Dark Soul (French Edition)

Haley C. Scott · Chapitre 25 sur 30

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Dark Soul (French Edition)

Chapitre 25

 

Dom : Vérité…

Aujourd’hui.

 

mettre dans son lit avant la fin de la nuit. Pas certain que ce soit ce dont elle N ous abandonnons les autres en fin de soirée pour rentrer chez moi. Je confie Clémence à Oz, en espérant qu’il ne tentera pas la a besoin. Gabriel est encore à sa recherche et je préfère ne pas la laisser seule.

Nous sommes debout dans le métro et Charlotte se tient à la barre si fort que ses phalanges blanchissent. Elle est nerveuse, j’ignore pourquoi. Je suis sidéré qu’elle soit là. Son haut près du corps la moule telle une seconde peau et sa féminité m’attire comme un dingue. Tout me semble facile avec elle, évident. Mais on dirait qu’elle ne partage pas cet avis.

— Ça va ? lui demandé-je, en recouvrant sa main de la mienne.

Elle hoche la tête, alors que je sens bien que ce n’est pas le cas. Je me rapproche davantage et maintiens mon corps à une dizaine de centimètres du sien, sans la toucher. Nous sommes presque seuls dans le wagon à cette heure tardive et aucune oreille indiscrète n’est susceptible de nous entendre. Sa poitrine monte et descend de façon désordonnée.

— Tu étais bien plus à l’aise avec moi la dernière fois qu’on s’est vus, murmuré-je d’une voix grave pour qu’elle perçoive mes paroles.

Elle déglutit et lève ses yeux vers moi.

— Vrai, mais… Il n’y avait que toi et moi.

Je laisse échapper un rire.

— Là aussi ! constaté-je, en désignant l’espace vide autour de nous.

Sa bouche se crispe et je n’aime pas qu’elle se pose tant de questions.

— Oui, mais il n’y avait personne entre nous. Enfin, disons que…

Ma bonne humeur disparaît quand je saisis où est le problème. Mon ton est sec et sans joie lorsque je déclare :

— Ce n’était pas officiel.

Si elle veut faire marche arrière après la soirée que l’on a passée, je ne la comprends pas. Je ne suis pas sûre de supporter ce nouveau changement de cap. Je me recule d’instinct. Mon cœur appréhende, et sait qu’il faut se préparer au pire, encore. Ce yoyo émotionnel me brise un peu plus à chaque fois.

Elle s’empresse de saisir ma main et fait un pas dans ma direction.

— Oh, ne le prends pas mal, je ne regrette rien. C’est juste que, je n’ai jamais été… Je n’ai jamais eu de relation sérieuse. Juste des histoires d’une nuit. Ou plus, mais qui n’impliquaient pas de…

Ses yeux m’esquivent et elle se racle la gorge avant de déclarer :

— De sentiments…

Mes épaules s’affaissent, je suis soulagé que le problème vienne de là. Voilà un discours qui me plaît davantage. Je lui souris en coin en la poussant dans ses retranchements et chuchote à son oreille :

— Parce que là… Il n’y a plus que le corps qui s’engage, pas vrai ?

Le wagon s’arrête et elle s’engouffre vers la sortie en me faisant un clin d’œil, ravie de cette échappatoire.

— Tu ne t’en tiras pas comme ça ! crié-je en la rattrapant. Et tu ne sais même pas où on va !

Elle ralentit en réalisant qu’elle ignore notre destination. Bougonne, elle patiente en tapant du pied et en croisant les bras, faisant ressortir ainsi sa poitrine. J’adore, et je ne me gêne pas pour fixer l’objet de mon désir. Elle capte mon regard lubrique et soupire avant de se raviser et de se redresser davantage pour exposer ses seins à mes yeux brûlants d’envie. Cette fois-ci, sans regret.

— Si tu veux pouvoir jouer avec plus tard, il va falloir être plus gentil avec moi.

J’ouvre grand la bouche, stupéfait.

— Je suis gentil ! Tu préfèrerais un Dom méchant, peut-être ? suggéré-je d’une voix froide et autoritaire.

Elle rougit aussitôt et je vois à son regard flou qu’elle imagine tout un tas de trucs qu’elle souhaiterait que je lui fasse. Je passe mes bras autour de sa taille et gronde :

— Dis-le-moi !

— Quoi donc ? s’étonne-t-elle.

— Ce à quoi tu pensais là, tout de suite !

Elle me pousse sur le torse en répondant :

— Même pas en rêve !

Je la tire par la main et la guide dans la bonne direction. Pressé de me retrouver seul avec elle. À la sortie, je passe mon bras autour de ses épaules et je suis aussi excité qu’un puceau à l’idée de la ramener chez moi. Je songe à sa gêne dans le métro et lui dis simplement :

— Sois toi.

— Quoi ?

— Sois juste toi ! Quand tu es avec moi, ne cherche pas à faire ce qui me plairait ou ce que tu penses que l’on attend de toi dans un couple.

Je l’arrête en bas de mon immeuble et l’attire contre moi pour l’embrasser.

— Sois Charlotte Lambert. La magnifique sauvage aux cheveux de feu et à la poitrine démente ! souhaité-je, en pressant ma bouche sur la sienne.

Je la sens ramollir dans mes bras. Je m’écarte d’elle avant de ne plus pouvoir m’en séparer. Mes doigts composent le code de la porte à une vitesse phénoménale et je l’emmène chez moi.

Elle observe tout sur notre passage et me laisse sortir le premier de l’ascenseur. J’insère la clé dans la serrure et l’invite à avancer. Elle me pousse avec force pour rentrer telle une reine, la tête haute, avant de s’arrêter dans l’entrée.

— La vache ! Mais c’est immense !

Elle court presque jusqu’à la fenêtre pour admirer la vue et siffle.

— Eh bien, eh bien ! Monsieur Leroy, mon studio a dû vous sembler bien ridicule. Je m’en veux de vous avoir accueilli dans une si modeste demeure, joue-t-elle en me faisant une révérence. Votre mère ne s’est pas moquée de vous !

Je mets un genou à terre, face à elle, et clame :

— Aucune demeure ne sera modeste, pourvu qu’elle me permette d’être à vos côtés.

Elle s’agenouille à son tour face à moi.

— Où donc étiez-vous toutes ces années, mon bien-aimé, chuchote-t-elle en posant ses lèvres sur les miennes.

C’en est trop pour moi, je la dévore avec passion. Nos langues se trouvent, nos bouches fusionnent et je la débarrasse de son haut. Je siffle de satisfaction en libérant sa poitrine tendue par le désir. Mes doigts encadrent son visage et je calme mon ardeur en l’embrassant presque de façon chaste. Je n’oublie pas qu’elle aime quand il y a un peu plus de ferveur et d’exigence, mais je me dois de lui dire avant de continuer :

— Merci d’être venue ce soir et de ne pas avoir abandonné.

Je la prends par la main pour l’accompagner vers ma chambre. Maintenant, je dois la convaincre qu’elle a pris la bonne décision.

Je la débarrasse du reste de ses vêtements. Seule la lumière du couloir pénètre dans la pièce, les ombres dansent sur son corps. Je salive à l’avance de la voir ainsi, nue devant moi.

— On ne sait pas quoi faire de ce corps, monsieur Leroy ?

Je grommelle entre mes dents en me déshabillant à mon tour avant de me diriger vers elle d’un pas rapide. Je la saisis par les hanches et la retourne, dos à moi. Je laisse ma paume effleurer sa poitrine, ses côtes, ses reins. Je prends mon temps et glisse vers l’intérieur de ses cuisses pour les écarter légèrement.

Un soupire de satisfaction s’échappe de sa gorge quand je lui mords le cou, tout en continuant mes caresses entre ses jambes. Je ne touche pas la zone la plus exigeante de son anatomie et elle râle tout autant qu’elle apprécie. J’aime être à l’origine des bruits qu’elle émet. Charlotte saisit ce qu’elle peut de mon corps, sa tête rejetée en arrière cherche mes lèvres. Une sensation de plénitude m’envahit, celle d’enfin combler ce trou béant qui m’habitait sans que j’en comprenne la raison. Je l’embrasse à pleine bouche, mêlant nos langues avec avidité, lorsqu’impatiente, elle guide ma main vers son intimité. J’y plonge avec délectation en la sentant se mouvoir sur mes doigts. Son corps bouge pour son plaisir sous mes caresses. Son absence de gêne et son naturel décuple mon envie déjà à son paroxysme.

Ses hanches affamées demandent plus et je frotte mon sexe contre ses fesses pour la rendre dingue. Un grognement s’échappe de sa bouche et je la pousse sur le matelas sans ménagement. Ma paume se pose sur son pubis pour relever ses fesses. Je veux qu’elle soit à ma hauteur. Debout derrière elle, je me recouvre d’un préservatif et glisse mes doigts en elle dans un rythme langoureux. Ses hanches impriment le rythme sur mes doigts et je les remplace par mon sexe avide de son humidité. Mes va-et-vient s’intensifient, et je pose une main sur sa nuque pour la maintenir en place. Ses gémissements m’accompagnent, je lui écarte davantage les cuisses et attrape ses poignets pour les poser sur le haut de ses fesses. Son buste s’écrase sur le lit. Son profil se dessine dans la lumière tamisée tandis que je la pénètre. Elle est à ma merci et je joue avec la cadence en prenant tout mon temps pour coulisser en elle. Elle grogne sa frustration et tente d’imposer la mesure en allant et venant sur moi, mais si elle persiste, je vais venir avant qu’elle n’ait eu de plaisir.

J’immobilise ses magnifiques hanches et la possède de plus belle, ne lui permettant aucun répit. Je saisis l’une de ses mains pour la plaquer sur son clitoris, tandis que je la pilonne en maintenant ses doigts avec fermeté. Le frottement n’a pas l’air de lui déplaire, si j’en crois sa respiration. Ses yeux se plissent, son visage se tend. Sa bouche entrouverte laisse passer un gémissement de satisfaction lorsque son orgasme déferle autour de mon membre. Je continue de la remplir, encore et encore, jusqu’à venir à mon tour en basculant la tête en arrière pour savourer cette sensation primitive de la posséder. Mes cuisses me brûlent de l’effort fourni, mais c’est une brûlure source de plaisir qui ravit tout mon être.

Je reprends ma respiration et me laisse aller sur son corps, elle est toujours à plat ventre sur le lit. Sa poitrine se soulève aussi vite que la mienne et elle pose les mains à plat au-dessus de sa tête, s’abandonnant à la détente. Je butine sa nuque de baisers avant de me décoller d’elle pour me débarrasser du morceau de plastique qui m’encombre.

Elle se met en appui sur son avant-bras et m’étudie en silence. Je viens me placer face à elle et nous nous observons un long moment. Mon cœur martèle mes côtes, je peux enfin la contempler, chez moi. Elle esquisse un sourire qui reflète mon état de détente, comme si elle pouvait lire mes pensées. Sa poitrine se gonfle d’air et elle retrouve son sérieux en déclarant :

— Deux possibilités, commence-t-elle. La première, nous nous endormons ainsi de la plus heureuse des manières. Sachant que la journée a, pour ma part, plutôt mal commencé, ça permettrait de finir sur une note joyeuse et idéale, je dois dire. Deuxième option… On entame la conversation sur les sujets dont il faut que je te parle, qui ne concernent pas que moi et qui sous-entendent des choix importants.

Je grimace, le retour à des questions graves aujourd’hui ne m’inspire pas du tout. Mes doigts glissent sur sa peau avec légèreté.

— Je n’ai pas envie de gâcher ce moment parfait, avoué-je en prenant sa joue dans ma main, en la caressant avec le pouce.

Elle s’y love et je précise :

— Sauf si toi tu ressens le besoin de me confier ces informations maintenant.

Elle ferme les yeux et savoure mon contact.

— Han, han.

Elle me grimpe dessus et vient se plaquer contre mon corps pour me rouler une méga pelle.

— Je serais ravie de finir la nuit tout contre toi, avec ta musique en fond sonore, et ta peau en guise de couverture.

Putain, elle sait me parler. Un râle de satisfaction m’échappe. Je la ramène contre moi, tends le bras et allume l’enceinte qui est sur ma table de chevet. Je lance une playlist de détente, le son de « Louder than words » de Pink Floyd envahit la chambre et elle ronronne presque son plaisir tout contre mon torse.

— Excellent choix, murmure-t-elle sans ouvrir les yeux.

J’envoie un rapide merci à Clémence par texto et reprends Charlotte contre moi.

Il ne faut pas plus d’une minute avant que je la sente se décontracter et que j’en fasse autant, un sourire aux lèvres et au cœur…

Nous nous réveillons, les membres emmêlés les uns aux autres. Charlotte m’accueille avec le plus doux des visages. Je tente de rester de marbre, mais un vilain fou rire me guette quand je la découvre au réveil, avec des yeux de panda. Deux énormes cercles noirs encadrent ses magnifiques iris. Iris qui ne nécessitent pas de maquillage pour être sublimés selon moi. Elle se décompose lorsqu’elle réalise que je prends sur moi pour ne pas rire, mais les soubresauts de mon torse me trahissent.

— Quoi ? braille-t-elle.

— Hum. Pour commencer…

Je me penche vers elle et l’embrasse du bout des lèvres.

— Bonjour, murmuré-je en souriant. J’imagine que tu seras rassurée de savoir que Clémence a du démaquillant dans la salle de bain.

Ses yeux s’arrondissent quand elle saisit mon allusion.

— Merde !

Elle se lève en catastrophe et court s’enfermer dans la salle de bain pour se rafraîchir, dans la nudité la plus totale. La plus magnifique des visions pour moi au réveil…

Quand elle revient, c’est une Charlotte méconnaissable qui se trouve face à moi. Ses yeux dénués de maquillage se révèlent d’une douceur incroyable. La force de ce que j’éprouve en la découvrant ainsi me remue. Ma paume se pose sur sa joue.

— Tu es magnifique, me contenté-je de dire.

Je pense que ce rituel du maquillage excessif n’est pas qu’un artifice pour se sentir plus jolie, dans son cas, il va bien au-delà de ça.

Elle s’installe penaude sur le lit en tailleur. Oubliant son absence de vêtement et exposant des parties qui me font rougir de bon matin, et pas seulement… Je tente de cacher mon trouble et l’interroge en me concentrant sur son visage :

— Pourquoi tu boudes ?

— Je n’ai jamais eu à faire attention à mon reflet au réveil. Je pense qu’il va falloir que j’y songe désormais, bougonne-t-elle, un peu vexée.

— En fait, précisé-je en soulevant le drap qui me recouvre, voilà l’effet que me fait ton reflet au réveil…

Ses yeux s’arrondissent d’un plaisir anticipé. Elle pose ses mains sur mon sexe sans aucune hésitation. Je croise mes bras derrière ma tête et l’observe faire en douceur.

— Je pensais que tu aimais quand c’était plus « violent », affirmé-je d’une voix transformée par le bonheur simple qu’elle me donne.

— Quand ça me concerne, oui. Mais je n’ai jamais dit que j’aimais être brusque avec les autres. Et il semblerait que tu casses mes codes… La douceur avec toi me procure des sensations, alors qu’avec d’autres… C’était sans aucune saveur.

Ses mots me touchent et me chamboulent. J’aimerais arrêter l’instant, le figer, alors qu’elle lève le voile sur une partie de ce qu’elle ressent.

— Je souhaiterais essayer quelque chose, reprend-elle. Mais s’il te plaît, ne m’en veux pas si je n’y parviens pas.

Je l’observe sans trop comprendre ce que ça signifie quand je la vois descendre son visage vers mes abdominaux. Mon cœur accélère, anticipant la suite de son programme. Elle glisse vers mes cuisses et mon sexe se durcit. La simple idée de ses lèvres sur ma peau me donne des palpitations. Ses mains jouent avec mes bourses, déclenchant une onde de chaleur dans mes reins. Une partie de mon cerveau garde en mémoire ses dernières paroles. Pourquoi ne pourrait-elle pas y parvenir ? Il est vrai que certaines femmes n’aiment pas ça, aussi je ne vois pas pourquoi je lui en voudrais. Je la laisse faire et c’est un supplice de la sentir s’approcher ainsi de moi sans me toucher. Ses paumes sont partout à la fois, et mon corps se tend. Je lutte pour ne pas me retourner et la posséder dans la seconde.

— Ne bouge pas, m’ordonne-t-elle, et je m’exécute, impatient.

Elle lape langoureusement le bout de mon sexe, déclenchant une onde de plaisir dans mon bassin. Sans hésiter, elle l’enfonce dans sa bouche et je dois user de mon self-control pour ne pas bouger. Sa chaleur, sa douceur, bon sang, je vais craquer ! Elle plaque mes cuisses sur le matelas, tandis que ses lèvres glissent le long de mon membre, sans répit. Ma tête part en arrière, me privant de sa vue.

Je la devine se déplacer, tâtonner, tripoter mes tiroirs et trouver un préservatif. Elle m’aspire à nouveau avant de me coiffer de l’indispensable protection et de m’introduire dans son intimité. Elle me chevauche et je me redresse pour l’observer prendre son plaisir sur moi. C’est un tableau dont je ne pourrais pas me lasser. Je la saisis par les hanches pour la guider et lui imposer mon rythme, ses seins m’hypnotisent et dansent sans retenue. Ma sauvage aux cheveux luminescents se déchaîne et se frotte contre moi sans vergogne, jusqu’à se cambrer, secouée par sa jouissance. Je ne la laisse pas se reposer et la fais glisser sous mon corps. Je saisis l’une de ses jambes que j’appuie sur mon épaule pour m’inviter davantage en elle. Une tension des plus agréables naît dans le creux de mes reins avant de se répandre dans mon bassin. Mon sexe se tend à l’extrême avant que je ne la rejoigne dans les méandres de l’orgasme. Mon corps s’effondre une nouvelle fois sur elle. J’ai la sensation que je ne serais jamais repu de son être si gourmand. Je saisis l’un de ses seins et le gobe, écrasant mon visage contre elle et grognant mon plaisir entre mes dents.

Elle me caresse les cheveux et je croise son regard ivre de jouissance. Je m’écarte d’elle, ôte le préservatif et me jette sur le dos les bras en croix.

— Vous aurez ma perte, ma chère Charlotte.

Elle sourit et m’avoue assez fière :

— C’est la première fois.

— Quoi, tu étais vierge ? lâché-je, feignant d’être outré.

— Que je… prends quelqu’un dans ma bouche ! Volontairement. Désolée si c’était maladroit.

Mon sang accélère et des palpitations traduisent ma colère, je ne retiens que le mot « volontairement ».

Je l’attrape pour l’écraser contre moi et lui murmure :

— Merci, merci de m’avoir assez fait confiance pour le faire.

Elle me serre dans ses bras avec une force que je ne lui soupçonnais pas.

— C’est le moment, n’est-ce pas ? demandé-je. Il est temps que je sache.

Elle hoche la tête tout contre moi.

— Dans ce cas, laisse-moi aller préparer des cafés, d’accord ?

Elle acquiesce de nouveau et je sais que ce qu’elle s’apprête à m’annoncer va être moche. Mais il faut que ça soit dit, alors…

Nous nous installons au bar, je lui fais couler un expresso serré et le dépose face à elle. Je sors un paquet de brioches que je me garde quand j’ai la flemme d’aller à la boulangerie. Je doute toutefois qu’elle ait faim. Le silence nous entoure tandis qu’elle sirote son café. Un sourire un peu triste éclaire son visage, avant qu’elle n’entame son récit.

— J’espère ne pas gâcher cette belle histoire qui, je le souhaite, ne fait que commencer. J’espère que tu continueras à me regarder comme tu me regardes à cet instant, et que tout ce que je vais te raconter ne va pas ternir l’image que tu as de moi.

Mes sourcils se froncent. L’idée qu’elle puisse croire que son passé changera quelque chose me rend malade. Je n’ai pas le temps de lui rétorquer quoi que ce soit qu’elle poursuit avec nervosité. Ses doigts se tordent et se mêlent, démontrant son angoisse.

— Le soir de mes dix-huit ans... Le soir de cette réception si parfaite chez tes parents, dans ton studio, avec ta musique, tes partitions… Oh, dit-elle d’une voix quasi enfantine, tu as trouvé mes notes sur tes partitions ?

Je souris à pleines dents.

— Je les ai toutes gardées, lues et relues. Le crayon s’est effacé sur certaines. Mais tu auras l’occasion d’en inscrire de nouvelles, déclaré-je en passant ma paume sur sa joue.

Elle se frotte quelques secondes contre la pulpe de mes doigts. Sa bouche esquisse une moue pensive et elle reprend :

— Cette soirée-là, j’ai fait le mauvais choix. Celui de te laisser, pour m’enfuir avec Mike… J’ignore toujours son nom de famille. Peu importe, je suis partie avec lui sur sa moto, je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie. Ma robe légère et mes ballerines ne me protégeaient pas de l’air glacé qui nous fouettait de toutes parts. Nous sommes arrivés dans un quartier de Paris du dix-huitième arrondissement que je ne connaissais pas. Je suis descendue de ce deux roues, j’étais gelée, larmoyante à cause du vent, je regrettais déjà de t’avoir quitté. Un genre de pressentiment...

Elle marque une pause, prend une nouvelle gorgée de café, les mains tremblantes. Elle pose sa tasse et ses yeux s’embuent.

— Pas une seule journée, renifle-t-elle, pas une seule journée ne s’est passée sans que je déplore mon choix. Sans que je te voie m’attendre devant ton grillage démesuré. Ton regard doux et inquiet, moi, jeune et stupide. Je voulais me faire des amis dans mon quartier. Il m’y avait abordée et j’étais persuadée qu’à dix-huit ans, on était capable de sortir avec des inconnus sans risquer sa peau.

Elle lève les yeux au ciel se reprochant son comportement de l’époque. Je ne sais pas trop comment l’aider à retraverser tout ça pour me le raconter. Je reste là, les bras ballants, la sentant s’enfoncer dans son histoire avec difficulté. Elle prend une grande inspiration et quitte mon regard pour fixer le vide et se plonger dans ses souvenirs.

— Nous sommes rentrés dans un immeuble parisien, il y avait de la musique au rez-de-chaussée, les voisins râlaient. Je me suis étonnée que personne ne baisse le son. Il y avait quelques mecs, j’ignore combien. Une ou deux nanas, peut-être plus... Mike m’a présenté un de ses potes et m’a tendu un verre. Je l’ai reniflé par réflexe, il sentait l’alcool. Une fois de plus, je me suis dit qu’à dix-huit ans, tout était permis, n’est-ce pas ?

Ses paupières se ferment avec lenteur et se crispent.

— Ma tête s’est mise à tourner, il n’a pas fallu cinq minutes pour que leur drogue fasse effet. Je me suis affalée sur le canapé telle une fille ivre morte. Je ne contrôlais plus mes membres, en revanche, mon esprit était plus que conscient, précise-t-elle avec une voix teintée d’amertume. Mike m’a dit quelque chose comme « Tu vas voir, tu vas te faire des amis, plein de nouveaux amis ». Mon corps a glissé sur le côté et le mec assis près de moi s’est redressé et installé face à moi. Il a saisi ma mâchoire et a tenté de l’ouvrir, je te jure que je serrais les dents de toutes mes forces, mais je ne maîtrisais plus rien.

Les larmes s’échappent désormais de ses yeux et la nausée me gagne tandis que j’imagine la suite de son histoire, pire, de sa réalité. J’aimerais qu’elle arrête, je ne veux pas plus de détails. Mon cœur bat trop vite et j’aimerais mettre cette histoire sur stop. Comme un mauvais film qu’on n’a pas envie de regarder. Je repense à ce que m’a dit Clémence, elles, elles ne peuvent pas mettre sur stop. Elles vivent avec. J’ignore pourquoi Charlotte a besoin de me raconter ça, mais si ça peut l’aider alors… Je me tais. Je suis là et j’écoute, les yeux embués.

— Ce mec a été le premier à violer ma bouche. Ensuite, quelqu’un a touché des zones de mon corps que l’on n’est pas censé toucher sans autorisation. Je suppose que c’était Mike, il… il m’a arraché mes sous-vêtements, il s’est même moqué de ce que je portais et là... Là, je l’ai sentie, cette douleur, cette intrusion, cette sensation de quelqu’un en moi qui ne doit pas y être. Encore et encore. Et pendant qu’il me violait…

Elle désigne les parties, les yeux clos, les larmes roulant dans son cou et les miennes dans le mien.

— Il me violait et son « pote » souillait encore et toujours ma bouche.

Elle renifle, essuie ses yeux et reprend, plus posée. Si tant est que cela soit possible.

— Je crois que l’esprit a un mécanisme de protection pour tout ce qui est intolérable. Je me suis comme déconnectée de ce qui m’arrivait, à moins que ce ne soit la drogue. Je ne me suis concentrée que sur une chose, la douleur. Tant qu’il y avait de la douleur, j’étais encore en vie.

Elle tourne son visage vers moi et ses yeux s’écarquillent. Elle est surprise de me voir pleurer. Je me lève de mon tabouret et me rapproche d’elle. Lui essuie les larmes qui coulent sur son visage pour les joindre aux miennes, avec l’envie de détruire ces pourritures qui l’ont souillée, blessée et davantage... Mais je ne peux que me contenter d’écouter. Je garde mes mains sur sa peau et reste connecté à elle. J’ai besoin d’être là, maintenant, pendant qu’elle retraverse tout ça.

— Ils m’ont passé de bras en bras pendant une bonne partie de la nuit. Je n’étais pas la seule, mais je ne parvenais pas à voir les autres filles.

Elle se racle la gorge, se redresse sur son tabouret et tente de reprendre contenance.

— Une vieille dame m’a retrouvée sur un banc. Elle m’a découverte le matin et ce jour-là, j’ai aussi reçu le premier geste tendre de ma vie. Elle m’a serré la main jusqu’à ce que les secours arrivent et m’a dit d’être forte. De ne pas montrer ce qu’on m’avait fait. De ne pas les laisser voir à quel point ils m’avaient détruite. De ne pas avouer que ce jour-là, Charlotte Lambert était morte.

Ses mots me percutent et m’atteignent plus que je ne le pensais. Je l’ai tant cherchée, espérée, les mois, les années qui ont suivi… Elle a été en quelque sorte morte pendant quelques années. Mais la femme qui me fait face, même si elle n’est plus la jeune fille insouciante de l’époque, demeure pour moi, Charlotte Lambert.

Elle se reprend, la colère durcit ses iris et les habille d’un voile sombre.

— Aujourd’hui, je sais que ce n’était pas tout à fait vrai, je me suis évertuée à la faire disparaître, mais elle est toujours là, tapie, à ne ressortir qu’aux moments les plus angoissants. Je pense que j’aurais pu me reconstruire avec plus de facilité si j’avais pu voir tous ces êtres abominables punis, mais mon père m’a privée de ce droit.

Je fronce les sourcils, tentant de comprendre ce qu’elle veut dire, rageant d’avance contre ce paternel qui l’a empêchée d’avancer.

— L’une des autres filles les connaissait et les a balancés. La police m’a convoquée avec mon père, tout était parfait, je n’avais qu’à signer. Mais là…

Elle secoue la tête de droite à gauche, comme si elle ne revenait toujours pas de ce qui s’est passé ensuite. Ses poings saisissent mon tee-shirt et s’y accrochent, sans doute pour s’assurer que je suis bien là, face à elle.

— Là, mon géniteur a conclu un accord avec le père du violeur, le père de celui qui a violé ma bouche. Aujourd’hui, je sais que c’était lui. Le fils d’un homme assez puissant et assez riche pour acheter le silence de deux familles ! Mon père m’a fait placer sous sa tutelle pour que je ne puisse pas m’y opposer et il a signé moyennant une grosse somme d’argent.

Je dois avoir un air ahuri, parce qu’elle rit presque en voyant ma tête et mon expression.

— Eh oui, papa Lambert est très moche. Tout pour ne pas faire de vagues, tout pour ne pas se griller auprès de ses collègues et amis.

Le dégoût que m’inspire cet homme surpasse tout ce que j’ai pu ressentir comme aversion jusqu’à présent.

— Tu n’as pas pu les retrouver après ?

— Je n’ai jamais eu accès aux noms. Je n’ai jamais su qui c’était jusqu’à il y a quelques semaines. Jusqu’à ce que mon cerveau identifie très nettement un détail sur ton ami Gabriel…

— La gourmette… murmuré-je.

L’un de mes poings s’écrase sur mon bar, je m’accroche au bois et me plie en deux en réprimant un cri. Quel CON !

— Mon Dieu, je t’ai emmenée chez lui, je t’ai emmenée chez ce… ce…

Elle se lève à son tour et vient m’enlacer par-derrière, en posant son visage sur mon dos.

— Tu l’ignorais…

Je me redresse et pivote vers elle.

— Je suis si désolé... J’aimerais, j’aimerais revenir dans le passé et avoir plus de courage ! Je m’en suis voulu de te laisser partir ce jour-là. Je suis allé chez toi le lendemain, mais on m’a dit que tu n’étais pas là.

— En effet, j’étais à l’hôpital.

J’enrage, je m’en veux, je sais que ça n’aide pas. Mais rien à faire, je culpabilise, que ce soit pour Charlotte ou pour Clémence, je n’ai rien pu faire !

— Il faut t’en prendre à la bonne personne, Dom. Il est inutile de revenir sur les mauvaises décisions prises, il faut en vouloir aux violeurs. Et aujourd’hui, on a la possibilité d’en coincer au moins un.

Je saisis son visage pour le coller à quelques centimètres du mien et la fixe avec intensité. C’est une femme forte qui me fait face.

— Comment tu as fait ?

— Fait quoi ?

— Comment tu as enduré tout ça, après tu…

— Mal, je l’ai mal géré, sourit-elle avec tristesse en désignant ses avant-bras. Et puis j’ai rencontré de belles personnes, Lily et Naaya. Elles ont vécu l’enfer et regarde-les ! Elles ne gardent que le positif de chaque situation. Alors… Depuis, j’essaye de faire comme elles.

Je la serre contre moi, j’ai peur de la casser. J’ai envie de pleurer pour elle, pour ce qu’on lui a pris, de prendre un peu de sa douleur et de me l’approprier. Malheureusement, je ne peux être que spectateur de ces horreurs.

— Comment je peux t’aider ?

— Tu m’as écoutée. Seule ma psy connaît tous les détails de cette soirée. Désormais, vous êtes deux. Clémence a eu droit aux grandes lignes… Et mes parents, au titre du chapitre…

Je secoue la tête, c’est insuffisant, j’ai besoin d’agir.

— OK, mais de façon concrète, qu’est-ce que je peux faire ?

— Qu’est-ce que nous allons faire ? Nous allons voir Oz et lui exposer les faits. Je ne veux plus me cacher. Le monde entier doit savoir ce que ce mec a fait. J’ignore si je peux encore agir en justice, mais s’il le faut, je le pourrirai dans les médias ! Je veux le voir souffrir, Dom. Il doit perdre tout ce qu’il a, et surtout, il ne doit plus jamais recommencer.

Je hoche la tête en silence, admiratif de la femme qui se tient face à moi.

— Tu es exceptionnelle, déclaré-je.

Et ces simples mots l’atteignent plus que je ne l’aurais cru, parce qu’elle s’effondre en larmes, une crise comme j’en ai rarement vu. C’est comme si elle relâchait la pression accumulée durant toutes ces années. Je la porte dans la chambre et je la laisse vider ce trop-plein d’émotions contenues si longtemps. Je n’ai pas été là quand il le fallait, mais j’ai bien l’intention d’être présent maintenant. Et plus tard aussi, si elle m’y autorise.

 

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