Le Roman de Léonard de Vinci: La résurrection des Dieux

Dmitry Sergeyevich Merezhkovsky · Chapitre 127 sur 151

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Le Roman de Léonard de Vinci: La résurrection des Dieux

Chapitre VIII

Le vendredi 18 août, il se confessa à l'évêque de Carinola, Piero Gamboa, et communia.

A la tombée du jour on lui lut la prière des agonisants. A plusieurs reprises le moribond voulut dire quelque chose, fit un geste de la main. Le cardinal Illerda se pencha au-dessus de lui et devina plus qu'il n'entendit:

—Plus vite... Plus vite... Une prière à ma Défenderesse!

Bien que ce ne fût pas selon les rites de l'Église de dire cette prière près d'un agonisant, Illerda exécuta la dernière volonté de son ami et récita le Stabat Mater dolorosa.

Un inexprimable sentiment brilla dans les yeux d'Alexandre VI. On eût dit qu'il voyait devant soi sa protectrice. En un dernier effort il tendit les bras, se redressa en murmurant:

—Ne m'abandonne pas, ô Très Sainte Vierge!

Puis il retomba sur ses oreillers. Il était mort.

 

VIII

Cependant, César aussi se trouvait en danger. Son médecin, l'évêque Gaspare Torella, l'avait soumis à un traitement extraordinaire: ayant fait éventrer un mulet, il avait plongé le malade grelottant de fièvre dans le sang et les entrailles encore chaudes. Puis dans de l'eau glacée. Non tant par les soins que par une incroyable énergie, César put vaincre le mal. Durant ces terribles journées, il conserva tout son calme et sa présence d'esprit, suivant le cours des événements, écoutant les rapports, dictant des lettres, donnant des ordres. Quand lui parvint la nouvelle de la mort du pape, il se fit transporter, par un chemin secret, de ses appartements du Vatican au fort Saint-Ange.

Dans la ville circulaient les plus étranges légendes sur la mort d'Alexandre VI. L'ambassadeur vénitien Marino Sanuto écrivait que le pape avait vu, avant de mourir, un singe qui le taquinait et sautait dans la chambre, et que lorsqu'un des cardinaux avait voulu se saisir de la bête, le moribond aurait crié effrayé: «Laisse-le, laisse-le, c'est le diable! Lasolo, lasolo, chè il diavolo». D'autres rapportaient qu'il aurait répété à plusieurs reprises: «Je viens, je viens, mais attends encore un peu,» et ils expliquaient ces paroles en disant qu'au conclave chargé de nommer le successeur d'Innocent VIII, Rodrigo Borgia, le futur Alexandre VI, aurait conclu un pacte avec le diable, et vendu son âme pour vingt ans de toute-puissance. On assurait également qu'au moment de la mort du pape, à la tête de son lit apparurent sept démons, et dès qu'il fut mort, son corps commença à se décomposer, à bouillir, rejetant de l'écume par la bouche comme une marmite sur le feu, et que perdant l'aspect humain, le visage était devenu noir comme du charbon.

D'après la coutume, durant neuf jours le corps du pape devait rester exposé dans la cathédrale de Saint-Pierre. Mais telle était la terreur inspirée par la dépouille d'Alexandre VI, qu'on ne put même décider un seul prêtre à réciter les prières. Longtemps on ne put trouver d'ensevelisseurs, et l'on dut s'adresser à six chenapans prêts à tout pour un verre de vin. Le cercueil ayant été commandé trop court, on enleva la tiare et on tassa tant bien que mal le cadavre, recouvert d'un vieux tapis. On affirmait même que, sans lui accorder l'honneur d'une bière, on l'avait traîné par les jambes à l'aide d'une corde jusqu'à la fosse, comme on avait coutume de le faire pour les pestiférés.

Mais même après qu'il eut été enterré, une peur superstitieuse s'emparait du peuple. Il semblait que dans l'atmosphère même de Rome, déjà imbue des microbes de la malaria, se mêlait un souffle de putréfaction. Dans la cathédrale de Saint-Pierre, régulièrement apparut à la messe un chien noir qui courait en décrivant des cercles. Les habitants du Borgo n'osaient plus sortir de leurs maisons dès la tombée du crépuscule. En général, le bruit circulait qu'Alexandre VI n'était pas mort de vraie mort, qu'il allait ressusciter, remonter sur le trône, et qu'alors commencerait le règne de l'Antechrist.