Le moyen de parvenir, tome 3/3

Béroalde de Verville · Chapitre 3 sur 41

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Le moyen de parvenir, tome 3/3

II. Superstition.

L . Elle l'étoit, comme celle qui fit mettre en prison

messire Ambroise; lequel, à ce qu'elle disoit, l'avoit forcée; mais achevez ce curé.

C . Laissez-le un peu faire à son aise.

 

S .

 

II. L . Vous savez que ceux qui sont en prison, sont

instruits par les autres, ainsi que le fut cettui-ci, qui, étant amené devant l'official, fut interrogé en la présence de la fille. Venez ça, mon ami. Connoissez-vous pas bien cette fille-là? Oui, monsieur. L'aimez-vous pas bien? Oui, monsieur. L'avez-vous baisée quelquefois? Oui, monsieur. L'avez-vous quelquefois poussée, pour vous accoupler avec elle? Oui, monsieur; mais elle remuoit & tempêtoit, se trémoussant si fort, que je ne sais si j'ai mis dedans ou dehors? Elle va répliquer: hélas! monsieur, le grand menteur! Je ne remuois pas, par mananda, non plus qu'une pauvre piece de bois. O, ho, dit le compagnon, je ne vous ai donc pas prise par force? Que fait notre curé.

H . Laissez-le moudre son bled. Il fait possible, comme

le jardinier qui trouva sa maîtresse endormie, une jambe en bas & l'autre sur le lit. Il leve sa robe, pour voir si elle faisoit semblant, puis la cotte, puis la chemise; & lors il vit le but d'amour, aussi prêt à s'émouvoir qu'une rose fraîche: il y fiche sa fleche; & comme il poussoit trop fort, elle s'éveilla, & le voyant, lui dit: qui vous a fait si hardi? Je m'ôterai, s'il vous plaît, madame. Je ne vous dis pas cela, vous êtes un sot; je vous demande qui vous a fait si hardi?

G . Ce mot de sot est fâcheux, si est-ce que le chevalier de Brin l'endura bien de mademoiselle de Morfaut, qui, sur les discours qu'ils tenoient à l'usage de chevalerie Maltoise, lui demanda: or ça, mon gentilhomme, en bonne foi, voudriez-vous pas bien m'avoir besognée? Oui vraiment, madame; & ne vous en déplaise, je voudrois bien vous avoir embrassée amoureusement, homocentriquement & résolutivement. Allez, vous êtes un sot, le plaisir seroit passé; pour être content, il voudroit mieux me le faire.

H . Comme possible fait notre nouveau meûnier.

Faisons-le lever: il est trop aise. Si-tôt qu'il fut debout, il s'en va chez lui, la queue entre les jambes, honteux comme un coq plumé tout vif. Quelques jours pensant à ses évacuations de la premiere, seconde & troisieme figure.

N . Il étoit aussi étonné que le conseiller de Blois, à qui sa

femme demandoit une robe: vraiment, ma mie, je ne le vous fais coup qui ne me coûte plus de dix écus. Et certes voire, faites le tant qu'il ne vous revienne qu'à un douzain; il ne tiendra pas à moi, si vous pouvez, que vous ne me deviez du reste.

H . Le meûnier revenu, vit bled, dont il fut content; mais il

dit à sa femme qu'elle n'y retournât plus, à peine d'avoir le cou rompu. (Ainsi la nécessité fait faire des choses qu'il faut quitter, quand on a ce qu'on demande.) Mon ami, je l'entends ainsi; je ne ferai jamais que ce qu'il vous plaira. Or bien n'en parlons plus. Deux ou trois jours après que le meûnier étoit aux champs, le curé vint voir Denise, & se mit à la caresser & baiser. Laissez-moi, monsieur le curé; si mon mari venoit, il nous feroit méchef. Quoi! je vous ai bien fait tout ce que j'ai voulu; & vous faites la revêche? Quoi! votre cas est-il plus cher ou plus sage que l'autre jour? Voyez, monsieur le curé, je n'en ferai rien; il est résolu: ce qui est fait est fait; & rien n'aurez davantage, y fussiez-vous d'ici à cent ans. Pour le moins, baisez-moi, ma mignonne. Que vous êtes importun! Il la baisa, il la tâta au tetin, il mit la main sous sa cotte, il veut prendre le chose; elle l'empêche, & fit trop la courroucée & pleureuse. Comme il veut prendre le calendrier historial, pour marquer le nombre: hélas! que voulez-vous faire? Si mon mari venoit, je serois perdue. Laisse-moi, je te prie; je ne te ferai pas plus de mal, que je fis l'autre nuit. Que tu es fâcheuse! Et pourquoi non? Pour un petit coup, comme l'autrefois. Si mon mari venoit? Il ne viendra pas. C'est tout un; je n'en ferai jamais rien; il ne l'a pas dit. Or ça, laissez-moi; ôtez-vous. Quoi! à tout sans revenir? Oui. Pour le moins, pour lui dire adieu; puisque tu es si mauvaise, que je voie ton chose. Vous ne m'importunerez plus, si je vous le montre? Non, je t'assure, & je te le jure, foi de consistoire. Cela promis, elle se retrousse, & lui montre son chose; ce qu'ayant vu, il se signa, en s'écriant: ô quel grenier, où j'ai mis mon bled!

G . Elle ne fit pas comme la femme du grand Pierre de

Barace, qui me trompa. Nous parlions de faire le petit verminage, & de voir les pieces; sur quoi elle me dit: si vous me vouliez donner un teston, je vous monterois mon con. J'y allois à la bonne foi, & mis la piece d'argent en main tierce; & elle monta sur un coffre: or ça, je vous ai dit que je le monterois. Je ne le vois pas. Je ne vous ai pas dit que vous le verriez, ou que je le montrerois, mais monterois: allez étudier.

A . Or réfléchissons sur ces moult beaux adages &

rencontremens: c'est donc du fait de ce meûnier qu'est procédé le proverbe pour ceux qui ont dépendu de l'argent, ou bien pour tels pertuis: il a mis son bled au grenier au prêtre.

C . L'âne & le meûnier sont relatifs.

C . Il faut ici mettre l'âne du peintre.

G . Ayez patience; nous voulions donner à boire à ce curé;

puis l'âne viendra son petit train.