La Traversée de Bondoufle
Le samedi 18 juin, venant...
Le samedi 18 juin, venant de Paris, j’arrivai à Corbeil-Essonnes en fin de matinée. Entre la gare et les Grands Moulins, je faillis marcher sur un lucane cerf-volant tout à fait mort mais dans un bon état de conservation. Sur la rive droite de l’Essonne, au pied de la cathédrale Saint-Spire, la floraison des magnolias touchait à sa fin, tandis qu’au fil de l’eau, se hâtant vers le confluent avec la Seine, dérivaient des radeaux de végétation, assez semblables, bien que de dimensions plus réduites, à ceux que forment les jacinthes d’eau sur certains fleuves tropicaux. Après avoir vérifié que le café Mekan, rue du Cloître-Saint-Spire, affichait toujours au-dessus du comptoir le portrait d’Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan, je traversai la Seine sur le pont de l’Armée-Patton, puis je m’engageai dans la rue de la Montagne-du-Perray, pleine en cette saison de roses et de lézards, pour atteindre le parc François-Mitterrand, dont j’ai noté déjà qu’il s’agissait principalement d’un petit bois. À l’entrée de celui-ci, juste au moment où sa fraîcheur se faisait sentir, je croisai le regard chargé de haine, et je suis sûr de ce que j’avance, d’un chat ensauvagé, blanc et sale, sa petite tête hirsute toute croûteuse de cicatrices, perché au sommet d’un pilier carré qui le mettait juste à ma hauteur. Voyant cela, « un Romain serait rentré chez lui », comme aurait dit Malesherbes, l’avocat de Louis XVI, après avoir trébuché sur un caillou en montant dans la charrette qui devait le mener à l’échafaud. Mais négligeant ce présage, si c’en était un, je traversai le bois, j’en ressortis par la même voie que la fois précédente, je débouchai sur la route que bordaient d’un côté un champ de blé, de l’autre les pavillons de ce lotissement dont les noms de rues honorent les grands auteurs du e XIX siècle, et Marguerite Duras par-dessus le marché. Dans les jardins se voyaient des cerisiers dont certains étaient chargés de fruits, une circonstance assez rare, cette année-là, en raison des gelées tardives. Et toujours une grande abondance de roses. En approchant de ce bois que la carte au 1/25 000e désigne comme le bois d’Amour, il me sembla entendre des coups de feu, puis j’observai le vol ondulé d’un pic-vert. En contrebas de la route, juste avant le bois, un chemin que je n’avais pas encore emprunté filait droit au milieu des blés.
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