Le moyen de parvenir, tome 3/3

Béroalde de Verville · Chapitre 23 sur 41

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Le moyen de parvenir, tome 3/3

XXIII. Transcrit.

F . Elle eût été bien sage, si elle n'eût point été malicieuse.

Et de là, filles, prenez instruction, qu'il faut se laisser tout faire sans mordre ni égratigner, de peur que l'on ne dise, sentant le mal, au diable la putain! Et cela seroit possible cause que vous la deviendriez, comme plusieurs autres, tant pour leur plaisir, que parce qu'il est ainsi prédestiné, si le célibat n'y entrevient. Or devinez pourquoi a été inventé célibat.

A . C'est afin que nous ne nous amusions point à une femme,

pource qu'elles sont toutes à nous, au moins s'il est vrai ce qu'on dit.

A . Je pense que c'est plutôt pour éviter les cornes, à quoi

sont sujets les mariés qui craignent d'être cocus, d'autant que tous ceux qui sont mariés le sont; & pourtant prenez garde. Vous trouverez chez les hommes d'entendement, & qui ont de belles femmes, & qui font l'amour, c'est-à-dire, qui ont affection de bien faire pour en recevoir, qu'ils auront toujours chez eux un chausse-pied de cuir; & ce de peur que les cornes ne les blessent. Un chausse-pied de corne est dur; & partant je suis en grand peine d'où vient l'opinion des cornes.

 

T .

 

XXIII. Une femme voyant un jour un beau gentilhomme, le regarda fort, & d'un œil de concupiscence; puis dit à sa voisine: voilà un bel enfant; je le porterois volontiers, pour le faire jouer.

J . Elle me disoit un jour: couchez avec moi; &, demain

au matin, je vous baillerai une paire de souliers. Elle n'y faillit pas; mais ce fut les miens qu'elle me bailla. Un autre disoit: je l'eusse donnée au diable. Non eussé-je pas moi, d'autant que j'en avois encore affaire; & puis je serai possible son héritier.

L'A . Quel héritier! Elle mourra pauvre.

J . Voire da, comment? je vous prie: elle est putain, &

son mari larron; est-ce pas pour faire une bonne maison?

A . Je ne doute point qu'elle ne soit putain; & sur-tout l'ayant

vu parler au vicaire de saint Paul, qui avoit promis à son curé qu'il seroit sage, & ne courroit plus après les garces; & qu'au moins il s'en abstiendroit les féries de pâques. Jan, il n'eut pas la patience; dès le premier jour il parla à cette-ci; & le curé qui l'apperçut, l'entendit revenir, & lui dit, je vous ai vu parler à une garce. N'avez-vous point de honte de ne vous en pouvoir abstenir, encore à ces bons jours? Ho! monsieur, dit-il, excusez-moi; ce n'est pas pour aujourd'hui, c'est pour demain.

S . Ce compagnon confessoit une fois un maître des

requêtes, & lui parloit de péché de luxure, l'en interrogeant selon les loix de Benedicti; & comme il lui en parloit exactement, monsieur le maître des requêtes lui dit: mon confesseur, mon ami, je vous prie, ne me parlez plus de cela; vous me faites arser.

L M . Vous êtes calomniateur; elle étoit sage, & avoit

beaucoup de preud'hommie féminine.

C . Tu y es; tu y parles comme Thevet: voire de la

preud'hommie.

L M . Et pourquoi non, puisque preud'hommes avoient affaire à elle? Et toutefois c'étoit avec chasteté, tant qu'elle se pouvoit étendre, modo stricto. Pour le premier, elle ne voulut jamais que monsieur d'Est la baisât en la bouche; & il lui demandoit pourquoi? C'est dit-elle, que ma bouche est pour mon mari, parce qu'elle lui a promis: quant à mon con, il ne lui a rien promis, faites-en tout ce que vous pourrez; il est à votre commandement, cul & tout. Son mari s'en doutoit. Un jour qu'elle étoit sur la porte assise, elle avoit son cotillon un peu levé, il lui dit: fermez l'ouvrouer, (c'est la boutique) ma femme, il est fête. Aussi le cas d'une femme est un ouvrouer, des filles sont étoffes.

N . A quoi faire?

L'A . A faire des femmes de bien, ou des garces: & qu'ainsi

ne soit, on peut dire une parole injurieuse à une femme ou fille de bien, sans l'offenser, en l'appellant par verbologie de choix, belle étoffe à faire une garce; parce que c'est-à-dire qu'elle est fille de bien, & qu'il ne tient qu'à elle qu'elle ne soit autre. Ne lui est-ce pas faire de l'honneur?