Jamais plus
Deuxième Partie
OceanofPDF.com
CHAPITRE 18
— Mon Dieu ! Je crois que je vais vomir.
Ryle me soulève le menton du pouce en souriant.
— Tout ira bien. Ne t’affole pas.
Je secoue les bras et je saute sur place au milieu de l’ascenseur.
— Je ne peux pas m’en empêcher. Avec ce que vous m’avez dit sur votre mère, Allysa et toi, je suis dans tous mes états.
J’écarquille les yeux, porte mes mains à ma bouche.
— Oh, mon Dieu, Ryle ! Si elle me pose des questions sur Jésus ? Je ne vais pas à l’église. Bon, j’ai lu la Bible quand j’étais plus jeune, mais je ne serai pas capable de répondre à un questionnaire trop précis.
Là, il rit de bon cœur, m’attire contre lui, m’embrasse sur la tempe.
— Elle ne te parlera pas de Jésus. Elle t’aime déjà, après tout ce que je lui ai dit de toi. Reste toi-même et tout ira bien, Lily.
— Bon, d’accord. Je devrais pouvoir rester moi-même au moins une soirée.
Les portes s’ouvrent et il m’entraîne chez Allysa. Ça m’amuse de le voir frapper mais je suppose que, techniquement, il n’habite plus ici. Ces derniers temps, il s’est peu à peu installé chez moi ; tous ses vêtements sont dans mon placard, ainsi que ses affaires de toilette. La semaine dernière, il a même accroché dans notre chambre ce ridicule portrait flou de moi, comme pour rendre les choses encore plus officielles.
— Elle sait qu’on vit ensemble ? Elle est d’accord ? C’est vrai, on n’est pas mariés. Elle va à l’église tous les dimanches. Oh, non, Ryle ! Et si ta mère me prend pour une pute blasphématoire ?
D’un mouvement de la tête, il me désigne la porte et j’aperçois sa mère sur le seuil, l’air choqué.
— Maman, je te présente mon amie Lily. Ma pute blasphématoire.
Oh mon Dieu !
Sa mère me saisit dans ses bras et son rire me détend aussitôt.
— Lily ! dit-elle en me repoussant pour mieux me regarder. Ma chérie, je ne vous considère pas du tout comme une pute blasphématoire. Vous êtes l’ange que je prie le Ciel depuis dix ans d’envoyer dans les bras de Ryle.
Elle nous fait entrer dans l’appartement et c’est ensuite le père de Ryle qui m’accueille dans une aimable étreinte.
— Non, dit-il, vous n’avez rien d’une pute blasphématoire. Au contraire de Marshall qui a planté ses dents dans ma petite fille alors qu’elle n’avait que dix-sept ans. Il jette un regard noir à son gendre assis sur le canapé.
Gendre qui éclate de rire.
— C’est là que vous faites erreur, Docteur Kincaid, car c’est Allysa qui m’a mordu la première. Mes dents étaient alors plantées dans une autre fille qui avait un goût de chips et…
Il se plie en deux alors qu’Allysa lui balance un coup de coude dans les côtes.
Et là, toutes mes craintes s’évanouissent. Ils sont parfaits. Normaux. Ils disent pute et rient aux plaisanteries de Marshall.
Je n’aurais pu rêver mieux.
Trois heures plus tard, je suis allongée avec Allysa sur son lit. Leurs parents sont allés se coucher tôt, à cause du décalage horaire. Ryle et Marshall sont restés au salon pour regarder un match. J’ai posé la paume sur le ventre d’Allysa dans l’espoir de sentir le bébé donner des coups de pied.
— Ses pieds sont là, dit-elle en déplaçant un peu ma main. Attends quelques secondes. Elle est très active ces temps-ci.
On ne dit plus rien jusqu’à ce que je sente un petit choc ; je couine de rire.
— Oh, la vache ! C’est fou !
— Plus que deux mois et demi. Ça va être la folie.
J’ai trop hâte de la voir.
— Moi aussi. Je serai complètement gâteuse.
— J’aimerais tant que Ryle et toi ayez un bébé !
Je retombe en arrière, glisse les mains sous ma tête.
— Je ne suis pas sûre qu’il en veuille un. On n’en a jamais vraiment parlé.
— On s’en fiche qu’il en veuille ou non. Il changera d’avis. Il ne voulait pas non plus de fille dans sa vie avant toi, et maintenant, j’ai l’impression qu’il va te demander en mariage dans les prochains mois.
Je me redresse pour lui faire face.
— Attends, ça fait à peine six mois qu’on sort ensemble. Je crois qu’il va vouloir attendre encore.
Je préfère ne pas bousculer Ryle sur le plan de nos relations. Notre vie est parfaite telle quelle. De toute façon, on n’aurait pas le temps de se marier et ça m’est égal s’il ne veut rien décider pour le moment.
— Et toi ? insiste Allysa. Tu dirais oui s’il te demandait de l’épouser ?
— Hé ! Tu rigoles, là ? Bien sûr ! Je le ferais ce soir.
Elle regarde par-dessus mon épaule, en direction de la porte, se mord les lèvres.
— Il était là, c’est ça ?
Elle hoche la tête.
— Il a entendu tout ce que j’ai dit ? Nouveau hochement de tête.
Je m’étends sur le dos et aperçois soudain Ryle adossé à l’encadrement, les bras croisés. Je ne sais pas trop ce qu’il pense de tout ça. Son expression reste fermée, sa mâchoire serrée, ses yeux plissés.
— Lily, laisse-t-il tomber, je t’épouserais sur-le-champ si tu l’acceptais.
Ça m’arrache un sourire gêné et je me cache la tête sous l’oreiller avant de répondre d’une voix étouffée :
— Euh, merci bien, Ryle !
— Trop chou ! commente Allysa. Mon frère est chou.
L’oreiller disparaît soudain de ma tête. C’est Ryle qui le tient le long de sa cuisse.
— On y va.
Mon cœur se met à battre.
— Là, tout de suite ?
— J’ai pris le week-end pour voir mes parents, tu as des gens qui peuvent gérer la boutique à ta place. On file se marier à Las Vegas.
Allysa s’assied sur le lit.
— Tu ne vas pas faire ça ! Lily est une fille. Elle veut un vrai mariage avec des fleurs, des demoiselles d’honneur et tout.
— C’est vrai ça ? m’interroge-t-il. Un vrai mariage avec des fleurs, des demoiselles d’honneur et tout ?
J’y réfléchis une seconde.
— Non.
On se tait tous les trois jusqu’à ce qu’Allysa se mette à agiter les jambes sur le lit comme une gamine excitée.
— Ils vont se marier ! crie-t-elle avant de se ruer dans le salon. Marshall, les valises ! On va à Las Vegas !
Ryle me saisit la main pour m’aider à me relever. Il sourit, mais je n’ai aucune envie de continuer s’il n’en a pas réellement envie.
— Tu es sûr, Ryle ?
Il passe sa main dans mes cheveux, m’effleure les lèvres des siennes.
— La vérité toute nue, murmure-t-il. J’ai tellement hâte d’être ton mari que j’en pisserais dans mon froc.
OceanofPDF.com