La sage-femme d’Auschwitz

Anna Stuart · Chapitre 7 sur 39

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La sage-femme d’Auschwitz

Chapitre 6

 

Juin 1940

 

Ester

 

— Bonne soirée, Mme Pasternak.

— Mais…

— Bonne soirée. Rentrez chez vous, allez retrouver votre famille. Et dormez.

Ester lâcha un soupir qu’elle n’avait même pas conscience d’avoir retenu et sourit au docteur, reconnaissante. Elle était au travail depuis bien trop longtemps, une fois encore, et se sentait si fatiguée qu’elle n’avait plus les idées claires, mais il lui était difficile de partir. Le docteur Stern était un homme âgé, avec une épaisse touffe de cheveux blancs sortant de sous sa kippa ; à son âge, il aurait dû profiter d’une retraite bien méritée, seulement, il n’y avait pas assez de médecins au sein du ghetto et il avait été appelé à reprendre du service. Ester avait l’impression de le laisser tomber en rentrant chez elle, mais il lui pressa le bras affectueusement.

— Il faut voir les choses ainsi : en prenant soin de vous, vous pourrez mieux prendre soin des autres.

Il tourna la tête vers les rangées de malades entassés dans la salle et Ester opina tristement. Le temps plus chaud avait d’abord été perçu comme une bénédiction dans le ghetto – l’occasion de sortir un peu pour échapper aux logements surpeuplés –, mais avec lui étaient arrivés les poux, les puces, et maintenant, le typhus. La maladie avait fait des ravages dans les rues, au point qu’une personne sur deux avait fini par souffrir d’atroces maux de ventre et d’une fièvre incontrôlable en ces journées brûlantes de juin 1940.

Il y avait constamment la queue aux pompes à eau, de sorte que certains avaient commencé à creuser leurs propres puits. Engendrant bientôt une épidémie de diarrhées. Comme le ghetto ne disposait pas du tout-à-l’égout, les plus pauvres de ses habitants, ceux qui n’avaient pas d’autre travail, avaient été chargés d’évacuer les excréments dans des charrettes. Le système fonctionnait à peu près avant que la population ne double et que le typhus vienne aggraver les choses. Depuis lors, c’était un chaos sans nom. La puanteur et la saleté étaient partout, entraînant toujours plus de maladies. Ester avait habitué sa famille à laver, récurer et désinfecter régulièrement leur petit foyer, et jusqu’ici, ils avaient échappé au pire ; mais le désinfectant se faisait rare et les restrictions imposées dans le ghetto ne permettaient pas d’en avoir davantage. Depuis peu, ils ne pouvaient plus recevoir de courrier provenant de l’extérieur et une monnaie interne, le « ghetto mark » – surnommé Rumki, d’après le nom de Rumkowski, son créateur – avait vu le jour, à des taux de change rédhibitoires. Les conditions allaient de mal en pis sans que personne semble s’en préoccuper.

Ester prit son chapeau et, résistant à l’envie de se pincer le nez, s’élança dans la rue. Il était presque neuf heures du soir. Tout le monde était chez soi, conformément au couvre-feu instauré par la nouvelle police juive de Rumkowski. Cette force interne était censée faire régner l’ordre de manière plus douce que la police allemande, mais la moitié des nouveaux officiers étaient déjà enivrés par leur autorité et profitaient de leur petit pouvoir avec autant de brutalité que les SS. Ils ne possédaient pas de fusils mais jouaient facilement de la matraque et, avec les réseaux familiaux et amicaux au sein du ghetto, étaient bien plus ouverts à la corruption. Il était déjà clair que quantité des meilleures denrées franchissant les grilles allaient directement à quelques privilégiés, de sorte que le ressentiment envers eux croissait.

Ester balaya les environs du regard, heureuse d’avoir son uniforme d’infirmière en guise de laissez-passer. Le soleil était bas dans le ciel et une lumière dorée se répandait dans les rues, leur conférant un charme trompeur. Un peu ragaillardie, elle leva les yeux vers le ciel, y cherchant Dieu. Il n’était pas facile à trouver, ces temps-ci. Les synagogues avaient toutes été détruites et, même si Rumkowski avait pu obtenir l’autorisation d’ouvrir des maisons de prière, peu s’y rendaient régulièrement – les lieux étaient trop sales et trop exigus, et les gens craignaient davantage les puces que la colère de Dieu. Comment leur en vouloir, quand ils se sentaient déjà presque en enfer ?

D’un pas rapide et déterminé, elle marcha en direction de chez elle, espérant y parvenir avant que quelqu’un l’interpelle. L’autre jour, un jeune homme avait bondi du pas de sa porte pour la prendre par le bras, implorant son aide. Sa femme avait des contractions, mais l’unique sage-femme du ghetto avait été tuée dans une échauffourée pour des pommes de terre, quelques jours plus tôt ; il avait supplié Ester de venir l’aider.

— Je ne suis pas formée aux accouchements, avait-elle dit.

— Mais vous êtes infirmière. S’il vous plaît.

Il semblait si désespéré qu’elle n’avait pas eu le courage de lui dire non. Par chance, ce n’avait pas été un accouchement compliqué. Le principal problème de la jeune parturiente était sa peur. Dès qu’Ester l’eut rassurée, tout s’était passé aussi bien que possible et le couple l’avait abondamment remerciée avant de lui offrir une miche de pain frais. Le jeune père travaillant à la boulangerie, il pouvait en « prélever » quelques-unes de temps en temps ; depuis, Ester en avait reçu deux ou trois de plus. Elle leur en était reconnaissante, seulement, le bruit avait couru qu’elle était une formidable sage-femme et elle craignait à présent d’être sollicitée pour un accouchement moins facile. Elle avait donc fait passer un mot à Ana par l’intermédiaire des jeunes garçons polonais qui osaient soudoyer les SS de l’autre côté de la barrière en leur proposant de l’argent – du véritable argent, pas leur Rumki sans valeur. Dans ce mot, elle lui demandait un livre, ou même de simples conseils de base, mais n’avait rien reçu jusqu’à ce jour.

Elle s’arrêta dans l’entrée quelques instants. Dans la cuisine, Ruth et Sarah débattaient vivement de la meilleure façon d’attendrir la viande de bœuf – comme si cela importait actuellement !

— Ester ! Tu es rentrée.

Filip dévala l’étroit escalier et la prit dans ses bras. Il y avait une telle joie dans sa voix qu’elle sentit les larmes lui monter aux yeux avant de déborder. Il la regarda et les effaça d’un geste tendre.

— Ne pleure pas, ma beauté. Tout va bien puisqu’on est ensemble maintenant, pas vrai ?

Il la serra de plus belle contre lui et elle lui rendit son étreinte avec force. Leurs difficiles conditions de vie n’avaient pas altéré le désir qu’ils avaient l’un pour l’autre. La seule crainte d’Ester était de tomber enceinte, car même si elle adorait l’idée d’avoir un enfant de Filip, cet ignoble ghetto n’était pas un endroit pour donner la vie. Il partageait son point de vue et, la semaine précédente, il était rentré de son atelier avec des « protections ». Leur usage s’était révélé un peu délicat, mais elle était ravie qu’il s’en fût soucié, et put apprécier d’autant plus l’acte d’amour.

— On monte tout de suite au grenier ? murmura-t-elle.

Il lui donna un long baiser.

— J’aimerais beaucoup, mais nos mères attendent ton retour depuis des heures. Nous avons de la viande !

— De la viande !

Ester sentit l’eau lui venir à la bouche à cette simple évocation.

— Dans ce cas…

— Si je comprends bien, une côte de bœuf te fait plus envie que moi ?

— Une simple bouchée de bœuf me ferait plus envie que toi ! le taquina-t-elle.

Il porta une main à son cœur.

— Je suis profondément blessé.

Elle rit, oubliant un instant les tourments du ghetto.

— Une chance que je sois infirmière, alors, car je vais pouvoir te soigner.

— Ah, oui ?

— Après la viande !

Il lui donna un petit baiser et lui prit la main pour l’entraîner dans la cuisine.

— Ah ! Ester !

Son arrivée suscita une vague d’enthousiasme, et tous se mirent immédiatement à table, les coudes serrés, comme à l’accoutumée – mais ce soir, personne ne s’en souciait. Les yeux écarquillés, ils regardèrent Ruth servir religieusement son ragoût, dont les patates et navets habituels étaient cette fois accompagnés de sauce et de gros morceaux de bœuf. Sarah fit passer des tranches de pain – visiblement, le jeune papa avait encore pensé à Ester. À la vue d’un tel festin, elle sentit ses yeux s’emplir à nouveau de larmes.

— Comment se fait-il qu’on ait de la viande ? demanda-t-elle tout en plongeant sa cuillère dans la sauce, délicieusement riche.

— Le nouveau travail de ta sœur se passe très bien ! répondit Ruth.

Elle se tourna vers Leah. À quinze ans, celle-ci venait d’obtenir un poste dans les services administratifs du quartier de Baluty. Cela avait inquiété toute la famille, car ces bureaux grouillaient d’Allemands, mais elle s’y était vite habituée et était heureuse de travailler dans un bâtiment propre et confortable, loin des conditions de travail habituelles du ghetto.

— Tu as été payée en… viande ?

— Mais non, andouille ! dit Leah en riant. Je suis payée en Rumki de merde, comme tout le monde.

— Surveille ton langage, tu veux ? siffla sa mère.

— Pardon, maman. Tout le monde parle mal, au bureau.

— Ce n’est pas une raison pour en faire autant. Gardons nos bonnes manières, tout de même.

Leah coula un regard en biais à Ester, qui se retint de rire.

— Et donc, si tu n’as pas été payée en viande, reprit celle-ci, comment l’as-tu eue ?

Son assiette se vidait affreusement vite et elle se força à ralentir le rythme de son coup de fourchette. Son père avait déjà terminé et contemplait la sienne comme s’il hésitait à s’en emparer pour la lécher mais redoutait une atteinte aux « bonnes manières ». De son côté, Filip savourait chaque bouchée tandis que ses parents poussaient leurs derniers morceaux avec du pain et jetaient des regards avides sur la marmite – désormais vide. Leah sourit tout en enfournant sa dernière cuillérée.

— C’est Hans qui me l’a donnée.

Ester se figea.

— Hans ?

— Un collègue de bureau. Enfin, mon chef, plus exactement. Il est allemand, mais très gentil. Je veux dire, moins méchant que les autres.

Ester tourna les yeux vers sa mère, qui évita son regard.

— Et quel âge a-t-il, ce Hans ?

— Oh, il est vieux. Trente ans, au moins.

Sarah faillit s’étouffer avec son morceau de pain.

— Mais ne vous inquiétez pas, reprit Leah, il n’a aucune arrière-pensée. Il a juste dit que je travaillais très bien et que je méritais une récompense.

— Que tu travaillais très bien ?

— Absolument ! s’indigna Leah. J’en suis capable, tu sais, tu n’es pas la seule à avoir des talents !

— Bien sûr, bien sûr. C’est formidable, bravo Leah.

— Merci.

Ester regarda sa sœur et se rendit soudain compte à quel point celle-ci était devenue belle. Elle avait des traits doux et fins, et des cheveux encore plus blonds que ceux d’Ester. Héritage d’un grand-parent danois d’après leur mère. Rien d’étonnant à ce que ce Hans soit enclin à lui accorder des faveurs.

— Et quel genre de travail as-tu fait pour impressionner ton chef de la sorte ?

Ester sentit l’ambiance se tendre légèrement autour de la table, mais Leah ne remarqua rien.

— Il dit que je tape avec grâce et qu’il adore me regarder faire l’archivage.

— Ah, oui ?

— Il dit aussi que c’est moi qui m’habille le mieux dans tout le bureau – ce qui est un peu absurde, parce que certaines femmes ont de très beaux vêtements alors que moi, je porte tout le temps la même chose. Mais c’est gentil de sa part, n’est-ce pas ?

Ester lança un nouveau regard oblique à sa mère. Ruth s’éclaircit la voix.

— Oui, ma chérie, mais n’oublie pas que c’est un Allemand. Et garde tes distances.

— Pourquoi ? Ce serait bête. S’il peut nous donner de la viande, j’ai tout intérêt à être gentille avec lui, non ? Vous êtes tous bien contents d’en avoir mangé ce soir, pas vrai ? Pourquoi s’en priver une autre fois ?

Ruth ouvrit la bouche mais ne parvint apparemment pas à trouver les mots.

— C’est une question de prix à payer, Leah, dit Ester prudemment.

— Il ne m’a rien fait payer.

— Pas encore, commença-t-elle, mais Leah paraissait maintenant très irritée, et ce fut un soulagement pour tous quand ils entendirent soudain frapper à la porte.

Avant que la peur ne les gagne.

— Qui est-ce que ça peut être ? demanda Mordecai en se levant.

Benjamin en fit autant, mais Filip fut le premier à la porte. Tous échangeaient des regards inquiets quand Filip revint avec un jeune garçon portant un petit paquet.

— C’est pour toi, Ester, dit Filip. De la part d’Ana.

Ester se leva d’un bond et prit le paquet avant d’offrir la dernière tranche de pain au jeune livreur pour le remercier. Il la dévora sur-le-champ, préférant visiblement se repaître ici avant de rejoindre les siens dans les ténèbres du ghetto. Ester ouvrit le paquet : c’était un petit volume intitulé Le Guide de la sage-femme, accompagné d’un petit mot. Elle leva les yeux vers la pendule après l’avoir lu.

— Ana me dit qu’elle sera de l’autre côté de la barrière à dix heures. Je dois y aller.

— Mais… c’est le couvre-feu, protesta Ruth. C’est trop risqué.

— Accoucher sans sage-femme est risqué aussi, répliqua Ester. J’ai besoin de conseils si je veux pouvoir aider les femmes du ghetto.

— Ce n’est pas ton métier.

— Il faut bien que quelqu’un le fasse, alors pourquoi pas moi ? Et puis, si nous avons d’autres papas reconnaissants, peut-être aurons-nous moins besoin de la reconnaissance de certains Allemands ?

Ruth parut peinée mais acquiesça, après un bref regard vers Leah.

— J’y vais avec elle, déclara Filip.

— Tu n’as pas de laissez-passer, objecta Ester.

— Et toi, tu n’as pas d’escorte. Je t’accompagne.

Elle lui sourit, pleine de gratitude, car la nuit était tombée et le ghetto recélait quantité d’ombres inquiétantes. Après avoir remercié sa famille pour ce délicieux repas, elle prit Filip par le bras et tous deux quittèrent l’appartement.

— À quelle heure allons-nous enfin pouvoir retrouver notre grenier ? soupira-t-elle en marchant.

Elle était recrue de fatigue, mais au moins avait-elle le ventre plein maintenant. Rassemblant ses forces, elle pressa le pas vers le sud du ghetto, là où elle avait vu Ana la première fois. Son uniforme pâle ressortait dangereusement au clair de lune, et elle accepta de prendre le manteau de Filip afin de moins se faire remarquer.

Une fois parvenue à l’endroit prévu, elle vit trois SS dans la tour la plus proche, assis autour d’une lanterne avec une bouteille de vodka et un jeu de cartes. Par chance, cette occupation semblait les accaparer.

— Ana ? murmura-t-elle au travers de la barrière.

— Ester ?

Son amie émergea d’un buisson et tendit une main. Leurs doigts se touchèrent quelques instants.

— Tu as reçu le livre ?

— Oui. Merci infiniment.

— Il t’exposera les bases, mais le métier est avant tout une question d’intuition. Il faut savoir comprendre la mère, l’apaiser, sentir quand elle entre dans une nouvelle phase.

— Une nouvelle phase ? demanda Ester, déjà perdue.

Filip se tenait à quelques pas, faisant le guet, mais ils avaient peu de temps devant eux. Comment pourrait-elle apprendre un métier nécessitant deux années d’études pratiques avec quelques phrases échangées à travers une barrière ?

— Le moment où la femme souffre le plus et est le plus agitée, c’est juste avant qu’elle doive se mettre à pousser. C’est là que tu dois regarder si tu aperçois la tête du bébé. Si oui, elle peut commencer à pousser. Ne la laisse jamais le faire en dehors des contractions. Entre les contractions, il faut qu’elle se repose. Ça peut prendre cinq minutes ou cinq heures – souvent, quelque part entre les deux. Le plus important, c’est de ne pas paniquer.

— Qui, la mère ou moi ?

— Les deux, répondit Ana avec un sourire dans la voix. Si le bébé est lent à venir, tu peux l’aider avec tes mains, mais il faut y aller très doucement, et faire bien attention au cordon ; il ne faut pas qu’il soit entouré autour de son cou.

— Sinon… ?

— Sinon il peut l’étrangler.

Ester déglutit à vide.

— Je ne suis pas sûre de pouvoir faire ça, Ana. Pas sans toi. Je ne suis pas sage-femme. Et si j’aggravais les choses ?

La main chaude d’Ana se referma sur la sienne, rassurante.

— Tu ne peux rien aggraver, Ester. S’il doit y avoir des problèmes, il y en aura de toute façon, tu ne pourras que faciliter les choses. Les bébés sont doués pour naître, et c’est un miracle à chaque fois.

Ester garda le silence quelques instants.

— Il ne faut surtout pas que cela te retienne, ma belle. C’est un acte de bonté et de courage, et Dieu t’en remerciera.

— Ton dieu ou le mien ?

— Les deux, puisque c’est le même au bout du compte – nous avons juste des manières différentes de l’écouter.

À quelques mètres d’elles, un éclat de voix se produisit chez les gardes – l’un d’eux devait avoir gagné une main aux cartes. Les deux femmes se figèrent.

— Tu devrais y aller, souffla Ester à Ana. C’est dangereux pour toi de t’approcher autant de nous.

— Non. C’est dangereux pour moi de m’approcher autant d’eux, rectifia Ana.

Elle tourna les yeux vers la tour de garde avant de reculer prudemment. Ester sentit une vague de chagrin l’envahir. Toutes deux avaient tant de choses à se dire, et elle avait tellement à apprendre. Elle restait plantée là, fixant l’endroit d’où son amie s’était évaporée, quand Filip la tira par le bras pour l’entraîner précipitamment derrière un bâtiment alors qu’un garde faisant sa ronde approchait. Le cœur battant, elle se serra contre lui jusqu’à ce que la voie soit à nouveau libre.

— Je t’aime, murmura-t-elle en contemplant le visage de celui qu’elle aimait.

— Je t’aime aussi. Alors… on y va, dans ce grenier ?

Ester hocha la tête avec vigueur et ils repartirent vers chez eux. En chemin, Ester pensa au fait d’avoir un enfant ; elle aurait aimé pouvoir donner cette preuve d’amour à Filip, mais non, décidément, ce n’était pas le moment. Pour l’heure, elle était déjà très heureuse de l’avoir, lui.

 

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