Le moyen de parvenir, tome 3/3

Béroalde de Verville · Chapitre 22 sur 41

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Le moyen de parvenir, tome 3/3

XXII. Bail.

M . O grosse bête, c'est le sotier de Genève.

S . Quel sotier?

M . Tu fais semblant de ne le savoir point. Parce qu'ils

écrivent psautier; je disons sotier, non sans cause, d'autant que tous les sots qui sont repris de justice en ce pays-là, passent sous son enseigne.

S . Comment! Est-on sujet en ce pays-là d'avoir la vérole?

M . Garde-toi de blasphémer; il ne faut pas dire cela.

S . Que veux-tu donc dire?

M . Dame, quand nous sommes à la cour, nous appellons

être repris de justice, quand on sue la vérole & qu'on se fait pancer de quelque inconvénient, des dépendances de l'inventaire des histoires.

S . Voici encore d'autres paroles que je n'entends pas.

M . Hé! bête que tu es, ne sais-tu pas que les génitoires ont

été dites histoires? Que la couille est la mere des histoires, & la braguette en est l'inventaire, ainsi qu'une chaire percée est l'inventaire d'étrons?

 

B .

 

XXII. B - . Vos histoires m'ont fait souvenir de trois dames qui devisoient de leurs maris, & de tout ce qui étoit en eux. L'une d'entr'elles dit: je ne sais que vous trouvez tant à redire en vos maris; quant à moi, je me contente fort du mien: il est vrai qu'il y a je ne sais quoi de petit, c'est qu'il a la couille noire. Le mari les oyoit conférer, & tout beau s'en alla en la maison. Quand elle s'en vint au logis, elle trouva qu'il se promenoit comme en colere. Et qu'avez-vous, mon ami, dit-elle? Et lui, mot; elle le prie de lui dire; & lui, comme courroucé: que j'ai? Je ne sais; il faut que je sois toujours en peine pour vous. On me vient d'ajourner, pour comparoître devant le lieutenant-criminel, pour la réparation d'une blessure que vous avez faite à un enfant; & dit-on que vous étiez là-bas en la cour, où vous aviez fait vos affaires, & que vous ayant torché le cul d'une pierre, vous l'avez jettée par sus les murailles, & qu'elle a blessé cet enfant. A, ha! mon ami, dit-elle, ne croyez pas cela; ce sont des méchantes gens qui le disent. Il y a plus de quatre ans, que je ne me suis torché le cul, en façon du monde. Adonc, dit-il, je ne m'ébahis pas, si j'ai la couille si noire.

C . Il vaut bien mieux se torcher le cul avec du papier, &

principalement en ce temps qu'il est à si bon marché: en quoi nous avons barre sur les anciens, qui avoient bien de la peine à se le torcher. Je m'en rapporte au seigneur de Caramousse, grand faiseur de confitures, avec lequel je demeurois à Gênes, lorsque les belles confitures y furent inventées, & que nous trouvâmes le moyen qui s'y pratique maintenant, & qui est le secret de ces messieurs qui font les confitures; mais ne l'allons pas découvrir. Je vous dirai ce que faisoit ce grand personnage, ainsi qu'encore font les plus avisés: il amassoit le plus qu'il pouvoit de torche-culs; & quand il en avoit recouvré grande quantité de bien secs & dorés, il les faisoit bouillir, & tiroit la crême qui nageoit dessus, laquelle il réservoit pour donner couleur aux confitures; & notez que cela est bon à toutes sortes de confitures & de couleurs, parce qu'étant faite de tout, elle servoit & sert à tout.

G . Quelle délicatesse!

C N . Que pensez-vous qu'il y ait au monde de plus délicat?

G . Je ne sais.

C N . C'est l'ame d'un solliciteur, d'autant qu'elle est souvent vannée deçà & delà, avec force affronts.

G . J'ai appris, de notre ami Louvet, que c'est l'épaule

d'un procureur, parce que, sitôt qu'on lui touche, il se revire incontinent pour haper de l'argent; il est toujours aux écoutes. Vraiment ils sont fort hardis; aussi audaces fortuna juvat.

C N . Vous ne le prenez pas bien; il faut edaces, d'autant qu'ils mangent bien.

M. A . N . Ce seroit donc le mouvement perpétuel?

S. C . A dire vrai de ce merdeux, mon ami, si c'étoit de vous

comme de moi, j'estimerois que ce fût comme le jeu de pet-en-gueule qui est notable, d'autant qu'il est le symbole de ce qu'il y a de plus exquis. Voyez-vous que c'est le sublime abaissé, & la vraie circulation chymique, lors que le cul sent la violette?

N . N . Vous n'y êtes pas: c'est le symbole de ceux qui, sous ombre de religion, font la guerre pour maintenir leur ambition.

R . Que ne dites-vous cela en latin: Raphelingius se

moquera encore de vous, tant vous êtes sot.

N . N . C'est assez, mon bon maître: j'ai, comme disoit

Ambroise Paré, assez de latin tout fait; mais je n'en saurois faire qu'à fine force. Au diable le latin! il m'a tout emmusiqué la fressure de l'entendoire; & par fois je suis vraiment un grand sot.

S . Vous avez menti, mon pere; ma mere étoit femme de

bien.

T . Et autant opiniâtre que la femme du pauvre

Æschines, qui, par dépit de son mari, ne vouloit manger les pois qu'un à un: son mari vouloit qu'elle les mangeât en quantité, elle ne vouloit pas; parquoi son mari la battit, dont depuis elle fit la malade, & en fit la morte. A! dame, on la porte en terre; & comme on lui jetta la terre sur les genoux, elle eut frayeur, & comme demandant pardon, se mit à crier: je les mangerai trois à trois. Les prêtres qui l'ouïrent, & les autres pensant qu'elle les voulût manger ainsi, s'enfuirent.

C . B . Et que devint-elle?

T . Elle retourna au logis, ainsi qu'une femme de bien

doit faire, pour être encore aimée de son mari. Et qu'il ne soit vrai, une femme ira plus pour un coup de vit, qu'un âne pour dix coups de bâton.