Lieutenant Eve Dallas T53 - Les reliques du crime
Chapitre 3
3
Les portes de la cabine s’ouvrirent au cinquantième étage sur une grande pièce de réception qui reprenait la thématique « élégance et majesté » du hall d’entrée dans des tons bleu marine et crème mariés à du mobilier en bois foncé, ciré avec soin. Deux personnes étaient postées de part et d’autre du haut comptoir derrière lequel trônait le logo de l’entreprise.
Eve entendit la femme de droite roucouler joyeusement dans son communicateur : « Bonjour ! Singer Promotion Immobilière ! Comment puis-je vous être utile ? »
Celle qui les attendait ne semblait guère d’humeur à roucouler, joyeusement ou non.
Ses cheveux noirs formaient comme un casque serti de pointes. Ses lèvres se recourbèrent en un sourire poli, mais ses yeux – d’un marron clair doré qui rappelait à Eve nombre de reptiles déplaisants – restèrent vifs et inquisiteurs.
Sa silhouette athlétique était mise en valeur par sa robe bleu cobalt qui s’arrêtait à ses genoux et laissait voir ses bras délicatement musclés.
Elle tendit sa main. Pas de bagues aux doigts. Une poignée de main vigoureuse.
— Lieutenant Dallas. Inspecteur. Je suis Zelda Diller, la gestionnaire de M. Singer. Il s’entretient avec M. Geraldi dans son bureau. Je vous y conduis.
— Très bien.
Elle se dirigea vers un large couloir à gauche du comptoir. À travers les portes ouvertes de part et d’autre, on voyait assistants et secrétaires s’affairer à leurs bureaux tandis que derrière les portes fermées, les cadres de l’entreprise faisaient, supposa Eve, leurs trucs de cadres.
— Vu les circonstances fâcheuses, déclara Zelda en jetant un coup d’œil à Eve, j’ai dégagé trente minutes dans l’emploi du temps de M. Singer afin que vous puissiez lui parler. J’imagine que ce sera suffisant.
— Nous verrons bien.
Sans surprise, le bureau du grand patron se trouvait derrière une double porte.
En matière d’élégance et de grandeur, cette pièce n’était guère en reste avec sa moquette couleur sable, son mobilier en noyer, ses fauteuils en cuir chocolat et le bureau central derrière lequel un homme en costume rayé bleu marine pianotait sur son ordinateur.
Par la porte de gauche, Eve vit un employé en bras de chemise faire les cent pas tout en poursuivant une conversation dans son communicateur. Sur celle de droite, fermée, une plaque de laiton sur laquelle était gravé le nom de la gestionnaire.
Zelda se dirigea vers la double porte derrière le bureau central.
Elle frappa énergiquement avant d’ouvrir un côté.
— Le lieutenant Dallas et l’inspecteur Peabody sont là, monsieur.
— Merci, Zelda. Faites-les entrer.
Bolton s’avança vers la porte, vêtu d’un costume gris seyant tandis qu’un homme en tenue de chantier installé dans un fauteuil se levait pour lui emboîter le pas.
— Lieutenant, inspecteur. Je suis Bolton Singer et voici notre superviseur de projets, Paul Geraldi. C’est une journée difficile pour nous tous. Zelda, s’il vous plaît, pourrions-nous avoir du café ?
— Tout de suite.
Elle sortit et referma derrière elle.
Et, Eve l’aurait parié, enclencha le minuteur.
— Prenez place, dit Singer en leur montrant non pas les fauteuils devant son bureau, mais un canapé en cuir chocolat.
Puis il fit signe à Geraldi de s’installer dans l’un des fauteuils vert sapin disposés en face de son bureau. Plutôt que d’occuper la position de pouvoir derrière celui-ci, Bolton s’assit dans le second fauteuil, à côté de son employé.
Le bureau d’une personne en disait long sur son caractère. Sur son « énergie » aurait dit Mavis, la plus vieille amie d’Eve.
Eve trouva celui-ci chaleureux ; les fauteuils confortables, la plante verte luxuriante dans son pot coloré à l’angle du mur et de la baie vitrée. Au mur, les photos de Bolton Singer en casque de chantier mêlées à d’autres clichés plus formels pris lors d’inaugurations officielles donnaient l’image d’un patron impliqué.
Un homme occupé. Eve ne voyait pas l’écran de son ordinateur et l’écran mural n’affichait que du bleu, mais elle avait repéré un bloc-notes et quelques phrases griffonnées sur son buvard.
— Paulie m’a rapporté les faits, commença Bolton, du mieux qu’il a pu. Mes premières questions sont les suivantes : savez-vous ce qui s’est passé et comment pouvons-nous vous aider ?
— Nous ne sommes qu’au tout début de l’enquête. Nous vous remercions pour votre coopération jusqu’à présent ; poursuivre celle-ci est primordial pour la progression de l’enquête.
— Vous pouvez compter sur nous.
Il marqua une pause comme on frappait à la porte. Cette fois, M. Costume-Rayé entra, poussant un chariot de cafés.
— Merci, Terry. Je l’avoue, j’ai lu le premier livre de Nadine Furst, et je viens de commencer le deuxième. Alors voici un café corsé pour le lieutenant Dallas et un normal pour l’inspecteur Peabody.
Il avait un visage viril, rasé de près, relativement séduisant, mis en valeur par un regard franc, bleu pâle, et des cheveux châtain clair dont les boucles retombaient sur ses oreilles et son col.
Il portait une grosse alliance en or blanc strié, une montre ultrachic au bracelet noir et un clou à l’oreille gauche.
À côté de lui, Paul Geraldi avait une tout autre allure avec sa peau cuivrée et sa carrure athlétique, son torse musclé souligné par son tee-shirt noir, ses bottes de chantier tachées, sa barbe naissante et ses cheveux bruns constellés de gris coupés à la militaire.
Bolton attendit que Terry se soit éclipsé avant de poursuivre.
— Que pouvez-vous me dire sur la femme qui est morte ? Comment pouvons-nous aider sa famille ?
— Tout ce que nous savons pour le moment, c’est qu’elle vivait dans la rue.
Il hocha la tête, baissa les yeux sur son café.
— Il y aura des frais pour son enterrement ou sa crémation. Si elle n’a pas de famille, je les paierai.
— Elle était connue des policiers de la 10e et si nous ne parvenons pas à localiser un parent, le commissariat prendra en charge les funérailles.
— Savez-vous qui elle est ? demanda Geraldi avant de couler un regard à son patron. Désolé, Bolt.
— Non, ne le sois pas.
— Je ne l’ai pas bien vue, ajouta Geraldi. Je venais d’arriver quand le gamin l’a trouvée. J’ai pensé qu’on ne devait toucher à rien avant l’arrivée des flics.
— Bien vu. Nous avons identifié la victime comme étant Alva Quirk.
— Ce nom me dit rien, dit Geraldi avec un nouveau coup d’œil à son patron. Connais pas.
— Peabody.
Celle-ci afficha une photo – vieille de quelques années – sur son mini-ordinateur qu’elle tourna vers les deux hommes.
Bolton secoua la tête, mais Geraldi se pencha vers l’écran.
— Ah, merde. Pardon. Bon sang. Je la connaissais. Pas très bien. Je l’ai déjà vue, ça m’est arrivé de lui parler.
— Où ?
— Sur le chantier. Elle est montée plusieurs fois ; ça arrive qu’on ait des intrus, même si nous avons condamné l’ancien escalier. Ils trouvent le moyen de se faufiler. Et nos équipes n’arrêtent pas d’aller et venir, alors c’est pas bien compliqué. Pour le moment, il n’y a rien de ce côté-là de la clôture donc c’est pas vraiment un problème, mais je veille à ce qu’ils ne squattent pas, quand je peux. Elle était… Elle m’a offert une fleur.
— Une fleur, répéta Bolton.
— Une fleur en papier. Un genre d’origami. Fait à partir de ces satanés prospectus qu’ils essaient de refourguer à tous les passants. Elle a dit que j’avais de la chance de travailler dans un endroit avec une si belle vue, et que c’était louable de construire des logements pour les gens. Elle revenait sans cesse et je devais lui répéter que c’était une propriété privée. Elle se contentait de me sourire et elle me donnait une fleur ou un oiseau en papier.
Il passa une main sur son visage las.
— J’avais pris l’habitude de la croiser et ça me faisait plaisir. Certains jours, elle campait sur le trottoir près des marches. Elle ne faisait de mal à personne. Elle m’a dit qu’elle était navrée d’avoir dû dénoncer un de mes gars à la police.
— Pourquoi ? lui demanda aussitôt Bolton. Quelqu’un l’avait importunée ?
— Non, non. Elle traînait du côté du grillage et elle a vu un ouvrier jeter des ordures dans la benne. Certains trucs sont tombés à côté, il ne les a pas ramassés. Elle a dit que l’abandon de détritus sur la voie publique était contraire à la loi, m’a montré son carnet dans lequel elle l’avait écrit noir sur blanc.
— Elle vous a montré son carnet ?
Geraldi hocha la tête.
— Ouais, elle l’avait toujours sur elle. C’était un petit carnet, comme ces journaux intimes que les enfants adorent. En papier. Elle m’a montré la page qu’elle avait griffonnée. La description du type, les vêtements qu’il portait, l’heure, les ordures en question. Elle a dit qu’il fallait veiller à la propreté de notre ville, et je lui ai répondu qu’un tel incident ne se reproduirait plus.
— Ça s’est passé quand ?
— Oh là, là, ça remonte… Le mois dernier ? Il y a trois ou quatre semaines, facile. C’est après cette conversation avec elle que je lui ai proposé de noter dans son carnet les gens qui montaient l’escalier alors qu’ils ne travaillaient pas pour nous. J’ai cru que ça l’empêcherait d’aller là-haut. Je me suis visiblement trompé.
— Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois ?
Geraldi passa la main sur sa barbe.
— Il y a deux ou trois jours. J’ai conclu une sorte de marché avec elle. Je descendais la voir tous les vendredis avant de quitter le boulot et elle pouvait me faire son rapport. Je lui donnais quelques billets pour passer le week-end. J’en ai fait un petit jeu entre nous, car je ne voulais pas qu’elle monte quand bon lui semblait au risque de tomber dans l’escalier, ou qu’elle franchisse le portail pour fouiller dans la benne. On y jette des tas de choses, du verre, des clous, des trucs tranchants… Tout ce qu’on peut trouver sur un chantier. On fait beaucoup de démolition. Je ne voulais pas qu’elle se blesse. Elle était vraiment inoffensive. Bon sang, je suis désolé, Bolt.
— Ce n’est pas ta faute, Paulie, le réconforta Bolton en lui serrant le bras. Tu n’y es pour rien, et je suis désolé, moi aussi.
— Qui a accès à la benne, à la partie sécurisée du chantier ainsi qu’à l’immeuble en dehors des heures de travail ?
— Moi, commença Bolton. Paulie, bien entendu, notre architecte et ingénieur en chef, l’électricien et le plombier en chef. Je vous fournirai une liste avec les noms et la fonction occupée dans l’entreprise.
— Ça nous sera utile. On devra parler à chacune de ces personnes.
— Zelda vous préparera tout ça. N’est-il pas davantage plausible que le coupable ait atteint l’escalier en franchissant la clôture ? Que ce soit l’œuvre d’un… opportuniste ?
— Pour l’heure, le « davantage plausible » n’entre pas en ligne de compte. Pouvez-vous nous dire où vous vous trouviez la nuit dernière, monsieur Geraldi, entre minuit et 2 heures du matin ?
Geraldi soupira.
— Ça me rappelle une autre époque, murmura-t-il avec un sourire penaud. Il m’est arrivé des bricoles dans ma folle jeunesse. Rien de comparable avec cette affaire. Je peux affirmer que j’étais chez moi à partir de 17 h 30, environ. J’ai bu une bière – deux – avec des gars de l’équipe, puis je suis rentré à la maison. Deux bières parce que mes beaux-parents qui habitent Scottsdale nous ont rendu visite.
Il adressa un regard désabusé à Bolton et ce dernier éclata de rire.
— Ça va aller, Paulie. Courage.
— Je suis marié depuis trente ans, dit Geraldi à Eve et Peabody. J’ai élevé trois enfants comme il faut. J’ai deux petits-enfants à la bouille d’ange. Je gagne bien ma vie, j’ai un bon boulot, des responsabilités, on me respecte, mais je ne serai jamais assez bien pour leur fille. Aujourd’hui, ils ne le clament plus haut et fort. Mais ils le pensent, et ça ne changera jamais.
Il soupira de nouveau.
— Quoi qu’il en soit, j’étais chez moi, j’ai dîné avec ma femme, ses parents, mon plus jeune fils, venu avec sa nouvelle petite amie. Étudiante en médecine, jolie, elle parle français comme une Française. Et croyez-moi, elle ne sera jamais assez bien pour leur petit-fils chéri. Enfin bref, se reprit-il encore, j’étais chez moi vers 17 h 30 et je suis allé au lit vers 22 heures parce que je commence tôt le matin.
— D’accord. Et vous, monsieur Singer ?
— Mon épouse et moi avons dîné avec des amis, et nous sommes rentrés chez nous à l’heure où Paulie se mettait au lit. Je ne commence pas aussi tôt que lui. J’ai jeté un coup d’œil à l’avancée de certains projets – une habitude. Nous avons regardé la télé, puis nous nous sommes assoupis. Enfin, ma femme. Notre benjamin, qui va à l’université, était de passage. Quand les enfants ne sont pas là, je dors comme une souche. Mais quand ils sont à la maison, je n’arrive pas à m’endormir tant que je ne les ai pas entendus rentrer. Ce qu’il a fait à 00 h 48. Je le sais parce que j’ai regardé l’horloge.
— Je vous remercie. Pourriez-vous demander à votre assistante de me sortir ces listes ?
— Bien sûr.
— Ma coéquipière peut vous accompagner. Si nous pouvions également avoir un espace pour interroger toutes les personnes présentes, ça nous serait fort utile.
— Absolument, fit-il en se levant. Je ne serai pas long. En attendant, vous pouvez vous installer dans la petite salle de conférences à cet étage. Vous venez, inspecteur ?
Peabody suivit Singer et Eve se tourna vers Geraldi.
— Vous travaillez pour les Singer depuis longtemps.
— Plus de trente ans. J’y travaillais avant l’arrivée de Bolton, c’est vous dire. Ce boulot m’a sauvé. Je filais un mauvais coton. Rien de vraiment grave, mais je ne faisais rien de ma vie. J’ai décroché un poste chez Singer, et ça m’a aidé à repartir du bon pied.
— Vous travailliez pour eux quand certains des immeubles en cours de démolition ont été érigés.
— Ouais, j’étais simple ouvrier à l’époque. J’avais tout à apprendre. J’ai rapidement constaté que j’aimais la démolition. J’ai d’abord cru que ce qui me plaisait, c’était de mettre des trucs en pièces, mais j’ai compris que la tâche requérait un certain savoir-faire. Comment démonter une structure, quand le faire, que conserver et que rénover. Ce qui ne présente aucun risque, ce qui est dangereux. Ce qu’on peut recycler ou donner. Il ne s’agit pas simplement de détruire et de jeter.
Les sourcils froncés, il observa ses mains.
— C’est ce qui est arrivé à cette femme. Ils s’en sont débarrassés en la jetant aux ordures. C’est pas juste. Vraiment pas juste.
— Non, vous avez raison. Avez-vous rencontré des problèmes sur le chantier ? Des vols, des sabotages ?
— Non, rien de tout ça. On a eu quelques difficultés quand on a commencé avec des vagabonds et des squatteurs qui essayaient de se réfugier dans les immeubles – les anciens. Voilà pourquoi on a posé des grillages tout autour pour renforcer la sécurité. C’était dangereux, lieutenant. Je vous le jure, ces immeubles n’étaient pas sûrs, et si on ne les démolit pas, d’ici cinq ou six ans, ils commenceront à s’écrouler. Vous imaginez si quelqu’un passe par là à ce moment ?
Il se pencha de nouveau.
— Ces immeubles, ils n’ont pas été construits pour durer, vous voyez. Ce n’est pas la faute des Singer, c’est le système qui veut ça. Du moins, celui de l’époque. Vous êtes trop jeune pour le savoir, mais les gens cherchaient désespérément un endroit où loger. Après les bombardements, les explosions, il ne restait plus grand-chose. La ville était comme rasée. Il fallait reconstruire vite, faire en sorte que les gens quittent la rue. Que ceux qui avaient déserté la ville y reviennent. Et que les choses reprennent leur cours normal.
— Je sais. Bon nombre d’immeubles construits dans Hudson Yards – comme partout ailleurs – ont suivi ces principes. La famille Singer en a d’ailleurs revendu une grande partie.
— C’était impossible de tout reconstruire durablement, dans les délais et… Les ressources n’étaient pas infinies. De ce que je me rappelle, le vieux – le père de Bolt – avait des associés, et quand Bolt a commencé à travailler dans l’entreprise, il a voulu s’investir davantage. Son paternel avait déjà revendu la moitié du second site à cette époque, il me semble. Ça remonte.
— Vous travailliez sur les deux sites simultanément ? Au lendemain des Urbaines ?
— Ils m’envoyaient d’un chantier à l’autre, expliqua-t-il avec un sourire nostalgique aux lèvres. Comme je l’ai dit, j’étais un novice. Jeune, robuste, alors je me tapais les tâches les plus physiques et les plus ingrates : transporter les ordures, gâcher le ciment, transporter les matériaux. Je n’avais aucune expérience à l’époque.
Il reporta son attention sur Bolton comme ce dernier regagnait la pièce.
— L’inspecteur est avec Zelda. Ce ne sera pas très long.
— Je vous remercie. Pourriez-vous m’accorder encore quelques minutes, monsieur Singer ? Monsieur Geraldi, nous avons terminé.
— Rentre chez toi, Paulie. Demain, on passera sur le chantier de Houston, histoire de prendre un peu d’avance. Je te retrouve là-bas à 7 h 30. Ça te va ?
— Parfait. J’aimerais bien être prévenu quand vous aurez retrouvé la personne qui lui a fait ça. Elle s’appelait Alva, c’est ça ? C’est un joli prénom, qui lui va bien. Pourriez-vous me mettre au courant quand vous aurez arrêté les coupables ?
— Entendu.
Bolton se rassit comme Geraldi s’en allait.
— Cette histoire le touche. Le lien personnel avec la victime complique les choses, c’est sûr. C’est un bon gars, Paulie.
— Ça fait longtemps qu’il travaille pour vous.
— Il fait presque partie des meubles. Il est loyal, fiable. Il tire beaucoup de fierté de son travail. Quoi qu’en pensent ses beaux-parents, son épouse n’aurait pu trouver mieux. Sur ce, que puis-je faire de plus pour vous aider ?
— Votre entreprise a lancé un deuxième programme immobilier à Hudson Yards en même temps que celui que vous êtes en train de reconstruire.
— Oui, Hudson South-West. C’est le nom qu’ils lui avaient donné à l’époque. Puis les Guerres Urbaines ont mis un frein au projet. Je ne sais pas grand-chose, car les affaires familiales ne m’intéressaient pas en ce temps-là, et ensuite je suis parti faire mes études dans une autre ville. Ce que je sais, en revanche, c’est que les immeubles ont été bâtis à la hâte et à bon prix une fois les conflits apaisés.
— Votre père a vendu une portion d’Hudson South-West.
— Oui, il y a des années. Il voulait construire la tour. La Tour Singer. Il voulait laisser sa marque avant de prendre sa retraite. Il avait espéré mener à bien le projet dans son intégralité, mais il a eu des ennuis de santé. Quand j’ai repris les rênes, j’ai décidé qu’il y avait d’autres terrains prioritaires. Et je voulais que ce projet, censé représenter l’héritage de mon père, en vaille la peine. Il fallait économiser du temps et des ressources, alors j’ai vendu le reste de South-West.
— Le quartier qui s’appelait Hudson South-West est également en cours de reconstruction.
Bolton sourit.
— Je suis au courant, lieutenant. Et je suis certain que ce sera de la bonne qualité. Connors construit du solide, en gardant toujours à l’esprit l’intégrité de la ville. C’est justement pour cette raison que je l’ai contacté au moment de revendre le terrain.
— Ma coéquipière et moi avons répondu à un appel concernant ce chantier ce matin.
— Pardon ? fit-il, l’air perdu pendant quelques secondes. Mais vous êtes… vous êtes de la Criminelle. Oh non, ne me dites pas qu’il y a eu un autre meurtre.
— Celui-là, si c’est bien un meurtre, s’est produit il y a longtemps. Les ouvriers ont trouvé des ossements humains dans une ancienne cave à vins, emmurés, peut-être délibérément, afin de les dissimuler.
— Seigneur. Ça remonte à quand ? Vous avez identifié les corps ?
— Pas encore, mais c’est en cours. Cela dit, ça prendra du temps. Si le meurtre a été commis quand l’immeuble était en construction, ça nous ramène trente-sept ans en arrière.
— Trente-sept ans…
La nostalgie se lisait dans les yeux de Bolton Singer, ainsi qu’une pointe de mélancolie.
— J’étais à la fac – ou je venais juste de terminer mes études – et j’habitais à Savannah. À cette époque, je ne voulais rien avoir à faire avec l’entreprise familiale.
— Pourquoi ?
— Je voulais devenir une rock star, avoua-t-il en esquissant un demi-sourire. Le troubadour de ma génération, comme Dylan ou Springsteen. Rien que ça ! Je voulais composer, monter sur scène. Et surtout, je ne voulais pas être comme mon père.
— Vous avez quitté New York pour étudier la musique.
— Oui. Je vois que vous avez mené votre petite enquête. Absolument aucun rapport avec l’aménagement urbain. Je savais, toutefois – j’étais jeune, mais j’avais un esprit critique – que ces immeubles poussaient comme des champignons à New York comme ailleurs. Vite fait mal fait. Ceux qui géraient ces chantiers n’étaient pas tous… Enfin, il n’y avait pas beaucoup de Paul Geraldi dans le lot, si vous voyez ce que je veux dire. J’avais passé un accord avec mon père : j’acceptais de rejoindre l’entreprise si on recommençait à construire de la qualité. Si on renouait avec cette tradition. J’avais cette arrogance, même si j’avais lamentablement échoué en tant qu’artiste.
Lorsqu’il secoua la tête, Eve perçut davantage que de l’autodérision dans ses yeux. Elle y perçut de la tristesse.
— J’avais… quoi ? Vingt-quatre ans ? Ma mère m’a supplié. Elle m’a dit : « Essaie au moins pendant deux ans. » Ils m’avaient laissé quatre ans pour étudier ce qui me faisait vibrer et concrétiser mon rêve. Alors je pouvais bien consacrer deux années à l’entreprise familiale. C’est ce que j’ai fait et j’ai compris que je pouvais changer les choses.
Il chassa cette pensée de la main.
— Désolé, ça m’a transporté bien loin. Savez-vous s’il s’agit d’un accident ? Sur le chantier ?
— Nous ne le pensons pas, mais nous explorerons toutes les pistes.
— J’imagine que ce n’est ni la première ni la dernière fois que ça arrive. J’ai déjà entendu des histoires d’ossements animaux, et humains aussi. L’immeuble dans Hell’s Kitchen que Connors et vous avez réhabilité en école. Ces pauvres adolescentes. On a affaire à un drame de ce genre ?
— En quelque sorte. Comment se porte votre père aujourd’hui ?
— Il va bien. Il a eu besoin de quelques pièces de rechange, comme il dit. Il ne tient visiblement pas de ma grand-mère, qui se porte comme un charme à cent cinq ans. Mon grand-père est mort jeune. Difficile de remplacer des pièces à son époque.
— Il faudra sans doute que je m’entretienne avec lui au sujet de ce programme d’aménagement. Il se souvient peut-être de choses qui feraient avancer l’enquête et permettraient d’identifier les victimes. Comme vous l’avez dit, il s’agit d’une entreprise familiale, poursuivit Eve. Votre mère aurait-elle été impliquée dans l’un ou l’autre projet, antérieur ou actuel ?
— Ma mère ? Non, elle n’a jamais participé à la construction ni à la planification. Elle a très bon goût et un œil excellent, alors, au fil des années, elle a apporté ses suggestions sur les couleurs, les textiles, les équipements et l’ameublement. Mais maman n’enfilerait jamais un casque de protection pour faire le tour d’un chantier. Par contre, ma grand-mère et mon grand-père étaient associés. Partenaires égaux. Elle a repris l’affaire à la mort de son mari. Et elle continue de donner son opinion, qu’on l’ait demandée ou non, sur un projet, sur des détails importants ou insignifiants, dit-il avec un sourire. C’est une vraie matriarche, et elle n’a pas l’air de vouloir lever le pied.
— Il me tarde de lui parler. Je vous remercie pour votre temps et votre coopération, monsieur Singer.
Il se leva en même temps qu’Eve.
— À titre personnel, et en tant que patron de cette entreprise, je vous aiderai de mon mieux.
Il l’escorta jusqu’à la porte.
— Terry, conduis le lieutenant Dallas à la petite salle de conférences, tu veux ?
— Oui, monsieur.
— N’hésitez pas, si je peux faire autre chose. Et si vous pouviez me prévenir dès que le chantier sera de nouveau accessible, je vous en serais très reconnaissant.
— Vous serez le premier averti.
Eve constata que la petite salle de conférences ne l’était pas tant que ça.
Elle contenait une table qui pouvait facilement accueillir seize personnes, un immense écran mural, un minibar ainsi qu’un trio de miniconsoles de données et de communication.
Zelda l’impassible, sur le point de quitter la pièce, marqua une pause pour braquer ses yeux étranges sur Terry.
— Je te charge de la coordination. Appelle les personnes concernées dès que l’inspecteur Peabody ou le lieutenant Dallas te donneront leurs noms et convoque-les immédiatement.
— Bien, madame.
— L’inspecteur Peabody a ton code de communicateur, elle te contactera. Ensuite, tu pourras continuer à travailler de ton bureau.
— Oui, madame.
Quand Zelda fut partie, Eve parcourut la pièce du regard.
— Donnez-nous juste une minute, Terry. Et ne nous appelez pas « madame », de grâce.
Il se ravisa juste avant de commettre un impair, se contenta finalement de hocher la tête, puis sortit.
— Elle est flippante, déclara aussitôt Peabody. Elle parle comme un droïde tyrannique et elle a des yeux de serpent.
— C’est exactement ça ! s’écria Eve en enfonçant son index dans l’épaule de Peabody. Elle a des yeux de serpent. Alors, ça donne quoi ?
— Vingt-six personnes possédaient les codes d’accès, mais seulement cinq d’entre elles sont présentes aujourd’hui.
— Pourquoi ? Où sont les autres ?
— Sur d’autres chantiers ou en réunion. Parmi celles-là, trois ont pris la première navette pour se rendre près de Dayton, dans l’Ohio, dans une usine qui fabrique un modèle de pierre reconstituée que Singer envisage d’acheter.
— OK, commençons par ceux qui sont là, on convoquera les autres plus tard.
Elle regarda l’heure.
— Je vais appeler Jenkinson, voir ce qu’il en est et lui demander de prendre les choses en main au Central en attendant que j’arrive. Vous pouvez appeler les six premiers.
— Cinq.
Eve jeta un regard attristé à sa coéquipière.
— Vous êtes sûre ? Vous ne pensez pas que la Femme Serpent connaît les codes d’accès à l’un des projets favoris de son patron ?
— Bien vu. La première s’appelle Danika Isler, c’est l’architecte en chef.
— Très bien. Faites une recherche rapide sur elle pendant que j’appelle Jenkinson.
Après qu’elles eurent passé en revue le profil de l’architecte, Eve la raya de la liste des suspects pour le meurtre le plus ancien, car la jeune femme avait quatre ans à l’époque. En ce qui concernait Alva, Eve plaça Danika Isler tout en bas de la liste, car elle avait un solide alibi jusqu’à trente minutes avant l’heure du décès. En effet, son mari et elle s’étaient rendus à l’anniversaire de la sœur de ce dernier dans le Bronx. Ils avaient partagé un taxi avec deux autres fêtards juste après minuit pour rentrer et étaient arrivés chez eux aux alentours de minuit et demi, heure à laquelle ils avaient libéré la baby-sitter.
Eve élimina l’ingénieur, Bryce Babbott, pour l’affaire du squelette emmuré. Il avait seize ans l’année où, selon leurs estimations, la victime inconnue était morte ; il était donc largement en âge de tuer. C’était toutefois peu probable, car il avait vécu en Australie jusqu’en 2049.
— Il a gardé l’accent.
Peabody, tout émoustillée, remua les épaules après qu’Eve eut permis à l’employé de se retirer.
— C’est sexy.
— Des gens à l’accent sexy zigouillent d’autres gens à longueur de temps. Il a été arrêté deux fois pour coups et blessures – des bagarres dans des bars ; il peut avoir un comportement violent. Son alibi est faiblard : il prétend qu’il dormait chez lui avec sa compagne du moment, et son fils de dix ans endormi dans la pièce d’à côté. Il reste sur la liste. On étudiera son cas de plus près. On appelle qui ensuite ?
— La Femme Serpent.
— Parfait. On va s’en payer une bonne tranche.
— Ça va la mettre en pétard.
— C’est justement ça qui est drôle.
En pétard, c’était le mot.
Zelda entra dans la salle de conférences à pas lourds, les lèvres pincées, les mâchoires serrées.
— Terry n’a pas pu répondre à vos demandes ? Il se tient à votre disposition.
— Terry a-t-il accès au projet d’Hudson Yards ?
— Bien sûr que non.
— Dans ce cas, nous n’avons pas besoin de lui pour le moment. Asseyez-vous.
— Je suis très occupée. Satisfaire à votre requête a perturbé l’emploi du temps de la journée.
— Vous m’en voyez navrée. Un individu a perturbé le cours de la vie d’Alva Quirk. Asseyez-vous. À moins que vous ne préfériez qu’on vous interroge au poste ?
— À quel propos ?
— Pour votre information : mentir à un policier dans le cadre d’une enquête officielle peut vous attirer tout un tas de… contrariétés. Aussi, je vous conseille de faire très attention aux réponses que vous nous fournirez, car ma partenaire et moi excellons dans notre travail. Si vous nous mentez, on le saura d’emblée. Et si vous mentez, vous irez au-devant de problèmes. Beaucoup de problèmes.
Eve plongea son regard dans ces yeux reptiliens.
— Possédez-vous les codes d’accès au projet de Hudson Yards de Singer ?
Zelda la dévisagea de telle façon qu’Eve n’aurait guère été surprise de voir la langue de l’assistante – fourchue, bien entendu – jaillir d’entre ses lèvres.
— Étant sa gestionnaire depuis sept ans, je gère les codes, les mots de passe et autres clés numériques de M. Singer, lesquels sont changés tous les quinze jours pour des raisons de sécurité.
— C’est donc un « oui ». Prenez place, je vous prie, et commencez par nous expliquer pourquoi vous n’avez pas inscrit votre nom sur la liste des personnes ayant accès au chantier.
— Parce que cela n’était pas pertinent.
Eve voyait bien que son interlocutrice voulait rester debout dans une attitude de défi et une démonstration de pouvoir, mais elle finit par s’exécuter.
— Je gère les codes de sécurité de M. Singer, reprit-elle. Comme ils changent souvent, je veille à ce qu’il les ait. Je ne les utilise pas, à moins qu’il ne m’en fasse expressément la demande.
— Vous a-t-il déjà expressément demandé d’accéder aux portails du projet immobilier en question ?
— Non, il ne me l’a pas demandé et je ne l’ai pas fait.
— Quand vous êtes-vous trouvée sur ce chantier pour la dernière fois ?
— J’y ai accompagné M. Singer en mars.
Zelda tourna son poignet et pianota sur sa montre.
— Le 14 mars, de 9 heures à 9 h 45. Il m’arrive d’accompagner M. Singer sur l’un ou l’autre chantier s’il a besoin de moi, mais je travaille habituellement du bureau, dans cet immeuble, ou bien de chez moi.
— Vous n’êtes pas retournée là-bas depuis le 14 mars ?
— Non. Vous avez terminé ?
Eve regarda son équipière et lui lança en plaisantant :
— Peabody, pensez-vous qu’on ait terminé ?
— Non, lieutenant, je ne pense pas. On va devoir perturber davantage votre emploi du temps de la journée.
Peabody montra son mini-ordinateur et la photo d’identité d’Alva Quirk.
— Connaissez-vous cette femme ?
— Non.
Toutefois, son expression changea.
— Non, répéta-t-elle.
— Des contrariétés, avertit Eve. Un tas.
— Je ne la connais pas. Mais…
Elle se rapprocha pour examiner la photo.
— Je l’ai vue. Je crois… Elle m’a donné une fleur en origami.
— Quand et où ?
— Ce jour-là, le 14 mars. Bolton – M. Singer – voulait voir si les dispositifs de sécurité autour des immeubles à démolir avaient été mis en place correctement. Il avait repoussé ce moment jusqu’à ce que les températures soient plus douces. Les immeubles n’étaient pas sûrs, mais il y avait des squatteurs et il s’inquiétait qu’ils se retrouvent à la rue en plein hiver. C’est un homme bon. Il a attendu autant que possible avant de verrouiller l’accès au site.
— Elle se trouvait sur place. M. Singer et vous l’avez vue, lui avez parlé ?
— Non, elle était sur le trottoir. Je ne pense pas qu’il l’ait vue. Il faisait froid et il avait commencé à neiger. Il a insisté pour que j’aille l’attendre dans la voiture le temps qu’il termine. Il m’a donné des petites tâches à faire pour contrer mes objections. Je l’ai vue quand je suis redescendue et, en effet, j’ai utilisé les codes d’accès de M. Singer pour déverrouiller le portail qui avait été installé provisoirement en attendant que les constructions instables soient entièrement sécurisées.
— Vous lui avez parlé.
— Elle se tenait à côté du portail, et elle disait qu’on enfermait les gens dehors, et que certaines personnes habitaient là-haut. J’ai commencé à la contourner pour passer mon chemin, mais elle est venue se planter devant moi. Elle avait un carnet et un crayon à la main. Elle a dit qu’elle devait signaler aux autorités que j’enfermais les gens dehors, car certains d’entre eux n’avaient nulle part où aller.
Droite comme un « i », Zelda croisa les mains.
— Franchement, je voulais éviter à M. Singer d’avoir à s’en dépêtrer. Il se sentait déjà assez coupable comme ça de devoir chasser les squatteurs. Je lui ai simplement expliqué que les immeubles étaient dangereux et que mon patron devait les réparer, les sécuriser pour qu’il n’y ait pas d’accident. Il se serait senti responsable si quelqu’un s’était blessé. Et franchement, si ça n’avait pas fonctionné, j’avais prévu d’appeler la police pour qu’ils l’emmènent.
— Ça a fonctionné ?
— Elle m’a souri et a dit qu’alors c’était différent. Que c’était agir en bon citoyen. Elle m’a donné la fleur en papier, m’a remerciée et s’est éloignée. C’est la femme qui a été tuée ?
— Oui.
— Je ne l’ai jamais revue. Je ne suis pas retournée sur le chantier depuis.
— À quoi ressemblait son carnet ?
— Je ne me rappelle pas bien.
— À un journal intime ? Comme ceux destinés aux enfants ? En papier ?
— Non.
Zelda plissa les yeux, fronça les sourcils.
— Non, pas de ce style. C’était plutôt… comme un album. Le genre que les chasseurs de célébrités emportent partout dans l’espoir d’obtenir la signature de leurs idoles.
— D’accord. Pouvez-vous nous dire où vous étiez et ce que vous faisiez entre minuit et 2 heures du matin ?
— C’est absurde, bon sang. Et intrusif.
— Simple question de routine. Quelqu’un a tué Alva et l’a balancée dans une benne comme un vulgaire déchet. Vous survivrez à quelques questions intrusives.
— J’avais un rendez-vous galant, répondit sèchement Zelda. Je suis divorcée, ce que vous sauriez déjà si vous étiez un tant soit peu compétentes. Je suis divorcée depuis trois ans, je n’ai pas d’enfants. J’étais de sortie avec un homme que j’avais déjà vu deux fois. Nous sommes allés dîner, puis écouter de la musique dans un night-club. Et… Enfin bref, nous sommes des adultes consentants.
— À quelle heure a-t-il quitté votre appartement ou vous le sien ?
Zelda rougit légèrement. À peine.
— Il est parti de chez moi juste après 7 heures ce matin.
— Très bien, il va nous falloir les détails. Le nom du restaurant, de la boîte de nuit, de cet homme.
Zelda regarda droit devant elle tandis qu’elle leur énumérait les données.
— Pour finir, nous sommes un tant soit peu compétentes, donc nous savons que vous travaillez pour cette entreprise depuis trente ans.
— J’ai été embauchée comme assistante secrétaire dès ma sortie d’école de commerce en 2031.
— Comment êtes-vous arrivée à votre poste actuel auprès du grand patron ?
Elle jeta un regard noir à Eve.
— J’excelle dans mon travail et je suis régulièrement promue. J’ai été l’assistante de l’adjoint de Mme Elinor Singer pendant quatre ans avant qu’elle prenne officiellement sa retraite. J’ai ensuite assisté l’adjoint de M. J.B. Singer pendant cinq ans avant que M. Bolton Singer, qui était à l’époque vice-président, me demande de le seconder. Je suis restée à ce poste quand M. Bolton Singer est devenu P-DG.
— Avez-vous travaillé de près ou de loin sur le projet d’Hudson South-West ?
Elle fronça de nouveau les sourcils.
— Oui. Les Singer s’étaient débarrassés d’une grande partie de ces biens avant que je rejoigne l’entreprise, ou très peu de temps après. Vu le poste que j’occupais à l’époque, je ne participais pas aux projets d’envergure. Toutefois, j’ai assisté M. Singer – M. Bolton Singer – lors de la vente des terrains restants à Connors Industries il y a deux ans.
— Très bien. Merci de nous avoir accordé de votre temps.
Zelda ne quitta pas la pièce d’un pas décidé, mais sembla glisser sur le sol. C’était impressionnant, Eve dut le reconnaître.
— On vérifiera son alibi, mais je pense qu’il est solide. Je me demande où Alva conservait ses vieux carnets.
— Dans son sac à dos ?
— Ça dépend du nombre de carnets, j’imagine. Il faut qu’on y réfléchisse. Dites à Terry d’envoyer le prochain.
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