Jamais plus
Chapitre 31
Maman : Tu me manques. Quand est-ce que je te vois ?
Je relis le texto. Voilà deux jours que Ryle est au courant pour ma grossesse. Il serait temps que j’en parle à ma mère. La seule chose qui m’ennuie, c’est que je vais devoir également l’informer de la situation avec Ryle.
Moi : Je voudrais te voir moi aussi. Je viendrai demain après le boulot. Tu pourrais préparer des lasagnes ?
À peine lui ai-je envoyé ce message que j’en reçois un autre :
Allysa : Monte dîner avec nous ce soir. C’est pizza maison.
Voilà plusieurs jours que je ne suis pas allée la voir. En fait depuis le départ de Ryle. Je ne sais pas trop où il habite, mais j’imagine que c’est chez eux. La dernière chose dont j’aie envie serait de me retrouver dans le même appartement que lui.
Moi : Il y aura qui d’autre ?
Allysa : Lily… je ne te ferais jamais ça. Il travaille jusqu’à demain matin 8 h. On sera juste tous les trois.
Elle me connaît bien. Je lui réponds en disant que j’arrive directement après le travail.
*
* *
— Ils mangent quoi les bébés à cet âge-là ?
On est assis autour de la table. Rylee dormait déjà quand je suis arrivée, mais je l’ai réveillée pour pouvoir lui faire un câlin. Allysa m’a laissée faire en disant qu’elle préférait ne pas la voir trop éveillée à l’heure du coucher.
— Du lait maternel, dit Marshall la bouche pleine. Mais, parfois, je plonge un doigt dans mon soda pour lui faire goûter.
— Marshall ! crie Allysa. J’espère que tu plaisantes !
— Évidemment.
Je n’en suis pas si sûre que ça… Je préfère détourner la conversation :
— Mais quand est-ce qu’ils se mettent à manger de la nourriture de bébé ?
J’ai peut-être intérêt à le savoir avant d’accoucher.
— Vers le quatrième mois, dit Allysa en bâillant.
Elle repose couteau et fourchette, se frotte les yeux.
Alors je propose :
— Tu veux que je l’emmène chez moi, ce soir, pour que vous puissiez avoir une nuit complète ?
— Non, merci.
Elle a répondu pendant que Marshall s’exclamait :
— Ce serait hyper gentil !
— Bon, dis-je en riant. J’habite à l’étage au-dessous. Je ne travaille pas demain, alors si je ne dors pas cette nuit, je me rattraperai demain.
Allysa semble réfléchir puis :
— Je laisserai mon téléphone allumé au cas où tu m’appellerais.
— Tu as entendu ça ? dis-je à Rylee. Tu vas passer la nuit chez tante Lily !
*
* *
Avec tout ce qu’Allysa met dans son sac à langer, on croirait que j’emmène Rylee à l’autre bout du pays.
— Elle te préviendra quand elle aura faim. Ne réchauffe pas le lait au micro-ondes, mets-le dans…
— Je sais. J’ai déjà dû lui préparer quelque chose comme cinquante biberons depuis qu’on se connaît !
Allysa me tend le sac et on s’allonge toutes les deux en attendant que, dans le salon, Marshall finisse de nourrir le bébé une dernière fois.
— Tu sais ce que ça veut dire ? me demande-t-elle.
— Non. Quoi ?
— Je vais faire l’amour ce soir. La dernière fois remonte à quatre mois.
Elle pouffe de rire puis se rassied, toute droite.
— Merde, souffle-t-elle. Je devrais me raser les jambes.
Ça non plus je ne l’ai pas fait depuis quatre mois.
Mon rire est coupé net par un mouvement dans mon ventre.
— Oh, mon Dieu, Allysa ! Je viens de sentir quelque chose !
— C’est vrai ?
Elle pose une main dessus et on ne bouge plus pendant cinq bonnes minutes en attendant que ça se reproduise. Ça revient, mais si légèrement que je le perçois à peine. Je me remets à rire.
— Je n’ai rien senti, marmonne Allysa. Il va sans doute falloir encore plusieurs semaines avant qu’on puisse le sentir de l’extérieur. C’était la première fois ?
— Oui. D’ailleurs, j’avais peur de porter le bébé le plus paresseux du monde.
Je garde les mains sur mon ventre dans l’espoir qu’il va recommencer. On ne bouge pas encore quelques minutes et je ne peux m’empêcher de regretter que les circonstances ne soient pas différentes. Ryle devrait être là. Il devrait être assis à côté de moi, la main sur mon ventre. Pas Allysa.
Cette pensée m’ôte presque toute ma joie. Elle doit s’en apercevoir car elle se relève, l’air grave.
— Lily. Je voudrais te dire quelque chose. Mon Dieu ! Je n’aime pas le son de sa voix.
— Qu’y a-t-il ?
Elle pousse un soupir, qu’elle accompagne d’un sourire forcé.
— Je sais que tu es triste de découvrir ça sans mon frère. Mais, quoi qu’il arrive, dis-toi que tu es en train de vivre la plus belle expérience de ta vie. Tu seras une maman formidable, Lily. Ce bébé a beaucoup de chance.
Je suis contente que personne ne nous voie en ce moment parce que ses paroles me font rire, pleurer, renifler comme une ado en quête d’émotions fortes. Je la serre dans mes bras, la remercie. Étonnant comme de telles paroles peuvent me rendre la joie que j’avais commencé à éprouver.
— Maintenant, ajoute-t-elle en souriant, prends ma fille, emmène-la loin d’ici, que je puisse m’envoyer en l’air avec mon mari pété de thunes.
— Toi, au moins, tu sais alléger l’atmosphère. C’est un de tes points forts.
— C’est à ça que je sers. Allez, barre-toi, maintenant.
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