Je n'ai pas dit mon dernier mot
19 h 59
Paris, le dimanche 10 avril 2022
19 h 59
C’est aujourd’hui. Plus de quatre cents jours de travail, pour ne pas dire vingt ans, trouvent leur aboutissement ce soir. Je ne me souviens plus de l’heure exacte à laquelle je l’ai appris. Je ne me souviens plus qui a eu la voix ou le visage du résultat. Je ne me souviens plus de ce à quoi j’ai d’abord songé.
J’ai rédigé le texte de mon discours très rapidement : tout me semblait entendu, tout me semblait évident, presque écrit d’avance. Les remerciements pour tous ceux qui avaient cru en moi. La déception, pour eux, pour moi, pour la France. L’appel à voter pour Marine Le Pen sans rien demander en retour.
Il est vingt heures. Les résultats dissipent nos ultimes espoirs. Que jugera la postérité ? Notre combat se réduit-il à un chiffre : 7 % ? En quelques secondes, l’histoire nous claque la porte au nez. La gorge serrée, le dos figé, les épaules douloureuses. La défaite est d’abord physique. Et, pire encore, la détresse autour de ma détresse.
Je me souviens des regards éperdus de mes enfants. Des gestes de consolation qui ne consolent pas. De Philippe de Villiers assis, courbé devant l’écran. On dirait qu’il a mille ans, lui qui en a toujours vingt.
Je me souviens de la fatigue de la campagne qui s’impose d’un coup à tous, comme au bout d’une longue insomnie qui vous rattrape à l’aube.
Je me souviens de mes soutiens réunis à la Mutualité, qui ont crié « Non ! » lorsque j’ai dit : « Bien sûr, j’ai commis des erreurs. »
Je me souviens de vous, deux millions et demi de Français qui m’ont choisi. Deux millions et demi de Français qui ne voulaient pas mourir.
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