La sage-femme d’Auschwitz

Anna Stuart · Chapitre 39 sur 39

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La sage-femme d’Auschwitz

Notes historiques

 

Écrire sur l’Holocauste est un honneur qui implique un grand sentiment de responsabilité envers la vérité des faits. Ce roman a beau être une fiction, j’ai fait en sorte que les détails qu’il contient soient aussi proches que possible de la réalité, afin de représenter fidèlement les terribles souffrances endurées par ceux qui, comme mes personnages, ont été internés dans les ghettos et les camps du régime nazi.

 

LES PERSONNAGES DU ROMAN AYANT RÉELLEMENT

 

EXISTÉ

 

Plusieurs des personnages étant authentiques, je pense utile de fournir plus d’informations sur les véritables histoires qui ont inspiré la mienne :

Stanisława Leszczyńska a été ma première inspiration pour écrire ce roman. Si La Sage-femme d’Auschwitz ne relate pas sa véritable histoire, de multiples détails de son incroyable vie ont inspiré des scènes importantes de ce livre.

Stanisława était sage-femme à Łódź quand la guerre a éclaté. Sa famille et elle ont aidé les Juifs reclus dans le ghetto, ce qui leur a valu d’être envoyés dans les camps. Son mari et son fils aîné, appelé Bronislaw, ont échappé à la capture et sont partis à Varsovie, où le mari est mort au combat lors de la tragique insurrection vers la fin de la guerre (voir ci-dessous).

Stanisława a été envoyée à Auschwitz où elle a tenu tête à Sœur Klara et à Pfani, refusant de les laisser assassiner les bébés qu’elle pouvait sauver. Il est établi qu’elle a mis au monde environ trois mille bébés à Birkenau et qu’aucun d’entre eux n’est mort pendant l’accouchement. Malheureusement, considérant les terribles conditions de vie et le fait que les nazis ne prévoyaient aucune nourriture pour les bébés, très peu ont survécu longtemps. Stanisława est connue pour avoir pris soin de toutes les mères avec calme et professionnalisme, et pour avoir tenu tête aux autorités du camp, y compris au redoutable Josef Mengele, afin de pouvoir exercer son travail au mieux dans ces terribles circonstances.

Rentrée à Łódź après la guerre, où elle a travaillé comme sage-femme jusqu’en 1958, Stanisława a très peu parlé de son expérience à Auschwitz-Birkenau ; jusqu’à ce que son fils cadet la persuade de rédiger un bref rapport sur son séjour là-bas (que l’on peut trouver dans son intégralité sur Internet). Elle y décrit en détail le calvaire des mères et des bébés, et déclare qu’à partir de mai 1943, les enfants aux cheveux blonds et aux yeux bleus étaient régulièrement pris pour le programme « Lebensborn » (voir ci-dessous). Elle a alors trouvé un moyen de les tatouer secrètement, dans l’espoir de les réunir un jour avec leur mère. Ce fut pour moi la graine d’inspiration de l’histoire fictive d’Ester.

Comme je l’ai dit, de nombreux détails de ce roman sont basés sur ce que nous savons de la vie de Stanisława, mais mon personnage, Ana, est fictif. Certains éléments de son histoire diffèrent, notamment les suivants :

Stanisława avait une fille, Sylwia, qui a été capturée et envoyée à Auschwitz avec elle. Cette jeune femme était médecin stagiaire et travaillait avec sa mère pour assister l’accouchement des bébés, ainsi qu’en tant qu’infirmière à l’hôpital. Elle m’a inspiré le personnage d’Ester, et j’espère que la relation entre Ester et Ana démontre dans une certaine mesure l’affection que Stanisława portait à sa vraie fille. Le récit d’un survivant rapporte qu’à un moment donné, Sylwia était si affaiblie par la tuberculose qu’elle a été « sélectionnée » pour la chambre à gaz. Elle a alors été sauvée par sa mère qui s’est accrochée à elle, refusant de la laisser partir si on ne l’emmenait pas aussi. Le fait que Sylwia ait été épargnée et ait survécu atteste de la considération que les médecins de Birkenau devaient avoir pour cette femme remarquable.

Les détails concernant les blocs dans lesquels Stanisława a travaillé ne sont pas clairs, mais j’ai trouvé des témoignages indiquant qu’elle a travaillé dans les blocs 17 et 24 ; j’ai donc choisi d’utiliser ces deux blocs, par souci de simplicité. Il est intéressant de noter qu’il existe encore à Birkenau un baraquement dont on dit aux visiteurs qu’il était la maternité du camp, mais celui-ci ne contient pas de poêle en brique et Stanisława a témoigné elle-même que c’était ce poêle qu’elle utilisait comme lit d’accouchement. J’ai donc utilisé ce baraquement du bloc 17 comme le premier pour Ana et Ester, puis je les ai fait déménager dans la « section maternité » plus complète du bloc 24, peu après leur arrivée.

Le numéro de prisonnière de Stanisława était 41355. J’ai choisi de ne pas utiliser ce matricule par respect pour son identité propre, en comparaison de ma sage-femme fictive ; à la place, j’ai utilisé le 41401 pour Ana et le 41400 pour Ester. Ces numéros, comme la plupart, sont ceux d’autres Polonais juifs – Mayer Szac et Abraham Sukerman –, qui ont malheureusement tous deux été assassinés à Auschwitz. J’espère que l’utilisation de leurs matricules pour raconter cette histoire essentielle mettra en lumière la bravoure de ceux qui ont enduré l’horreur des camps de concentration.

Stanisława Leszczyńska était une femme véritablement inspirante. Elle est honorée en Pologne – la route qui longe l’entrée de Birkenau porte son nom –, et est candidate à la canonisation dans l’Église catholique. Cette femme représente un merveilleux exemple de bonté, de professionnalisme, d’abnégation et de courage.

Irma Grese  : Arrivée à Birkenau en provenance du camp de femmes de Ravensbrück en mars 1943, à l’âge de 20 ans seulement, Irma Grese était une femme aussi belle que sadique. Les rapports font état de son extrême vanité, de sa légèreté de mœurs avec divers médecins du camp et du plaisir qu’elle prenait à tourmenter les prisonnières. Une survivante a dit l’avoir vue fendre les seins des prisonnières avec son fouet, ce que j’ai cité dans le roman afin d’illustrer le terrible sadisme de cette jeune femme et de ses semblables. Elle a quitté Birkenau avec les marches de la mort, mais a été capturée par les Britanniques, puis jugée et exécutée pour crimes de guerre en décembre 1945.

Le docteur Josef Mengele est connu pour avoir été particulièrement maléfique dans un domaine qui intéressait beaucoup les nazis, en raison de l’utilisation froidement scientifique des Juifs dont il avait la charge, et dont il se servait comme de rats de laboratoire. Surnommé « l’ange de la mort », il est tristement célèbre pour ses expériences cruelles, notamment sur les jumeaux. Il était également réputé pour être le seul médecin capable d’effectuer les sélections de prisonniers à jeun et paraissait même y prendre plaisir. Il semble avoir eu plusieurs démêlés avec Stanisława et l’a peut-être respectée (autant qu’il en était capable) pour lui avoir tenu tête. Contrairement à la perception populaire, il n’était pas le seul, ni même le principal médecin d’Auschwitz-Birkenau. Il était initialement le médecin chef (si l’on peut admettre ce terme) du camp des Roms et n’a été chargé de l’ensemble du camp des femmes que lorsque les Roms ont tous été envoyés à la mort, en août 1944.

Mengele a vécu jusqu’à la fin de sa vie au Brésil, où il est mort d’une attaque cérébrale lors d’une baignade en 1979, à l’âge de soixante-huit ans – une mort bien plus douce que celle qu’il a infligée à tant de ses malheureuses victimes.

Mala Zimetbaum était une Juive belge, déportée à Auschwitz en septembre 1942 sous le matricule de prisonnière numéro 19880. Linguiste de talent, elle travaillait comme interprète et messagère, ce qui lui conférait des privilèges tels que porter ses propres vêtements, conserver ses cheveux et être relativement bien nourrie. Malgré cela, elle se dévouait pour aider les autres détenues en les faisant affecter à des travaux plus faciles, en les avertissant des sélections à venir ou en faisant passer sous le manteau des courriers que les proches des prisonnières leur avaient envoyés – ainsi que je le montre avec la lettre de Filip à Ester.

Elle a eu une « relation » (dans le sens où ils ont suffisamment parlé pour tomber amoureux) avec Edek Galiński, un mécanicien du camp des femmes. L’histoire de leur évasion est fidèlement relatée dans le roman. Ils ont réellement réussi à s’enfuir, Edek habillé en garde SS et Mala en prisonnier allant installer un lavabo, avant de se faire passer pour un garde SS et sa petite amie en promenade. Le plan a fonctionné pendant trois jours, jusqu’à ce que Mala soit surprise en train d’essayer d’acheter du pain et arrêtée. Edek, qui l’observait de loin, s’est alors rendu, les amoureux s’étant promis de ne pas se séparer ; on raconte que, comme dans le roman, ils chantaient l’un pour l’autre depuis leurs cellules du camp principal d’Auschwitz.

Edek fut pendu en criant « Vive la Pologne ! » et, le même après-midi, Mala fut emmenée pour être pendue devant le reste du camp. Refusant de se laisser exécuter de la sorte, elle a sorti une lame de rasoir dissimulée dans ses cheveux et s’est ouvert les veines des avant-bras. Alors qu’un semblant d’émeute éclatait dans le camp, il semble qu’on l’ait ensuite mise dans une brouette pour l’emmener au crématorium, peut-être pour la brûler vive. Les infirmières présentes lui auraient bandé les bras lentement afin de lui permettre de mourir comme elle le désirait. Certains ont rapporté qu’elle s’est vidée de son sang sur la brouette, d’autres qu’elle avait également pris du poison, et d’autres encore qu’un garde l’a abattue par balle. J’ai choisi de synthétiser ces différents récits d’une manière qui me semblait correspondre à son caractère, et qui ne prolongeait pas trop l’action ; j’espère que cela représente bien le courage et la détermination de cette femme à la noblesse hors du commun.

 

AUSCHWITZ-BIRKENAU

C’est avec une certaine appréhension que j’ai abordé le fait d’écrire à propos d’Auschwitz, consciente qu’il est presque impossible de retranscrire véritablement l’horreur de la vie des prisonniers – il n’y a simplement pas de mots pour ça. À la place, je me suis efforcée de montrer aux lecteurs ce qui se passait là-bas, et je tiens à vous assurer que, si certains personnages et tous les dialogues sont fictifs, chaque élément de ce roman est le fruit de recherches sérieuses. Il est peut-être utile d’en citer quelques-uns afin de montrer que je n’ai nullement exagéré la cruauté et la barbarie qui régnaient à Auschwitz-Birkenau.

La nourriture fournie était, comme de nombreux témoins l’ont affirmé, aussi limitée et mauvaise que je l’ai décrite – un ersatz de café au petit déjeuner, une maigre soupe au déjeuner et une tranche de pain sec au dîner. Il est difficile de concevoir comment quelqu’un pouvait survivre avec si peu tout en étant contraint à de longues heures de travail physique.

Les conditions dans les baraquements étaient aussi déplorables que je l’ai montré. Les prisonniers dormaient entassés, souvent à dix par couchette, sur des planches de bois avec seulement un bout de couverture chacun. Les uniformes n’étaient pas adaptés aux conditions glaciales de l’hiver et une cruauté particulière consistait à confisquer les chaussettes et les chaussures des prisonniers et à les forcer à porter des sabots en bois. À l’instar des matricules et du rasage des têtes, il s’agissait d’un moyen de plus de les déshumaniser, et il n’est pas étonnant qu’un marché noir effréné, concernant principalement des marchandises « récupérées » dans les entrepôts du Kanada, se soit vite développé.

La situation dans les hôpitaux était encore pire. Compte tenu de la recrudescence de maladies et de diarrhées ainsi que du manque de latrines, d’eau et de produits d’hygiène, les patients étaient souvent laissés à croupir dans leurs déjections ; ceux des couchettes inférieures voyaient celles des occupants du dessus leur couler dessus. D’énormes rats proliféraient et venaient mordre les malades, les vivants comme les morts, et il était impossible de se débarrasser des puces et des poux.

Un sapin de Noël a bel et bien été installé par des SS, qui ont ordonné aux prisonniers de se rassembler devant lui avant de leur révéler une pile de cadavres entassés au pied de l’arbre, en guise de « cadeaux ». Le chant de Noël entonné par les prisonnières relève cependant de mon imagination.

La « sélection » est une autre vérité bien documentée. Birkenau ayant été conçu comme un camp d’extermination, les nouveaux arrivants étaient immédiatement aiguillés en deux colonnes : les mieux portants étaient mis au travail, et les plus faibles, envoyés directement aux chambres à gaz. On leur faisait généralement croire qu’ils partaient aux douches collectives (par souci d’efficacité, non par gentillesse), mais ceux qui travaillaient dans les camps savaient très bien ce qu’il en était. Des « sélections » aléatoires et plus ou moins hasardeuses pouvaient avoir lieu à tout moment ; tout prisonnier ainsi choisi savait qu’il allait à la mort.

Les trains. Lorsque mes personnages Ana et Ester arrivent au camp, en avril 1943, les trains déposaient les déportés à l’extérieur de l’enceinte de Birkenau. À partir de mai 1944, les voies ont été prolongées jusqu’à l’intérieur du camp – comme on le voit à l’arrivée de Tomaz dans mon récit –, afin d’accélérer le processus. On peut encore en voir le quai principal aujourd’hui.

Les marches de la mort sont l’une des dernières horreurs bien connues de l’histoire d’Auschwitz, et démontrent l’ampleur de la cruauté et du délire des nazis à la fin de la guerre. Les malades les plus graves allaient être abandonnés sur place, mais Stanisława, ainsi que quelques autres, parvinrent à convaincre les nazis de les laisser rester à leur chevet – ce qui n’empêcha pas ces derniers de couper l’électricité, de verrouiller les cuisines et d’incendier les entrepôts du Kanada afin de priver du moindre confort ceux qui demeuraient sur place. Il restait aussi des enfants, sans que l’on sache vraiment combien de mères étaient à leurs côtés. Des témoignages rapportent que certains ont échappé à ces marches de la mort en se cachant sous des piles de cadavres, comme le fait Naomi dans le roman. La seule chose que j’aie légèrement modifiée est la temporalité des faits : il fallut en réalité deux jours entiers pour lancer l’ensemble des prisonniers sur les routes gelées.

Les dimanches. Il semble avéré que les prisonniers ne travaillaient pas dans le camp le dimanche, dans le sens où on ne les envoyait pas effectuer leurs tâches habituelles.

La révélation de l’existence des camps. Lorsque les deux fugitifs évoqués dans le roman atteignirent la Slovaquie au printemps 1944, ils révélèrent au Conseil juif toute la vérité sur Auschwitz-Birkenau. Leur rapport fut envoyé au Congrès juif mondial mais resta sans réponse, alors même que d’autres informations rapportées par deux Slovaques s’étant échappés en mai venaient corroborer les faits. Le dossier parvint aux Alliés à la mi-juin 1944, ainsi qu’à la Suède (pays neutre) et au Vatican. La BBC, la presse suisse, les journaux américains et les stations de radio commencèrent à divulguer les atrocités commises dans les camps à partir de la seconde moitié de 1944, et des avions de surveillance américains photographièrent Auschwitz, mais les Alliés ne prirent aucune mesure directe.

Le camp ne fut pas bombardé, pas plus que les voies ferrées qui y menaient. Pourquoi ? Je ne suis pas là pour répondre à cette question, mais on ne peut que regretter que les exterminations de masse n’aient pas pu être arrêtées plus vite. En dépit des preuves, peut-être que les crimes perpétrés à Auschwitz et dans les autres camps de la mort étaient trop terribles pour que l’on puisse y croire avant de le voir de ses propres yeux.

 

AU-DELÀ D’AUSCHWITZ-BIRKENAU

 

Au-delà des sinistres confins d’Auschwitz-Birkenau, d’autres aspects du monde que j’ai décrit à cette période méritent quelques développements.

Le ghetto de Łódź. Je dois avouer qu’avant de me lancer dans mes recherches pour ce roman, je ne savais pas grand-chose des ghettos dans lesquels les Juifs de nombreuses villes d’Europe ont été enfermés, particulièrement en Pologne. Celui de Łódź a été l’un des plus gros, et de ceux qui auront duré le plus longtemps – en grande partie à cause de la politique de travail effréné de son chef, Chaim Rumkowski. Il a existé de février 1940 à août 1944. La vie qu’on y menait est bien documentée grâce à un registre officiel du ghetto ainsi qu’à plusieurs journaux intimes personnels, des interviews de survivants et quelques photographies incroyables. Je vous invite tous à consulter ces sources, qui sont plus éloquentes qu’aucun roman ne le sera jamais.

Si la plupart de mes personnages du ghetto sont fictifs, j’ai là aussi fait tout mon possible pour que les faits soient au plus près de la vérité historique. La nourriture y était rare et de mauvaise qualité, le combustible, plus rare encore, au point que beaucoup devaient brûler leurs meubles pour cuisiner et se chauffer un peu. La surpopulation initiale s’aggrava considérablement lorsqu’on y ajouta les populations en provenance de ghettos plus petits, moins rentables. Les écoles étaient fermées, les gens forcés de travailler en usine et, à partir de la fin 1941, quantité de Juifs commencèrent à être déportés, d’abord vers les camions à gaz de Chelmno, puis vers Auschwitz – quelques-uns pour travailler, mais la plupart pour y être exterminés.

Seul point positif : comme dans mon roman, de nombreuses personnes se sont mobilisées et ont eu le courage d’entrer en résistance contre les nazis – parmi lesquelles Stanisława et sa famille.

Le programme Lebensborn. Ce programme brutal visait à placer des enfants aux traits aryens dans des foyers allemands afin qu’ils soient élevés dans l’idéologie nazie. Des milliers d’enfants ont été enlevés à leurs parents, notamment en Pologne, et impitoyablement expédiés dans la patrie pour être remis à des couples allemands ou placés dans des foyers spéciaux. Beaucoup d’entre eux étaient si jeunes qu’ils n’avaient, après la guerre, aucun souvenir de leurs vrais parents ou du début de leur vie.

De plus, dans le cadre d’un étonnant programme de prostitution promu par l’État, les jeunes femmes aryennes des pays occupés par l’Allemagne étaient attirées dans de grandes maisons, où on les incitait à coucher avec de « bons » Aryens (généralement des soldats) afin de donner des enfants à la patrie. Elles y restaient le plus souvent jusqu’à ce qu’elles accouchent, parfois même après, et les enfants étaient soit élevés dans les maisons, soit donnés en adoption à des couples mariés. Un nombre tragique de ces enfants ont été rejetés et affreusement stigmatisés après la guerre, notamment en Norvège, où ils étaient considérés comme la preuve vivante d’une collaboration honteuse et ont eu une existence peu enviable.

Le fait de prendre des bébés « valables » dans les camps de concentration ne représentait qu’une partie relativement modeste du programme Lebensborn, mais n’en restait pas moins bouleversant pour les mères concernées. À l’origine, seuls les bébés non juifs étaient sélectionnés, mais il apparaît clairement que, les autorités allemandes s’inquiétant de plus en plus du nombre de jeunes hommes massacrés sur le front de l’est, les conditions de sélection se firent plus souples, considérant notamment que toute personne blonde ne pouvait être tout à fait juive.

Il est difficile de retracer le destin de beaucoup d’adultes qui ont survécu à Auschwitz-Birkenau, et encore plus difficile avec les enfants. Malgré tous mes efforts, je n’ai pas trouvé de témoignage solide où l’un des bébés tatoués par Stanisława et ses aides aurait retrouvé sa mère biologique. Il y a, heureusement, des histoires touchantes d’autres bébés du programme Lebensborn qui ont retrouvé leurs parents ; il n’est donc pas impossible que cela se soit produit. Toutefois, si forte qu’ait été mon envie de réunir Ester et Pippa à la fin de ce roman, cela ne correspondait pas à la véritable histoire des mères de Birkenau. Raison pour laquelle j’ai choisi de retrouver Oliwia à la place. Dans mon cœur, j’espère que mon personnage aura fini par retrouver sa fille… mais c’est peut-être au lecteur d’en décider par lui-même.

L’insurrection de Varsovie. Ce courageux soulèvement polonais a commencé le 1er août ١٩٤٤, l’objectif étant que les rebelles locaux prennent le centre de Varsovie afin de préparer le terrain pour l’entrée des troupes soviétiques par l’est. Les Polonais ont fait leur part, mais les Soviétiques ont ignoré leurs tentatives de contact radio et n’ont pas dépassé les limites de la ville. On ne sait pas exactement pourquoi. Certaines théories disent que les Soviétiques ont été déconcertés par l’action polonaise ; d’autres, qu’il s’agissait d’une volonté délibérée de laisser les Polonais se faire massacrer afin de permettre à la Russie de prendre le pays après la guerre. Quelles que soient les raisons, le siège se prolonge pour les Varsoviens, le manque de nourriture et d’eau devenant rapidement un grave problème, et, en septembre, les Allemands reprennent la ville avec de terribles pertes.

Toute la population civile de Varsovie est expulsée, la plupart vers des camps de travail à travers le Reich, et la ville est décimée. Les vaillants rebelles, parmi lesquels le mari et le fils aîné de Stanisława se trouvaient réellement, ont été lâchement abandonnés par leurs prétendus alliés. Cette insurrection courageuse, et finalement infructueuse, est l’une des trop nombreuses tragédies de la Seconde Guerre mondiale.

Le retour chez soi. En terminant mes recherches pour ce livre, j’ai été frappée d’apprendre le nombre de personnes perdues qui ont voyagé à travers toute l’Europe pendant des mois, voire des années après la guerre. Il y avait des millions de réfugiés, d’évacués, de prisonniers de guerre, de détenus et de soldats qui essayaient de rentrer chez eux, dont une bonne partie ne savaient même pas s’ils avaient encore une maison ou une famille à retrouver.

J’ai aussi eu la joie de découvrir que de nombreuses organisations caritatives faisaient un travail formidable pour essayer de réunir tous ces gens. Une particularité – cette fois bienvenue – de l’odieux régime nazi était de tout consigner dans des registres, ce qui signifiait que l’on pouvait retrouver la trace de tous ceux envoyés dans les camps de concentration. Certains de ces registres ont été détruits au moment de la défaite des Allemands, mais beaucoup sont restés et ont aidé des organisations comme la Croix-Rouge, le Secours juif mondial et l’United Nations Relief and Rehabilitation Administration américain (UNRRA) à effectuer leur travail.

La plupart des villes avaient des bureaux de rapatriement et les groupes juifs étaient très actifs dans ce domaine. Łódź était une ville bouillonnante au cours des mois suivant la guerre – faisant office de capitale de remplacement pour Varsovie, détruite. J’ai été surprise d’apprendre que, dès mai 1945, des structures telles que les théâtres se préparaient déjà à rouvrir. La fin de la guerre arriva plus vite en Pologne qu’en Grande-Bretagne, mais le pays en avait cruellement besoin. Les Polonais ont terriblement souffert et les histoires que j’ai pu lire à propos des notes laissées sur les murs des bureaux du Comité de secours juif à Łódź m’ont littéralement brisé le cœur. Trop de gens n’ont pu se retrouver et sont restés séparés pour toujours.

Il me semblait important que les lecteurs puissent découvrir le destin de divers personnages, et peut-être particulièrement celui de Filip. Comme Ester, c’est un personnage fictif, mais ce qu’il vit à Chelmno vers la fin de la guerre est basé sur des faits connus. Un certain nombre d’hommes y ont été emmenés lors de la reprise des opérations d’extermination en avril 1944, et y ont été gardés pour brûler les cadavres. Il est également vrai qu’une tente a été installée pour trier les affaires des prisonniers et qu’une poignée de tailleurs talentueux ont été engagés pour retoucher les vêtements qui plaisaient aux familles des officiers SS. Cela a permis à quelques hommes de rester en vie jusqu’à ce que Chelmno soit fermé face à l’avancée des troupes russes.

L’histoire de l’évasion du hangar de Filip et Noah est également basée sur des témoignages de survivants : les prisonniers du rez-de-chaussée ont été abattus, et ceux de l’étage ont défié les nazis avant de s’échapper dans les bois. C’est une petite histoire d’espoir parmi tant de grandes tragédies, que j’ai été heureuse d’emprunter afin que Filip puisse retrouver les bras d’Ester à la fin du roman.

 

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