Dark Soul (French Edition)

Haley C. Scott · Chapitre 27 sur 30

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Dark Soul (French Edition)

Chapitre 27

 

Dom : Patience et longueur de temps

font plus que force ni que rage…

 

moments qu’on observe dans les films ou qu’on imagine chez d’autres, C harlotte est retournée chez elle après un week-end des plus étranges. Beaucoup de positif, et une touche d’invraisemblable. Des mais qu’on ne pense pas vivre un jour. Qui se douterait que de telles horreurs puissent devenir le quotidien de gens qu’on aime, de membres de notre famille.

J’ai abandonné Clémence en pleine grasse matinée ce matin. Elle dormait comme n’importe quelle autre nana. Rien ne laisse supposer dans son comportement qu’elle ait pu subir ce genre atrocités.

Charlotte est plus marquée. On sent que son quotidien est rythmé par des peurs, des plus légitimes. J’espère être capable d’en apaiser certaines et de l’aider à en affronter d’autres.

Je viens d’arriver au boulot et je me replonge dans les tâches administratives avant d’aller voir les jeunes pour faire un point avec eux. C’est comme si ce week-end n’avait pas eu lieu. Vers onze heures, je relève la tête de ma paperasse et commence à m’interroger. Et si j’avais rêvé tout ça ? Si ces deux nuits passées avec elle n’étaient que le fruit de mon imagination ? Je saisis mon téléphone et envoie un texto à Charlotte :

[C’était réel hein ?]

La réponse ne tarde pas à venir.

[Tu as des doutes ?]

[J’ai l’impression d’avoir tout inventé, tout imaginé…]

Pas de réponse pendant quelques minutes. Assez pour que quelqu’un frappe à ma porte.

— Entrez !

Zee, un grand gaillard dégingandé entre. J’ai des entretiens avec les ados qui se sont le mieux intégrés. Ceux qui peuvent maintenant retourner dans leurs familles.

— Installe-toi, Zee, il faut qu’on parle un peu de toi.

Mon téléphone émet un bip, puis deux, puis trois. Je fronce les sourcils, inquiet.

— Allez-y, m’sieur ! J’suis pas à cinq minutes, sourit-il en me désignant mon portable.

— Juste le temps de vérifier que ce n’est pas une urgence, OK ? l’informé-je en craquant, et en prenant l’objet dans mes mains.

Je consulte l’écran, histoire de me rassurer. À peine l’ai-je déverrouillé que plusieurs photos de la poitrine nue de Charlotte défilent sous mes yeux. De quoi me rappeler que c’était bien réel. Je retourne mon téléphone trop vite pour être honnête. Les joues brûlantes. Le cœur battant comme après un cent mètres. Zee m’observe d’un air entendu. Il mime quelqu’un qui tourne une clé devant sa bouche et la jette, et je me sens obligé de préciser :

— Il n’y a rien à cacher, Zee.

— OK, Boss, j’peux voir votre dernier texto alors ?

Je lui lance un regard de tueur avant de lâcher :

— Même pas en rêve. Bon, si on parlait de ton avenir !

Il grimace et l’entretien peut reprendre.

Les journées passent toujours trop vite dans ce boulot. Pas assez d’heures pour faire tout ce que je voudrais. Il est dix-neuf heures trente, il faut que je rentre avaler un bout. Je dois accompagner Charlotte et Clémence dans un pub où Gabriel avait l’habitude d’aller, histoire de voir si Clémence reconnaît certaines têtes. Je n’apprécie pas trop l’idée, mais faire parler quelqu’un via Facebook m’a l’air encore plus compliqué.

Il est vingt-deux heures lorsque nous retrouvons Charlotte dans le pub. Elle est toujours habillée en mode rock et ce n’est pas pour me déplaire. Je capte les étincelles dans ses yeux quand elle m’aperçoit. J’aimerais être capable de provoquer cet effet le plus longtemps possible. Mon corps s’allège en sa présence, elle me donne envie de donner le meilleur de moi-même. Tout pour être à la hauteur.

— Alors mes textos n’ont eu aucun impact ? me susurre-t-elle à l’oreille avant de m’embrasser.

— Je t’aurais bien montré toutes les idées qu’ils m’ont donné… réponds-je, le regard un rien lubrique. Il se trouve que je n’étais pas seul quand je les ai reçus, avoué-je en secouant la tête, en repensant à la scène avec Zee.

Clémence se poste à côté de nous et tape du pied en croisant les bras.

— Oh, c’est fini tous les deux ? Roulez-vous une pelle, qu’on en finisse ! Ou filez aux toilettes, je sais pas moi ! On dirait que vous allez nous faire un p’tit devant le bar !

Charlotte explose de rire avant de laisser planer un :

— Eh bah, Clémence ? On n’est pas pressée d’être Tata ?

La concernée manque de s’étouffer et l’idée même me rend tout bizarre. Charlotte fière de son coup me chuchote :

— Ne t’inquiète pas, je pense que je vais t’accorder l’exclusivité de ces deux-là encore un moment, indique-t-elle en fixant son décolleté.

Je me mords la lèvre inférieure en rivant mes yeux affamés sur sa poitrine pendant que Clémence bougonne dans son coin.

Nous commandons des boissons et je me poste au bar. Les filles vont discuter avec différents groupes de nanas. Elles reviennent vers moi bredouilles. Le barman se dirige vers nous. Costaud, la trentaine, une chemise noire aux manches remontées sur des tatouages tribaux. Il s’appuie sur le comptoir.

— On aime moyen les interrogatoires dans le coin. Les clients viennent ici pour se détendre, vous voyez ? rage-t-il en désignant la salle.

Les filles se renferment et se préparent à partir. Ça me saoule qu’elles passent pour les méchantes de service, alors je tente une autre approche.

— Excuse-nous. Un mec n’a pas été correct avec une amie à elles, si tu vois ce que je veux dire… Et on souhaitait savoir s’il n’avait pas embêté quelqu’un d’autre. C’est son terrain de jeu, paraît-il.

Devoir m’expliquer m’agace, aussi, je hausse le ton :

— Alors ouais, on a conscience qu’on dérange un peu. Si la clientèle était mieux triée, les femmes ne risqueraient pas leur peau en choisissant de venir boire un verre ici ! articulé-je pour qu’il comprenne que son bar peut vite s’attirer une mauvaise réputation.

Il recule surpris par mes propos et sur la défensive.

— C’est bon, c’est bon, murmure-t-il, pas la peine de faire un scandale. C’est qui votre mec ?

— Gabriel Paris.

Il fronce les sourcils et soupire, ennuyé.

— Votre gars n’a plus le droit de rentrer ici. Et quand vous interrogez les filles, il ne faut pas demander si elles connaissent Gabriel, mais Margaux. Sa sœur, c’est elle qui chasse pour lui. Lui, il ne fait que récupérer les prises.

Charlotte s’approche du bar et se penche vers lui pour éviter que d’autres clients ne participent à la conversation.

— Comment tu sais tout ça ?

Il détourne le regard et se passe une main sur le visage.

— Qu’est-ce que vous allez faire une fois que vous aurez trouvé une éventuelle victime ?

Les doigts de Charlotte attrapent le bar si fort que ses phalanges blanchissent. Clémence est restée en retrait et assiste à notre échange, figée.

— On est en train de monter un dossier. Plus il y a de plaintes, plus on a de chance de le coincer.

Le gars secoue la tête, pessimiste.

— C’est trop risqué votre truc. Vous savez qui c’est, ce gars ?

— C’est justement parce que c’est lui qu’on doit avoir plus de monde, affirme Clémence, qui sort de sa torpeur.

Charlotte fixe le mec un moment.

— Les témoignages peuvent être anonymes. Ce qu’il faut, c’est d’autres personnes pour corroborer l’histoire. Prouver que ce n’est pas son coup d’essai.

— Laissez-moi un instant, OK ?

Nous acquiesçons d’un même mouvement et retournons à nos consommations.

Il pianote un truc sur son tel, sert quelques clients, et revient vers nous après quelques minutes.

— Allez vous installer dans l’angle là-bas. Quelqu’un va venir.

Les filles sont hyper tendues et elles me communiquent leur stress. Charlotte déchire toutes les serviettes en papier qui ont le malheur de passer sous sa main et Clémence agite tant son genou qu’elle fait trembler la banquette.

Je préfère les mettre en garde.

— Vous savez que ce serait extraordinaire de trouver quelqu’un dès le premier soir. Vous n’ignorez pas que ce sera un travail de longue haleine. Ne vous faites pas trop d’illusions, OK ?

Silence tendu. Clémence relève la tête et tente de reprendre du courage.

— T’as raison, on le sait, et on est hyper motivées !

Elle lève son verre et porte un toast.

— À notre première sortie tous les trois.

Charlotte se détend et nous trinquons avec un franc sourire lorsqu’une jeune femme s’approche de nous. Brune, queue de cheval haute, tatouage sur tout le bras gauche, débardeur noir et jean classique. Elle a tout d’une barmaid. Ça ne m’étonnerait pas que ce soit une collègue de l’autre gars. Elle se glisse sur la banquette pour plus de discrétion et je me décale pour lui laisser de la place.

— Paraît que vous montez un plan contre le connard et sa frangine ?

— C’est l’idée, affirme Charlotte. C’est toi qui es concernée ?

Elle évite nos regards et vérifie que personne ne peut l’entendre.

— Ouais.

Clémence décide de jouer cartes sur table.

— Écoute, nous aussi on s’est fait avoir, déclare-t-elle en désignant Charlotte et elle-même. Elle a dossier solide sauf qu’il date, moi, j’ai que dalle. Ma parole contre la sienne. Il va me pourrir la vie et tenter de me récupérer, si je ne parviens pas à prouver ce qu’il a fait. Je n’ai aucune envie d’être sa marionnette à nouveau.

La fille prend un temps de réflexion, elle va se chercher une pression et revient, une bière à la main. Elle se lance :

— Sa sœur est restée jusqu’à la fermeture un soir. On a bu un coup ensemble, je ne sais pas ce qu’elle a mis dans mon verre, mais je me suis très vite sentie dans les vapes. Elle m’a trimbalée chez elle en m’expliquant qu’elle allait s’occuper de moi et là, un mec m’a… s’est amusé avec mon corps une bonne partie de la nuit. J’ai découvert que c’était son frère le lendemain matin. Ils m’ont dit qui ils étaient et que ce n’était pas la parole d’une merde comme moi qui les ferait tomber. Voilà.

Charlotte, rouge de colère, a les poings serrés, Clémence est livide, participant à son calvaire. Ses épreuves à elle sont trop récentes pour prendre le recul nécessaire. Quant à moi, l’impuissance s’immisce de nouveau dans mes viscères et me tord le bide. Elle nous laisse le temps de digérer ce qu’elle vient de nous apprendre avant de confirmer :

— Si vous avez un plan pour les abattre, je veux en être.

Nous mettons de côté nos sentiments respectifs pour nous concentrer sur la bonne nouvelle, tous les trois. En voilà une. Maintenant, il faut en trouver d’autres.

Les semaines passent et si nous avons eu de la chance la première soirée, les autres sont beaucoup plus compliquées. Nous nous adressons directement aux barmen désormais, ils nous font gagner un temps précieux. Clémence laisse son numéro à un grand nombre de filles. Certaines méfiantes. D’autres paumées. Le temps nous dira si elle a eu raison de le faire.

Un soir, nous retrouvons Oz dans un énième bar. Nous nous installons dans un coin, un peu à l’écart de la salle. Il y a tant de bruit autour de nous que je doute que quiconque nous entende. Mon ami s’adresse à Charlotte.

— J’ai réussi à lever la tutelle, ton père n’a pas fait d’histoire.

— Il ne devait pas y avoir confrontation ou quelque chose comme ça ? s’étonne-t-elle.

Oz hausse les épaules.

— Je m’attendais à ce qu’il bataille, mais il m’a dit que depuis qu’il était à la retraite, il n’y avait plus le risque que ça foute en l’air ses affaires.

Charlotte lève les yeux au ciel, pas le moins du monde choquée par la réaction de son paternel.

— Bref, j’ai eu accès au dossier. Tout est dedans, ce mec est si imbu de lui-même qu’il ne prend même pas de précautions. On a retrouvé son ADN un peu partout.

Oz grimace en réalisant ce qu’il vient de dire. Charlotte blêmit, elle ferme les yeux et déglutit. Je lui frotte le dos et dépose un baiser dans son cou pour la distraire et la soutenir. Elle secoue la tête et revient vers nous.

— Désolé, s’excuse Oz.

Il se ressaisit et continue :

— Comme le cas est rouvert, j’ai demandé que son ADN soit lancé dans la base de données des viols non résolus.

Il se recule sur son siège, arbore un air victorieux, croise les doigts devant lui et déclare :

— Et là, mesdemoiselles, je peux vous dire qu’on a tout ce qu’il nous faut pour déclencher officiellement la guerre. Vous pouvez arrêter de chercher des nanas. Au moins trois autres affaires de viols avérés ont matché. On a de quoi le faire tomber. Je me suis mis en relation avec un lieutenant qui va gérer l’enquête.

Gros blanc. Il faut une minute aux filles pour réaliser ce qu’il vient de nous annoncer. Charlotte lâche un soupir, les yeux dans le vide, je pense qu’elle a déjà réussi à tourner la page. En revanche, Clémence s’effondre en douceur, avec une pudeur que je ne lui connais pas. Les larmes coulent le long de ses joues et ses épaules se secouent en silence. Charlotte vire Oz de sa place pour aller s’assoir à côté d’elle et l’enlace. Nous les laissons entre elles pendant qu’elles accusent le coup. Clémence va pouvoir reprendre sa vie en main comme elle l’entend.

— Merci, mec, lancé-je à Oz en lui tapant dans le dos pour le remercier.

Je lève mon verre vers le sien. Il trinque avec moi.

— Oh, la partie commence juste pour moi, reprend-il. Mais je ne pense pas que plusieurs millions lui permettent de s’en sortir cette fois.

J’observe Charlotte qui a posé sa tête sur l’épaule de Clémence et lui frotte le dos. Ma sœur agrippe son bras, comme si sa vie en dépendait, et laisse sortir ses émotions, ses peurs et je le souhaite, son soulagement.

— J’espère, conclus-je en observant les filles.

Oz penche la tête vers moi pour que je sois le seul à entendre ses paroles.

— Tu lui as dit ? chuchote-t-il

Je fronce les sourcils.

— Quoi ?

Mon ami avocat fixe Charlotte.

— Avec les gars, on se demande si tu lui as parlé de Black Hole…

Je grimace, c’est une épine dans mon pied, cette histoire. Je souffle, mon cœur s’accélère, je redoute le moment où je vais devoir lui annoncer que je sais qui elle est. Je crains d’encore tout foutre en l’air.

— Non, j’ai peur de sa réaction.

— N’attends pas trop, mec, suggère-t-il en m’assenant une tape dans le dos à son tour.

Et je sais qu’il a raison. Je me redresse et tente de mettre de la détermination dans ma voix.

— OK, Vendredi. Je l’amènerai vendredi.

Il hoche la tête, satisfait. D’un coup de menton, il me désigne celle qui fait battre mon palpitant à un rythme désordonné.

— C’est la bonne, hein ?

Je fixe Charlotte, ses cheveux flamboyants, son regard doux posé sur ma sœur. Ses seins... Putain, ses seins ! Et elle, tout entière. Sa générosité, son tempérament et ses peurs. Ses yeux se lèvent vers les miens et je lui fais un clin d’œil.

— Laisse tomber, ne réponds rien, soupire Oz.

Je souris à pleines dents et trinque de nouveau.

— Ouais, mec, rien à rajouter. C’est elle.

 

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