Le Roman de Léonard de Vinci: La résurrection des Dieux

Dmitry Sergeyevich Merezhkovsky · Chapitre 143 sur 151

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Le Roman de Léonard de Vinci: La résurrection des Dieux

Chapitre XVII

 

LA MORT.—LE PRÉCURSEUR AILÉ.

1516-1519

Pareil aux anges, tu as des

ailes.

(Inscription sur l'Icône de saint Jean-Baptiste).

Les ailes seront,

LÉONARD DE

VINCI.

 

I

Au cœur même de la France, dominant la Loire, se trouvait le château royal d'Amboise. Le soir, au crépuscule, se reflétant dans le fleuve désert, blanc crème et vert pâle, il paraissait léger comme une apparition, vaporeux comme un nuage.

De la tour, la vue s'étendait sur un bois de chênes, sur des prés, sur les rives de la Loire, transformées au printemps en de vastes champs de pavots rouges et de lin bleu. Cette vallée embrumée rappelait la Lombardie, comme l'eau verte de la Loire rappelait l'Adda, avec cette différence que l'une était impétueuse et jeune, et l'autre, calme, lente, fatiguée et vieille.

Au pied du château, se pressaient les chaumières d'Amboise, toits pointus couverts d'ardoise noire, scintillante au soleil et hautes cheminées de brique.

Dans les rues tortueuses tout respirait l'antiquité.

Au-dessous des corniches et des linteaux, dans les encoignures des croisées, se voyaient, taillés dans la pierre blanche, de gros moines réjouis ramassés sur leurs jambes, de jeunes clercs, de graves docteurs à épaulières à l'expression préoccupée et concentrée. Les mêmes visages se rencontraient dans les rues de la ville: tout respirait le bourgeois cossu, soigneux, parcimonieux, froid et dévot. Lorsque le roi arrivait à Amboise pour chasser, la ville s'animait: les rues s'emplissaient d'aboiements, de sons de cors; les vêtements des seigneurs de la cour y mettaient un scintillement inaccoutumé; la nuit, du château parvenaient des airs de danses et les murs se pourpraient à la lueur des torches.