La Traversée de Bondoufle

Jean Rolin · Chapitre 25 sur 35

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La Traversée de Bondoufle

Dans Le Diable au corps,...

Dans Le Diable au corps, ainsi que me l’avait fait remarquer une amie plus familière que moi de ce texte, les deux amants envisagent un moment de s’établir à Mandres-les-Roses, afin de vivre dans la proximité de ces fleurs et de voir chaque jour s’ébranler le train spécial qui en achemine de pleines cargaisons vers Paris. Le train des roses a disparu depuis longtemps, et lors de la traversée de la vaste zone maraîchère partagée entre les communes de Mandres et de Périgny, je n’ai rien vu, sous serre ou en plein air, qui ressemblât à des cultures florales : des fraises, oui, ou des tomates, mais pas de fleurs. La zone en question est bornée, au nord, par une ligne à grande vitesse qui sans doute a repris pour une part le tracé du train des roses : et c’est en l’enjambant, sur une passerelle d’où il est agréable de jouir du silence de la campagne dans l’intervalle entre deux TGV, que l’on atteint la zone d’activités du Noyer aux Perdrix, ou de l’Orme-Rond, où en bordure de la N 19 se présentait vers la fin du mois de mars une occasion à saisir – « À louer, exclusivité ! » – sous l’espèce d’une plateforme logistique de 31 400 m2 qui n’avait pas encore trouvé preneur. De part et d’autre de la N 19 se font face un Buffalo Grill, au sud, et au nord un Léon Fish, ex-Léon de Bruxelles, et une halle Grand Frais abritant notamment une boulangerie Marie Blachère, « Le bon goût du savoir-faire », avec ses pizzas disponibles selon la formule « 3 + 1 ». Si je cite Marie Blachère, c’est que les aléas de mon emploi du temps ont fait qu’à deux reprises, le lundi 29 mars et le jeudi 1er avril, je me suis restauré, sobrement, d’un article proposé par cette enseigne : la première fois, le lundi, c’était avant de gagner Boissy-Saint-Léger, à pied, à travers la forêt de Notre-Dame, et la seconde, le jeudi, c’était en débarquant du bus 21, que j’avais emprunté à la gare de Boissy-Saint-Léger afin d’éviter de faire à rebours le même trajet, sachant combien peu j’apprécie de marcher dans des forêts aménagées. Lors de ce second passage par Servon, mon objectif était de me rendre à Ozoir-la-Ferrière via le village de Férolles-Attilly et la ferme de Beaurose. Il faisait beau, et de plus en plus chaud au fur et à mesure que l’on avançait dans la matinée, les alouettes s’élevaient en grisollant au-dessus des champs de blé ou d’orge, et tout se déroula parfaitement, conformément au plan, jusqu’aux abords de Férolles-Attilly, et jusqu’à l’épisode que l’Histoire retiendra comme celui du passage du Réveillon. Ce dernier est un petit cours d’eau qui marque la limite nord du village, et qu’il me fallait par conséquent traverser pour poursuivre dans la direction de Beaurose et d’Ozoir-la-Ferrière. Or au moment où je m’apprêtais à le faire, je remarquai un barrage de la gendarmerie établi en travers de la rue de la Montagne, et pour échapper à un contrôle, considérant que j’avais dépassé de beaucoup la limite spatiale imposée par le confinement, je dus me jeter dans une cour de ferme qui au même moment s’ouvrait providentiellement sur ma gauche. J’en fis le tour, observant les engins agricoles et m’étonnant de n’être assailli par aucun chien, et j’en ressortis, après quelques minutes, pour emprunter en sens inverse la rue de la Montagne, et partir dans le village à la recherche d’un autre moyen de franchir le Réveillon. Bien entendu, on peut juger ces précautions excessives, d’autant que rien ne prouvait, à la réflexion, que les gendarmes aient établi un barrage à proprement parler – peut-être s’agissait-il simplement d’un véhicule de la gendarmerie stationné au bord de la route – ou que ce barrage, si malgré tout c’en était un, eût pour but de vérifier les attestations de déplacement, outre que je disposais d’un document qui m’autorisait à contourner certaines règles. Toujours est-il qu’ayant découvert à l’extrémité opposée du village un autre point de passage, je franchis sans encombre le Réveillon, puis qu’à travers champs, entre blé et colza, je gagnai la ferme de Beaurose. À partir de là je suivis un chemin longeant un bois nommé d’après la ferme, bordé par une clôture le signalant comme une réserve de chasse, et dont le sol était par endroits tapissé d’anémones blanches. Le chemin lui-même portait des traces nombreuses d’ongulés imprimées dans la terre molle, et c’est à la limite de ce bois, et d’un champ de blé qui le jouxtait, que j’observai consécutivement un couple de piérides Aurore, un papillon remarquable par ces taches orange auxquelles il doit son nom, et un engin agricole en train de vaporiser sur toute la surface du champ ce qui devait être un produit phytosanitaire hautement toxique.

À la sortie du bois, de nouveau entre un champ de blé et un champ de colza, je dus passer sous une double ligne à haute tension, puis longer quelque temps une route à grande circulation avant de pouvoir la traverser pour entrer dans Ozoir-la-Ferrière.

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