Le moyen de parvenir, tome 3/3
III. Thême.
T .
III. Un ministre avoit une piece de bon vin, qu'il gardoit aux bonnes bouches. Il avint qu'il en voulut avoir, pour envoyer à un sien ami; & il descendit lui-même avec la chambriere, pour faire emplir la bouteille; mais il n'y avoit pas d'ordre: il étoit trop bas. (Il eût eu besoin de priere, comme la bonne femme qui prioit dieu que hausse qui baisse, & que baisse qui hausse: hausse qui baisse, étoit pour son vin; & baisse qui hausse pour son lard, qui étoit pendu au plancher, qui haussoit, plus on en prenoit.) Le ministre n'étoit point content que son vin fût diminué sans s'en être senti. Comme il s'en tourmentoit, la chambriere disoit: il faut qu'il s'en soit allé par quelque part. Et elle faisoit l'empêchée de regarder par-tout; puis elle s'avisa de monter sur le tonneau, pour voir s'il n'y auroit point quelque fente derriere. Etant dessus, & se baissant la tête, voilà ses robes qui se renversent sur son échine, chemise aussi; & son maître qui tenoit la chandelle, va voir la grande essoine qu'elle avoit entre les cuisses. Elle faisoit si beau jeu, qu'on l'eût vu jusqu'à l'herbier. Allons, allons, dit-il, ôtez-vous de-là; l'ai vu la fente par où mon vin a coulé.
C . Vous aviez cela à dire, pendant que je faisois paître
mon âne.
T .
IV. Un viel peintre avoit une femme jeune, belle & jolie, dont il étoit fortement jaloux, ainsi qu'il est séant à tel âge. Cette jeune femme faisoit semblant de n'y penser pas. Toutefois elle n'étoit point contente de ce que son mari ne tiroit pas si souvent au naturel, qu'elle eût désiré: à quoi elle pourvut au moyen & aide d'un jeune peintre, en quoi elle se gouvernoit tant simplement & faisant la chatemite, qu'il sembloit qu'elle n'y touchât pas. Même elle portoit un semblant tant nice & honteux, qu'elle faisoit presque difficulté de regarder l'endroit de la braguette, & eût fait conscience d'ouïr parler un homme. Toutefois cela n'effaça point l'ombrage de son mari, qui, ayant affaire aux champs pour quelque temps, sur le point qu'il falloit partir, ne pouvant plus s'en excuser, étant necessaire qu'il y allât, avoit fort mal à la tête. (Les dames de Touraine font distinction entre mal & douleur de tête. Mal, c'est quand il est comme de ce peintre; douleur, quand le sens triste l'occupe. Quand donc l'opinion cornue est en la tête, c'est mal; & cela fait ainsi, à ce que m'a conté le sire André T. comme quand une dent perce; c'est que, la corne perçant, cela fait mal.) Etant le peintre sur la conclusion de son partement, il dit à sa femme: ma mie, je vous aime beaucoup; mais je désire de vous quelque chose, qui me fera assurance de votre honnêteté. Mon ami, tout ce qui vous plaira; je ne vous ai jamais refusé de rien, ni ne ferai. Sur cet accord, & lui ayant dit son intention, sur la peau de son ventre, où elle est plus licée & polie, il y peint un âne, puis s'en alla. Il ne fut pas gueres loin, que le compagnon ne vînt voir la belle, & garder le corps de cette femme, à laquelle il savona bien & beau les fauxbourgs des fesses. Comme elle sentit le proche retour de son mari, elle avisa son ami de cet âne, qui, y regardant, le vit tout effacé, excepté la tête & les jambes. Hélas! que ferai-je, dit-elle? Ne vous souciez; je les racoûtrerai bien. Ce qu'il fit, & le vêtit d'un petit joli bât tout neuf, si que le voilà joyeux près la pâture vitale, & étoit si bien qu'il n'y manquoit que la parole. Le mari revenu, fut reçu, avec une douce liesse & bonne chere, comme le bien aimé, à force accollées & baisers mignons. Sur le soir, en devisant, il s'avisa: Eh bien ma mie, notre âne? Mon ami, je n'ai point pensé à lui; je ne sais comment il se porte. Il leve la chemise de sa femme, & le regarde. A, ha, dit-il, en grande admiration, voilà bien mon âne; mais au grand diable soit qui me l'a bâté. Depuis, pour parler en paroles couvertes, on a dit: bâter l'âne, pour signifier faire, verminer, besogner, &c.
A . Les filles de notre pays disant en paroles couvertes,
parlent bien autrement, témoin la fille de chambre de mademoiselle de la Forest, femme d'un conseiller. Un paysan lui apporta un lievre, qu'il mit, en l'absence de monsieur, ès mains de la fille de chambre nommée Andrée, laquelle il prie affectueusement de le présenter à monsieur, & lui recommander son procès, dont il étoit rapporteur, & qu'il avoit nom le Vit. (Une dame ne fit pas, un jour, difficulté de le nommer. Je lui faisois je ne sais quelle petite haire; & elle me vouloit dire: vous faites bien les trois lettres, S, o, t, sot; elle brocha des babines, elle me dit: vous faites bien des trois lettres, V, i, t, vit.