T1 L'ombre de saganami

JOSE · Chapitre 12 sur 30

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T1 L'ombre de saganami

Chapitre Onze

« Bienvenue au poste de Talbot, capitaine Terekhov. Capitaine FitzGerald.

-- Merci, amiral », répondit pour eux deux Terekhov en serrant la main offerte.

Le contre-amiral des Verts Augustus Khumalo mesurait trois centimètres de moins que Terekhov, il avait le teint sombre, les yeux noirs et des cheveux brun foncé de plus en plus rares. Il était large d'épaules, avec de grandes mains vigoureuses et un torse encore puissant, malgré sa tendance à l'embonpoint. Par ailleurs cousin éloigné de la reine, il avait quelque chose des Winton dans le nez et le menton.

« Je me dis parfois que l'Amirauté ne sait plus ce qu'elle a fait de nous, continua-t-il avec un large sourire. C'est une des raisons pour lesquelles je suis si heureux de vous voir. Chaque fois qu'on nous envoie par erreur un bâtiment moderne, c'est le signe qu'on se souvient de nous. »

Comme il ricanait, Terekhov répondit par un sourire poli. Khumalo lui fit signe, ainsi qu'à FitzGerald, de prendre un siège, puis il désigna le jeune et mince capitaine au nez fort qui attendait en sa compagnie quand les deux visiteurs avaient été introduits dans sa cabine de jour.

« Mon chef d'état-major, le capitaine Loretta Shoupe, dit-il.

— Capitaine », fit le commandant de l' Hexapuma avec un hochement de tête courtois que FitzGerald imita, tandis que le chef d'état-major souriait. Khumalo déposa alors sa masse dans le fauteuil confortable posé derrière son bureau. Son vaisseau amiral était le HMS Hercule, vieux supercuirassé de classe Samothrace, dont la taille impressionnante se reflétait dans celle des quartiers de son pacha, ce qui ne l'empêchait pas d'être tristement obsolète. Comment il avait si longtemps échappé à la casse dépassait l'entendement : si Terekhov avait dû hasarder une hypothèse, il aurait estimé que cette antiquité avait passé l'essentiel de sa très longue carrière en tant que vaisseau amiral affecté à des postes de peu d'importance tels que celui-ci. En tout cas, que ce fût l'unique vaisseau du mur du poste de Talbot et qu'il fût au moins aussi vieux que le capitaine lui-même disait clairement quelle force l'Amirauté était disposée à y affecter.

Mais, vieux ou non, c'était tout de même un vaisseau du mur, et Terekhov n'avait encore jamais vu cabine plus luxueuse. Lui-même était plus qu'à l'aise financièrement, et Sinead avait fait entrer dans son crâne un certain goût pour les belles choses, mais l'immensité de la fortune personnelle de Khumalo éclatait dans les tapis tissés main, les tapisseries holo, les bibelots et les cristaux exposés dans des vitrines, les armes antiques pendues aux murs et la riche patine de bibliothèques, tables basses et fauteuils. Le portrait de la reine Élisabeth III, sur une cloison, contemplait cet étalage de richesse d'un air qui, malgré son sourire, paraissait un peu désapprobateur.

— À l'évidence, vous êtes plus que bienvenu, capitaine, continua le contre-amiral, de même que les nouvelles que vous apportez. J'ai déjà lu les dépêches que l'Amirauté nous a envoyées par l'Hexapuma. Il semble que la situation au front soit au moins en train de se stabiliser.

— Dans une certaine mesure, amiral, dit Terekhov, et je ne crois pas que ça surprenne vraiment quiconque. On a pris une grande gifle au moment des premiers engagements mais les Havriens se sont bien fait étriller en Silésie, eux aussi. Et il ne semble pas qu'ils aient eu autant de capsules lance-missiles, quand ils ont appuyé sur la détente, que ne le supposaient les estimations les plus pessimistes de la DGSN. Je doute aussi qu'ils se soient attendus à ce que les Andermiens se rangent à nos côtés, ni à ce que l'Empire ait mis au point ses propres capsules. Ils ont donc sans doute été obligés de revoir sérieusement leur stratégie. Savoir le comte de Havre-Blanc à l'Amirauté, l'amiral Caparelli de nouveau à son poste de Premier Lord de la Spatiale, et la duchesse Harrington aux commandes de la Huitième Force ressuscitée influe peut-être aussi un peu sur leur raisonnement.

— Sans aucun doute. » L'acquiescement de Khumalo fut rapide mais à peine courtois, et un petit éclat de répugnance marqua son regard.

Terekhov ne fit pas mine de s'en rendre compte, mais Ansten FitzGerald le vit sans aucun doute et, ajoutant ce manque d'enthousiasme aux rumeurs qu'il avait entendues concernant les rapports de Khumalo avec l'Association des conservateurs, il réprima à son tour une grimace.

— Il est plus probable encore que les Havriens attendent, pour engager de nouvelles opérations actives, d'avoir assimilé l'aubaine technologique qu'a représentée pour eux le retournement de veste de ces satanés Erewhoniens !

— Je suis sûr que ça rentre en compte, admit Terekhov sans la moindre expression discernable.

— Comme je le disais, reprit le contre-amiral, j'ai visionné les dépêches. Bien sûr, je n'ai pas encore eu le temps de digérer les rapports des services de renseignement. En outre, j'ai toujours pensé que même les rapports les mieux rédigés ne sont pas aussi explicites qu'un briefing en chair et en os. Puis-je supposer que vous en avez reçu un avant de nous être envoyé, capitaine ?

— Tout à fait, monsieur.

— Alors j'apprécierais que vous partagiez vos impressions avec le capitaine Shoupe et moi-même. » Khumalo eut un sourire crispé. « Il n'est jamais mauvais de savoir ce que l'Amirauté du moment pense de la situation à l'endroit où l'on a son commandement, n'est-ce pas ?

— Non, amiral, en effet. » Terekhov s'adossa et croisa les jambes. « Eh bien, pour commencer, l'amiral Givens ne cache pas que nos services de renseignement sont encore à peine en place dans le Talbot et insiste donc pour que tous les vaisseaux de Sa Majesté qui s'y trouvent entretiennent les relations les plus étroites possibles avec les autorités locales. En outre... »

De la même voix compétente, un peu détachée, que FitzGerald avait entendue si souvent depuis un mois et demi, il continua de résumer vivement et avec concision plusieurs jours de réunions d'information. Son second admirait tant sa mémoire que l'aisance avec laquelle il organisait les informations pertinentes. Alors même qu'il l'écoutait, toutefois, il ne perdait pas de vue l'expression de Khumalo. Le contre-amiral, attentif, ne semblait pas entendre ce qu'il avait envie d'entendre.

« ... bref, voilà à peu près où nous en sommes, acheva Terekhov, quarante minutes plus tard. En gros, la DGSN s'attend à un retour de bâton graduel mais inévitable de la part de ceux qui ont voté contre l'annexion et perdu. Que ce retour de bâton reste pacifique ou s'exprime par des actes de violence, nul ne peut encore le prédire. Mais on s'inquiète de qui pourrait bien décider de venir pêcher par ici si les eaux devenaient assez troubles. Et l'amiral Givens a bien insisté sur l'importance d'assurer la sécurité du terminal de Lynx.

L'antenne mentale de FitzGerald le picota soudain quand il perçut le très léger changement d'emphase dans la dernière phrase de son supérieur. Il vit les sourcils du capitaine Shoupe s'abaisser en ce qui était presque une mise en garde, et le visage de Khumalo parut se durcir.

« Je n'en doute pas, répliqua le commandant du poste, au bord de l'agressivité. Bien entendu, si l'Amirauté actuelle était disposée à déployer assez d'unités dans le Talbot, je serais en bien meilleure position pour exécuter cet ordre, non ? »

Terekhov ne répondit pas, se contentant de rendre calmement son regard au contre-amiral. Ce dernier renifla, sa bouche s'étira en une espèce de sourire et il secoua la tête.

« Je sais. Je sais, capitaine ! dît-il, ironique. Il n'y a pas un seul commandant de base au cours de l'histoire qui n'aurait pas voulu plus de vaisseaux qu'il n'en avait. »

Il semblait regretter d'avoir laissé paraître son ressentiment, songea FitzGerald. Comme s'il estimait devoir s'attirer les bonnes grâces de Terekhov, ce qui était une attitude étrange pour un contre-amiral de son expérience discutant avec un capitaine de vaisseau.

« Mais en vérité, continua Khumalo, dans ce cas précis, notre position très basse sur la liste des priorités de l'Amirauté actuelle signifie bel et bien que nous n'avons pas assez de forces pour être partout où nous avons besoin d'être. Presque deux cent cinquante années-lumière séparent Lynx et le système de Grenat; l'amas tout entier représente cinq millions et demi d'années-lumière cubes – il est un peu aplati, pas tout à fait sphérique, sinon il serait encore plus gros. Cela équivaut à neuf fois le volume de toute la Confédération silésienne, mais l'amiral Sarnow dispose de douze fois plus de vaisseaux que nous, alors qu'il se trouve en position de demander des renforts aux Andermiens en cas d'urgence. J'ajouterais qu'il n'a à se préoccuper d'aucun terminus du nœud. » Il haussa les épaules. « Je suis bien conscient du fait qu'il doit y avoir des priorités et que la Silésie, particulièrement en regard de notre alliance avec les Andermiens, ne peut qu'être prioritaire. D'ailleurs, sa population et son industrie, en dépit de son plus faible volume, sont bien supérieures à celles de l'amas. Toutefois, aussi valables que soient les raisons de l'Amirauté actuelle de nous affecter si peu de forces, je suis tout bonnement trop dispersé pour couvrir notre zone de responsabilité avec l'efficacité que réclamerait la sécurité. »

C'est au moins la quatrième fois qu'il parle de l'amirauté « actuelle », songea FitzGerald. je ne suis pas sûr d'apprécier. Particulièrement de la part de quelqu'un dont les alliés politiques étaient si proches du camp de Haute-Crête.

« J'ai compris, dès que j'ai lu mes ordres, que nos forces allaient être dispersées de manière inacceptable, amiral, dit. calmement Terekhov. Je crois que personne, chez nous, ne se réjouit du contingent affecté au Talbot, et j'ai eu l'impression –pas seulement en raison de mon briefing par l'amiral Givens mais par bon nombre d'autres indices – que l'Amirauté est tout à fait consciente des difficultés que vous affrontez ici.

— Pffff... soupira Khumalo. Je serais bien content que ce soit vrai, capitaine ! Mais, quoi qu'il en soit, je dois tout de même prendre des décisions – des décisions difficiles – quant à l'emploi des unités que je commande. Raison pour laquelle la patrouille affectée à Lynx est insuffisante, comme vous l'avez sans aucun doute remarqué lorsque vous y êtes passé. C'est le seul secteur de toute notre zone où nous pouvons compter sur des renforts rapides du système mère si jamais la merde commence à voler.

— Je vois la logique de cette mesure, amiral », dit Terekhov. Ce qui, observa FitzGerald, n'était pas la même chose que de s'en dire d'accord.

« Eh oui », ponctua le contre-amiral en étalant une pile de puces-documents sur son bureau, comme pour s'occuper les mains. Au bout d'un moment, il les empila à nouveau avec soin et releva les yeux vers ses visiteurs.

« Merci pour le briefing, capitaine, dit-il. J'en apprécie l'exhaustivité. Votre vaisseau et vos talents bien connus seront les bienvenus, vraiment les bienvenus, dans le Talbot. Je crains d'être obligé de vous mener la vie dure, à vous et à vos subordonnés, mais j'ai toute confiance en votre compétence pour relever les défis susceptibles de se présenter.

— Merci, amiral, murmura Terekhov, alors que son second et lui se levaient en réponse à ce signe évident que l'entretien touchait à sa fin.

— Le capitaine Shoupe va vous raccompagner », continua Khumalo en se levant pour une poignée de main d'adieu. Il serra également celle de FitzGerald et eut un sourire bienveillant.

« La présidente du système, Lababibi, m'a invité à un banquet politique à Dé-à-Coudre, demain soir, dit-il, comme s'il venait d'y songer, tandis qu'il les escortait jusqu'au seuil de la cabine. La plupart des délégués principaux de l'Assemblée constituante seront présents, ainsi que la baronne de Méduse. Laquelle a suggéré que j'emmène quelques-uns de mes officiers d'état-major et de mes commandants de vaisseau. J'estime important que la Flotte se présente sous son meilleur jour en la matière, surtout compte tenu de nos responsabilités et des forces dont nous devons nous accommoder. J'imagine que vous-même et quelques-uns de vos officiers pourrez m'accompagner ?

— Nous en serons honorés, amiral, lui assura Terekhov.

— Parfait, parfait! Je me réjouis de vous y revoir, dit Khumalo avec un large sourire, tandis que l'écoutille s'ouvrait et que le fusilier en faction se mettait au garde-à-vous. Je vous laisse donc aux bons soins du capitaine Shoupe. Bonne journée, capitaine Terekhov. Vous aussi, capitaine FitzGerald. »

L’écoutille se ferma en coulissant avant que quiconque pût rien ajouter, et les deux officiers de l'Hexapuma a se retrouvèrent soudain seuls en compagnie de Shoupe et de la sentinelle soigneusement inexpressive.

« Par ici, je vous prie. » Le chef d'état-major parlait d'une agréable voix de soprano. Sa main s'agita avec grâce pour désigner la coursive.

« Merci, capitaine, dit Terekhov, comme tous trois se dirigeaient vers les hangars d'appontement de l'Hercule. L'amiral semble encore plus démuni que je ne m'y attendais après mon briefing et mes ordres », observa-t-il quand ils pénétrèrent dans un des ascenseurs du supercuirassé, dont la porte se referma derrière eux. Son ton était agréablement neutre, celui d'un homme qui se serait exprimé de manière badine, bien qu'il eût attendu que plus aucune autre oreille ne fût là pour l'entendre.

« Oui, c'est le cas », répondit Shoupe après une pause presque imperceptible. Elle leva ses yeux bruns vers les yeux bleus de Terekhov. « Et je crains qu'il ne soit pas aussi sûr qu'il veut bien l'admettre que des facteurs politiques supplémentaires n'entrent pas en jeu dans la priorité accordée au Talbot.

— Je vois, fit Terekhov avec un léger hochement de tête.

— Pour le moment, nous sommes obligés de jongler avec un nombre de balles impossible, continua le chef d'état-major, et je crains que l'amiral ne soit un peu affecté par la pression.

— N'importe qui le serait, dans sa position.

— Oui, c'est une des raisons... » L'ascenseur atteignit sa destination, et Shoupe interrompit la phrase qu'elle se préparait à prononcer. Lançant un petit sourire à Terekhov, elle recula avec courtoisie pour le laisser quitter la cabine le premier.

Dommage, songea FitzGerald en la suivant à son tour. Elle s'apprêtait à dire quelque chose d'intéressant. Au sens que ce mot prend dans la vieille malédiction : « Puissiez-vous vivre des moments intéressants. »

« Très bien », commença Aivars Terekhov quelques heures plus tard, en posant son béret blanc sur la table de la salle de briefing de sa passerelle et en regardant autour de lui. Ansten

FitzGerald, Ginger Lewis, Naomi Kaplan et le capitaine Tadislaw Kaczmarczyk, le commandant du détachement de fusiliers de l'Hexapuma, lui rendirent son regard. Le chef Agnelli leur avait apporté des tasses fumantes de café ou de thé, en fonction des préférences de chacun; des Thermos des deux boissons étaient par ailleurs posées sur un plateau au milieu de la table.

« J'ai pu étudier les dossiers du capitaine Chandler, l'officier de renseignement de l'amiral Khumalo, continua Terekhov, ainsi que les règles d'engagement de l'amiral et les ordres généraux relatifs au poste. À présent, j'aimerais les survoler avec vous. »

Comme des têtes se hochaient, il se balança un peu en arrière sur son fauteuil, serrant à deux mains sa tasse de café.

« J'imagine que les gens sur le terrain et ceux qui restent au quartier général ont toujours des points de vue un peu différents, reprit-il. Puisque l'amiral Khumalo est ici depuis la création du poste de Talbot, il est plus à même d'analyser la situation locale que ne le serait n'importe qui à Manticore.

» Notre tâche première, telle que définie par ses instructions, consiste à maintenir la paix sur les planètes de l'amas, et entre elles. Ensuite, nous devons aider le gouvernement du système de Fuseau et les fusiliers disponibles de la baronne de Méduse –soit un unique bataillon de force inférieure à la normale – à maintenir la sécurité de l'Assemblée constituante, ici, sur Lin. Notre troisième mission est d'éliminer la piraterie et, bien sûr, l'esclavage génétique au sein de l'amas, ainsi que de décourager... l'esprit aventureux de tout élément extérieur. »

Il s'interrompit un instant, balayant la table du regard, mais il n'eut pas besoin de préciser à quels « éléments extérieurs » se référaient au juste les instructions de Khumalo.

« Quatrièmement, reprit-il, nous devons aider les autorités locales à éliminer toute résistance illicite à l'annexion. Il semble que ceux qui ont voté contre deviennent de plus en plus bruyants et qu'au moins certains soient sur le point de dépasser la simple expression verbale de leur mécontentement.

» Cinquièmement, nous savons déjà que nos cartes de l'espace local sont gravement imprécises. L'amiral considère comme une priorité de mettre à jour nos bases de données d'astrogation, tant en nous informant auprès des pilotes ou capitaines marchands locaux qu'en effectuant nous-mêmes des missions de reconnaissance régulières.

» Enfin, sixièmement, nous devons "agiter le drapeau", non seulement au sein de l'amas mais aussi le long de ses frontières. La piraterie dans le Talbot n'a jamais été aussi développée que, mettons, en Silésie, mais il y en a toujours eu un peu. L'amiral désire que ses vaisseaux fassent connaître leur présence le long des arcs Nuncio-Célébrant-Péquod-Grenat et Lynx-MontanaTillerman, où il a mis en place des lignes de patrouilles permanentes. D'un côté, nous devons faire office de publicité aux avantages qu'il y a à s'intégrer au Royaume stellaire; de l'autre, il nous faut rappeler à tout esprit extérieur aux tendances chapardeuses que Sa Majesté prendrait assez mal ses petites plaisanteries. »

Il eut un sourire léger devant l'expression de ses officiers.

« Comme vous pouvez le constater, il ne s'agira pas tout à fait d'une croisière d'agrément.

— On peut le dire, commandant, fit Ginger Lewis. Puisque vous parlez des instructions générales de l'amiral, je suppose que nous n'avons pas encore d'ordres de mouvement spécifiques ?

— Vous supposez bien, Ginger, acquiesça Terekhov. Quand nous recevrons ces ordres, toutefois, je pense que nous bougerons énormément. En lisant la liste des vaisseaux, il apparaît évident que l'Hexapuma est l'unité moderne la plus puissante affectée au poste. Je ne vois pas comment l'amiral pourrait se permettre de nous ménager.

— C'est évident, monsieur, intervint FitzGerald. Toutefois, si vous voulez bien me permettre, je n'ai rien entendu là-dedans qui concerne spécifiquement la sécurité du terminus.

— En effet. Nous avons deux problèmes distincts. L'un est la sécurité du terminus; l'autre la sécurité de tout le reste de l'amas. Que le terminus se trouve, même pour un bâtiment de guerre, à huit jours de voyage de Faille, le système de l'amas qui en est le plus proche, ne simplifie pas l'harmonisation de ces deux responsabilités. »

Sa voix était égale, son expression calme, mais, l'espace d'un instant, FitzGerald crut distinguer autre chose derrière ces yeux bleus. Cela disparut aussi vite que c'était venu – en supposant que c'eût bel et bien été là – et Terekhov poursuivit sur le même ton dépourvu de passion.

« Des points de vue économique, astrographique et militaire, Lynx est le véritable point d'étranglement de l'amas, en ce qui concerne le Royaume. Mais, du point de vue politique immédiat, Fuseau, où se tient l'Assemblée constituante, est au moins aussi critique. Le besoin de maintenir une présence visible dans les systèmes habités de l'amas est aussi un aimant qui attire nos forces loin de Lynx. Compte tenu des circonstances, en gardant à l'esprit que le terminus peut être renforcé assez vite par la Première Force, l'amiral a décidé qu'à court terme ses efforts devaient surtout s'attacher à soutenir le processus politique de l'Assemblée et les gouvernements planétaires locaux. »

Mais vous, que pensez-vous qu'il devrait faire ? se demanda FitzGerald. Il n'envisagea pas même de poser la question à I mute voix, toutefois.

« je vois pourquoi vous vouliez que Naomi et Tad participent à cette réunion, commandant, dit Lewis au bout d'un moment, mais je ne comprends pas bien pourquoi je suis là, moi.

— D'abord parce que vous êtes mon officier le plus gradé après Ansten, répondit Terekhov. Ensuite parce qu'à moins que je ne me trompe fort, nous allons pousser très durement les systèmes de l'Hexapuma, sans pouvoir compter sur beaucoup de soutien. L'amiral Khumalo dispose de trois vaisseaux magasins – quatre en comptant celui qui est cantonné ici – pour soutenir toutes ses unités. À l'heure actuelle, les autres sont en place en Prairie, Montana et Grenat, afin de couvrir au mieux les unités en patrouille. Il y a aussi des vaisseaux arsenaux en Montana et Prairie. En dehors de cela, nous serons en grande partie livrés à nous-mêmes en matière d'entretien et de logistique en général.

» Naomi sera bien sûr terriblement mise à contribution si nous rencontrons – ou devrais-je dire quand nous rencontrerons ? – des pirates ou des esclavagistes. Et les fusiliers de Tadislaw seront au moins également occupés, même en supposant que nous n'ayons pas besoin de déployer des détachements à la surface d'une planète. Je dois d'ailleurs ajouter que je suis presque sûr d'en arriver là. Mais le fond du problème est que tout le monde à bord de ce vaisseau dépend des machines. Si nous étions victimes d'une avarie majeure, cela ferait un trou énorme dans les forces de l'amiral Khumalo. » Il eut un sourire. « Donc, en gros, je voulais vous voir à cette réunion pour me permettre de resserrer les boulons de votre sens des responsabilités.

— Oh, merci bien, commandant, rétorqua Lewis, également souriante.

— Je vous en prie. Ça s'appelle du gonflement de motivation. » Plusieurs officiers s'esclaffèrent, tandis que Terekhov laissait sa chaise retomber en position verticale.

« Il est à l'évidence trop tôt pour réfléchir à autre chose que des généralités, reprit-il sur un ton plus sérieux. Tout ce que nous pouvons considérer comme acquis, c'est que Murphy et son cortège de tuiles nous surprendront en dépit de nos efforts pour préparer leur inévitable apparition. Quand ça arrivera, nous nous accommoderons de cette surprise selon notre agilité et notre flexibilité. C'est l'une des raisons principales pour lesquelles je vous ai demandé d'assister à cette réunion. J'ai l'intention d'organiser un briefing général pour tous les chefs de département dans les prochaines vingt-quatre heures, mais ce sont vos départements à vous qui porteront le plus lourd fardeau, aussi voulais-je vous avertir à l'avance et saisir l'occasion qui nous est offerte de procéder à un échange d'idées préliminaire.

» Par exemple, major Kaczmarczyk, la situation politique qui se développe dans l'amas finira sans doute par exiger une intervention des fusiliers du poste de Talbot. En ce qui concerne Hexapuma, il s'agit de vous et de vos gens.

— Oui, commandant. » Kaczmarczyk était un homme trapu de près de quarante ans, aux cheveux bruns coupés en brosse et à la moustache bien taillée. Il semblait un peu détaché des officiers de la Spatiale assis avec lui autour de la table, mais ses yeux à l'étrange couleur d'ambre vert rendirent sans flancher son regard à son supérieur hiérarchique.

« Je prévois un très large spectre de missions pour vous, major, continua Terekhov, et la nature de l'échiquier politique va requérir une certaine habileté. Quoique tout le monde préférerait l'éviter, j'en suis sûr, nous risquons fort de rencontrer des situations qui nous contraindront à user d'un marteau. Mais il y rit aura d'autres durant lesquelles vos subordonnés devront agir les policiers plutôt qu'en troupes de combat. Je me rends compte qu'il est difficile de passer de l'un à l'autre rôle, les formations et les états d'esprit qu'ils requièrent étant en partie incompatibles. Il n'est, hélas ! rien que nous puissions y faire. Je désire donc que l'essentiel de vos efforts porte sur la prépara-non des vôtres à opérer au besoin en petites unités indépendantes. J'essaierai de ne pas trop vous éparpiller mais je ne peux pus promettre que vous ne serez pas obligé de détacher des escouades individuelles.

— J'ai de bons sous-officiers, monsieur, dit Kaczmarczyk, mais je n'ai pas énormément d'hommes et une partie d'entre eux sont franchement novices.

— C'est noté », déclara Terekhov.

La guerre renouvelée et la soudaine augmentation colossale des territoires du Royaume stellaire s'étaient associées à la nouvelle politique de construction de la Spatiale pour obliger à modifier la taille des détachements de fusiliers qu'embarquaient les vaisseaux de guerre manticoriens. Traditionnellement, la FRM affectait une compagnie aux croiseurs légers et tout un bataillon – y compris ses compagnies d'artillerie lourde – aux bâtiments du mur. Les croiseurs lourds et les croiseurs de combat embarquaient des bataillons « réduits », à savoir amputés des compagnies d'artillerie lourde.

D'autres flottes embarquaient alors des détachements bien plus petits mais, avant les guerres havriennes, les responsabilités principales de la Spatiale manticorienne avaient été l'élimination de la piraterie et les opérations de pacification. Détruire en plein espace des croiseurs pirates était une tâche assez simple, mais on s'était vite rendu compte que reprendre les vaisseaux marchands capturés par les pirates sans tuer les survivants de leurs équipages d'origine exigeait des moyens un peu plus subtils qu'une ogive laser ou un Braser. Les équipes d'abordage entraînées à cet effet étaient composées de fusiliers. Idem les groupes envoyés inspecter les cargos suspectés de traite d'esclaves ou de contrebande. Idem ceux qu'on débarquait en des lieux tels que la Silésie pour réprimer des émeutes, des attentats contre des ressortissants de Manticore, ou encore gérer les suites de catastrophes naturelles.

Contrairement à ce qui se passait dans la plupart des autres Spatiales – y compris la FLS et celle de l'alliée du Royaume stellaire qu'était Grayson les fusiliers manticoriens étaient aussi intégrés dans des équipes de maîtrise des avaries et affectés à servir des armes de batterie. À bord de l'Hexapuma, par exemple, le personnel de Kaczmarczyk servait une demi-douzaine de grasers. Si les vaisseaux de la FRM avaient pu embarquer tant de fantassins, c'était qu'ils ne prenaient pas la place de matelots ordinaires : ils en faisaient aussi office.

Cette pratique leur demandait toutefois un entraînement complémentaire. Former des gens capables d'accomplir sans faillir les multiples tâches qui leur étaient assignées prenait du temps et n'était pas bon marché. C'était là une des raisons pour lesquelles la FRM avait été contrainte de repenser un peu le système.

L'automatisation accrue, qui avait permis de réduire radicalement les équipages (donc les équipements de survie) et d'embarquer des systèmes offensifs ou défensifs supplémentaires en était une autre. Conserver l'effectif du détachement de fusiliers traditionnel aurait en grande partie annulé cet avantage. Et cela ne prenait pas même en compte le fait que la soudaine expansion du Royaume stellaire exigeait des garnisons et des forces policières nouvelles. Voilà qui, surtout juste après des réductions radicales des effectifs « par temps de paix », avait quasiment réduit à zéro le nombre de fusiliers disponibles. Tant ces derniers que l'armée recrutaient aussi vite que possible, mais le personnel, non l'argent ni les compétences industrielles, avait toujours constitué le talon d'Achille de Manticore.

Tout cela expliquait pourquoi, au lieu des quatre cent cinquante-quatre hommes et femmes affectés naguère à un croiseur lourd, répartis en trois compagnies et commandés par un major, le capitaine Kaczmarczyk (lequel recevait à bord la promotion de courtoisie » au grade de major, car un vaisseau de guerre ne pouvait se permettre aucune confusion sur la personne dont il était question quand on disait « commandant ») disposait d'à peine cent quarante soldats dans son unique compagnie. Cela représentait cependant presque la moitié du contingent total de l'Hexapuma, à savoir trois cent cinquante-cinq personnes.

« Il nous faudra faire de notre mieux, reprit Terekhov. J'espère que, dans l'ensemble, les gouvernements locaux sauront régler leurs problèmes. Si nous intervenons, nous autres "impérialistes", nous risquons d'exacerber le mécontentement ayant suscité le problème au départ. S'ils doivent faire appel à nous, j'espère que ce sera pour faire usage de nos systèmes de reconnaissance à des fins de renseignement, ou pour des frappes rapides contre des cibles spécifiques, après lesquelles nous pourrions nous retirer aussitôt.

» Dans cet esprit, major, j'aimerais que vous et votre officier de renseignement potassiez ces rapports du capitaine Chandler. » Il tendit un mince classeur de puces enregistrées. « Ce sont des analyses planète par planète, fondées sur les données les plus récentes obtenues des agents de l'autorité locaux. Compte tenu des délais de transit, beaucoup de ces données doivent être à l'heure qu'il est dépassées, mais ce sont toujours les informations les plus fiables dont nous disposions. J'aimerais que vous accordiez une attention toute particulière à... »

« Eh bien, Loretta ? Qu'avez-vous pensé de lui ?

— Je vous demande pardon, amiral? » Shoupe leva les yeux des puces de données qu'elle était en train de ranger dans un classeur. Elle et le reste de l'état-major venaient d'achever leur rapport quotidien sur l'état du poste, et on était en début d'après-midi, heure du bord. Le contre-amiral Khumalo aimait faire une petite sieste avant le dîner, et les autres officiers étaient déjà partis.

« Je vous demande ce que vous pensez de lui », répondit Khumalo. Il lui tournait le dos, contemplant les fraîches et luisantes profondeurs d'une de ses tapisseries holo. « Du capitaine Terekhov, bien sûr.

— Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de me former une opinion à son sujet, dit-elle. Il m'a paru assez sympathique.

— Oui, n'est-ce pas ? fit son supérieur sur un ton un peu lointain. Mais il n'est pas tout à fait tel que je l'attendais. »

Elle ne répondit pas, se contentant d'attendre patiemment. Elle accompagnait Khumalo depuis qu'il avait été muté dans le Talbot et, presque en dépit d'elle-même, elle en était venue à beaucoup l'apprécier. Il pouvait se montrer frustrant, hésitant, vaniteux, et c'était sans conteste un des amiraux « politiques » de la Spatiale, mais c'était aussi un travailleur acharné – raison pour laquelle il aimait faire la sieste l'après-midi. Quels que fussent ses défauts, il était authentiquement décidé à mener l'annexion de l'amas à une conclusion heureuse.

« J'ai lu les rapports sur la bataille d'Hyacinthe, vous savez, continua-t-il au bout d'un moment. Ça a dû être terrible. » Il se tourna vers elle. « Avez-vous lu ces rapports, Loretta ?

— Non, amiral.

— Hyacinthe était censé nous appartenir, dit Khumalo en marchant lentement jusqu'à son bureau, avant d'y prendre place. D'ailleurs, c'était le cas au moment où le convoi de Tèrekhov y a été envoyé. On prévoyait d'en faire un des dépôts de matériel avancés de la Huitième Force, mais le détachement qui le protégeait a été frappé par une contre-attaque havrienne. Il ne comptait aucun vaisseau moderne et les Havriens étaient venus en force. Son commandant n'a eu d'autre choix que de se retirer, si bien que, quand Terekhov est arrivé, il s'est jeté tout droit dans un guet-apens. »

Le contre-amiral marqua une pause, jouant d'une main avec le poignard ornementé qui lui servait de coupe-papier.

Les Havriens l'ont sommé de se rendre, reprit-il au bout de quelques secondes. Il a refusé. Il n'était équipé d'aucune capsule lance-missiles mais il disposait en revanche de tous les nouveaux dispositifs électroniques, notamment les dernières générations de CME et les coms supraluminiques. En outre, les cargos de son convoi transportaient des réalisations technologiques très récentes, notamment des pièces de rechange et des MPM destinés à la Huitième Force. Ne pouvant pas laisser tomber cela aux mains de l'ennemi, il a tenté de s'échapper en combattant ou, au moins, de faire repasser l'hyperlimite aux vaisseaux marchands.

» Il a réussi à en sauver deux mais il en a perdu six, ainsi que toute sa division de croiseurs légers et les trois quarts de son personnel. La plupart des matelots des transporteurs ont survécu, après avoir posé leurs charges de sabordage et s'être éloignés dans les chaloupes, mais ses propres subordonnés ont été massacrés. »

Khumalo baissa les yeux sur le poignard incrusté de gemmes et le tira du fourreau. La lumière fit étinceler la lame aiguisée, qu'il tourna lentement, observant les reflets.

« Qu'auriez-vous fait à sa place, Loretta ? » demanda-t-il doucement. Son interlocutrice se tendit. Comme elle ne répondait pas, il releva la tête. « Ce n'est pas une question piège. Je suppose qu'en fait j'aurais dû vous demander votre opinion sur la décision qu'il a prise.

— Je pense qu'il lui a fallu énormément de courage, amiral, répondit-elle au bout d'un moment, toujours un peu raide.

— Oh, ça, ça ne fait aucun doute. Mais le courage suffit-il ? Il répondit à son regard interrogateur par un petit haussement d'épaules. « La guerre était presque finie. Quand il a été pris au piège en Hyacinthe, il était clair que les Havriens, quoi qu'ils fassent, n'arrêteraient plus la Huitième Force. Donc son jugement a-t-il été bon ou mauvais ? Aurait-il dû les laisser s'emparer de ses vaisseaux, de la technologie qu'ils transportaient, en sachant qu'ils n'auraient pas le temps d'en profiter ?

— Ça aurait été de la lâcheté face à l'ennemi, monsieur, dit Shoupe sur un ton très circonspect.

— Vraiment ? » Il la regardait en face. « De la lâcheté ou du bon sens ?

— Amiral... » commença Shoupe, avant d'hésiter. Son supérieur avait surtout mené une carrière d'administrateur militaire.

Il avait dirigé plusieurs bases et postes d'importance relative, certains très proches du front, lors de la Première Guerre havrienne, mais jamais un vaisseau de combat. Pouvait-il se sentir menacé par la réputation de Terekhov ?

« Amiral, reprit-elle au bout d'un moment, ni vous ni moi n'y étions. Tout ce que nous pouvons penser revient à critiquer après coup l'homme qui s'y trouvait. Je ne sais pas quelle était la meilleure décision, mais je sais que le capitaine Terekhov était l'homme qui devait la prendre en un laps de temps très limité. Et, sauf votre respect, amiral, je dois dire que la défaite imminente des Havriens est bien plus évidente aujourd'hui qu'elle ne l'était à l'époque. Je suppose aussi qu'il serait juste d'ajouter que, s'il s'était rendu, si l'ennemi s'était emparé de ses vaisseaux et cargos avec leurs systèmes et leurs cargaisons, nous serions aujourd'hui en plus mauvaise posture que nous ne le sommes déjà face à la Flotte havrienne.

— Alors vous dites qu'il a eu raison, au moins compte tenu de ce qu'il savait à l'époque ?

— J'imagine que oui, amiral. Je prie Dieu de n'avoir jamais à prendre une décision pareille. Et je suis sûre que Terekhov prie dieu de n'avoir jamais à en prendre une autre, mais je pense que, compte tenu des choix qui lui étaient offerts, il a sans doute fait le bon. »

Khumalo paraissait troublé. Remettant le poignard au fourreau, il le posa sur son bureau et resta assis à le contempler un instant, son visage parut las, âgé, et Shoupe éprouva une pointe de compassion aiguë. Elle savait qu'il se demandait pourquoi il n'avait pas été rappelé quand l'Amirauté Janacek s’était effondrée, emportant avec elle ses protecteurs. Était-ce juste parce que nul n'avait encore eu le temps de s'en occuper ? Son ordre de retour était-il déjà à bord d'un messager en route pour Fuseau ? Ou bien quelqu'un avait-il décidé de le laisser ici parce qu'il ferait un bouc émissaire convenable en cas de problème ? C'était un peu comme d'avoir une épée de Damoclès à deux pointes pendue au-dessus de la tête et, maintenant, à l'évidence, un point concernant Terekhov le préoccupait énormément.

« Pardonnez-moi, amiral, s'entendit-elle dire, mais nous travaillons en étroite association depuis un bon moment, à présent. Je vois que quelque chose vous chiffonne chez le capitaine Terekhov ou dans ses décisions à Hyacinthe, ou les deux. Puis-je vous demander de quoi il s'agit? »

Khumalo tordit la bouche un instant puis il poussa le poignard de côté, carra les épaules et regarda son chef d'état-major.

« Le capitaine Terekhov, quoique sa dernière promotion soit toute récente, est à présent le deuxième commandant de vaisseau le plus gradé de ce poste, après le capitaine Saunders. Après Saunders et moi, c'est le troisième officier le plus gradé de tout le Talbot. Ajoutez à cela que son bâtiment est l'unité la plus moderne et peut-être la plus puissante dont nous disposons. Voilà qui les rend, lui et son jugement, nettement plus importants qu'ils ne le seraient ailleurs, surtout compte tenu des aspects diplomatiques de la situation. »

Il s'interrompit, les yeux toujours fixés sur Shoupe, laquelle hocha la tête.

Bon, c'est au moins une partie du problème, songea-t-elle. Il se demande si le séjour de Terekhov au ministère des Affaires étrangères signifie qu'il est ici pour aider à nous apporter une plus grande « sensibilité politique » ou quelque chose comme ça. Et sa position inconfortable par rapport au gouvernement actuel doit encore amplifier ses inquiétudes.

Si tel était le cas, cependant, Khumalo choisit de ne pas l'admettre.

« Je dois me demander si ses actes à Hyacinthe reflètent, en plus du courage, un jugement sain ou bien autre chose, dit-il. Avec les centaines d'étincelles potentielles qui flottent alentour, je n'ai pas besoin d'un type dont le premier réflexe sera de balancer de l'hydrogène dans la chaudière.

— Le capitaine Terekhov ne m'a pas fait l'effet d'un impulsif, amiral, dit Shoupe. Je n'ai pas eu l'occasion de me former une véritable opinion de son jugement, mais il semble avoir la tête sur les épaules.

— J'espère que vous avez raison, Loretta, soupira Khumalo. je l'espère de tout cœur. »