Jamais plus

Colleen Hoover · Chapitre 6 sur 37

Pages du PDF

Jamais plus

Chapitre 6

 

 

Voilà cinquante-trois jours que Ryle a quitté mon appartement, ce matin-là. Autrement dit cinquante-trois jours que je n’ai pas de nouvelles de lui.

Mais c’est bon car j’étais tellement occupée que je n’ai pas vraiment eu le temps de penser à lui. J’avais un événement à préparer.

— Prête ? demande Allysa.

Sur mon signe de tête, elle tourne l’enseigne sur ouvert et on se serre dans les bras en couinant comme des gamines.

On se précipite vers le comptoir en attendant notre premier client. C’est juste une pré-inauguration et je n’ai donc pas encore effectué de campagne de promotion, mais on voudrait déjà s’assurer qu’il n’y a pas de problèmes avant l’inauguration officielle.

— C’est vraiment joli ici ! s’exclame Allysa.

Moi aussi, j’explose de fierté. Mais à ce point, je ne suis pas certaine que ça compte vraiment. Je me suis déjà défoncée pour réaliser mon rêve. Ce qui pourra arriver ensuite ne sera que la cerise sur le gâteau.

— Ça sent trop bon, ici, dis-je. J’adore cette odeur.

Je ne sais pas si on aura un seul client aujourd’hui, mais on fait toutes les deux comme si c’était la plus belle chose qui nous soit arrivée dans la vie, alors peu importe.

Et puis Marshall va venir, ainsi que ma mère après son travail. Deux clients sûrs. Déjà ça.

Allysa me serre le bras quand la porte s’ouvre. Prise d’une légère panique, je me demande soudain ce qu’on ferait si quelque chose ne tournait pas rond.

Et puis je panique vraiment parce que quelque chose ne tourne effectivement pas rond. Pas rond du tout. Mon tout premier client n’est autre que Ryle Kincaid.

Il s’arrête quand la porte se ferme derrière lui, regarde autour de lui, l’air stupéfait.

— Quoi ? dit-il en tournant sur lui-même. C’est fou ! On se croirait à une autre adresse.

Bon, finalement, ce n’est peut-être pas si mal de l’avoir pour premier client.

Il lui faut quelques minutes pour atteindre le comptoir car il s’arrête à chaque pas pour toucher les vases, les bouquets, les objets de décoration. Quand il arrive enfin, Allysa le serre dans ses bras.

— C’est beau, n’est-ce pas ? dit-elle en me désignant de la main. Toutes ces idées viennent d’elle. Moi, j’ai juste aidé à nettoyer.

Il se met à rire.

— Arrête ! Tu es toi-même trop douée !

— Exactement, dis-je. Elle a eu au moins la moitié de nos bonnes idées.

Ryle me sourit, ce qui me fait l’effet d’un coup de poignard dans le cœur. Ouf !

Il tape des mains sur le comptoir.

— Je suis bien le premier client ?

Allysa lui tend un dépliant.

— Pour ça, il faut acheter quelque chose.

Il examine les photos et les explications, puis repose le papier avant d’aller chercher, dans un vase, un bouquet de lys mauves.

— Voilà ce que je prends.

— On te les livre quelque part ? demande sa sœur.

— Parce que vous livrez, aussi ?

— Pas Allysa ni moi, dis-je. Mais on a un livreur au garde-à-vous. On ne pensait pas le faire travailler dès aujourd’hui.

— Tu achètes vraiment ça pour une fille ? s’enquiert Allysa.

Elle semble le surveiller comme le ferait tout naturellement une sœur, mais je ne peux m’empêcher de me rapprocher d’elle pour entendre sa réponse.

— Exact, dit-il en me regardant. En même temps, je ne pense pas trop à elle. Presque jamais.

— La pauvre, dit sa sœur en lui tendant une carte. Tiens, pauvre con, écris-lui un message dessus et mets au dos l’adresse où tu souhaites qu’on envoie ces fleurs.

Je le regarde faire sans parvenir à réprimer un pincement de jalousie.

— Tu l’amènes à ma soirée d’anniversaire, vendredi ? reprend Allysa.

J’observe la réaction de Ryle. Il ne relève pas la tête.

— Non. Tu y vas, Lily ?

Je ne perçois pas, à son ton, s’il souhaite que je vienne ou non. Étant donné son état de stress, je dirais que non.

— Je ne sais pas encore.

— Elle viendra, dit Allysa avant de se tourner vers moi. Tu entends ? Tu viens, sinon je démissionne.

Quand Ryle a fini ses devoirs, il glisse le message dans une enveloppe épinglée aux fleurs. Allysa calcule le total et il paie en espèces tout en me regardant.

— Lily, tu sais que, quand on ouvre une boutique, c’est la coutume d’encadrer le premier billet qu’on touche ?

Bien sûr que je le sais. Aussi bien que lui. Il agite le dollar qui sera ainsi exposé tout le temps que vivra cette boutique.

Je pousserais presque Allysa à le rembourser, mais les affaires sont les affaires. Ce n’est pas le moment de jouer les effarouchées.

Une fois qu’il a son reçu, il tapote le comptoir pour attirer mon attention, me sourit.

— Félicitations, Lily.

Puis il tourne les talons et s’en va. Dès que la porte se referme derrière lui, Allysa attrape l’enveloppe.

— À qui est-ce qu’il les envoie, ces fleurs ? dit-elle en sortant la carte. Ce n’est pas son genre.

Elle lit à haute voix : « Pour empêcher ça. »

Merde alors.

L’air intrigué, elle marmonne :

— Pour empêcher ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Là, je n’y tiens plus. Je lui arrache la carte des mains, la retourne. Elle se penche pour la lire avec moi.

— Quel idiot ! s’esclaffe-t-elle. Il a écrit l’adresse de la boutique au dos.

Ouah !

Ryle qui vient de m’acheter des fleurs… Allysa sort son téléphone.

— Je lui envoie un texto pour lui dire qu’il s’est fichu dedans. Franchement, pour un neurochirurgien, quel imbécile !

Et moi, je ris intérieurement. Encore heureux qu’elle regarde les fleurs et pas moi, sinon, elle risquerait de comprendre.

— Je vais les garder dans l’arrière-boutique jusqu’à ce qu’il indique ce qu’il faut en faire, dis-je en emportant mes fleurs.

 

OceanofPDF.com