Le moyen de parvenir, tome 3/3

Béroalde de Verville · Chapitre 19 sur 41

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Le moyen de parvenir, tome 3/3

XIX. Contrat.

C .

 

XIX. S . Je pense que ce pauvre moine n'arsoit pas à cette

heure.

B . Vraiment non, non plus que monsieur le grand prieur de

Marmoustier, qui disoit que sa couille étoit en chaleur, & que son vit ne bougeoit de dessus.

S . C'est que ce pauvre cas avoit perdu de l'argent, il

regardoit contre bas, il n'eût pas été bon pour la tante de maître Philippes.

C . Comment?

S . Elle vouloit être remariée pour la cinquième fois; & maître

Philippes s'en fâchant, lui dit: vraiment, ma tante, vous ne seriez pas profitable à faire un écrou de pressoir; vous usez trop de vis.

T . En quel tems est-ce que l'on a plus les vis en la main?

M . C'est quand on descend un degré.

S . Qui sont les vide greniers?

C . Crocheteurs qui en ôtent le bled. Je crois que l'on s'y

échauffe. Voire, & bien plus que le Breton, qui, à la défaite de Craon, s'enfuit & se cacha en la queue d'un étang, sous les feuilles de nymphe, où il fut long-tems, & jusques à ce qu'il apperçut un paysan qui passoit; & il l'appella, lui demandant s'ils étoient encore là. Il dit qu'il n'y avoit plus personne. Vraiment, ils ont bien fait; le cerveau commençoit à m'échauffer. Il lui échauffoit un peu moins, qu'à celui qui avoit la tête dans un pot de fer.

P . Je m'en souviens: nous étions à Genève, & folâtrant en

notre logis à carême-prenant en cachette, comme on fait en ce pays, lorsqu'en carême l'on fait le petit exercice. Il y eut un de nos amis, (je crois que ce fut Feverdant) qui mit sur sa tête un pot de fer, & se mit à sauter. En dà; la tête lui entre dedans, & ne pouvoit l'en ôter. Nous eûmes bien de la peine; & sans le pere Ignace qui s'avisa d'un bon expédient, il lui eût fallu rompre le pot ou la tête. Ce pere, plein d'industrie, prit le chausse-pied du laquais de sainte Aldegonde, & le passa sur le nez qui empêchoit que le pot ne se dégainât, & tira par-dessus, si que, le nez rabatu, la tête sortit du pot fort aisément. Nous en rîmes tout notre benoît saoul, d'autant qu'il demeura camus. Mais qui fut celui qui rit tant, qu'il en fianta en ses chausses?

V . Ce fut mon compere le cardinal le Moine, qui nous avoit

proposé de faire un mal-fait sans péché, & un bienfait sans mérite. A quoi fort à propos répondit la docte des Roches, mere & fille, & dit qu'il falloit chier en ses chausses, puis les aller laver; parce que c'est mal fait de chier ainsi, mais ce n'est pas péché, si ce n'étoit par concupiscence, puis les laver, il n'y a point de mérite.

A G . Voire, mais nous parlons de celui qui fianta sous lui.

V . Vous le saurez. Nous soupions, & ayant fait beaucoup de

jolis contes pour rire, le dessert fut de ce mal fait sans péché. Et Chose va dire: (je crois que ce fût moi) voilà; nous avons fait bonne chere avec du plaisir sans mal aucun; & que le mal que nous avons pensé nous puisse avenir. Quoi! dit le sage Akakias, de chier en vos chausses? Nous rîmes si fort & à propos, que le boyau culier se dilatant en la voie du sphincter qui relâchâ, je fis le péché abondamment.

Z . Fi, que tu étois sale? Pargoi je n'eusse pas voulu alors

que tu eusses été en tel point, que quand on passe maître un boucher.

V . Qu'est-ce à dire?

Z . Mais tout nud; tu eusses embaumé toute la chambre.

C . Mais encore, dites-nous le secret de cette maîtrise.

Z . Quand les bouchers font un examen à l'aspirant, ils le

mènent en une haute chambre; & le tout fait, ils lui disent que, pour la sûreté des viandes, il faut savoir s'il est sain & entier; & pour cet effet le font dépouiller & le visitent. Cela fait, ils lui disent qu'il se revête; ce qu'ayant fait, & le voyant gai & ralu, ils lui disent: or çà, mon ami, vous êtes passé maître boucher, vous avez habillé un veau; faites le serment.

L . Je pensois qu'on ne fît faire le serment qu'aux gens de

justice; da, c'est abuser du serment, de le communiquer à tout le monde; il ne devroit appartenir qu'aux élus.

I . Vous en parlez à cause du sire Pierre le Petit, qui

acheta un office d'élu & fut reçu. Un jour, étant allé à sa baronnie, son principal métayer le saluant, lui demanda de ses nouvelles; il lui en conta, puis lui dit: tu ne sais pas, Frion mon ami, je ne suis plus marchand; je suis élu. Et da, ce dit Frion, Vraiment, mon maître, j'en suis ébahi; je pensois que pour être élu, il fallût être bien savant.

H . Il y a des états, pour lesquels exercer il ne faut gueres

savoir, comme vous diriez prêtres, chanoines, ministres, & tels gens.

R . Parlez-vous des ministres de ce tems?

R . Lisez l'épitaphe du ministre de feue madame; ça été

Titelman qui l'a faite.