Jamais plus
Chapitre 11
Je me blottis dans mon lit pour mieux le regarder.
J’ai presque terminé. Il ne me reste pas beaucoup de pages.
Je pose le journal sur l’oreiller, à côté de moi, en murmurant :
— Je ne vais pas te lire.
Si je le faisais, je le finirais. Après avoir vu Atlas, ce soir, après avoir appris qu’il a une copine, un emploi et sans aucun doute un logement, j’ai plutôt envie de me consacrer à la clôture de cet épisode.
Finalement, je reprends le journal et roule sur le dos.
— Ellen DeGeneres, vous n’êtes qu’une garce.
Chère Ellen,
« Nage droit devant toi. »
Cette phrase vous dit quelque chose, Ellen ? C’est ce que Dory dit à Marlin dans Le Monde de Nemo.
« Nage droit devant toi, devant toi, devant toi. »
Je ne suis pas très fan de films d’animation, mais je suis de votre avis pour celui-ci qui me fait bien rire, tout en donnant aussi des sensations. Désormais, je dirai que c’est mon film préféré. Parce que ces derniers temps, j’avais un peu l’impression de me noyer et que, parfois, on doit se souvenir qu’il faut juste nager droit devant soi.
Atlas est tombé malade. Gravement malade.
Voilà quelques soirs qu’il se faufile par la fenêtre dans ma chambre, pour dormir par terre, mais cette nuit, j’ai eu l’impression que quelque chose n’allait pas. On était dimanche, je ne l’avais donc pas vu depuis la veille, et il avait une mine affreuse, les yeux injectés de sang, le teint blafard, les cheveux trempés par la sueur alors qu’il avait froid. Je ne lui ai même pas demandé s’il se sentait bien, je savais déjà que non. J’ai posé une main sur son front et il était si chaud que j’ai failli appeler ma mère.
« Ça ira, Lily, » m’a-t-il dit.
Et il a préparé sa paillasse par terre. Je lui ai dit d’attendre là, puis je suis allée à la cuisine lui préparer un verre d’eau. J’ai trouvé des médicaments contre la grippe dans l’armoire à pharmacie, sans trop savoir s’il pouvait y être allergique ou non.
Une demi-heure plus tard, il s’était roulé en boule sur le sol quand il a dit :
« Lily ? Il va me falloir une cuvette. »
J’ai bondi pour prendre la corbeille sous mon bureau et la lui ai tendue. Juste à temps pour qu’il y vomisse.
Le voir comme ça me dévastait. Comment supporter d’être aussi malade sans le refuge d’une salle de bain ou l’abri d’un toit ni le secours d’une mère ? Il n’avait que moi et je ne savais que faire pour lui.
Quand il a terminé, je lui ai redonné de l’eau et lui ai dit de grimper dans le lit. Il a refusé, mais j’étais inflexible. J’ai rangé la corbeille près du lit et l’ai fait monter.
Il tremblait de tous ses membres, il était brûlant ; ça me faisait trop peur de le laisser par terre. Je me suis allongée près de lui et il s’est remis à vomir toutes les heures, jusqu’au petit matin. J’allais régulièrement vider la corbeille aux toilettes. Sans mentir, c’était dégoûtant. La nuit la plus dégoûtante de ma vie. Mais que faire d’autre ? Il avait besoin de moi, il n’avait personne d’autre que moi.
Au matin, à l’heure du lever, je lui ai dit de regagner sa maison, que je viendrais le voir avant l’école. J’étais étonnée qu’il trouve encore l’énergie de se glisser par la fenêtre pour sortir. J’ai laissé la corbeille près de mon lit, en attendant que maman vienne me réveiller. En entrant, elle a aussitôt pensé que j’étais malade.
« Ça ne va pas, Lily ? »
J’ai grommelé d’une voix cassée :
« Non, j’ai dû me relever toute la nuit. Je crois que c’est fini maintenant, mais je n’ai pas dormi. »
Elle a pris la corbeille et m’a dit de rester au lit en promettant d’appeler l’école pour les informer que je ne viendrais pas. Une fois qu’elle est partie travailler, je suis allée chercher Atlas en lui annonçant qu’il pourrait passer la journée avec moi à la maison. Il était encore malade, alors je lui ai laissé ma chambre pour dormir. J’allais le voir toutes les demi-heures, jusqu’à ce qu’il cesse de vomir, en début d’après-midi. Iil a pris une douche et je lui ai préparé de la soupe.
Il était trop fatigué pour pouvoir en avaler. J’ai pris une couverture et on s’est glissés dessous sur le canapé. Je ne sais pas quand j’ai commencé à me sentir assez bien pour me pelotonner contre lui, mais ça ne m’a plus gênée. Quelques minutes plus tard, il m’embrassait au creux de l’épaule, d’un rapide baiser vraisemblablement sans arrière-pensée. C’était plutôt un merci muet. Mais moi, ça m’a mise dans tous mes états. Ça remonte à quelques heures et je continue à passer les doigts à cet endroit parce que j’y sens encore ses lèvres.
Je sais que c’était sans doute la pire journée de sa vie, Ellen. Mais pour moi, ça a été l’une des meilleures.
Et je m’en veux beaucoup.
On a regardé Le Monde de Nemo et, arrivés au passage où Marlin cherche Nemo et se sent démoralisé, Dory lui dit : « Tu sais ce qu’il faut faire quand la vie te joue un sale tour ? Nage droit devant toi, nage droit devant toi, devant toi, devant toi. » Atlas m’a pris la main. Il ne la tenait pas comme un gamin, il la serrait, comme s’il disait que c’était nous. Il était Marlin et moi Dory, et je l’aidais à nager.
« Nage droit devant toi, » lui ai-je murmuré.
— Lily
Chère Ellen,
J’ai peur. Terriblement peur.
Je l’aime beaucoup. Je ne pense qu’à lui lorsqu’on est ensemble, et je meurs d’angoisse quand il n’est pas là. Ma vie commence à tourner autour de lui, et il ne faut pas, je sais. Mais je ne peux pas m’en empêcher et je ne sais pas quoi faire, et maintenant, il pourrait s’en aller. Il est parti après la fin du Monde de Nemo, hier soir, et quand mes parents sont allés se coucher, il s’est de nouveau glissé dans ma chambre par la fenêtre. La nuit précédente, il avait dormi dans mon lit parce qu’il était malade et je sais que je n’aurais pas dû faire ça, mais j’ai mis ses couvertures dans la machine à laver avant de me coucher. Il a demandé où se trouvait sa paillasse et je lui ai répondu qu’il devrait encore dormir dans mon lit parce que je voulais laver ses couvertures pour qu’il ne retombe pas malade.
Sur le moment, j’ai cru qu’il allait repartir mais, finalement, il a fermé la fenêtre, ôté ses chaussures et il est venu me rejoindre.
Il n’était plus malade mais, quand il s’est allongé, j’ai cru que ça m’arrivait à moi, parce que j’avais l’estomac barbouillé. En fait non. Ça m’arrivait souvent quand il s’approchait de moi.
On se regardait et il a dit : « Quand est-ce que tu auras seize ans ? »
« Dans deux mois. » J’avais le cœur qui battait de plus en plus fort. « Et toi, quand est-ce que tu auras dix-neuf ans ? »
Je demandais ça juste pour faire la conversation, pour qu’il n’entende pas combien j’avais du mal à respirer.
« Pas avant octobre. »
Je ne voyais pas trop pourquoi il m’avait demandé mon âge et je ne savais pas trop ce qu’il pensait de mes quinze ans. Me considérait-il comme une gamine ? Une petite sœur ? J’ai presque seize ans. Deux ans et demi de différence, ce n’est pas grand-chose, sauf peut-être quand c’est entre quinze et dix-huit ans. Mais dès que j’aurai seize ans, personne ne se formalisera plus.
« Je voudrais te dire quelque chose », a-t-il repris.
J’ai retenu mon souffle sans trop savoir où il voulait en venir.
« Aujourd’hui, j’ai pris contact avec mon oncle. Maman vivait avec lui à Boston. Il m’a dit un jour que dès son retour de déplacement professionnel, je pourrais habiter chez lui. »
J’aurais dû éclater de joie pour lui, sourire, le féliciter. Mais je me suis laissée submerger par l’immaturité de mon âge en songeant juste à mon désarroi.
« Alors tu vas t’en aller ? »
« Je ne sais pas. Je voulais d’abord t’en parler. »
Il était si près de moi que je percevais la chaleur de son souffle. Je trouvais qu’il sentait la menthe et je me suis demandé s’il utilisait de l’eau en bouteille pour se brosser les dents avant de venir chez moi. Je lui en donne toujours quand il part d’ici.
J’ai tiré une plume de l’oreiller pour la caresser en tous sens.
« Je ne sais pas quoi dire, Atlas. Je suis contente que tu aies un endroit où te réfugier. Mais comment ça va se passer pour le lycée ? »
« Je pourrais terminer là-bas. » Apparemment, il avait déjà pris sa décision.
« Quand est-ce que tu t’en vas ? »
Je me demandais à quelle distance nous étions de Boston. Sans doute quelques heures, mais c’est tout un monde quand on n’a pas de voiture.
« Je ne suis pas certain d’y aller. »
J’ai reposé la plume sur l’oreiller. « Qu’est-ce qui t’en empêche ? Ton oncle t’offre un toit. C’est génial, non ? »
Il a hoché la tête en serrant les dents, puis saisi la plume avec laquelle je jouais pour la tordre entre ses doigts. Après quoi, il l’a reposée et fait une chose à laquelle je ne m’attendais pas. Il m’a caressé les lèvres. Mon Dieu, Ellen ! J’ai cru que j’allais mourir sur place. Jamais je n’avais rien ressenti de plus fort. Il n’a laissé que quelques instants ses doigts sur ma bouche avant de dire : « Merci, Lily. Pour tout. » Et puis il a promené sa main dans mes cheveux, m’a embrassé le front. Je respirais si fort que j’ai dû ouvrir la bouche pour capter un peu plus d’air. Et je voyais sa poitrine monter et descendre aussi fort que la mienne. On s’est regardés dans les yeux, jusqu’à ce qu’il examine ma bouche.
« Tu as déjà embrassé, Lily ? »
J’ai fait non de la tête avant de lui offrir mes lèvres parce que j’avais envie de changer immédiatement cette situation, sinon je ne pourrais plus jamais respirer.
Et là – comme si j’étais d’une fragilité mortelle – il a posé sa bouche sur la mienne et l’y a laissée. Je ne savais pas que faire, mais ça m’était égal. Je serais bien restée comme ça toute la nuit, sans plus bouger d’un pouce. Ça m’allait très bien.
Ses lèvres se sont fermées sur les miennes et j’ai senti sa main trembler. Imitant ses gestes, je me suis mise à remuer les lèvres comme lui, mais quand le bout de sa langue s’est mis à les parcourir, j’ai cru tourner de l’œil. Il a recommencé, et puis une troisième fois, alors j’en ai fait autant. Ensuite nos langues se sont rencontrées, alors j’ai esquissé un sourire car j’avais beaucoup songé à mon premier baiser. Où il aurait lieu, avec qui. Jamais, en un million d’années, je n’aurais imaginé que ça pourrait me faire cet effet.
Il m’a poussée sur le dos, posant la main sur ma joue, sans cesser de m’embrasser. Ça allait de mieux en mieux. Mon moment préféré s’est produit quand il s’est redressé une seconde pour me regarder, avant de revenir avec encore plus d’ardeur. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Longtemps. Si longtemps que ma bouche commençait à me faire mal et que je ne pouvais plus ouvrir les yeux. Quand on s’est endormis, je suis sûre que nos bouches se touchaient encore.
On n’a pas reparlé de Boston.
Je ne sais toujours pas s’il s’en va.
— Lily
*
* *
Chère Ellen,
Je dois vous présenter mes excuses.
Voilà une semaine que je ne vous ai pas écrit et que je n’ai pas regardé votre talk-show. Ne vous inquiétez pas, je l’enregistre toujours, donc votre taux d’audience ne baissera pas ; mais tous les jours, on descend du bus, Atlas prend une douche rapide et on s’embrasse.
Tous les jours. C’est fantastique.
Je ne sais pas ce qu’il en pense, mais je me sens trop bien avec lui. Il est trop gentil, trop attentionné. Il ne fait jamais un truc que je ne voudrais pas, mais jusqu’ici, il n’a même pas essayé.
Je ne sais pas jusqu’à quel point je peux raconter ça puisqu’on ne s’est jamais rencontrées, vous et moi. Alors disons que s’il s’est un jour demandé à quoi pouvaient ressembler mes seins…
Maintenant il le sait.
Je ne suis pas capable de savoir comment réagir d’un jour sur l’autre avec une personne qu’on aime tant. Si ça ne dépendait que de moi, on s’embrasserait toute la journée et toute la nuit, en ne nous interrompant que de temps en temps pour parler un peu. Il raconte des histoires très drôles. J’aime bien quand il se met à parler, d’abord parce que ça n’arrive pas souvent, mais il se sert beaucoup de ses mains. Il sourit aussi, et j’aime encore plus son sourire que ses baisers. Parfois, je lui dis juste de la fermer et d’arrêter de sourire, de m’embrasser ou de bavarder, pour que je puisse simplement le regarder. J’aime regarder ses yeux. Ils sont si bleus qu’on le distinguerait de loin au milieu d’une foule. La seule chose que je n’aime pas quand on s’embrasse, c’est qu’il ferme les yeux.
Et non. On n’a toujours pas parlé de Boston.
— Lily
Chère Ellen,
Hier après-midi, Atlas m’a embrassée dans le bus. Ça n’avait rien de nouveau pour nous car on s’était déjà beaucoup embrassés, mais c’était la première fois qu’il le faisait en public. Quand on est ensemble, tout le reste semble disparaître, alors je ne crois pas qu’il ait pensé aux passagers autour de nous. Mais Katie l’a bien remarqué. Elle était assise derrière nous et je l’ai entendue articuler « Dégueulasse » dès qu’il s’est penché vers moi.
Elle a précisé à sa voisine : « Tu te rends compte que Lily le laisse la toucher. Il porte les mêmes habits presque tous les jours. »
Ellen, j’étais furieuse. Mais aussi, j’en étais malade pour Atlas. Il s’est détaché de moi, parce qu’il l’avait entendue et que ça le gênait, j’en suis sûre. J’allais me retourner pour l’engueuler de critiquer des gens qu’elle ne connaît même pas, mais il m’a pris la main en secouant la tête.
« Arrête, Lily. » Alors j’ai arrêté.
Le reste du trajet, j’étais folle de rage après Katie. Pourquoi se permettait-elle de critiquer quelqu’un qu’elle croyait inférieur ? J’étais aussi vexée qu’Atlas paraisse habitué à recevoir ce genre de critique.
Je ne voulais pas qu’il me croie gênée qu’on l’ait vu m’embrasser. Je connais Atlas mieux qu’aucun d’entre eux, c’est quelqu’un de bien, malgré ses vêtements ou sa mauvaise odeur avant qu’il se mette à prendre des douches chez moi.
Du coup, c’est moi qui l’ai embrassé sur la joue avant de poser ma tête sur son épaule.
« Tu sais quoi ? » lui ai-je dit.
Il a entremêlé ses doigts avec les miens.
« Quoi ? »
« Tu es ma personne préférée. »
Je l’ai senti rire un peu et ça m’a soulagée.
« Sur combien de gens ? » a-t-il demandé.
« Tout le monde. »
Il m’a embrassée sur la tête avant de répondre :
« Toi aussi tu es ma préférée, Lily. Et de loin. »
Quand le bus s’est arrêté dans ma rue, Atlas ne m’a pas lâchée pour descendre.
Il marchait devant moi, si bien qu’il ne m’a pas vue quand je me suis retournée pour faire un doigt d’honneur à Katie.
Je n’aurais sans doute pas dû faire ça, mais j’ai été récompensée par son regard.
En arrivant chez moi, il a pris la clef que je tenais à la main pour ouvrir lui-même la porte. Ça me faisait drôle de voir à quel point il s’y sent à l’aise. Il a refermé derrière nous. Et là, on s’est aperçus que la lumière ne fonctionnait pas. J’ai regardé par la fenêtre et vu un camion au bout de la rue, arrêté devant les lignes électriques. Du coup, on ne pouvait pas regarder votre talk-show. Je n’en étais pas plus dérangée que ça, ainsi on pourrait flirter pendant une heure et demie.
« Ton four fonctionne au gaz ou à l’électricité ? » a-t-il demandé.
« Au gaz. »
Il a enlevé ses chaussures (qui provenaient aussi de mon père) avant de se diriger vers la cuisine.
« Je vais te préparer quelque chose. »
« Tu sais faire la cuisine ? »
Il a ouvert le réfrigérateur pour se mettre à fouiller dedans. « Ouais. Ça me plaît sans doute autant que toi le jardinage. » Il a sorti plusieurs aliments, allumé le four pour le mettre en préchauffage. Adossée au comptoir, je le regardais. Il n’a même pas consulté une recette. Il ne faisait que verser des trucs dans des bols et les mélanger, sans rien mesurer. Je n’ai jamais vu mon père lever le petit doigt dans la cuisine. Je suis à peu près sûre qu’il ne saurait seulement pas préchauffer un four. Je croyais que la plupart des hommes étaient comme ça, mais Atlas me prouvait le contraire.
« Qu’est-ce que tu fais ? » lui ai-je demandé.
« Des cookies. » Trempant une cuillère dans le mélange, il l’a remplie puis portée à ma bouche. Moi qui raffole des cookies, je n’avais jamais rien mangé d’aussi bon.
« Ouah ! » ai-je dit en me léchant les lèvres.
Il a reposé le bol près de moi pour m’embrasser. La pâte à cookies et la bouche d’Atlas… Un paradis. J’ai laissé échapper un gémissement, il a ainsi compris quel plaisir il me procurait et ça l’a fait rire. Mais il n’a pas arrêté de m’embrasser pour autant. J’étais trop émue de le voir si heureux. Ça me donnait envie de découvrir tout ce qu’il aimait dans ce monde et de le lui offrir. Je commençais à me demander si je l’aimais. Je n’avais jamais eu de petit copain avant lui, je n’avais donc rien à quoi comparer mes sensations. En fait, je n’avais jamais cherché ce genre de relation avant Atlas. Sans doute car le foyer dans lequel j’évolue ne me donne pas un exemple très tentant de la façon dont un homme devrait traiter sa compagne ; si bien que, jusqu’ici, je ne croyais pas beaucoup aux bonnes relations avec les autres.
Je ne savais pas si je ferais un jour confiance à un garçon. La plupart du temps, je déteste les hommes car l’exemple que m’en donne mon père n’a rien de séduisant. Mais, à présent que je passe tout ce temps avec Atlas, je commence à changer d’avis. Pas à fond, je ne me fie toujours pas à la plupart des gens. Mais lui me permet de croire qu’il existe peut-être des exceptions.
Il a cessé de m’embrasser pour reprendre son bol et aller en étaler le contenu sur deux plaques couvertes de papier sulfurisé. « Tu veux que je te montre un truc avec les fours à gaz ? » m’a-t-il demandé.
Je ne suis pas certaine d’avoir beaucoup aimé la cuisine jusque-là mais, quelque part, il me donnait envie d’apprendre tout ce qu’il savait. Ça devait venir de son bonheur apparent quand il en parlait.
« Il y a des coins plus chauds dans les fours à gaz », a-t-il dit en glissant les plaques à l’intérieur. « Il faut donc retourner les plaques pour offrir une cuisson régulière. Tandis qu’avec une pierre à pizza, tu obtiendras une cuisson plus uniforme. »
Revenant vers moi, il a placé ses mains sur mes hanches. L’électricité est revenue alors qu’il ouvrait le col de mon chemisier. Il m’a embrassée sur l’épaule, toujours au même endroit, en laissant glisser ses mains dans mon dos. Juré, quelquefois, même quand il n’est pas là, je sens ses lèvres se promener à cet endroit.
Il allait m’embrasser sur la bouche quand on a entendu une voiture s’approcher et la porte du garage se soulever. Je me suis mise à inspecter la cuisine comme une malade, mais il a posé les mains sur mes joues pour récupérer mon attention.
— Surveille les cookies. Ils seront prêts dans vingt minutes.
Là-dessus, il m’a embrassée sur les lèvres et puis m’a lâchée, avant de se précipiter dans le salon pour y récupérer son sac à dos. Il franchissait la porte du fond quand le moteur de la voiture de mon père s’est arrêté.
Je rassemblais tous les ingrédients lorsqu’il est entré directement du garage à la cuisine. Il a regardé autour de lui, aperçu la lumière du four.
« Tu prépares quelque chose ? » a-t-il demandé.
J’ai fait oui de la tête car mon cœur battait trop fort ; je mourais de peur qu’il n’entende ma voix trembler. J’ai ainsi nettoyé le comptoir alors qu’il était parfaitement propre, avant de m’éclaircir la gorge pour répondre : « Des cookies. Je prépare des cookies. »
Posant sa serviette sur la table de la cuisine, il est allé se servir une bière dans le réfrigérateur.
« Il y a eu une coupure d›’électricité », ai-je encore dit. « Comme je m’ennuyais, j’ai décidé de faire des gâteaux en attendant qu’elle revienne. »
Mon père s’est assis devant la table et m’a bombardée de questions sur le lycée au cours des dix minutes qui ont suivi ; il voulait savoir si je m’y plaisais et si j’envisageais d’aller ensuite à l’université. Il y avait de ces moments, quand on se retrouvait seuls tous les deux, où j’imaginais ce que ce pouvait être d’avoir un père normal. Si je le détestais la plupart du temps, j’appréciais ces rares moments avec lui. Si seulement il se comportait toujours comme ça ! Les choses seraient bien différentes. Pour nous tous.
J’ai tourné les cookies comme me l’a conseillé Atlas et, à la fin de la cuisson, je les ai sortis du four. J’en ai pris un et l’ai tendu à mon père. Je n’aimais pas me montrer aussi gentille avec lui. J’avais presque l’impression de gâcher l’un des gâteaux d’Atlas.
« Eh bien ! Ils sont excellents, Lily. »
« Je les ai préparés pour l’école. Tu n’en auras donc qu’un seul. » Ensuite, je les ai laissés refroidir afin de les déposer dans un Tupperware et de les emporter dans ma chambre. Je n’avais même pas envie de les goûter en l’absence d’Atlas. J’ai donc attendu un peu plus tard dans la soirée, quand il est arrivé.
« Tu aurais dû en déguster un pendant qu’ils étaient chauds », m’a-t-il dit. « C’est là qu’ils sont meilleurs. »
« Je ne voulais pas en manger sans toi. » On était assis sur mon lit, adossés au mur, et on a avalé la moitié de la boîte. Je lui ai dit qu’ils étaient délicieux, sans préciser que c’étaient les meilleurs de ma vie. Je ne voulais pas trop le flatter non plus. J’aimais bien sa modestie.
Alors que je voulais en prendre un autre, il a écarté la boîte du lit, fermé le couvercle. « Si tu en manges trop, tu vas te rendre malade et tu n’aimeras plus mes cookies. »
« Impossible ! » ai-je répondu en riant. Il a bu une gorgée d’eau et s’est levé.
« J’ai préparé quelque chose pour toi, » a-t-il dit en fouillant dans sa poche.
« Encore des cookies ? »
Dans un sourire, il a ressorti son poing fermé, j’ai ouvert ma paume dessous et il y a jeté quelque chose de dur. C’était un petit anneau de bois en forme de cœur, de la taille d’un pendentif.
Je l’ai caressé en essayant de garder mon calme. Cet objet ne ressemblait en rien aux cœurs tels qu’on les représentait habituellement. Il était juste un peu incurvé, avec un espace ouvert sur le dessus. Je ne savais pas quoi dire. J’ai laissé Atlas s’asseoir sur le lit, sans me retourner ; j’étais tellement fascinée que je n’arrivais même pas à le remercier.
« Je l’ai sculpté dans une branche », a-t-il murmuré.
« Une branche du chêne de ton jardin. »
Juré, Ellen, je n’aurais jamais cru aimer quelque chose à ce point. À moins que je n’aie pas ressenti ça pour ce cadeau, mais pour lui. Tout en serrant ce cœur au creux de ma main, j’ai embrassé Atlas si fort qu’il en est tombé sur le lit. D’un coup de jambe, je l’ai enfourché et il m’a attrapé la taille en souriant contre mes lèvres.
« Je vais te creuser une maison dans ce chêne », a-t-il alors dit, « si c’est le genre de remerciement que j’en tirerai. »
Ça m’a fait pouffer de rire.
« Arrête d’être si parfait ! Tu es déjà ma personne préférée, mais maintenant tu enlèves toute chance aux autres humains, car aucun ne pourra te rattraper. »
Je regardais encore le cœur en me disant que c’était un cadeau sans arrière-pensée ; pourtant, quelque part, j’avais peur que ce soit pour que je me souvienne de lui quand il sera parti à Boston. Je ne voulais pas me souvenir de lui ; ça signifierait qu’il ne ferait plus partie de ma vie. Je ne veux pas qu’il parte pour Boston, Ellen. Je sais que c’est très égoïste de ma part parce qu’il ne va pas vivre éternellement dans cette maison. Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur. Le voir partir ou égoïstement le supplier de rester.
Il faudrait qu’on en parle. Je vais lui demander ce qu’il compte faire à Boston dès ce soir, quand il reviendra. Je ne voulais pas aborder ce sujet avant, cette journée était trop parfaite.
— Lily
Chère Ellen,
Nage droit devant toi. Nage droit devant toi. Il part pour Boston.
Je n’ai pas trop envie d’en parler.
— Lily
Chère Ellen,
Cette fois, ma mère aura du mal à le cacher.
Mon père sait en général où la frapper pour que ça ne laisse aucun bleu visible. Il serait le premier embêté si les gens apprenaient ce qu’il lui fait. Je l’ai vu lui balancer des coups de pied tout en faisant mine de l’étrangler et de la cogner dans le dos ou dans le ventre, lui tirer les cheveux. Les rares fois où il la frappe au visage, c’est pour lui donner une gifle, ainsi la trace ne reste pas longtemps.
Mais je ne l’ai jamais vu faire ce qu’il a fait cette nuit. Ils sont rentrés assez tard. Ils avaient passé le week-end à des réunions de collectivités. Mon père possède une société immobilière et c’est le maire de la ville, ça leur donne quelques obligations, à commencer par les repas de charité. Ce qui est plutôt drôle en soi car il a horreur des bonnes œuvres. Mais il doit sauver la face.
Atlas était déjà dans ma chambre quand ils sont arrivés. Je les ai entendus se disputer dès l’instant où ils ont franchi la porte d’entrée ; ils chuchotaient la plupart du temps, mais j’ai aussi entendu mon père l’accuser d’avoir flirté avec un homme.
Bon, je connais ma mère, Ellen. Jamais elle ne ferait une chose pareille. Peut-être qu’un type l’a regardée, car elle est très belle ; et ça aura rendu mon père jaloux. Il l’a traitée de putain et le premier coup est parti.
J’ai voulu sortir du lit, mais Atlas m’a retenue en me disant de ne pas m’en mêler, que je pourrais prendre un coup. Je lui ai répondu que ça le calmait parfois.
Atlas a insisté, mais finalement, je suis partie vers le salon.
Ellen. Je…
Il était sur elle.
Ça se passait sur le canapé ; d’une main il lui tenait le cou, de l’autre il soulevait sa robe. Elle essayait de se débattre et moi je restais là, paralysée. Elle le suppliait de la laisser, jusqu’à ce qu’il la frappe en plein visage en lui disant de la fermer. Je n’oublierai jamais ses paroles : « Tu veux qu’on s’occupe de toi ? Je vais m’occuper de toi, moi, tu vas voir ! » Là, elle s’est immobilisée, et je ne l’ai plus entendue que pleurer et supplier : « S’il te plaît, tais-toi, Lily est ici. »
Elle a dit, « S’il te plaît, tais-toi. »
S’il te plaît, tais-toi quand tu me violes, mon chéri.
Ellen, je ne savais pas qu’un être humain était capable de ressentir une telle haine. Et là, je ne parle pas de mon père, mais de moi.
Je me suis rendue à la cuisine, j’ai ouvert un tiroir, j’y ai pris le plus grand couteau que j’ai trouvé… Je ne sais pas comment expliquer ça. C’était comme si je n’habitais plus mon corps. Je me voyais revenir vers le salon, un couteau à la main ; je savais que j’allais m’en servir. Je voulais juste lui faire vraiment peur, pour qu’il la lâche. Mais, à l’instant où j’allais sortir de la cuisine, deux bras m’ont encerclée la taille pour me faire reculer. J’ai lâché le couteau. Mon père ne l’a pas entendu mais ma mère, si. Nos regards se sont croisés à l’instant où Atlas me ramenait vers ma chambre. Une fois à l’intérieur, je me suis mise à le frapper sur la poitrine pour me libérer et y retourner. Je pleurais, je faisais tout ce que je pouvais pour l’écarter de mon chemin, mais il ne bougeait pas.
« Lily, calme-toi ! » Il n’arrêtait pas de répéter ça et il m’a tenue assez longtemps pour que je comprenne qu’il ne me laisserait pas repartir ni reprendre ce couteau.
Il est passé par-dessus le lit pour récupérer son manteau et mettre ses chaussures. « On va partir par-derrière », a-t-il dit. « On va appeler la police. »
La police.
Ma mère m’avait plusieurs fois prévenue de ne jamais appeler la police ; parce que ça pourrait compromettre la carrière de mon père. Mais franchement, là, ça m’était bien égal. Je me fichais qu’il soit le maire ou que les gens qui l’aiment apprennent cette tendance immonde. Tout ce qui comptait pour moi, c’était ma mère. Alors j’ai enfilé mon manteau, je suis allée chercher des chaussures dans le placard. Quand j’en suis sortie, Atlas regardait la porte de ma chambre.
En train de s’ouvrir.
Ma mère est entrée puis a vivement refermé la porte derrière elle. Je n’oublierai jamais son apparence à ce moment-là, ce sang qui lui coulait du coin de la lèvre, cet œil déjà gonflé, cette touffe de cheveux arrachés qui s’accrochait à son épaule. Elle a regardé Atlas, puis moi.
Je n’ai pas eu peur qu’elle me surprenne ici avec un garçon. Ça n’avait aucune importance. Je m’inquiétais juste pour elle. Je me suis précipitée pour lui prendre les mains et l’amener vers mon lit. J’ai écarté ses cheveux de son épaule et de son front.
« Il va appeler la police, maman. D’accord ? »
Elle a écarquillé les yeux puis s’est mise à secouer la tête. « Non ! Surtout pas, non ! »
Il était déjà devant la fenêtre, sur le point de partir, quand il s’est arrêté net, m’a interrogée du regard.
« Il est ivre, Lily », a-t-elle expliqué. « Il a entendu ta porte se fermer, alors il est allé dans notre chambre.
Il a arrêté. Lily, si tu appelles la police, ça ne fera qu’aggraver les choses, crois-moi. Laisse-le dormir un peu, il sera calmé demain. » J’ai senti les larmes me couler des yeux. « Maman, il a voulu te violer ! » Quand j’ai dit ça, elle a baissé la tête en frémissant. « Ce n’est pas ça, Lily. On est mariés et parfois, le mariage, c’est… Tu es trop jeune pour comprendre. » Je n’ai pas répondu tout de suite, jusqu’à ce que je marmonne :
« J’espère bien que ça ne m’arrivera jamais. »
Là, elle s’est mise à pleurer. Elle s’est pris la tête entre les mains en sanglotant et tout ce que j’ai pu faire, ça a été de me jeter dans ses bras pour pleurer avec elle. Je ne l’avais jamais vue dans cet état. Bouleversée, si blessée, si effrayée. Ça m’a brisé le cœur, Ellen.
Ça m’a brisée.
Quand elle a commencé à se calmer, j’ai regardé autour de nous. Atlas était parti. On est allées à la cuisine et je l’ai aidée à nettoyer sa bouche et son œil. Elle n’a rien dit pour Atlas. Pas un mot. Je me suis rendu compte qu’elle ne s’en était sans doute même pas aperçue. Parce que c’est ainsi qu’elle fonctionne. Ce qui lui fait mal, elle le balaie sous le tapis pour l’oublier.
— Lily
Chère Ellen,
Je crois que je suis enfin prête à parler de Boston, maintenant.
Il est parti aujourd’hui. J’ai tellement battu mes cartes que j’en ai mal aux mains. J’ai peur, si je n’arrive pas à exprimer ce que je ressens sur le papier, de devenir folle à garder tout ça pour moi. Notre dernière nuit ne s’est pas bien passée. Au début, on s’est beaucoup embrassés, mais on était tous les deux trop tristes pour y faire attention. Pour la deuxième fois en deux jours, il m’a dit qu’il avait changé d’avis et qu’il ne partait plus. Il ne voulait pas me laisser seule dans cette maison. Mais j’ai vécu avec mes parents pendant presque seize ans. C’était idiot de sa part de refuser un toit pour rester S.D.F., surtout à cause de moi. On le savait tous les deux mais ça fait mal quand même.
J’essayais de ne pas me sentir trop triste, si bien qu’on était là, allongés tous les deux, quand je lui ai demandé de me parler de Boston. Je lui ai dit qu’un jour, après mes études, j’irais peut-être là-bas.
Il m’a soudain dévisagée d’un regard que je ne lui avais jamais vu ; comme s’il allait parler du paradis. Il m’a raconté comment, là-bas, les gens s’exprimaient avec un accent fabuleux, et quand il l’a imité, j’ai failli lui dire qu’il l’avait, parfois, lui aussi. En fait, il y avait vécu de neuf ans à quatorze ans. Rien d’étonnant à ce qu’il l’ait capté lui aussi. Il m’a parlé de son oncle, qui habite dans un immeuble avec un super toit terrasse.
« Il y en a beaucoup, là-bas. Parfois on y trouve même des piscines. »
Plethora, dans le Maine, ne comptait pas un seul immeuble assez grand pour s’offrir un toit terrasse. Je ne savais pas quel effet ça pouvait faire de grimper aussi haut. Je lui ai demandé s’il était déjà allé sur l’un d’eux, et il a dit oui. Que ça lui était arrivé parfois, quand il était petit. Il aimait bien s’y asseoir et admirer la ville en contrebas.
Il m’a aussi parlé de la nourriture. Je savais déjà qu’il aimait faire la cuisine, mais j’ignorais à quel point ça le passionnait. Sans doute parce qu’il n’avait plus accès à un four depuis longtemps, si bien qu’il ne m’en avait rien dit avant de me préparer ces cookies.
Il m’a également parlé du port et comment, avant que sa mère ne se remarie, elle l’emmenait parfois pêcher.
« À vrai dire, Boston n’est sans doute pas différente d’autres grandes villes. Il n’y a pas grand-chose pour l’en distinguer. C’est juste que… je ne sais pas. Il y a une sorte de vibration, une belle énergie. Les gens qui habitent Boston en sont fiers. Parfois, ça me manque. »
« À t’entendre, on dirait que c’est la plus belle ville du monde. À croire que tout va bien à Boston. »
« Tout y va beaucoup mieux qu’ailleurs. Sauf les filles, puisque tu n’y es pas. »
Ça m’a fait rougir. Alors il m’a embrassée avec tendresse et je lui ai répondu :
« Attends que j’y mette les pieds. Un jour, j’irai vivre là-bas et je te retrouverai. »
Il me l’a fait promettre, en disant que si je m’y installais, tout deviendrait complètement génial là-bas et que ce serait vraiment la plus extraordinaire ville du monde. On s’est encore embrassés, et on a fait d’autres choses avec lesquelles je ne vais pas vous ennuyer. Encore qu’elles n’avaient rien d’ennuyeux.
Pas vraiment.
Mais, ce matin, il a bien fallu que je lui dise au revoir. Et là, il m’a trop embrassée ; sûr, s’il partait, j’en mourrais.
Mais je ne suis pas morte. Parce qu’il est parti et que je suis toujours là. Toujours vivante. Toujours à respirer.
À peine.
— Lily
Je passe à la page suivante mais finis par fermer brusquement le cahier. Il ne me reste qu’un épisode à lire et je n’en ai pas trop envie pour le moment. Ni jamais. Je range le journal dans mon placard ; mon histoire avec Atlas s’achève là. Il est heureux, maintenant.
Je suis heureuse, maintenant.
Le temps finit toujours par guérir les blessures.
Enfin, la plupart.
J’éteins ma lampe, prends mon téléphone.
Je m’aperçois que j’ai manqué deux messages de Ryle et un de ma mère.
Ryle : Salut. La vérité toute nue commence dans 3… 2…
Ryle : Je craignais qu’une relation n’ajoute à mes responsabilités. C’est pourquoi je les ai fuies toute ma vie. J’avais déjà trop à faire, et quand je vois dans quel stress le mariage a plongé mes parents, sans compter les amis qui ont raté le leur, je n’avais aucune envie de me laisser piéger à mon tour. Mais, depuis ce soir, je me rends compte que c’est sans doute la faute des gens eux-mêmes. Parce que ce qui se passe entre nous ne me donne aucune impression de responsabilité, plutôt d’une récompense. Et je vais m’endormir en me demandant ce que j’ai pu faire pour la mériter.
Je pose le téléphone sur ma poitrine en souriant. Puis je fais une capture d’écran pour garder ce texto. Après quoi j’ouvre le troisième message.
Maman : Un médecin, Lily ? ET ta propre entreprise ? Quand je serai grande, je voudrais être toi.
Je capture également celui-ci.
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