du Code pénal, pour un délit. Notre pays n’est pas en capacité de juger l’intégralité des viols commis en cours d’assise comme il le devrait. Donc on dissuade les victimes d’aller jusque-là, arguant un procès plus rapide en correctionnelle. Si la victime accepte, l’acte de pénétration forcée est alors supprimé des charges. Le viol devient un délit et la peine maximale est de dix ans. C’est trop peu pour cet enfoiré. Il mérite de prendre un max.

L’année dernière, on a gagné le procès contre le père de Charlotte pour abus de faiblesse. Placer sa fille sous tutelle après son viol pour négocier en son nom avec son bourreau était une grossière erreur. Nous avons obtenu trois cent soixante-quinze mille euros d’amende, le maximum, Charlotte ne souhaitant pas de peine d’emprisonnement. Le voir condamné et forcé de faire face à ses choix lui suffisait. Mais je trouve ça peu au regard des conséquences dramatiques que ces compromis ont eu sur la vie de dizaines d’autres femmes.

Je me passe de l’eau sur le visage avant de revêtir ma robe noire d’avocat. Je fixe mon reflet et mets en place mon masque. Aucune émotion ne doit filtrer. Je dois être droit et fort pour mes clientes.

Je retrouve Charlotte et Clémence dans le couloir. Je les représente toutes les deux. Je souris face à leurs mines déconfites. Elles ont encore peur qu’il ne soit pas condamné.

— Tout va bien se dérouler, murmuré-je pour les rassurer.

Dom nous rejoint et me serre la main de façon très protocolaire, mais avec un regard entendu qui me transmet tous les remerciements possibles. Je hoche la tête avec discrétion et m’oriente vers mon collègue, Charles, qui représente les autres femmes.

Vingt-quatre, c’est le nombre de victimes qui ont bien voulu se manifester. Nous savons qu’il y en a bien plus. Certaines ont préféré tourner la page et ne pas être mêlées à toute cette histoire.

L’affaire a été très suivie par les médias, la famille Paris fait l’objet de toutes les attentions. Ils ont réussi à prouver que le cas de Margaux relevait de soins psychiatriques, et non du pénal. Les différents experts qui se sont prononcés sur son dossier ont été unanimes. Elle était sous l’influence de son frère, l’inceste était au cœur même de leur relation. Elle a probablement été sa première victime.

Nous pénétrons dans la salle, le bois verni, lustré, des meubles anciens m’intimide toujours autant, même après ces années à plaider. Je m’installe face à l’avocat de la défense et face au box de l’accusé. Gabriel Paris a perdu un peu de sa superbe, mais son regard reste aussi prétentieux.

Je tente de faire abstraction de la foule présente dans la pièce pour me concentrer sur le président et ses assesseurs qui viennent de prendre place au milieu du jury. Il nous a fallu des semaines pour présenter les actes, les constatations. Entendre les différents témoins, policiers, experts psychiatriques et médicaux. Le corps des filles et les agressions qu’ils ont subies ont été exposés au grand public. Clémence nous avait caché des faits dont elle avait honte. Mais son corps a parlé pour elle et les mutilations dont elle a été victime ont été révélées.

Nous sommes arrivés au terme des débats hier, mais il était si tard que le président de la cour a ajourné la séance. Aujourd’hui, nous ne revenons que pour la clôture.

Le président se lève et s’adresse au jury.

— Après plusieurs semaines de débats, nous allons vous demander de répondre à cinq questions : Gabriel Paris est-il coupable d’avoir administré des substances à l’insu des victimes ? Gabriel Paris est-il coupable de séquestration envers la personne de Clémence Leroy ? Gabriel Paris est-il coupable du viol de Charlotte Lambert ? Gabriel Paris est-il coupable du viol de Clémence Leroy ? Gabriel Paris est-il coupable des viols de toutes les femmes citées lors de la présentation des actes ? Je vais désormais vous lire l’article 353 du Code pénal.

Il marque une pause avant de reprendre.

— La loi ne demande pas compte aux juges des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d’une preuve ; elle leur prescrit de s’interroger eux-mêmes, dans le silence et le recueillement de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelles impressions ont fait, sur leur raison, les preuves rapportées contre l’accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : avez-vous une intime conviction ?

Le président se tourne vers Gabriel.

— Monsieur Paris, je vous demande de vous retirer.

La salle observe sans un bruit, l’homme à cause de qui nous sommes tous réunis aujourd’hui, celui qui provoque cette haine et ce dégoût dans les regards, celui qui est à l’origine de vies détruites, sacrifiées pour son plaisir personnel. Clémence a toujours du mal à le fixer, tandis que Charlotte l’affronte d’un air glacial, presque satisfait.

— L’audience est suspendue.

Nous nous retirons tous de nouveau, le cœur battant. La mère de Clémence est présente et soutient sa fille. Celle-ci a refusé d’entamer les démarches pour faire condamner son père pour abus de faiblesse, car il aurait été nécessaire d’accuser sa mère également. Or madame Leroy s’est démenée pour que sa fille ait tout ce qui lui fallait pour livrer cette bataille. Elle a enfin rempli le rôle qui était le sien et a protégé le fruit de ses entrailles des griffes de son père. Dom suppose qu’elle détient des informations assez importantes pour le faire chanter et le mener au pas.

Je les invite à venir boire un café, mais les journalistes ne sont pas décidés à nous laisser passer. Nous devons jouer des coudes jusqu’à la sortie. Hors de question que les filles lâchent un mot en public avant la fin du procès.

Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée et la file d’attente devant les différents bars qui font face au palais de justice de Paris a vite fait de nous dissuader.

— Marchons un peu, suggère Dom.

Il prend la main de Charlotte et leurs échanges parlent d’eux-mêmes. Ces deux-là partagent quelque chose de plus profond que la plupart des couples. Il ne s’agit pas que d’amour, il y a un lien entre eux si fort que les mots deviennent inutiles. J’observe Clémence qui tente de reprendre contenance après ce bref moment à proximité de Gabriel. Ses cheveux ont retrouvé leur teinte châtain, elle n’est toujours pas bien grosse, mais sa peau est bien moins saillante sur ses os qu’elle ne l’a été à une époque. Sa mère la surveille et se tient sur le qui-vive, comme si elle avait peur qu’elle s’écroule d’une seconde à l’autre.

— Combien de temps ça va prendre ? demande Charlotte, d’une voix posée.

— Ça peut durer la matinée, je doute qu’il y en ait pour la journée, déclaré-je.

— Tu crois qu’ils vont le condamner ? murmure Clémence.

Je m’arrête de marcher et la fixe.

— Clémence, avec toutes les plaintes, les preuves et le courage que vous avez démontré pendant vos témoignages, je ne vois aucune raison pour qu’il ne soit pas condamné. Si… je dis bien « si » il s’avère que le jury est assez stupide pour laisser sortir un prédateur tel que lui, on fera appel.

Elle hoche la tête, peu convaincue, et j’ai autant hâte qu’elle d’avoir le verdict. Les voir enfin tourner la page serait ma plus belle récompense.

En fin de matinée, on me contacte pour me demander de nous présenter au palais.

— Ça y est, dis-je, il faut y retourner.

Je pivote pour observer les deux premières clientes de ma carrière.

— Quoi qu’il se passe, mesdames, vous pouvez être fières du chemin parcouru.

Elles hochent la tête, mais leur esprit est ailleurs. Dans l’espoir, dans l’angoisse... Ces deux sentiments intimement mêlés à l’approche du verdict. Nous nous rendons au palais de justice. Notre entrée très remarquée se fait sous les flashs et les questions, mais nous sommes tous focalisés sur notre objectif.

Une fois que nous sommes tous installés, Clémence et Charlotte se prennent la main pour rester droites et faire face au moment qu’elles attendent depuis si longtemps. Le président annonce les réponses aux questions d’une voix monocorde :

— À la question : Gabriel Paris est-il coupable d’avoir administré des substances à l’insu des victimes ? Vous avez répondu : oui. À la question : Gabriel Paris est-il coupable de séquestration envers la personne de Clémence Leroy ? Vous avez répondu : oui. À la question : Gabriel Paris est-il coupable d’avoir participé au viol collectif de Charlotte Lambert ? Vous avez répondu : oui. À la question : Gabriel Paris est-il coupable du viol de Clémence Leroy ? Vous avez répondu : oui. À la question : Gabriel Paris est-il coupable des viols de toutes les femmes citées lors de la présentation des actes ? Vous avez répondu : oui.

L’acclamation dans la salle l’oblige à se taire une minute. Clémence, Charlotte et toutes les autres victimes sont en larmes. Après de brefs échanges, le silence revient dans la pièce pour l’énoncé de la peine encourue.

— La cour vous condamne à vingt ans de réclusion criminelle.

Des cris, des huées de satisfaction et quelques applaudissements fusent dans la salle. Charlotte et Clémence, quant à elles, restent calmes et fixent leur bourreau avec autorité et assurance.

Le président se tourne vers l’accusé qui s’est voûté dès que la peine a été prononcée.

— Monsieur Gabriel Paris, si vous contestez ce verdict, il vous est possible de faire appel ou de former un pourvoi en cassation. La séance est levée.

Gabriel Paris est emmené, seul. Aucun membre de sa famille n’est présent. Je n’ai jamais réussi à prouver leur implication dans la séquestration de Clémence. Seules Margaux et sa mère auraient pu dénoncer le père, mais elles le soutiennent, ainsi que son portefeuille… Quant aux acolytes de Gabriel dans le viol de Charlotte, il ne nous a donné qu’un nom, Mickaël Bernard, qui purge déjà une peine pour violence conjugale et sera jugé depuis sa cellule. Son cas devrait être plus simple, il ne dispose pas des moyens des Paris.

Je rejoins mes clientes.

— Oz, tu as été… Parfait ! lance Charlotte, euphorique. On n’aurait jamais obtenu ce résultat sans toi, affirme-t-elle en se jetant dans mes bras.

— On te doit tout, ajoute Clémence, bien moins démonstrative.

Ses mains tremblent et sa mère s’empresse de les lui prendre pour la rassurer. Sa vie était centrée sur ce procès, elle va devoir trouver ce qu’elle souhaite en faire aujourd’hui et se reconstruire, sans la peur que ce monstre ne la retrouve.

— Je n’ai rien fait d’autre que de dénoncer ce qui vous est arrivé. Je n’ai aucun mérite. Mais… Venez nous écouter jouer ce soir et trinquer avec nous ! Ça sera une belle récompense pour moi que de vous voir aller de l’avant.

Clémence se jette finalement sur moi et me serre fort de ses petits bras. Dom me fait un clin d’œil pour me remercier avec un hochement de tête solennel. C’est dans des moments comme celui-ci que je suis content d’avoir choisi ce métier. Je savoure cette victoire qui n’en est pas une, l’idéal serait d’éviter que ce genre d’actes se reproduise…

En France, entre 5 et 10 % des victimes de viol portent plainte et seulement 1 à 2 % des viols aboutissent à une condamnation des auteurs en cour d’assises…

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