Jamais plus

Colleen Hoover · Chapitre 14 sur 37

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Jamais plus

Chapitre 14

 

Mon téléphone sonne. Je décroche pour voir qui c’est et j’en reste interdite. C’est la première fois que Ryle m’appelle. Jusque-là, on se contentait de SMS. Bizarre d’avoir depuis trois mois un copain avec lequel je n’ai jamais parlé au téléphone.

— Allô ?

— Salut, ma copine.

— Salut, mon copain.

— Devine.

— Quoi ?

— Je prends ma journée demain. Ta boutique n’ouvre qu’à treize heures le dimanche. Je viens chez toi avec deux bouteilles de vin. Tu veux bien passer la nuit avec ton copain, baiser jusqu’à plus soif et dormir jusqu’à midi ?

Vraiment gênant l’effet que me font ces paroles.

Je réponds :

— Devine.

— Quoi ?

— Je suis en train de te préparer un dîner. Et je porte un tablier.

— Ah oui ?

— Juste un tablier.

Et je raccroche.

Quelques secondes plus tard, je reçois un texto.

Ryle : Photo, stp.

Moi : Arrive et tu pourras la prendre toi-même.

J’ai presque fini de préparer mon ragoût lorsque la porte s’ouvre. Je le verse dans un plat en verre, sans me retourner et j’entends Ryle entrer dans la cuisine. Quand j’ai dit que je portais juste un tablier, c’était la vérité. Je n’ai même pas mis de culotte.

Je l’entends respirer un coup lorsque je me penche vers le four pour y glisser le plat. Bon, j’en rajoute peut-être un peu dans la démo en me mettant à nettoyer la cuisine avec un torchon, en ondulant des hanches autant que possible. Je couine en sentant un pincement sur ma fesse gauche, fais volte-face pour découvrir un Ryle ravi, deux bouteilles à la main.

— Tu m’as mordue, là ?

Il prend l’air innocent.

— Ne tente pas le scorpion si tu ne veux pas être mordue.

Sans cesser de me dévisager de la tête aux pieds, il ouvre une bouteille, la soulève avant de nous verser un verre.

— Elle est millésimée.

— Ah bon ? En quel honneur ?

— Je vais devenir tonton. J’ai une copine canon. Et je vais pratiquer lundi une rarissime chirurgie crâniopage. Ça arrive peut-être une fois dans la vie.

— Crâno-quoi ?

Il vide son verre de vin et s’en verse un autre.

— Chirurgie crâniopage. Pour séparer des jumeaux siamois. Attachés par la tête. On les surveille depuis leur naissance. C’est une intervention rare. Très rare.

Cette fois, je reste estomaquée devant sa science et son sang-froid. En même temps, rien de plus sexy que de voir à quel point son métier l’excite.

— Ça va prendre combien de temps, d’après toi ?

— Je ne sais pas trop, souffle-t-il. Ils sont jeunes, ils ne supporteront pas une trop longue anesthésie générale.

Et puis il lève la main droite, agite les doigts.

— Mais tu vois là une super main qui a reçu une formation de près d’un demi-million de dollars. Je lui fais confiance.

Je viens y déposer un baiser.

— J’aime beaucoup cette main, moi aussi.

Il la glisse sur mon cou avant de me faire tournoyer pour me plaquer contre le comptoir. Je ne m’attendais pas à ça.

Il se colle contre mon derrière et glisse lentement les mains sur les côtés de mon corps. J’appuie les paumes sur le granite et ferme les yeux, déjà étourdie par le vin que j’ai bu.

— Cette main, murmure-t-il, est la plus sûre de tout Boston.

Il appuie sur ma nuque pour me pencher davantage. Sa main se pose sur l’intérieur de mon genou puis remonte. Lentement.

Il m’écarte les jambes et ses doigts s’introduisent en moi. Je gémis, essaie de trouver quelque chose à quoi m’accrocher. J’attrape le robinet alors que débute le rituel magique.

Et d’un seul coup, tel un magicien, sa main disparaît. J’entends Ryle sortir de la cuisine. Je le regarde passer derrière le bar. Il m’adresse un clin d’œil, vide son verre et lance :

— Je vais prendre une douche rapide.

La provoc’.

— Connard !

— Moi ? Pas du tout ! Je suis un neurochirurgien hautement qualifié !

Je me verse un autre verre en riant.

Je vais lui montrer qu’il n’est pas le seul à savoir plaisanter.

 

*

* *

J’en suis à mon troisième verre de vin quand il sort de ma chambre. Je suis au téléphone avec ma mère, si bien que je le vois du canapé se diriger vers la cuisine pour se servir un autre verre.

C’est vrai que c’est une bonne bouteille.

— Qu’est-ce que tu fais, ce soir ? demande ma mère.

Je l’ai mise sur haut-parleur. Ryle s’adosse au mur pour me regarder lui parler.

— Pas grand-chose. J’aide Ryle à réviser.

— Ça n’a pas l’air… très intéressant.

Il m’adresse un clin d’œil.

— Si, si, très. Je l’aide beaucoup. Surtout à travailler le contrôle moteur de ses mains. En fait, on va sans doute réviser toute la nuit.

Mes trois verres de vin m’ont rendue d’humeur folâtre. Je n’arrive pas à croire que je suis en train de flirter avec lui tout en téléphonant à ma mère. Grave.

— Il faut que j’y aille, lui dis-je. On emmène Allysa et Marshall dîner demain soir, alors je t’appellerai lundi.

— Oh ! Où est-ce que vous les emmenez ?

Je lève les yeux au ciel. Elle ne pige vraiment rien.

— Je n’en sais rien. Ryle, où est-ce qu’on les emmène ?

— Le restau où on est allés avec ta maman, l’autre soir. Bab’s, je crois ? J’ai réservé pour dix-huit heures.

Mon cœur tombe en chute libre tandis que maman s’extasie sur notre choix.

— Ouais, quand on aime le pain rassis. Au revoir, maman.

Je raccroche et laisse tomber :

— Je ne veux pas y retourner. Je n’ai pas aimé.

Essayons autre chose.

Évidemment, je ne vais pas lui dire pourquoi, au fond, je n’ai pas envie d’y remettre les pieds. Mais le moyen d’expliquer à mon nouveau copain que j’essaie d’éviter mon premier amour ?

Il se redresse.

— Ça ira, assure-t-il. Allysa est ravie d’y aller, je lui en ai beaucoup parlé.

Avec un peu de chance, ce sera le jour de congé d’Atlas.

— À propos de repas, reprend Ryle. Je meurs de faim.

Le ragoût !

— Oh merde !

Il se précipite dans la cuisine et je l’y suis. J’entre à l’instant où il ouvre le four et en chasse la fumée avec sa main. Fichu.

Prise de vertige pour m’être levée trop vite après mes trois verres de vin, je saisis le comptoir à l’instant où il attrape le plat à mains nues.

— Ryle ! Prends un…

— Merde !

— Un gant.

Le plat lui échappe des mains et atterrit dans une véritable explosion. Je saute en arrière pour éviter les fragments de verre, de viande et de champignons. Je ris en voyant qu’il n’a même pas songé à utiliser un gant.

Ce doit être le vin. Sans doute assez corsé.

Ryle claque la porte du four et va se passer la main sous le robinet en maugréant. J’essaie de ne pas me marrer mais j’ai du mal devant le ridicule de ces derniers instants. Je regarde le sol – le foutoir qu’il va falloir nettoyer – et j’éclate de rire. Sans parvenir à me calmer, je prends la main de Ryle pour l’examiner. J’espère qu’il n’est pas trop blessé.

Soudain, je ne ris plus du tout. Je me retrouve par terre, la main plaquée sur mon œil.

En un quart de seconde, le bras de Ryle a jailli pour me frapper, me faisant tomber à la renverse. Il y a mis assez de force pour me faire perdre l’équilibre et, au passage, j’ai heurté la poignée du placard.

Une énorme douleur me saisit au coin de l’œil, près de la tempe.

Et là, je sens le poids.

Une sensation de lourdeur qui s’empare de tout mon être, une monstrueuse pesanteur qui marque mes émotions. Tout se brise.

Mes larmes, mon cœur, mon rire, mon âme. Brisés comme du verre, ruisselant autour de moi.

Je m’enveloppe la tête de mes bras en essayant de gommer ces derniers instants.

— Putain, Lily ! Ce n’est pas drôle. Cette main, c’est toute ma carrière.

Je ne relève pas les yeux. Sa voix ne me pénètre pas le corps. J’ai plutôt l’impression qu’elle me transperce, que chacun de ses mots me frappe comme un coup de poignard. Je le sens qui s’approche, pose sa foutue main sur mon dos.

Le caresse.

— Lily, bon sang, Lily !

Il essaie d’ouvrir mes bras mais je refuse de bouger. Je fais non de la tête. Je voudrais que ces quinze secondes s’effacent. Quinze secondes. Il n’en faut pas davantage pour complètement bouleverser l’image d’une personne.

Quinze secondes qui ne s’effaceront jamais.

Il s’assied près de moi, me pose un baiser sur la tête.

— Désolé. C’est juste… juste que je me suis brûlé la main et j’ai paniqué. Tu rigolais et… pardon. Tout s’est passé si vite… Je ne voulais pas te pousser, Lily, désolé.

Cette fois, ce n’est pas la voix de Ryle que j’entends, mais celle de mon père. Pardon Jenny. C’était un accident. Je suis désolé.

— Pardon Lily. C’était un accident. Je suis désolé.

Je voudrais juste qu’il s’en aille. Faisant appel à toute la force de mes deux bras et de mes deux jambes, j’écarte de moi ce sombre enfoiré.

Il tombe en arrière, sur les mains. Son regard reste empreint de regret mais aussi de quelque chose d’autre.

Inquiétude ? Affolement ?

Il lève lentement sa paume droite, couverte de sang qui lui coule en rigoles sur le poignet. Je regarde par terre – les éclats de verre. Sa main . Je l’ai repoussé sur du verre. Il se retourne, se relève, colle sa main sous le robinet, essaie de laver le sang. Je me lève à l’instant où il détache de sa paume un morceau de verre et le jette sur le comptoir. Je vibre encore de colère mais, quelque part, je commence à m’inquiéter pour sa main. Saisissant un torchon, je le lui fourre sur le poing. Il y a trop de sang.

Sa main droite.

Cette opération, lundi…

J’essaie de l’aider à interrompre le saignement, mais je tremble trop.

— Ryle, ta main.

Il l’écarte et, de la gauche, me soulève le menton.

— Laisse tomber, Lily. Rien à foutre. Ça va, toi ?

Il me dévisage d’un air désespéré, examine la coupure sous mon œil.

Mes épaules se mettent à trembler et d’énormes larmes me coulent sur les joues.

— Non.

Encore sous le choc, je sais que ce seul mot suffira à lui faire comprendre mon désarroi.

— Oh, mon Dieu, Ryle, tu m’as poussée. Tu…

Plus je prends conscience de ce qui vient de se passer, moins j’arrive à le supporter.

Il me passe un bras autour du cou, me serre contre lui.

— Je te demande pardon, Lily. Je suis désolé.

Il enfouit le visage dans mes cheveux, m’étreint de toute la force de son émoi.

— Je t’en prie, ne me déteste pas. S’il te plaît !

Sa voix commence lentement à redevenir celle de Ryle et je la sens dans mon ventre, dans mes pieds. Toute sa carrière dépend de sa main, et on dirait qu’il ne s’en inquiète même pas. Je n’y comprends plus rien.

Il vient de se passer trop de choses. La fumée, le vin, le verre brisé, la nourriture éparpillée, les excuses, ça fait trop.

— Je te demande pardon, reprend-il

Je recule. Il a les yeux rouges. Je ne l’ai jamais vu comme ça.

— J’ai paniqué, Lily. Je ne voulais pas te pousser, c’était juste un geste de panique. Je ne pensais qu’à l’opération de lundi, à ma main et… Pardon.

Il pose lentement ses lèvres sur les miennes, respire dans ma bouche.

Il n’est pas comme mon père. Ce n’est pas possible. Il n’a rien à voir avec ce salaud irresponsable.

On est tous les deux autant bouleversés l’un que l’autre, et on s’embrasse, tristes, éperdus. Je n’ai jamais vécu un moment pareil – aussi horrible et douloureux. Pourtant, quelque part, tout ce qui parvient à soulager la blessure causée par cet homme est justement cet homme. Mes larmes s’apaisent sur son regret, mes émotions sur sa bouche collée contre la mienne, et sa main me retient comme pour ne plus jamais me laisser partir.

Je sens ses bras entourer ma taille ; il me soulève, enjambe prudemment le bordel qu’on a causé. Je ne sais pas lequel de nous deux me déçoit le plus. Lui pour avoir perdu son sang-froid ou moi pour me laisser rassurer par ses excuses.

Il m’embrasse encore en m’emportant vers la chambre, m’embrasse toujours quand il me dépose sur le lit, avant de murmurer :

— Je te demande pardon, Lily.

Il pose les lèvres sur mon œil blessé.

— Je suis désolé.

Sa bouche revient sur la mienne, chaude et humide, et je ne sais même pas ce qu’il m’arrive. J’ai trop mal à l’intérieur, pourtant mon corps n’aspire qu’à écouter ses excuses, à recevoir les caresses de sa bouche et de ses mains. J’ai envie de l’engueuler, de réagir comme j’ai toujours souhaité voir réagir ma mère quand mon père la frappait mais, au fond, je voudrais croire que ce n’était qu’un accident. Ryle n’est pas comme mon père. Il n’a rien à voir avec lui.

J’ai besoin de sentir ses regrets. Et c’est exactement ce qui m’arrive avec ses baisers. J’écarte les jambes et son remords prend une autre forme. Celle de poussées lentes et contrites en moi. À chaque fois, il murmure une nouvelle excuse. Et, par je ne sais quel miracle, chaque fois qu’il se retire, ma colère s’en va avec lui.

 

*

* *

Il m’embrasse l’épaule. La joue. L’œil. Il est toujours sur moi, à me caresser gentiment. Personne ne m’avait jamais touchée comme ça… avec une telle tendresse. J’essaie d’oublier ce qui s’est passé dans la cuisine, mais je n’ai plus que ça en tête maintenant. Tout ça me revient brutalement.

Il m’a envoyée promener.

Ryle m’a repoussée.

Durant quinze secondes, je l’ai vu sous un aspect qui ne lui ressemblait pas. Ni à lui ni à moi. Je me suis fichue de lui alors que j’aurais dû m’inquiéter. Il m’a envoyée promener alors qu’il n’aurait pas dû me toucher. Je l’ai bousculé et il s’est coupé la main.

Tout cet épisode est vraiment horrible. Quinze secondes abominables. Je voudrais ne jamais y repenser.

Il a toujours le torchon entre les mains, baigné de sang. Je le repousse de nouveau.

— Je reviens, lui dis-je.

Il m’embrasse encore une fois, s’écarte de moi. Je me rends à la salle de bains, ferme la porte. En me voyant dans la glace, j’étouffe un cri.

Du sang. Dans mes cheveux, sur mes joues, sur mon corps. Tout son sang. J’attrape une serviette pour essayer de l’enlever, puis je cherche la trousse de premiers secours sous le lavabo. J’ignore la gravité de sa blessure. Il a commencé par se brûler, ensuite il s’est coupé. Tout ça à peine une heure après m’avoir dit à quel point cette opération allait compter pour sa carrière.

Plus de vin. On n’avalera plus jamais un verre de vin millésimé.

J’attrape la trousse et retourne dans la chambre. Lui-même revient de la cuisine avec un sachet de glace.

— Pour ton œil, me dit-il.

Je lui tends la trousse :

— Pour ta main.

On se sourit puis on se rassied sur le lit. Il s’appuie au dosseret tandis que je pose sa main sur mes genoux. Tout le temps que je la nettoie, il appuie la glace sur mon œil. Je verse un peu de désinfectant sur mon doigt et l’étale sur sa blessure. À mon grand soulagement, ça m’a l’air moins grave que je ne le craignais. Je lui demande quand même :

— Tu pourras éviter les ampoules ?

— Pas si c’est du deuxième degré.

J’ai envie de savoir s’il pourra malgré tout procéder à l’opération avec des ampoules aux doigts, mais je préfère me taire. Je suis sûre qu’il ne pense qu’à ça en ce moment. Le sang ne coule plus et s’il avait besoin de points de suture, il les ferait lui-même, mais je crois que ça va aller comme ça. Je sors un bandage avec lequel je commence à lui envelopper la main.

— Lily…

Je relève les yeux. Il a la tête appuyée au dosseret, on le dirait au bord des larmes.

— Je m’en veux, murmure-t-il. Si je pouvais effacer…

— Je sais, Ryle, je sais. C’était terrible. Tu m’as poussée. Ça a remis en question tout ce que je croyais savoir sur toi. Mais je sais que tu regrettes. On ne pourra rien effacer, alors je préfère ne plus en parler.

Je ferme le bandage autour de sa main, le regarde dans les yeux.

— En même temps, Ryle, si jamais ça recommence… Je saurai que cette fois-ci non plus ce n’était pas un accident. Et je te quitterai sans la moindre arrière-pensée.

Il me dévisage un long moment, l’air complètement navré. Il se penche, pose ses lèvres sur les miennes.

— Ça ne se reproduira pas, Lily. Juré. Je ne suis pas comme lui. Je sais ce que tu penses, mais je te jure…

Je secoue la tête pour qu’il arrête. Je ne supporte plus la douleur dans sa voix.

— Tu n’as rien à voir avec mon père. Mais… s’il te plaît, ne me donne plus jamais aucun doute. S’il te plaît.

Il écarte des mèches de mon front.

— Tu es ce qui compte le plus dans ma vie, Lily. Je veux te rendre heureuse, pas te faire souffrir.

Il m’embrasse puis se lève, se penche de nouveau en appuyant le sachet de glace sur mon visage.

— Garde-le encore une dizaine de minutes. Tu vas voir, ça empêchera ton œil de gonfler.

— Où vas-tu ?

— Nettoyer mes bêtises.

Il passe les vingt minutes suivantes à tout nettoyer dans la cuisine, jeter du verre dans la poubelle et verser du vin dans l’évier. Je retourne à la salle de bains pour prendre une douche et achever de laver le sang ; je change également les draps du lit et, quand il a fini de tout nettoyer, il me rejoint dans la chambre avec un verre. Qu’il me tend.

— Du soda, dit-il. La caféine te fera du bien.

J’en bois une gorgée et le sens pétiller dans ma gorge. Exactement ce qu’il me fallait. J’en prends encore, repose le verre sur ma table de nuit.

— Ça soigne quelque chose ? La gueule de bois ?

Il se glisse dans le lit, remonte les couvertures sur nous.

— Non, je ne crois pas que ça soit très efficace. Mais ma mère me donnait des sodas pour me consoler et ça allait un peu mieux après.

— En tout cas, ça marche.

Il me passe une main sur la joue et je lis dans ses yeux, je vois à son attitude, qu’il mérite au moins une seconde chance. Si je n’arrive pas à lui pardonner, je risque de déplacer sur lui une partie de mon ressentiment envers mon père. Il n’est pas comme mon père. Ryle m’aime. Il ne me l’a jamais dit, mais je le sais. Et je l’aime. Je suis certaine que ce qui s’est passé dans la cuisine ce soir ne se reproduira jamais. Il est trop bouleversé de m’avoir frappée.

Tout le monde commet des erreurs. Le caractère d’une personne n’est pas déterminé par ses erreurs, mais par les leçons qu’elle en tire.

Il écarquille les yeux, se penche et me baise la main, puis repose sa tête sur l’oreiller ; on reste là, à se regarder, à partager cette énergie qui comble les vides laissés en nous par cette soirée. Puis, il me serre la main.

— Lily, je suis amoureux de toi.

Ses paroles m’emplissent le cœur et le corps. Alors je murmure :

— Moi aussi, je t’aime.

C’est la vérité la plus nue que je lui aie jamais dite.

 

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