Le moyen de parvenir, tome 3/3

Béroalde de Verville · Chapitre 6 sur 41

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Le moyen de parvenir, tome 3/3

VI. Consistoire.

M . Je ne sais pourquoi vous nous dites cela; vous ne faites

que nous mettre en goût.

 

C .

 

VI. J'aimerois mieux dépuceler une gueuse, que d'avoir le reste d'un roi: toutefois, à cause de ce que ce jaseur vient de dire, je suis tout dégoûté. Cela m'a fait souvenir que je n'ai point d'appétit.

L . Pargoi, mon ami, si tu es tant dégoûté, je te prie &

conseille de te faire procureur, & alors tu mangeras à toutes mains jusques aux os.

M . Je pourrois manger autant que douze, que je ne

m'engraisserois pas.

L . Vraiement, tu n'as garde: comment engraisserois-tu, vu

que tu chies tout ce que tu as mangé? A cela, va dire un chien couchant de léchefritte: quelle prodigieuse invention!

M . Qu'est-ce là? Quel animal nouveau?

L . C'est un moine de cuisine; aliàs un boute-cul, qui va dire qu'ordinairement on chie au prix que l'on mange.

L . Que vous êtes sale! Laissez ces paroles.

Vraiment, si j'eusse été le maître, vous n'en eussiez pas ainsi dit; & en ai laissé passer, parce que je m'amusois à faire mon état, qui est de considérer vos actions.

C . Ne vous trompez pas, monsieur mon ami; les paroles

ne sont point sales; il n'y a que l'intelligence. Quand vous orez une parole, recevez-là, & la portez à une belle intelligence; & lors elle sera belle, nette & pure. Mais cela fâche les oreilles? Si les oreilles étoient pures & nettes, cela ne les incommoderoit point. Un étron incommode-t-il le soleil, bien que ses rayons s'y jettent? Sachez aussi, mon pere se puisse tuer, que, si on ôtoit ces paroles d'ici, ce banquet seroit imparfait. Seriez-vous bien aise que l'on vous ôtât le cul, parce qu'il est puant, & ce jusqu'à la mort? Vous seriez un bel homme sans cul! Il faut suivre nature; ainsi notre discours le suit. Et, si vous vous scandalisez, oyez une prophétie que j'ai apprise dans l'abbaye des grottes de Memphis. «Moines, Prêtres, ministres, &c. présidens, conseillers, avocats, &c. marchands, ouvriers, artisans, &c. de quelqu'état, qualité & condition qu'ils soient, qui diront mal des mémoires du M , seront atteints & convaincus

de tous crimes que la sottise embrasse, que l'imprudence couve, & l'hipocrisie nourrit, &c.» Avez-vous ouï cela? Si vous oyez un mot qui vous fâche, dites que vous ne l'entendez pas, ainsi que je l'enseigne aux sages filles de la cour. Ma mie, si vous oyez parler de ceci ou cela, ou de ficher sans pic, dites que vous n'y entendez rien, & n'en faites aucun semblant; d'autant, que si vous vous fâchez, quand on dira des paroles de fouaillerie, on dira que vous les entendrez, ce qui seroit honteux. Avez-vous ouï, encore un coup, monsieur mon ami. Or donc, soyez sage, & faites votre état.

H . J'y suimes. Il étoit un beau barbier.

C . Pourquoi dit-on glorieux barbier?

H . Parce qu'il vous coupera bien le poil du cul, sans en

être honteux.

D . Et si je n'avois point de poil au cul?

H . Tu serois comme les femmes.

D . Et dà, pourquoi? Est-ce que les femmes n'ont point

de poil au cul?

H . Grosse pécore, grand âne que tu es, fils d'un coq de

Ludonnois, ne sais-tu pas: fronte capillata est, sed post occasio calva. En voilà la raison. Il faut que je fasse le prêcheur, que j'interprete mon latin: c'est parce que la fortune a du poil au front; c'est là où il faut la prendre: entre les deux gros orteils des femmes, il faut se prendre là, parce qu'il n'y a point de poil derriere.

M . Là, là, à ce barbier.

H . Par mon serment, sans jurer, je pense que je

l'oubliois, tant vous êtes folle. Ce barbier aimoit très-ardemment une sienne voisine, femme d'un mercier: & avoit le mot du guet avec elle: il ne falloit que trouver le moyen & l'occasion: (voilà adapter les mots, je parle aux doctes; il n'y a gens qui soient moins cocus que merciers demeurant en boutique; parce que toujours leurs femmes sont présentes, & ils leur sont présens.

U . Mais, encore avant que passer outre, monsieur le

notaire, je vous demande, pourquoi est ce qu'on se marie?

A . Or regardez, je vous le dirai sur ces quatre doigts,

ayant le pouce en la main. Le premier doigt, qui est index, nota; on se marie pour avoir une femme. Le second, pour avoir de l'argent. Le troisieme, pour avoir du plaisir. Le petit doigt, pour avoir des enfans: aussi est-ce là que les Gyptiens & les Bomians les trouvent marqués. Or çà, mon frere, regarde les deux doigts du milieu, & les vois baissés: c'est signe que le plaisir se passe, l'argent s'en va. Vois ces deux doigts restés de bout; ils signifient que la femme & les enfans demeurent avec droit de brancards.)