Le moyen de parvenir, tome 3/3

Béroalde de Verville · Chapitre 11 sur 41

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Le moyen de parvenir, tome 3/3

XI. Instance.

S . Je vous le dirai bien; c'est qu'il faut sentir au cul, celui

qui aura odeur de moust, sera le chrétien; d'autant que le Turc ne boit point de vin.

 

I .

 

XI. L' . Je suis bien aise que vous êtes venus sur ces

différences. Dites un peu quelle différence il y a d'une femme à un prêtre? Ce sont gens de robe longue. Je n'en sais rien. Ni moi aussi. Ni moi itout. A, a, je vous le dirai: c'est que les prêtres mettent leurs amis sur leurs têtes; & les femmes mettent leurs amis sur leurs ventres.

C . Si le roi défunt eût su ces différences, il n'eût pas été en

peine de demander au grand prieur ce qu'il pensoit d'un beau cheval, qu'on lui vouloit vendre. Le roi lui faisant voir ce cheval, lui dit: monsieur le grand prieur, que dites-vous de ce cheval? Voilà un beau cheval, sire, & qui fera bon service. On me le veut vendre pour Turc; & je vous prie: vous qui vous y connoissez, de m'en dire votre opinion. Quoi! pour Turc? Par la double bierre des pays bas, sire, il est chrétien, comme vous & moi. Afin que vous ne soyez plus abusé, nous rîmes, ce jour-là, tout notre saoul; & monsieur le grand prieur fit, au soir, un trait autant plaisant, qu'il avînt de long-temps à la cour. Je remarquerai un peu le temps. On portoit des bas à attacher; & n'avoit-on qu'un beau petit culot, si que les fesses paroissoient abondamment, & la mere des histoires étant soulevée d'un pont-levis fait en fonte.

P . Qu'est-ce que la mere des histoires?

L' . Foin, que d'ignorance! C'est la pochette qui contient les

histoires, c'est la couille. Voilà une grande difficulté! Qu'il faut peu à ces philosophes, pour les faire badiner! Nous étions en la grand-chambre d'après la salle du château, & monsieur le grand prieur faisoit un état d'une belle épée de damas qu'il avoit. Le roi lui dit qu'il ne croyoit pas qu'elle fût si bonne qu'il disoit. Là-dessus le roi la prend, & ainsi nue la considere: vraiment, dit-il, cela ne coupe point. Quoi! dit le grand prieur, sire, j'en couperai, d'un revers, une douzaine de flambeaux. Le roi dit: vous ne sauriez seulement couper cettui-là, que voilà sur le bout de cette table. Cette parole ne fut pas si-tôt dite, que le grand prieur va vers ce flambeau, & d'un revers la coupe en deux. Il y avoit le baron de Sault avec ses fesses, dont le proverbe en est venu, qui tendoit beau cul, sans y penser. La fin du coup va roide à son cul, d'autant qu'il étoit ainsi tourné parlant à d'autres; & partant il eut le cul coupé. Ha! ce dit-il, monsieur, qu'avez vous fait? Vous avez gâté mon haut-de-chausse.

R . Vraiment, ce cul coupé n'eût pas lors serré les fesses de

peur de péter.

A . Vraiment non, non plus que Margot de chez nous,

qui passoit par la salle, en portant un œuf à madame; comme elle fut au milieu de la salle, elle nous salua; & en cette action, elle eut faim de faire un pet, c'est-à-dire envie ou desir, (ainsi qu'on dit à Paris, j'ai faim de pisser, soif de chier.) elle voulut serrer les fesses de peur de peter; elle fit tout au rebours. Je vous assure qu'elle serra si fort le poing, qu'elle creva l'œuf; & ouvrit tant les fesses, qu'elle fit un gros pet. Quoi! vous petez, lui dis-je? Vere, monsieur, dit-elle, c'est que j'ai mangé des pois.

N . C'étoit donc une fausse guenippe.

A . Oui, elle avoit étudié avec celles muses

Aganippes, d'où vient ce bel épithete.

C . Dites-vous un épi de tête? C'est une corne de cocu.

A . N'allez point chercher d'équivoque: cela est

défendu par la pragmatique sanction. Ainsi que disoit un chanoine, disant: messieurs, depuis qu'il vous a plu me recevoir indigne chanoine, comme les autres, je n'ai point ouï parler que la pratique de l'ascension nous fût contraire.

G . Une dame du même pays, ayant un panaris au doigt,

ainsi qu'elle l'avoit ouï nommer au chirurgien, parlant de son mal à ses commeres: hélas! disoit-elle, ma mie, j'ai le mal de paradis.

B . La voilà, là, là, l'ance à monsieur; vous me mettez là-

dessus. Le coq de notre paroisse voulant dire, à l'évangile: gloria tibi, domine; faisoit le docteur, & disoit: gloria edit homines; (ha! ha, ha; hem, hem, ho, ho) puis regardoit si on le voyoit.

B . Il étoit d'une race de gens assez fins pourtant, témoin

son cousin germain, qui étoit curé du même village, auquel village depuis n'aguères on avoit fait un crucifix tout neuf, & on avoit mis le vieil au grenier du presbitere. Le curé, qui desiroit de manger d'une bonne oie, l'avoit fait engraisser, tuer & mettre à la broche, pour cuire, toute farcie. Or, pour épargner son bois, il avoit mis le vieil crucifix au feu; &, conscience le dévorant, ne l'avoit voulu rompre, si qu'il le mit tout entier au feu, & laissa son petit neveu rôtir l'oie, c'est-à-dire, tourner la broche. Quand le bras du crucifix fut brûlé, le corps tombe, la tête sur le rôti, & le petit garçon de se lever & courir à l'Eglise, où il va crier: mon oncle, mon oncle, cet homme que vous avez mis dans le feu mange notre oie.

A . Qui connoît mieux ce curé que moi? Un jour, je

dînois chez monsieur du Mesnil, celui que monsieur de Gué-Hébert fit porter, par le diable, avec sa femme, dans un champ à deux lieues de sa maison. Le curé dîna avec nous; puis en diligence s'en retourna; & aussi tôt nous ouimes sonner les cloches, comme pour un nouveau miracle. Le fait est tel, ainsi que nous savons expédier briévement avec grande tirelitantaine de paroles, nous autres Grecs. Un voisin de monsieur le curé lui avoit dérobé une oie & l'avoit mangée. Ce curé l'avoit tant cherchée, qu'il en avoit dépit. Enfin, par confession du paysan, il sut la vérité; & parce que c'est sacrement, il n'y a pas moyen de m'en venger en la découvrant. Pourquoi il délibéra, pour l'attrapper, de lui en faire autant, selon que l'évangile l'enseigne aux gens d'église: si on vous frappe en une joue, baillez une belle & forte jouée en l'autre.

I . Quant j'étois d'église, j'oyois ainsi interpréter, inter fratres penes quos est, l'intelligence des écritures.

A . Il fit donc tant qu'il empoigna une bonne, grosse,

grasse, ferme, délicate oie du paysan; & se délibéra d'en manger à gogo; cou & tout; & pour cet effet, il la fit dévotieusement cuire au feu presbitéral, comme dit est. Etant revenu de l'église, & délibérant se mettre à table, voilà que monsieur du Mesnil l'envoya querir. Quoi! perdre une repue franche? Ce seroit double perte à un curé; il perdroit ce qu'il mangeroit, & ce qu'on lui prépare. Le curé délibérant d'aller dîner, dit au messager: mon ami, je vais après vous.

M . Il ne fit pas si dextrement que maître Macé, le curé de la

basse Athene, qui étoit pressé de la noblesse, qui sans cesse venoit chez lui l'écornifler. Un jour qu'il y avoit sept ou huit haubereaux chez lui, il leur fit le meilleur visage du monde. Messieurs, soyez les biens venus; çà, que l'on se dépêche; garçon, au vin, au poulailler, au crochet, à la fuye; serviettes blanches. Disant cela, il mouvoit & prend un surplis qui étoit à part sur une autre robe, que celle qu'il avoit rapportée de l'église; & prenant un bréviaire en sa main, les rendit étonnés. Où allez-vous, monsieur le curé? Je viens incontinent, dit-il, messieurs; je ne ferai qu'aller & venir, tandis que le dîner s'apprêtera, je vais réconcilier un pauvre pestiféré, que j'ai confessé ce matin. Et ce disant, il sortit; & soudain, tout ces guillerets épouvantés sortirent; & de treize semaines, n'y voulurent aller.

A . Cettui-ci se prépara pour venir. Or il avoit envie de

manger de l'oie, & disoit: je mangerai de l'oie par dépit. De la laisser au logis, il n'y avoit point de moyen, parquoi il s'avisa de la cacher; & pour en ôter la connoissance à son valet & à sa chambriere, il les occupa de message; puis prit les clefs de l'église, & y porta l'oie toute cuite, & la mit en un coffre; puis il cacha les clefs sous une tombe. Le valet, qui étoit au guet, l'apperçut; parquoi, sitôt que le curé eut pris l'air; il s'en vint avec la chambriere & avec un de leurs familiers, & allerent manger l'oie, tant qu'ils pûrent: puis ils dépendirent toutes les images, & les mirent autour de ce coffre, leur ayant graissé le minois & les mains du reste. Il restoit encore une demi-cuisse, qu'ils mirent en la goule du diable qui est sous saint Michel; & s'en allerent, fermant l'huis, & remettant les clefs au même lieu où elles avoient été mussées. Le curé revenu, va droit aux clefs; & les ayant trouvées comme il les avoit mises, dit: je mangerai de l'oie à mon compere. Il entra en l'église; & voyant tant de saints autour de son coffre à l'oie: ô, ho, dit-il; & qui, tous les diables, vous a mis là? Etant approché, & les voyant ainsi gras par le mufle & les mains, & la cuisse à la gorge du diable, la lui arracha, disant: vilain que tu es, je ne me soucie pas des autres; mais toi, j'en aimerois mieux étrangler, que tu l'eusse; & dà, j'en tâterai. Comme il la savouroit, il se va souvenir de sa faute; si qu'il sonna les cloches, pour appeller le peuple pour voir ce grand miracle.