Jamais plus

Colleen Hoover · Chapitre 1 sur 37

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Jamais plus

Première Partie

 

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CHAPITRE 1

 

À califourchon sur le rebord du toit, je contemple les rues de Boston depuis le onzième étage, sans pouvoir m’empêcher de songer au suicide.

Pas le mien. J’aime assez ma vie pour compter la savourer jusqu’au bout.

Je songe davantage à d’autres gens et je me demande comment certains peuvent vouloir mettre fin à leurs jours. Et s’ils finissaient par le regretter ? Durant le moment qui sépare leur saut de l’impact final… Ils doivent bien être pris d’une seconde de remords au cours de cette brève chute libre. Regardent-ils le sol qui s’approche en se disant : Et merde ! Je n’aurais pas dû.

Au fond, peut-être pas.

Je pense beaucoup à la mort. Surtout aujourd’hui, alors que je viens – il y a douze heures – de prononcer la plus épique des oraisons funèbres à laquelle les habitants de Plethora aient jamais assisté. Bon, d’accord, ce n’était peut-être pas la plus épique. Certains la considéreraient davantage comme la plus désastreuse. Tout dépend s’il s’agit du point de vue de ma mère ou du mien. Ma mère qui ne voudra sans doute plus m’adresser la parole pendant au moins un an.

Qu’on ne s’y trompe pas, mon oraison n’était pas assez profonde pour entrer dans l’Histoire, comme celle de Brooke Shields aux funérailles de Michael Jackson, ou celle de la sœur de Steve Jobs, ou celle du frère de Pat Tillman. Mais elle était quand même épique, dans son genre.

Au début, j’étais anxieuse. C’était bien l’enterrement du prodigieux Andrew Bloom, maire révéré de notre bonne ville de Plethora, dans le Maine. Propriétaire de la plus prospère des agences immobilières de la région. Époux de l’exquise Jenny Bloom, professeure adjointe la plus adorée de tout Plethora. Et père de Lily Bloom – cette drôle de fille aux improbables cheveux roux, qui avait trouvé le moyen de tomber amoureuse d’un S.D.F et jeté l’opprobre sur toute sa famille.

Bon, c’est moi. Je suis Lily Bloom, et Andrew était mon père.

J’avais à peine achevé son oraison funèbre que j’ai dû foncer prendre mon vol de retour pour Boston ; là, j’ai filé vers le premier toit accessible. Encore une fois, je ne suis pas suicidaire. Je n’ai aucune intention de me balancer au sol. J’avais juste besoin d’un peu d’air et de silence, choses totalement impossibles depuis mon appartement du deuxième étage, sans aucun accès au toit et où sévit une coloc qui adore s’entendre chanter.

En revanche, je ne pensais pas qu’il y ferait aussi froid. Ce n’est pas insupportable, c’est juste désagréable. Au moins, je vois les étoiles. Père décédé, coloc exaspérante, éloges douteux, tout ça ne paraît plus si terrible quand le ciel nocturne est assez clair pour littéralement témoigner de la grandeur de l’univers.

J’aime bien quand le ciel me rend trop insignifiante.

J’aime cette nuit.

Enfin… Pour tout dire, il faudrait que j’apporte une petite correction à cette dernière phrase.

J’aimais cette nuit.

Car, pas de chance, la porte vient de s’ouvrir si brutalement qu’on pourrait s’attendre à voir l’escalier cracher un être humain sur le toit. Puis elle claque et des pas retentissent derrière moi. Je ne me donne même pas la peine de regarder. Qui que ce soit, il ne risque pas de me repérer, assise sur le rebord à gauche de l’entrée. Cette personne a surgi si brusquement… Ce n’est pas ma faute si elle se croit seule.

Dans un léger soupir, je ferme les yeux et appuie la tête sur le mur de stuc derrière moi, tout en maudissant la destinée de m’arracher à ce moment paisible. Le moins qu’elle pourrait faire, aujourd’hui, serait de m’envoyer une femme et non un homme pour me tenir compagnie. Malgré ma taille, je suis coriace et peux sans doute me défendre, mais je me sens trop bien en ce moment pour affronter un inconnu, seule sur un toit en pleine nuit. Je ferais sans doute mieux de m’en inquiéter et de me lever, seulement je n’ai aucune envie de partir. Comme je l’ai déjà dit, je me sens trop bien…

Je finis par tourner les yeux vers la silhouette accoudée au rebord. C’est bien ma chance : il s’agit d’un homme. Il a beau se pencher, on voit qu’il est grand. Ses larges épaules créent un étonnant contraste avec cette façon poignante qu’il a de se tenir la tête entre les mains ; et aux mouvements de son dos, on devine qu’il pousse de profonds soupirs.

Il semble sur le point de piquer une crise. J’ai presque envie de lui parler, pour qu’il prenne conscience de ma présence, ou au moins de m’éclaircir la gorge, mais c’est là qu’il se retourne pour balancer un coup de pied dans l’une des chaises de jardin derrière lui.

Je frémis quand j’entends les quatre pieds crisser sur le sol mais, apparemment inconscient de ma présence, ce type continue d’envoyer promener la chaise, comme s’il s’exaspérait de la voir chaque fois reculer au lieu de se renverser.

Cette chaise doit être en polymère marin.

Un jour, j’ai vu mon père heurter avec sa voiture une table en polymère marin qui lui a pratiquement ri au nez. Il y a cabossé son pare-chocs sans qu’elle-même ne présente la moindre égratignure.

Ce garçon doit comprendre qu’il ne l’emportera pas sur un matériel d’aussi grande qualité car il finit par s’arrêter, les poings serrés le long du corps. Pour tout dire, je l’envie un peu. Voilà un mec qui parvient à maîtriser sa fureur, tel un champion. Apparemment, il vient de vivre une journée de merde, tout comme moi d’ailleurs, mais, tandis que je refoule ma rage dans une sorte d’agressivité passive, lui s’est trouvé un exutoire.

Moi, je me détends plutôt avec le jardinage. Dès que je me sens stressée, je sors ramasser arracher les mauvaises herbes autour de moi. Sauf que, depuis que je me suis installée à Boston, il y a deux ans, je n’ai plus de jardin. Ni de terrasse. Même pas de brindilles qui traînent.

Je devrais peut-être investir dans une chaise en polymère marin. J’examine encore le type un petit moment, curieuse de découvrir quand il va bouger. Mais non, il reste là, debout, à regarder la chaise. Ses mains se sont détendues, remontées sur les hanches ; là, je constate que sa chemise ne lui va pas ; du moins pas autour des biceps. Ailleurs ça passe, mais il a vraiment des bras énormes. Il se met à fouiller dans ses poches puis – dans ce qui ressemble à un nouveau geste de défoulement – il allume un joint.

J’ai vingt-trois ans. J’ai fini l’université et il m’est arrivé de m’offrir un ou deux moments de came détente. Je ne vais pas juger ce type qui éprouve le besoin de fumer en solitaire. Sauf qu’il n’est justement pas seul. Et qu’il ne le sait pas.

Il tire une longue taffe puis, en regagnant le rebord, m’aperçoit, soupire. Quand nos regards se croisent, il s’immobilise. Il n’a pas l’air choqué du tout, mais pas amusé non plus. Il se trouve à environ trois mètres de moi, cependant les étoiles brillent assez pour que je voie ses yeux descendre lentement le long de mon corps, sans laisser paraître la moindre pensée. Ce type sait se maîtriser. Il a l’air impassible, la bouche serrée, telle une version masculine de la Joconde .

— Comment vous appelez-vous ? demande-t-il.

Sa voix me serre le cœur. Pas bon. Les voix devraient s’arrêter aux oreilles, mais, parfois – pas trop souvent, en fait – un timbre se réverbère à travers tout mon corps. Comme celui-ci, profond, déterminé, velouté.

Comme je ne lui réponds pas, le mec tire une deuxième bouffée de son joint.

— Lily, dis-je alors.

Je déteste ma voix. Elle me semble trop fragile pour seulement atteindre ses oreilles à cette distance, alors pour ce qui est de se réverbérer à travers son corps…

Il hausse légèrement le menton, penche la tête vers moi.

— Vous voulez bien descendre de là, Lily ?

Alors seulement je remarque sa posture. Il se tient tout droit face à moi, si ce n’est rigide. Comme s’il avait peur que je tombe. Mais non. Ce rebord fait au moins trente centimètres de large et je me tiens plutôt du côté du toit. Je pourrais facilement me rattraper si je glissais, d’autant que le vent souffle dans la bonne direction.

— Non, ça va. Je me sens tout à fait à l’aise.

Il se détourne légèrement, comme s’il ne pouvait me regarder plus longtemps.

Descendez, s’il vous plaît ! Il y a sept chaises libres ici.

 

Malgré le s’il vous plaît, c’est presque un ordre.

Plutôt six, rectifié-je pour lui rappeler qu’il a presque assassiné la septième.

Il n’a pas l’air de trouver ça drôle et, comme je ne bouge toujours pas, il se rapproche encore.

— Vous êtes à cinq centimètres de tomber et de vous tuer. J’en ai assez vu comme ça pour la journée.

Il me fait de nouveau signe de descendre.

— Vous me faites peur, ajoute-t-il. Et vous gâchez mon trip.

Agacée, je lève les yeux au ciel, je passe les jambes vers l’intérieur.

— Trop dommage de gâcher un joint, dis-je en m’essuyant les mains sur mon jean. Ça vous va mieux comme ça ?

Il laisse échapper un soupir, comme s’il ne respirait plus. Je passe devant lui pour me diriger vers la partie du toit qui a la plus belle vue. En même temps, je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point il est mignon.

Non. Mignon, c’est une insulte.

Ce mec est beau. Élégant, il sent bon l’argent et doit avoir quelques années de plus que moi. Les coins de ses yeux se plissent tandis qu’il me suit du regard, ses lèvres se crispent même quand il ne serre pas les dents. Lorsque j’atteins l’angle du bâtiment qui domine la rue, je me penche pour regarder les voitures en bas, histoire de ne pas avoir l’air trop impressionnée par ce qu’il me dit. À sa seule coupe de cheveux, on voit qu’il a l’habitude d’impressionner son monde, et je refuse d’alimenter son ego. Non qu’il ait fait quoi que ce soit pour me laisser entendre qu’il en a un. Mais il porte une chemise Burberry décontractée et je ne crois pas avoir été jamais repérée par quelqu’un qui puisse s’en offrir une pour tous les jours.

J’entends des pas derrière moi et le voilà qui vient s’accouder lui aussi au garde-fou. Du coin de l’œil, je le regarde porter encore le joint à sa bouche. Après quoi, il me le tend, mais je refuse d’un geste. Il ne manquerait plus que je me mette à planer devant ce type. Sa voix est une drogue à elle seule. J’ai envie de l’entendre encore, alors je lui balance une question :

— Qu’est-ce qu’elle vous avait fait, cette chaise ?

Il me regarde. Mais vraiment. Il plante ses yeux dans les miens et me dévisage, comme s’il pouvait lire tous mes secrets inscrits sur mon front. Je n’ai jamais vu d’yeux aussi sombres que les siens. Enfin, peut-être que si, mais pas sur un personnage aussi intimidant. Il ne me répond pas, ce qui ne calme pas ma curiosité pour autant. Maintenant qu’il m’a forcée à descendre de mon confortable refuge, il a intérêt à me distraire en répondant à mes questions. Alors j’insiste :

— C’était une femme ? Elle vous a brisé le cœur ? Il part d’un petit rire.

— Si seulement mes ennuis pouvaient se résumer à des peines de cœur !

Et puis il s’accoude au muret pour me faire face.

— À quel étage habitez-vous ?

En même temps, il se lèche les doigts, pince le bout de son joint, qu’il glisse ensuite dans sa poche.

— Je ne vous avais encore jamais vue.

— C’est parce que je n’habite pas ici.

Je tends le doigt vers mon immeuble :

— Vous voyez ce building d’assurances ?

— Oui.

— J’habite à côté. Le bâtiment est trop petit pour qu’on l’aperçoive d’ici. Il ne fait que deux étages.

— Dans ce cas, que faites-vous là ? C’est votre petit ami qui vit dans les parages ?

Le genre de commentaire qui vous rabaisse un peu. Trop facile pour un mec de cette allure. Apparemment, il doit garder ses piques les plus saillantes pour les femmes qu’il en juge dignes. Je réponds à côté :

— Vous avez un joli toit.

Il hausse les sourcils, comme s’il attendait davantage de précisions.

— Je voulais respirer un peu d’air frais. Dans un coin où réfléchir. J’ai consulté Google Earth et trouvé un immeuble avec une belle terrasse.

— Au moins, vous êtes économe. C’est une bonne qualité.

Au moins ?

Je hoche la tête car il a raison, c’est une bonne qualité.

— Pourquoi aviez-vous besoin d’air frais ?

Parce que j’ai enterré mon père aujourd’hui et fait un éloge désastreux ; maintenant, j’ai du mal à respirer.

Je finis par souffler.

— On pourrait cesser de parler une minute ?

Il semble un rien soulagé et se penche sur le rebord, balance un bras au-dessus de la rue. Il sait que je le regarde, mais ça n’a pas l’air de le déranger.

— Quelqu’un est tombé de ce toit le mois dernier, m’annonce-t-il.

J’aurais dû lui en vouloir de ne pas respecter ma demande de silence, mais je suis intriguée.

— C’était un accident ?

— On ne sait pas. C’est arrivé dans la soirée. Sa femme a dit qu’elle préparait le dîner quand il lui a annoncé qu’il montait prendre des photos du coucher de soleil. Il était photographe. On pense qu’il a glissé en se penchant par-dessus le rebord.

Comment peut-on se mettre en situation de glisser par accident ? Et puis je me rappelle que j’ai moi-même enjambé la bordure il y a quelques minutes.

— Quand ma sœur m’a raconté ça, j’ai aussitôt pensé qu’il avait dû se faire tirer dessus. J’espérais que son appareil n’était pas tombé avec lui, parce que ça aurait fait un sacré gâchis. Mourir pour son amour de la photo sans obtenir le dernier cliché qui vous a coûté la vie ?

Ce commentaire me fait rire un peu malgré moi.

— Vous dites tout ce qui vous passe par la tête ?

— Pas à tout le monde.

Là, je souris. J’apprécie que, sans me connaître, il ne me range pas dans tout le monde.

Il s’adosse au rebord, croise les bras.

— Vous êtes née ici ?

— Non. Je suis venue du Maine après la fac.

Il plisse le nez et je trouve ça plutôt canon. Ce mec en Burberry, avec sa coupe à deux cents dollars, qui fait la grimace.

— Alors vous êtes au purgatoire de Boston ? C’est nul.

— Comment ça ?

Il pointe le coin de la bouche.

— Les touristes vous traitent comme une locale ; les locaux vous traitent comme une touriste.

— Ouah ! dis-je en riant. C’est exactement ça.

— Je suis là depuis deux mois. Je n’en suis même pas arrivé au purgatoire, vous êtes donc en avance sur moi.

— Qu’est-ce qui vous amène à Boston ?

— Mon internat. Ma sœur vit ici. Juste en dessous, d’ailleurs, ajoute-t-il en tapant du pied. Elle a épousé un geek qui a fait fortune et ils ont acheté le dernier étage.

— Tout l’étage ?

— Oui. L’heureux veinard travaille chez lui. En pyjama, si ça lui chante, et il gagne un million par an.

L’heureux veinard, en effet.

— Quel genre d’internat ? Vous êtes médecin ?

— Neurochirurgien. Il me reste moins d’un an d’études.

Élégant, beau parleur, intelligent. Fumeur de joint. S’il me teste, je demanderais ce qui cloche dans cette liste.

— Les médecins peuvent s’en griller un comme ça ?

— Sans doute pas, ricane-t-il. Mais si on ne se permettait pas de petits écarts de temps en temps, on serait beaucoup plus nombreux à se jeter du haut des toits, croyez-moi.

Il regarde encore devant lui, le menton appuyé sur les bras. Puis il ferme les yeux, comme s’il goûtait le vent sur son visage. Ce qui le rend nettement moins intimidant.

— Vous voudriez savoir ce que seuls les locaux savent ?

— Bien sûr, dit-il en reportant son attention sur moi.

— Vous voyez ce bâtiment ? Avec le toit vert ?

Il hoche la tête.

— Derrière, il y a un building qui donne sur Melcher Street, avec une petite maison au sommet. On ne l’aperçoit pas de la rue et peu de gens sont au courant.

Il semble impressionné.

— C’est vrai ?

— Oui, je l’ai vue en examinant Google Earth. Apparemment, son permis date de 1982. Cool, non ? Vivre dans une maison au sommet d’un building !

— On a tout le toit pour soi.

Je n’avais pas songé à ça. Si ça m’appartenait, j’y planterais tout un jardin où je pourrais me détendre.

— Qui y habite ? demande-t-il.

— On ne sait pas, en fait. C’est l’un des plus grands mystères de Boston.

Il se met à rire puis m’interroge du regard.

— Parce qu’il existe d’autres grands mystères à Boston ?

— Votre nom.

À peine ai-je dit ça que je me frappe le front. Ça fait trop drague à deux balles ; je n’ai plus qu’à éclater de rire, comme si je plaisantais.

— Je m’appelle Ryle, dit-il en souriant. Ryle Kincaid.

— Très joli nom ! – On dirait que ça vous rend toute triste.

— Je donnerais n’importe quoi pour avoir un joli nom.

— Vous n’aimez pas Lily ?

— Si, mais mon nom de famille, c’est Bloom 1.

Il ne dit rien, essayant visiblement de masquer sa compassion.

— Je sais, dis-je encore. Ça fait petite fille de deux ans, pas femme de vingt-trois.

— Une gamine de deux ans gardera son nom toute sa vie. On n’en sort pas avec l’âge, Lily Bloom.

— Dommage pour moi. D’autant que j’adore le jardinage, les fleurs, les plantes. C’est ma passion. J’ai toujours rêvé de devenir fleuriste. Seulement, je suis sûre que si je faisais ça, les gens croiraient à un tour de passe-passe, comme si j’essayais juste d’exploiter mon nom.

— C’est possible. Mais qu’est-ce que ça peut faire ?

— Rien, je suppose. Lily Bloom… C’est un super nom pour une fleuriste, je reconnais. Mais j’ai un master en management. Ce serait un peu dévalorisant, vous ne croyez pas ? Je travaille pour la plus grosse société de marketing de Boston.

— Il n’y a rien de dévalorisant à posséder son propre commerce, rétorque-t-il.

— Sauf si ça ne marche pas.

— Certes. Vous avez aussi un deuxième prénom, Lily Bloom ?

Je grince des dents et ça ne fait qu’exciter sa curiosité.

— Et il n’arrange rien ?

Je me prends le visage à deux mains, hoche la tête.

— Rose ?

— Encore pire.

— Violette ?

— J’aimerais bien. 2 Blossom.

S’ensuit un instant de silence, puis :

— Bon sang, murmure-t-il.

— Ouais. C’était le nom de jeune fille de ma mère, et mon père a estimé qu’avec des références aussi fleuries, ils étaient faits l’un pour l’autre. Si bien qu’à ma naissance, ils ont choisi des noms de fleurs.

— Franchement, ils sont nuls.

L’un d’eux oui. Enfin, il l’était.

— Mon père est mort cette semaine.

— Mais bien sûr ! C’est une blague.

— Non, c’est vrai. C’est pour ça que je suis montée ici ce soir. Je crois que j’avais juste besoin de pleurer un bon coup.

Il me dévisage d’un air pas trop convaincu, sans s’excuser le moins du monde pour sa gaffe. Au contraire, il a l’air encore plus intrigué, comme s’il était personnellement concerné.

— Vous étiez proches ?

La question qui fâche. Je repose le menton sur mon bras pour observer de nouveau la rue.

— Je ne sais pas. J’étais sa fille, je l’aimais. Sauf que je détestais ce type.

Je sens son regard posé sur moi, jusqu’à ce qu’il commente :

— J’aime votre franchise.

Il aime ma franchise. Là, j’ai dû rougir.

Pendant un moment, on ne dit plus rien, puis il reprend :

— Ça vous arrive de souhaiter que les gens soient plus transparents ?

— Comment ça ?

Il cueille sur le mur un morceau de stuc ébréché, l’envoie par-dessus le rebord.

— J’ai l’impression que tout le monde veut se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Alors qu’au fond, on est tous aussi paumés les uns que les autres. On est juste plus ou moins doués pour le cacher.

Soit il commence à vraiment planer, soit il est du genre ultra-introspectif. En tout cas, je suis d’accord. Je n’aime rien tant que les conversations sans conclusions.

— Je ne crois pas qu’on ait tort de rester un peu sur ses gardes, dis-je alors. La vérité toute nue n’est pas souvent jolie à regarder.

— La vérité toute nue, répète-t-il au bout d’un moment.

Ça me plaît !

Là-dessus, il fait demi-tour vers le centre de la terrasse, redresse légèrement un transat et s’installe dans l’autre, croisant les bras sous sa tête pour contempler les étoiles. Je viens m’installer à ses côtés, rabaisse le dossier pour pouvoir me mettre dans la même position que lui.

— Racontez-moi une vérité toute nue, Lily.

— À quel sujet ?

— Je ne sais pas. Quelque chose dont vous n’êtes pas fière. Et qui me permettra de me sentir moins paumé.

Il regarde le ciel en attendant ma réponse. Et moi j’observe la courbe de sa mâchoire, le creux de ses joues, le contour de ses lèvres. Il fronce un peu les sourcils, comme s’il se concentrait sur ce qu’il voyait. Sans trop savoir pourquoi, j’ai l’impression qu’il souhaite qu’on reprenne la conversation. Alors je réfléchis à sa question en tâchant de trouver une réponse honnête. Lorsque j’ai trouvé, je détourne les yeux vers le ciel.

— Mon père était violent. Pas avec moi, avec ma mère. Pendant leurs disputes, il piquait de telles colères que, parfois, il la frappait. Quand ça arrivait, il passait la semaine ou les quinze jours suivants à essayer de se faire pardonner. Il lui achetait des fleurs ou nous emmenait dîner dans un bon restaurant. Et puis il me faisait des cadeaux parce qu’il savait que je détestais leurs disputes. Quand j’étais petite, j’en venais à espérer qu’il la frappe un bon coup, ainsi j’étais sûre que les semaines suivantes seraient géniales.

Je marque une pause car c’est bien la première fois que je le reconnais.

— Bien sûr, si j’avais pu, j’aurais tout fait pour qu’il ne la touche jamais, mais ces violences semblaient faire partie de leur mariage, c’en était presque devenu normal. En grandissant, je me suis rendu compte qu’à force de ne pas intervenir, je me rendais tout aussi coupable. J’ai passé la moitié de ma vie à le détester, mais je ne suis pas sûre de valoir mieux que lui. On est sans doute des gens aussi négatifs l’un que l’autre.

Ryle m’observe d’un air songeur.

— Lily, ça n’existe pas les gens négatifs. On est tous des gens qui commettent parfois des actes négatifs.

Là, je reste coite. On est tous des gens qui commettent parfois des actes négatifs. Ce doit être vrai quelque part. Personne n’est complètement mauvais ou bon. Certains ont sans doute un plus grand travail à faire sur eux-mêmes pour supprimer la part mauvaise en eux.

— À vous, dis-je.

D’après sa réaction, je me dis qu’il n’a peut-être pas envie de jouer à son propre jeu. Il soupire lourdement, se passe une main dans les cheveux, ouvre la bouche, la referme, réfléchit puis finit par déclarer d’un ton accablé :

— Ce soir, j’ai regardé un petit garçon mourir. Il n’avait que cinq ans. Avec son jeune frère, ils avaient trouvé un pistolet dans la chambre des parents. Le cadet a pris l’arme et le coup est parti tout seul.

J’en ai le cœur retourné. C’est peut-être une vérité un peu trop crue pour moi.

— On ne pouvait plus rien pour l’aîné quand il est arrivé sur la table d’opération. Médecins et infirmières, tout le monde était bouleversé. « Les pauvres parents », disaient-ils. Mais, quand je suis entré dans la salle d’attente pour annoncer aux parents en question que leur enfant n’avait pas survécu, je n’éprouvais pas une once de regret pour eux. Je voulais qu’ils souffrent. Qu’ils ressentent le poids de leur sottise ; comment pouvaient-ils laisser traîner des armes chargées à portée d’enfants innocents ? Non seulement ils avaient perdu un fils, mais gâché la vie entière de celui qui avait accidentellement appuyé sur la détente.

Mon Dieu ! Je ne m’attendais pas à une telle horreur. Impossible d’imaginer où va une famille qui a vécu ça.

— Le malheureux petit frère, dis-je, que va-t-il devenir après avoir vu ça ?

— Ça va le détruire à jamais, marmonne Ryle en époussetant son jean. Voilà tout.

— Ce n’est pas trop dur d’assister tous les jours à des scènes pareilles ?

— Ça pourrait être encore plus terrible, en fait ; plus je côtoie la mort, plus elle fait partie de la vie. Et je ne sais pas trop quoi en penser.

Il me regarde de nouveau dans les yeux.

— Allez, reprend-il, une autre vérité. Je trouve que la mienne était plus tordue que la vôtre.

Je ne suis pas d’accord, mais je lui raconte ce que j’ai fait il y a une douzaine d’heures.

— Avant-hier, ma mère m’a demandé de prononcer l’éloge funèbre de mon père. Je lui ai répondu que j’aurais du mal, que je risquais de trop pleurer pour pouvoir parler devant une foule, mais je mentais. En fait, je ne voulais pas parce que j’estime qu’un éloge devrait revenir aux proches qui respectaient le défunt. Et je ne respectais pas beaucoup mon père.

— Vous l’avez quand même prononcé ?

— Oui, dis-je en m’asseyant en tailleur. Ce matin.

Vous voulez l’entendre ?

— Certainement !

Je croise les bras, inspire profondément.

— Je ne savais pas quoi dire. Une heure encore avant l’enterrement, j’ai répété à ma mère que je ne voulais pas le faire. Elle a répondu que c’était simple et que mon père aurait voulu que je le fasse. Que je n’avais qu’à monter sur le podium puis énoncer cinq grandes choses sur mon père. Alors… Voilà exactement ce que j’ai fait.

Ryle se soulève sur un coude, l’air de plus en plus intéressé.

— Oh non, Lily ! Qu’avez-vous fait ?

— Attendez, je vais le rejouer pour vous.

Je me lève, contourne mon transat, me tiens droite comme si je faisais de nouveau face à la salle bondée de ce matin. Je m’éclaircis la gorge.

— Bonjour, je suis Lily Bloom, fille du défunt Andrew Bloom. Merci de vous joindre à nous dans ces moments de deuil et de recueillement. Je tenais à lui rendre hommage en vous rapportant cinq belles choses à son sujet. La première…

Je baisse les yeux vers Ryle, hausse les épaules.

— Voilà.

Il se redresse.

— Comment ça ?

Je reviens m’allonger sur mon transat.

— Je suis restée là deux bonnes minutes sans dire un mot. Je ne voyais aucune belle chose à rapporter sur cet homme, alors je contemplais silencieusement la foule, jusqu’à ce que ma mère comprenne à quoi je jouais et prie mon oncle de me faire quitter le podium.

Ryle penche la tête de côté.

— Vous plaisantez ? En fait, vous avez rendu un antihommage aux funérailles de votre père ?

— Oui, et je n’en suis pas plus fière que ça. Enfin, pas vraiment. Parce que si les choses s’étaient passées comme je l’avais voulu, il se serait beaucoup mieux conduit et j’aurais pu parler de lui pendant une heure.

— Rhooo ! marmonne Ryle en s’allongeant. La classe !

Vous avez dit du mal d’un mort.

— C’est d’un goût…

— La vérité toute nue n’est pas toujours belle à regarder.

— À vous, dis-je en riant.

— Je ne ferai pas mieux.

— Essayez, je suis sûre que vous y arriverez.

— Pas moi.

— Mais si ! Là, j’ai l’impression que je suis la pire de nous deux. Racontez-moi votre dernière pensée la moins avouable.

Recroisant les mains derrière la tête, il fixe son regard sur moi.

— J’ai envie de vous baiser.

Je reste bouche bée, incapable de répondre. Il me décoche un coup d’œil innocent.

— Vous m’avez demandé ma dernière pensée, alors voilà. Vous êtes belle. Je suis un homme. Si vous étiez amatrice de coups d’un soir, je vous emmènerais en bas, dans ma chambre, et je vous baiserais.

Là, je baisse vite la tête. Cette déclaration provoque une multitude de réactions en moi.

— Désolée, je ne suis pas amatrice de coups d’un soir.

— C’est bien ce que je pensais. À vous.

Il paraît trop nonchalant ; comme s’il ne venait pas de me réduire au silence.

— Laissez-moi une minute pour rassembler mes idées, dis-je en riant.

J’essaie de penser à un truc un peu choquant, mais je n’arrive pas à digérer qu’il ait pu dire ça. À voix haute. Sans doute parce que c’est un neurochirurgien ; je n’aurais jamais cru qu’avec une telle éducation on utilise aussi facilement le mot baiser.

Je me reprends… en quelque sorte… et laisse tomber :

— D’accord. Puisqu’on en est là… Le premier mec avec qui j’ai fait l’amour était un S.D.F.

Il dresse l’oreille.

— Là, je veux entendre le reste.

— J’ai grandi dans le Maine. On vivait dans un quartier plutôt sympa, mais la rue qui donnait sur le fond du jardin était assez mal entretenue, avec des terrains vagues et une maison abandonnée. J’ai fait la connaissance d’un certain Atlas qui occupait la baraque en ruine ; j’étais la seule à savoir qu’il habitait là. Je lui apportais à manger, mais aussi des vêtements et d’autres trucs. Jusqu’au jour où mon père nous a découverts.

— Et il a fait quoi ?

Je serre les dents. Je ne sais pas pourquoi j’ai amené ça sur le tapis alors que j’ai encore du mal à évoquer ce souvenir.

— Il l’a battu.

La voilà, la vérité toute nue.

— À vous.

Il me dévisage un moment, comme s’il devinait que cette histoire cache bien d’autres aspects. Puis il se détourne.

— L’idée du mariage me rebute. Je n’ai pas loin de trente ans et me passe très bien d’une épouse, encore plus d’enfants. La seule chose que je cherche dans la vie, c’est la réussite. Mais si je reconnais ça à voix haute, ça me donne l’air arrogant.

— La réussite professionnelle ? Ou le statut social ?

— Les deux. Tout le monde peut avoir des enfants. Tout le monde peut se marier. En revanche, tout le monde ne peut pas être neurochirurgien. J’en tire une immense fierté. Et je ne veux pas être seulement un grand neurochirurgien. Je veux être le meilleur.

— Vous avez raison, ça vous donne l’air arrogant. Il sourit.

— Ma mère a peur que ça me gâche ma vie car je ne fais que travailler.

— Vous êtes neurochirurgien, dis-je en éclatant de rire, et votre mère trouve à y redire ? C’est dingue ! Les parents ne sont jamais contents de leurs enfants.

— Et je ne le serais pas des miens si j’en avais. Rares sont les gens qui possèdent ma détermination ; je crois que je passerais mon temps à guetter leurs bêtises. C’est pourquoi je n’en aurai jamais.

— Ça m’a l’air parfaitement raisonnable, Ryle. Trop de gens refusent d’admettre qu’ils sont sans doute trop égoïstes pour avoir des enfants.

— C’est sûr que je le suis dix fois trop. Et cent fois trop pour entretenir une relation.

— Alors comment les évitez-vous ? Vous ne sortez jamais avec une femme ?

— Quand j’ai le temps, dit-il avec un petit sourire, je trouve toujours des filles pour satisfaire mes désirs. De ce point de vue, je ne me prive pas, si c’est ce que vous vouliez savoir. Mais l’amour ne m’attire pas. J’y vois plus un fardeau qu’autre chose.

J’aurais aimé pouvoir considérer l’amour de ce point de vue. Ça me simplifierait infiniment la vie.

— Je vous envie. Quant à moi, je suis sûre qu’il existe quelque part un homme qui me correspondrait parfaitement. J’ai tendance à me lasser très vite parce que personne ne répond à mes critères. J’ai l’impression d’être constamment en quête du Saint Graal.

— Vous devriez essayer ma méthode.

— C’est-à-dire ?

— Les coups d’un soir.

Il hausse un sourcil, comme s’il m’adressait une invite.

Heureusement qu’il fait nuit, car je suis rouge comme une tomate.

— Je ne pourrais jamais coucher avec quelqu’un si ça ne devait pas aboutir à quelque chose.

J’ai dit ça à voix haute, mais je sens qu’elle manque de conviction.

Poussant un long soupir, il se rallonge sur le dos.

— Ce n’est pas votre genre, murmure-t-il d’un ton presque déçu.

Je ne sais même pas si je l’enverrais promener au cas où il esquisserait un geste vers moi, mais je viens d’annuler toutes mes chances.

— Si vous ne couchez jamais avec un mec que vous venez de rencontrer… jusqu’où êtes-vous prête à aller ?

Je ne sais que répondre, mais son regard me donne presque envie de réviser mon point de vue. Au fond, je n’ai rien contre les aventures d’un soir. En fait, l’occasion ne s’est jamais présentée avec quelqu’un qui en valait la peine.

Du moins jusqu’à maintenant. Serait-il en train de me faire une proposition ? J’ai toujours été nulle en flirt.

Tendant le bras, il attrape le bord de mon transat et l’approche d’un mouvement leste, jusqu’à ce que nos sièges se touchent.

Mon corps se crispe. Nous sommes maintenant si proches l’un de l’autre que je sens son souffle tiède dans l’air froid de la nuit. Si je me tournais vers lui, nos visages se trouveraient à quelques centimètres l’un de l’autre. Il en profiterait sans doute pour m’embrasser alors que je ne sais strictement rien de ce type, à part quelques pures vérités. En revanche, je ne me sens pas agressée du tout quand il pose la main sur mon estomac.

— Jusqu’où iriez-vous, Lily ? demande-t-il d’une voix si suave qu’elle me fait frissonner de la tête aux pieds.

— Je ne sais pas…

Ses doigts se glissent vers le bas de mon tee-shirt qu’il remonte doucement, dénudant un peu de chair. Je sens alors la chaleur de sa paume qui glisse sur ma peau, et je pousse un gémissement.

Malgré moi, je tourne la tête et ses yeux me subjuguent. Il paraît sûr de lui, plein d’espoir, affamé, à s’en mordre les lèvres, alors que sa main continue sa progression vers ma poitrine. Il doit sentir les battements affolés de mon cœur. Il doit même les entendre.

— Ça va trop loin ? demande-t-il.

Je ne sais pas d’où me vient cette réaction, mais je réponds :

— Pas du tout.

Sans se faire prier, il passe les doigts sous mon soutien-gorge et je sens ma peau frémir.

À l’instant où je ferme les paupières retentit une sonnerie qui nous paralyse tous les deux. Un téléphone. Son téléphone.

Son front se pose sur mon épaule.

— Bon sang !

Sa main se retire de mon tee-shirt et il fouille dans sa poche, se lève, s’éloigne de quelques pas pour prendre l’appel.

— Oui, dit-il, ici le Dr Kincaid.

Il écoute attentivement en se frottant la nuque.

— Au sujet de Roberts ? Je ne devrais même pas répondre à cet appel.

Nouveau silence, puis :

— D’accord, j’arrive dans dix minutes.

Il raccroche, range le téléphone dans sa poche puis revient vers moi, l’air plutôt déçu, désigne la porte de l’escalier.

— Je dois…

— Je comprends.

Ce qui ne l’empêche pas de lever un doigt.

— Ne bougez pas, dit-il en ressortant son appareil.

Il se rapproche de moi, comme s’il allait me prendre en photo. Sans trop savoir pourquoi, j’ai envie de refuser. Cependant, je suis habillée, je n’ai aucune raison de dire non.

Il me prend en photo, allongée dans ce transat, les mains tranquillement croisées sous ma tête. Je ne sais pas pourquoi il fait ça. Il doit avoir envie de se rappeler mon visage, alors qu’on ne se reverra jamais.

Il contemple un instant le cliché sur son écran, sourit. Je serais presque tentée de lui tirer le portrait moi aussi, mais je ne suis pas certaine de vouloir garder le souvenir d’une personne qui va tout de suite disparaître de ma vie. Cette idée a quelque chose de déprimant.

— Je suis content d’avoir fait votre connaissance, Lily Bloom. J’espère que vous parviendrez à accomplir vos rêves.

Je souris, aussi attristée qu’effarée par ce type. Je ne crois pas avoir jamais passé un moment avec quelqu’un comme lui – quelqu’un qui vit sur un pied si différent du mien. Ça ne se reproduira sans doute jamais. Mais je suis agréablement surprise de constater qu’on n’est pas si différents l’un de l’autre.

Malentendu confirmé.

Il regarde un instant ses pieds, comme s’il allait perdre l’équilibre. Comme s’il hésitait entre me parler et s’en aller. Il me jette un dernier regard – cette fois nettement moins impassible. Je lis la déception dans son expression, mais déjà il tourne les talons et s’en va. Je l’entends ouvrir la porte et dévaler l’escalier. Je me retrouve seule sur ce toit et, à ma grande surprise, je me sens un peu triste maintenant.

 

1. Lily signifie lys en anglais et Bloom, fleur. Elle s’appelle donc littéralement Lys Fleur.

2. Blossom signifie fleur, tout particulièrement fleur d’arbre, en anglais.

 

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