Jamais plus

Colleen Hoover · Chapitre 16 sur 37

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Jamais plus

Chapitre 16

 

 

— Je veux dire, marmonne Allysa. Je ne veux pas jouer les égoïstes, mais si seulement tu avais goûté ce dessert. C’était troooop bon !

— On ne retournera jamais là-bas.

Elle trépigne comme une gamine.

— Mais…

— Non. On doit respecter les sentiments de ton frère.

— Je sais, je sais, maugrée-t-elle en croisant les bras. Aussi, quel besoin avais-tu d’être une ado toujours remplie d’hormones et qui tombait amoureuse du meilleur chef de Boston ?

— Il n’était pas cuisinier quand je le connaissais.

— N’empêche.

Elle sort de mon bureau et ferme la porte derrière elle.

Mon téléphone vibre pour m’annoncer l’arrivée d’un texto.

Ryle : Déjà 5 h de passées. Encore 5 h à tirer. Jusqu’ici ça va. Ma main réagit bien.

Je pousse un soupir de soulagement. Je me demandais s’il pourrait procéder à cette opération aujourd’hui ; il y tenait tellement que j’en suis contente pour lui.

Moi : Les mains les plus sûres de Boston.

J’ouvre alors mon portable pour lire mes e-mails. Le premier provient du Boston Globe, une journaliste qui voudrait faire un article sur la boutique. Je souris bêtement et lui réponds aussitôt quand Allysa rouvre la porte, passe la tête.

— Hé ! dit-elle.

— Oui.

Elle tapote l’encadrement.

— Tu te rappelles m’avoir dit, il y a quelques minutes, que tu ne voulais pas remettre les pieds au Bab’s parce que ce n’est pas gentil vis-à-vis de Ryle, alors que le garçon que tu aimais quand tu étais adolescente en est le propriétaire ?

Je m’adosse à mon siège.

— Où veux-tu en venir ?

— Si on ne peut pas y aller à cause du propriétaire, tu crois que c’est plus gentil que le propriétaire vienne ici ?

Quoi ?

Je pose brutalement mon portable, me lève.

— Pourquoi tu dis ça ? Il est là ?

Elle se glisse dans mon bureau puis elle ferme la porte derrière elle.

— Oui. Il veut te voir. Et je sais que tu es avec mon frère et que je suis enceinte, mais on ne pourrait pas en profiter un petit peu pour admirer en silence cette perfection ambulante ?

Devant son sourire béat, je lève les yeux au ciel.

— Allysa !

— Oh là là, ces yeux !

Elle rouvre et sort. Je la suis, l’entends annoncer :

— Elle arrive. Je prends votre manteau ?

On ne prend pas les manteaux.

— Non merci, dit Atlas en me regardant sortir du bureau. Je n’en ai pas pour longtemps.

Elle s’accoude au comptoir sans le quitter des yeux.

— Restez autant que vous voulez. Au fait, vous ne chercheriez pas un autre boulot ? Lily doit engager du monde et on a besoin de quelqu’un capable de soulever de lourdes charges, très souple aussi.

— Arrête ! lui dis-je.

Elle hausse les épaules, l’air innocent. Je fais signe à Atlas de venir mais évite son regard quand il passe devant moi. Je m’en veux énormément pour ce qui s’est produit hier soir, mais je lui en veux tout autant. Je contourne mon bureau, me laisse tomber sur mon siège, prête à soutenir une discussion orageuse. Pourtant, quand je relève les yeux sur lui, je la boucle. Il sourit, désigne la pièce d’un geste de la main tout en prenant place en face de moi.

— C’est incroyable, Lily.

— Merci.

Il ne cesse de sourire, comme éperdu d’admiration.

Puis il dépose un sac sur le bureau, le pousse vers moi.

— Cadeau, dit-il. Tu pourras l’ouvrir plus tard.

Pourquoi m’offre-t-il cela ? Il a une copine, j’ai un copain. Notre passé nous a déjà causé assez de problèmes comme ça. Pas besoin de cadeau pour en rajouter.

— C’est en quel honneur, Atlas ?

Croisant les bras, il s’adosse à son siège.

— Je te l’ai acheté il y a trois ans. Je l’ai gardé pour le cas où je te reverrais un jour.

Toujours aussi prévenant. Il n’a pas changé. Zut.

Je prends le paquet, le dépose par terre à côté de moi. J’essaie de me détendre un peu, mais c’est difficile avec tout ce qui m’arrive en ce moment.

— Je suis venu te présenter mes excuses, reprend-il. J’écarte l’idée d’un geste de la main.

— Ce n’était qu’un malentendu. Ryle va bien. Il étouffe un petit rire.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je ne vais quand même pas regretter de t’avoir défendue.

— Tu ne me défendais pas. Je n’étais pas attaquée.

Penchant la tête, il me lance le même regard qu’hier soir. Celui qui traduisait sa déception. Ça me fait mal.

Je m’éclaircis la gorge.

— Alors, pourquoi ces excuses ?

Il ne répond pas tout de suite, l’air de réfléchir. Puis :

— Je voulais m’excuser de t’avoir dit que tu me rappelais ta mère. C’était blessant. Désolé.

Je ne sais pas pourquoi il me donne toujours envie de pleurer. Quand je suis avec lui. Quand je pense à lui. Comme si mes émotions tournaient toujours autour de lui, comme si je ne pouvais pas couper le cordon.

Il saisit trois choses sur mon bureau : un stylo, un post-it, mon téléphone.

Il écrit quelque chose puis se met à démonter mon appareil, ôte la coque, glisse le post-it dessous et la remet en place. Après quoi il me le rend. Je l’interroge du regard mais il se lève, jette le stylo sur mon bureau.

— C’est le numéro de mon smartphone. Garde-le caché au cas où tu en aurais besoin.

Cette idée me fait frémir. Idée totalement inutile.

— Je n’en aurai pas besoin.

— J’espère que non.

Il s’apprête à rouvrir la porte et je sais à cet instant que c’est ma seule chance d’exprimer ce que j’ai à lui dire avant qu’il ne sorte à jamais de ma vie.

— Atlas, attends.

Je me lève si vite que mon fauteuil heurte le mur en reculant.

— Pour ce que Ryle t’a dit hier soir… Je n’ai jamais… Je porte une main à mon cou ; je sens mon cœur battre dans ma gorge.

— Je ne lui ai jamais dit ça. Il était vexé, furieux, et il avait mal interprété mes paroles d’autrefois.

La bouche d’Atlas se tord un peu. Je ne sais pas s’il faut y voir une grimace ou un sourire.

— Crois-moi, Lily, je sais que tu ne t’es pas laissé baiser par pitié. J’étais là.

Il sort mais ses paroles me font retomber sur mon siège.

Sauf… que mon siège n’est plus là. Du coup, je me retrouve par terre.

Allysa se précipite, me trouve allongée par terre derrière mon bureau.

— Lily ? s’écrie-t-elle en se penchant sur moi. Ça va ?

— Oui, j’ai raté mon fauteuil

Elle m’aide à me relever.

— Qu’est-ce qu’il voulait ?

— Rien, juste s’excuser.

Elle pousse un soupir.

— Ça veut dire qu’il n’accepte pas le poste ?

Je dois lui reconnaître ça. Même quand je suis complètement bouleversée, elle trouve le moyen de me faire rire.

— Retourne travailler avant que je te retienne cette heure sur ton salaire.

Alors qu’elle sort en riant, je la rappelle :

— Allysa, attends.

— Je sais. Cette visite ne regarde pas Ryle. Pas besoin de me le dire.

— Merci.

Elle ferme la porte.

Je récupère le paquet contenant mon cadeau d’il y a trois ans. Visiblement, il s’agit d’un livre. Je déchire l’emballage et demeure un instant interdite.

La couverture représente une belle photo d’Ellen DeGeneres. Le titre : Sérieusement… je plaisante. Ça me fait rire. J’ouvre la première page, reste bouche bée en voyant la dédicace.

 

Lily,

Atlas dit de nager droit devant soi.

— Ellen DeGeneres

 

Je passe les doigts sur sa signature. Puis je pose le livre sur mon bureau, appuie le front dessus et fais semblant de pleurer sur la couverture.

 

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