Le moyen de parvenir, tome 3/3
XXXVII. Titre.
T .
XXXVII. S . En ma conscience nous étions pour cette
affaire, sur un notable franc arbitre; & les arbitres étoient presque d'accord de la sentence de cet arbitrage. Je ne sais si j'ai bien dit; (va toujours; trotte qui danse.) Nous avenions aux résolutions, & trouvions les sciences tout justement, y attendant justement comme pâques en Mai, & répondions à propos, comme firent deux notables dames d'Orléans; l'une femme d'un apothicaire, à qui je demandai si elle avoit de l'agalochum, & agalochum, c'est lignum alois; & elle pensoit que je lui demandasse si elle avoit autre drogue; elle me répondit à propos: monsieur, je ne me connois point en drogues; il faudroit parler à mon mari. L'autre est la belle épiciere d'auprès les ponts. Monsieur le procureur du roi, qui vouloit gausser avec elle, la voyant avec six ou sept dames, lui dit: madame, avez-vous de l'agalochum? Monsieur, dit-elle, voici plusieurs boîtes, il y faudroit mettre le nez. Etant après ces belles intelligences, voici la serviteuse qui nous vint dire que quelqu'un étoit à la porte, pour entrer ou sortir.
Q ' . Quel mot est-ce que serviteuse?
L' . Ce mot vient du pays de sapience, & j'en use ici à
cause qu'il a des gens mariés; notate verba, & ponderate misteria. Cette fille nous vint dire qu'il y avoit à la porte un personnage qui vouloit parler au bon homme. Aussi-tôt il alla à lui, puis revint & nous dit: (je le dirai pour lui, parce qu'il est empêché à frire l'esprit d'un demi-cent d'écrevisses, à la mode de Bourges, où l'on les vend toutes nues) c'est un docteur d'Oxfort, qui n'est pas encore résolu s'il se doit faire catholique ou huguenot; & il demande à parler à quelques apôtres, s'il y en a céans. Vraiment non, dîmes-nous, il n'y en a point ici; ils nous empêcheroient de faire bonne chere; & puis ils auroient honte de l'hiérarchie, & du criblement des ministres, parce que les uns ont trop lardé l'oie, & les autres y ont trop mis d'épices, après l'avoir dépouillée de ses fantaisies. Là-dessus il fut tenu conseil de l'envoyer en Espagne, d'autant que l'on estimoit qu'il y pourroit avoir quelque apôtre, à cause que les Espagnols, pour la plupart, sont parens selon la chair. A quoi s'opposa Varro, disant que les Espagnols se prévalent être les plus catholiques; & partant le plus parfait membre de l'église; & allégua, nescit sanguinem, l'église ne connoît point ses parens. Parquoi on lui dit qu'il se pourvût; que nous n'avions la tête rompue que de telles gens qui changent de religion, pour demander le passage, comme ces François qui passent en Angleterre. Et cela dit, afin de lui donner quelque contentement, on lui fit une paraphrase apostrophique pour son déjeûner, & qu'il s'en saoulât s'il pût. Je vous dirai un grand secret, c'est que vous liriez ici quatre jours entiers, que vous ne vous saouleriez aucunement, & j'en dis vrai. Vraiment, nous n'aurions garde, si nous ne mangions quelque chose en lisant.