Longhope Abbey Tome 4 - La femme de ma vie
Chapitre 17
17
Une confortable calèche déposa Juno devant un cottage habillé de vigne vierge à la fin d’une journée pluvieuse. Léo était absent, mais une domestique souriante la conduisit jusqu’à une chambre luxueuse et lui proposa un bain chaud, ce que Juno accepta volontiers.
Lorsque, toute rose et parfumée, elle sortit de la baignoire, elle découvrit sur une chaise un magnifique peignoir brodé de fleurs de cerisier. Elle l’enfila et se mit à tournoyer sur le tapis moelleux pour le plaisir de sentir la caresse de la soie fraîche sur sa peau.
Le cottage était simple, le jardin qu’on voyait par la fenêtre paraissait modeste, mais dans la pièce, tout était luxueux, du peignoir au vase de roses et à la coupe de fruits. Une petite armée de domestiques devait s’affairer en coulisse.
L’attente faisait-elle partie du plan de Léo ? En tout cas, Juno la trouvait excitante. Elle savoura une pêche juteuse et une tasse de chocolat, puis s’allongea et s’assoupit.
Ce fut un bruit dans la pièce voisine qui la tira de sa torpeur. Le soir tombait, une fine bruine voilait la lumière d’été qui s’attardait. Juno ouvrit sans bruit la porte communicante et découvrit une vaste chambre pourvue d’un petit salon et d’un énorme lit.
Léo, accroupi devant la cheminée, tisonnait le feu. Il était vêtu d’une chemise et d’un pantalon, sous un kimono orné de soleils, de lunes et d’étoiles.
Il tourna la tête et adressa à Juno ce sourire familier qui la réchauffait et la troublait à la fois.
Cette pièce était aussi luxueuse que sa voisine. Un plateau d’argent occupait une petite table, chargé de fruits, de fromages et de gâteaux. Un carafon de vin rouge et des verres à pied en cristal scintillaient sur un autre plateau d’argent. La lueur dorée des chandelles baignait la pièce, des volutes de fumée odorante s’élevaient d’un brûle-parfum.
Un décor somptueux, joliment décadent.
Et terriblement impersonnel.
— Je t’avoue que je suis perplexe, dit-elle. Tu m’as fait venir ici pour me trousser ou pour me gaver ?
— Tu auras besoin de reprendre des forces.
Il l’enveloppa d’un regard de loup affamé.
— Le peignoir te plaît ?
— Il est splendide. Le tien aussi.
Elle le lui arracherait à la première occasion, car toute cette opulence le trahissait : ce n’était pas Léo qu’elle avait devant elle, mais le duc de Dammerton. Eh bien, elle le dépouillerait de sa réserve et de son bouclier de soie brodée.
Il se redressa, et elle s’approcha de lui sur la pointe des pieds, comme s’il était une proie qu’elle risquait d’effaroucher. Elle tendit la main et, crânement, palpa la broderie sur la manche de son kimono.
— J’ai toujours envie de toucher tes vêtements, mais tu es inaccessible, murmura-t-elle. Je vais te toucher, Léo. Partout.
Elle repoussa la soie sur son bras, découvrant les tendons du poignet, et pressa le bout de ses doigts sur la veine bleutée qui battait sous la peau lisse.
Il se dégagea habilement et lui prit la main.
— Tout ce luxe, dit-elle. As-tu l’intention de me séduire avec des compliments et des cadeaux ?
— Tu n’aimes pas cela ?
— Oh si ! Mais tu n’as pas besoin de me couvrir de fleurs. Je suis là parce que je te veux.
Il baissa la tête, masquant l’expression de son visage, et baisa le poignet et le bras de Juno. Elle eut la sensation que des étincelles de joie couraient sur sa peau.
— Je n’ai pas besoin de te séduire à coups de compliments et de cadeaux, répéta-t-il d’une voix sourde.
— C’est agréable, mais pas essentiel, affirma-t-elle avec un sourire.
— Je n’ai pas besoin de te coucher sur des coussins de velours, de te faire boire du vin et croquer des grains de raisin.
— Ce n’est pas nécessaire.
— Ni de réciter une ode à ta beauté ?
— Surtout pas.
— Dans ce cas…
Il la lâcha et montra la table.
— Soulève ton peignoir, penche-toi sur la table, et finissons-en.
Juno éclata de rire. Le feu crépitait dans la cheminée, et le désir dans leurs veines.
— Si tu refuses de te prêter à ce jeu-là, tu m’accorderas peut-être le plaisir de te contempler, là, sur cette méridienne de velours rouge, simplement vêtue de tes bas de soie et de ta chevelure dénouée.
Un frisson la parcourut.
— Je ne suis qu’une humble artiste. T’imagines-tu que j’ai les moyens de m’acheter des bas de soie ?
D’un index paresseux, il dessina l’encolure du peignoir, de l’épaule à la naissance des seins.
— Je te connais un peu, Juno Bell, et je parierais que tu portes des bas de soie. Je me trompe ?
Il avait raison, bien sûr, et il le savait pertinemment. Avec un petit sourire, il retira les peignes qui maintenaient le chignon de Juno. Ses boucles parurent hésiter un instant, avant de tomber en cascade. Léo les prit dans ses deux mains et les disposa sur ses épaules.
Elle regardait, fascinée, le triangle de peau brunie, dans le col de la chemise de Léo.
— Eh bien, puisque tu sais tout, dis-moi de quelle couleur sont mes jarretières ?
— Ah, je l’ignore, mais tu aimes les jolies choses et les couleurs vives. Alors, elles sont peut-être bleues comme le ciel du matin, ton préféré.
Il défit le premier bouton du peignoir.
— Ou roses et brodées de fleurs blanches, parce que tu aimes les fleurs, murmura-t-il.
Il gardait ses yeux rivés aux siens, tout en déboutonnant le peignoir.
— Ou peut-être qu’aujourd’hui tes jarretières sont rouges comme le feu que ta vue allume dans mes veines.
— Il n’y a qu’un moyen de le découvrir.
Le peignoir s’ouvrit, et Léo ravala une exclamation. Elle ne portait que ses bas de soie, retenus au-dessus des genoux par des jarretières.
— Alors, de quelle couleur sont-elles ? demanda-t-elle d’une voix caressante.
— Je n’en ai pas la moindre idée.
— Je vais t’aider, murmura-t-elle.
Elle se débarrassa du peignoir qui tomba mollement sur le sol. Elle entendit Léo étouffer un grognement.
— Allonge-toi sur la méridienne, ordonna-t-il d’une voix rauque. Ta peau nue sur du velours, je crois que nous aimerons cela tous les deux.
Avec un petit rire, elle s’étendit sur la méridienne et fléchit une jambe, laissant ses cuisses s’entrouvrir sous le regard avide de Léo. Son impudence l’étourdissait.
— Cela correspond à ce que tu imaginais ? demanda-t-elle.
— La réalité dépasse de loin mon imagination…
Il s’assit près d’elle, elle sentit le frôlement du kimono de soie et une bouffée de parfum – santal et verveine citronnelle. Elle attendit, le cœur battant, qu’il la touche, mais il tendit le bras vers le dossier.
— Oh, mais que vois-je là ? Une étole en duvet de cygne.
Nonchalamment, il l’attira vers lui. Les fines plumes blanches glissèrent sur l’épaule de Juno, sur sa poitrine. Elle frissonna, creusant instinctivement les reins, les doigts crispés sur le coussin de velours, l’autre main posée sur la cuisse de Léo.
— Je pensais bien que cela te plairait, dit-il d’un ton triomphant.
— Comptes-tu faire autre chose avec cette étole ?
Il poussa un soupir théâtral et lâcha l’étole.
— Tu ne le sauras jamais, je le crains. Tu n’aurais pas dû poser cette question.
— Tu boudes ? rétorqua-t-elle, pouffant de rire.
— Pourquoi bouderais-je ? Ce n’est pas moi qui me prive de mille petits plaisirs sensuels.
Il tendit de nouveau le bras, cette fois pour remplir un verre de vin rouge.
— Dire que j’ai décanté cet excellent vin et que tu ne veux même pas y tremper les lèvres. Mais moi, je vais le goûter et porter un toast à ta splendeur.
Il leva le verre de cristal, puis, d’un léger mouvement du poignet, l’inclina. Le vin éclaboussa les seins de Juno qui poussa une exclamation. Avec un sourire canaille, Léo reposa le verre, se pencha et lapa le vin de sa langue brûlante. Il prit tout son temps et n’en laissa pas la moindre goutte. Quand ce fut terminé, il braqua sur Juno des yeux assombris.
— Je vois que tu aimes le vin.
— Il est capiteux, j’en ai la tête qui tourne, dit-elle avec un petit rire haut perché.
— Oh, quel ennui ! Je ne visais pas ta tête. Bon, je recommence.
Il fit pleuvoir des gouttelettes grenat sur sa poitrine, son ventre, ses cuisses.
Juno le regardait, le souffle court. Ses hanches roulaient sur les coussins de velours. Léo, encore une fois, but le vin sur sa peau fiévreuse, tandis que ses doigts s’égaraient sur ses cuisses.
« Le luxe absolu, songea-t-elle vaguement. La soie, le velours et le duvet de cygne, mais surtout le temps et la volupté. »
— Tu aimes cela, murmura-t-il.
— J’aime tes caresses.
— J’aime te caresser. Ton corps est une pure merveille.
Les doigts de Léo s’aventuraient dans la toison blonde et emperlée de rosée.
— Là ? souffla-t-il. Ou peut-être… là… comme cela ?
Juno laissa échapper un cri étranglé qui fit naître sur le visage de Léo le sourire satisfait d’un homme qui a trouvé une pépite d’or.
Un doute surgit alors dans l’esprit embrumé de Juno : tout cela était remarquablement habile et calculé, comme si Léo utilisait une technique maintes fois éprouvée. À choisir, elle aurait presque préféré une incompétence enthousiaste à cette implacable stratégie.
Mais cette pensée s’envola, chassée par un pouce diabolique sur le bouton de chair qui palpitait douloureusement.
— Tu es si belle, murmura-t-il contre sa bouche. Le meilleur vin du monde ne pourrait pas m’enivrer autant que toi.
— Mais tu ne m’as pas encore goûtée…
Une flamme noire s’alluma dans les yeux de Léo. Oui ! Il aimait son audace, sa liberté, sa façon de donner des ordres, et de se soumettre aux siens.
« Je viens d’apprendre quelque chose de toi, Léopold Halton, quelque chose de très intime, pensa-t-elle avec un sentiment de victoire. Tu essaies de me le cacher, mais je te vois. »
Il lui écarta les cuisses et se pencha pour, de ses lèvres douces et de sa langue impérieuse, caresser et titiller, en prenant son temps et en répondant à chaque gémissement et à chaque ondulation de Juno.
Elle s’abandonnait aux sensations qui la submergeaient, pourtant le doute tournait de nouveau dans son esprit : Léo avait tout minutieusement calculé pour la faire jouir.
Un éclair de colère perça le pesant voile du désir. Le tourbillon du plaisir ne suffisait pas. C’était lui, Léo, qu’elle voulait.
Il lui donnait du plaisir sans rien donner de lui-même, et la réduisait à sa merci sans perdre le contrôle de lui-même. Si elle avait des milliers de nuits à passer avec lui, elle apprécierait son talent et sa stratégie. Mais le temps jouait contre elle. Elle n’aurait qu’une seule chance.
Elle se rassit et le regarda d’un air sévère. Il se figea, surpris.
— Tu n’aimes pas cela ?
— Si, beaucoup. Mais je te l’ai dit : c’est toi que je veux.
Un bras replié sous sa tête, elle lui lança une œillade lascive.
— Je suis toute nue, et tu restes habillé, ce n’est pas drôle.
Il se redressa et se déshabilla avec une nonchalance insolente, mais Juno remarqua que ses mains tremblaient imperceptiblement et que ses gestes devenaient gauches quand il retira sa chemise et baissa son pantalon.
Enfin nu, il demeura immobile devant elle.
Ce n’était plus une œuvre d’art intouchable, mais un homme splendide à sa disposition. Elle s’agenouilla sur la méridienne, promena sa main sur son ventre et introduisit ses doigts dans sa vulve. Léo la regardait, hypnotisé, le souffle court.
— Montre-moi, ordonna-t-elle.
Il referma une main sur sa verge. Juno poussa un soupir.
— Cela vous satisfait, madame ? dit-il avec une arrogance qui la fit frissonner de plaisir.
— J’aime que tu te fasses du bien.
Docile, il se caressa d’une main ferme – un spectacle fascinant.
— Est-ce tout ce que tu veux ? Me regarder ?
— Oh non, roucoula-t-elle. Je veux beaucoup plus.
Elle lui fit signe d’approcher, ce qu’il fit, en ayant soin cependant de rester hors de portée. Cela lui ressemblait bien : il lui montrait ce qu’elle pourrait avoir, sans le lui offrir.
Elle s’humecta les lèvres.
— Juno, ce n’est pas…, protesta-t-il.
Elle n’était pas dupe, il refusait de se sentir vulnérable. Il voulait la faire hurler de plaisir et rester maître de la situation. Pas question ! Elle ne serait pas la seule à perdre la raison.
Elle plongea les doigts dans le verre de vin, puis les lécha langoureusement.
— J’ai changé d’avis, dit-elle. J’ai envie de goûter ce vin.
Il hésita, luttant visiblement contre lui-même, puis il capitula et, soumis comme un prisonnier devant une reine, s’approcha d’elle.
Elle aspergea délicatement sa verge de vin qu’elle lécha lentement. Léo grogna et s’agrippa à ses cheveux. Il commençait à perdre le contrôle.
Elle promena ses doigts sur son ventre, ses fesses musclées et ses cuisses velues.
— J’aime te toucher, murmura-t-elle.
— Tu veux dire, me torturer.
Le mettre en pièces, pour pouvoir emporter une part de lui lorsqu’ils se sépareraient.
— Veux-tu que j’arrête ?
— Non.
— Et maintenant, que dois-je faire ?
— Tu devrais goûter encore de ce vin.
Léo la regarda tremper ses doigts dans le verre et projeter des gouttes de vin sur son ventre. Elle les lécha avec application, puis leva les yeux vers lui.
— Il en reste, dit-il d’un ton sévère.
Un sourire effronté éclaira le visage de Juno. Il donnait des ordres, mais c’était elle qui commandait, et ils le savaient tous les deux.
Elle l’obligerait à supplier.
Cela ne devait pourtant pas se passer ainsi. Il s’était promis de lui donner du plaisir, de savourer ce moment et de s’en tenir là. Il s’agissait de se libérer du désir qu’elle lui inspirait, il n’était pas censé perdre la tête.
Mais… sa bouche, son audace, sa sensualité !
Serrant les doigts à la base de sa verge, elle l’arrosa si généreusement que le vin ruissela sur ses cuisses et éclaboussa ses pieds. Puis, sans hésitation, elle le prit dans sa bouche et le suça fougueusement. Il se cramponnait à ses cheveux, l’homme civilisé et maître de lui cédant peu à peu la place à un sauvage lubrique.
Non, c’était trop ! Il se dégagea et elle leva vers lui un regard interrogateur.
— Je n’en ai pas encore fini avec toi, dit-il.
Sans lui laisser le temps de protester, il la souleva dans ses bras. Elle poussa un cri ravi, battant des pieds et pouffant de rire, si bien qu’il ne put s’empêcher de rire aussi. Il traversa la chambre et la jeta sur le lit. Elle s’étira comme une chatte, provocante, et il eut la sensation que des éclairs fulguraient dans ses veines.
Juno Bell, nue et offerte.
« Pas tout de suite, s’exhorta-t-il. Garde le contrôle. »
Il ne se perdrait pas en elle. Non, il ne se perdrait pas.
Il promena ses mains et sa bouche sur elle, mordillant sa gorge, modelant ses seins, explorant son intimité, attentif à ses moindres mouvements, soupirs et gémissements. Plus il se concentrait sur les réactions de Juno, plus il se contrôlait.
Elle s’abandonnait, et il s’emparait d’elle. Il l’emmènerait au septième ciel, il regarderait le plaisir l’anéantir – avec une violence qu’elle n’avait jamais connue et qu’elle n’oublierait jamais.
Oui, c’était parfait, se dit-il, triomphant.
— Je sais ce que tu es en train de faire, Léopold Halton.
Il se figea. Dans la voix de Juno, vibrante de désir, il perçut une note plus sombre et plus féroce. Avant qu’il puisse l’analyser, elle lui griffa doucement le dos.
— Mais tu aimes cela, bredouilla-t-il.
Son cerveau ne fonctionnait plus très bien, se retenir de la prendre à la hussarde accaparait ses facultés mentales.
— Oh oui…
Il entendit de nouveau dans sa voix cette note dure, presque menaçante. Elle lui pinça le biceps, comme si elle avait envie de lui faire mal.
— Alors, laisse-moi t’en donner plus, croassa-t-il.
— C’est justement ce que je veux de toi. Plus.
— Plus… de quoi ?
Elle se rassit brusquement. Déconcerté, il recula, et elle le poussa avec brutalité. Il tomba sur le dos, et elle se jeta sur lui, ses boucles blondes en bataille, les yeux étincelants.
— Plus de toi, gronda-t-elle.
— Tu es fâchée contre moi ? rétorqua-t-il en la prenant par les hanches.
Elle se penchait sur lui, ses seins le frôlaient, son mont de Vénus pesait sur sa verge. Il sentait les derniers lambeaux de sa raison se disperser comme les aigrettes d’un pissenlit dans le vent. La férocité qui assombrissait les yeux de Juno le rendait fou.
« Non, songea-t-il, pas comme cela. » Il avait prévu un moment de pure sensualité, léger comme une bulle de savon. Il avait prévu de la caresser, de la posséder, puis de s’enfuir, intact et enfin libre de toute entrave.
Mais la violence de Juno était un sirocco brûlant qui emportait l’artiste enjouée qui aimait faire la fête et ne prenait pas grand-chose au sérieux.
La créature penchée sur lui était sauvage et impitoyable.
Cette femme-là avait dessiné la sirène passionnée et possessive qui entraînait dans les abysses le marin amoureux, heureux d’aller au-devant de la mort, du moment qu’il y allait avec elle.
Oh, bon Dieu ! Je suis perdu.
— Tu crois que je ne sais pas ce que tu fais, dit-elle.
— Je ne le fais pas bien ?
— Tu le fais beaucoup trop bien. Tu as décidé de m’emmener au septième ciel et au-delà.
— Oui, confessa-t-il.
— Tu cherches à me rendre folle de désir.
— Oui.
— Tu veux me prendre.
— Oh oui, grogna-t-il. Mais…
— Et moi, je te veux en moi, coupa-t-elle. Je te veux tout entier, Léopold Halton.
Elle lui saisit les mains, l’obligea à lever les bras et lui bloqua les poignets contre le dossier de la méridienne. Il se laissa faire. Juno rivait son regard au sien, et il crut défaillir quand elle prit sa verge entre ses doigts et l’approcha de sa vulve brûlante et moite.
— Que veux-tu, Juno ? souffla-t-il, le cœur cognant à se rompre.
— Toi. Combien de fois faut-il te répéter que je te veux, toi ?
— Moi, je veux te donner du plaisir.
— Donne-moi plutôt une part de toi, que je puisse l’emporter quand tu seras parti.
« Prends, faillit-il lui dire. Prends-moi, prends tout. »
Mais la chevelure de Juno se referma comme un rideau de soie autour d’eux, et sa bouche bâillonna la sienne. Oh oui, l’embrasser encore… Passer leur première journée à s’embrasser. Ils allaient trop vite.
— Redis-moi que notre amitié n’avait aucune valeur, commanda-t-elle soudain.
— Que… Quoi ? bégaya-t-il, dérouté.
— Tu as déclaré que notre amitié était insignifiante, qu’elle n’avait jamais réellement existé, répondit-elle d’une voix vibrante de colère. Redis-le.
— Je ne peux pas.
Il ne s’était jamais senti aussi vulnérable, corps et âme mis à nu.
— Dis que je t’ai toujours été indifférente, et je te prendrai en moi. Je te laisserai faire tout ce que tu veux, mais regarde-moi dans les yeux et redis-moi que notre amitié ne signifiait rien pour toi.
Elle le secoua.
— Dis-le, nom de Dieu !
— Notre amitié était tout pour moi, murmura-t-il – les mots avaient jailli. J’ai menti. Je t’ai rendu visite ces dernières années, parce que… j’avais besoin de te voir.
Elle se pétrifia, comme si cet aveu la stupéfiait. Brusquement, la colère la quitta. Léo eut l’impression que le chagrin la submergeait, qu’elle aurait préféré qu’il continue à mentir pour qu’elle puisse le haïr un peu.
Il la comprenait, il était bien placé pour savoir que la colère et la haine étaient parfois cruciales, la seule façon de ne pas se détruire.
— Oh, Léo…, souffla-t-elle et, dans un soupir, elle s’empala sur lui.
Léo la comblait.
Il comblait non seulement son corps, mais aussi le vide de son cœur, cette faille où palpitait sa douleur, tous ces recoins obscurs où nul ne s’aventurait, où elle était absolument seule. L’union de leurs deux corps était si sublime qu’elle faillit fondre en larmes. Dans sa fureur, elle avait réussi à lui arracher un aveu, mais c’était une amère victoire, puisque cela ne changeait rien. Leur amitié était morte, Léo la quitterait pour épouser une autre femme, et elle était forcée de le laisser partir.
Elle s’était persuadée qu’elle désirait seulement l’entendre admettre la vérité, mais cela ne suffisait pas. Elle voulait plus. Toujours plus.
Il se cambra pour s’enfoncer plus profondément en elle et s’empara de sa bouche. Quelque chose avait malgré tout changé : il l’embrassait avec une passion désespérée. Oui ! Il ne se contrôlait plus, son satané flegme volait en éclats.
Elle voulait libérer le fauve tapi en lui, le tourmenter jusqu’à ce qu’il s’oublie, qu’il prenne ce qu’il voulait et lui donne une part de son âme, rien de moins.
— Tu me rends folle, souffla-t-elle. Je veux que tu deviennes fou, toi aussi.
Il lui saisit les hanches, mais, une fois de plus, elle lui bloqua les mains au-dessus de la tête. Une fois de plus, il la laissa faire.
Elle se retira lentement puis, de nouveau, s’empala sur son membre, resserrant autour de lui le fourreau de son vagin, se délectant de ses grognements, de l’extase et de la souffrance qui se peignaient sur son beau visage. Il se cabrait pour plonger en elle, et elle se soulevait pour le lui refuser. C’était un combat, une guerre d’usure.
Elle s’en moquait. Quoi qu’il advienne, elle perdrait. Elle était au bord de la falaise, et quand elle sauterait, elle l’entraînerait avec elle.
— Est-ce trop ennuyeux pour toi ? murmura-t-elle en lui mordillant l’oreille. Quel gentleman tu es, Léo !
Elle griffa doucement son bras, son flanc, sa poitrine.
— Fais attention à ce que tu demandes, Juno.
— Des mots, toujours des mots ! se moqua-t-elle. Tu te caches derrière eux, comme tu te caches derrière tes gilets de soie brodés. Montre-moi qui tu es vraiment.
Elle se retira, s’empala de nouveau sur lui, le défiant du regard.
« Lâche prise, montre-moi l’homme que tu ne montres à personne, l’exhortait-elle en silence. Donne-moi cela, je l’exige. »
Elle voulut s’écarter, mais avec un rugissement féroce, il l’agrippa et la fit basculer sur le dos comme une poupée de chiffon. Il se mit à aller et venir en elle, les dents serrées et les yeux fous.
— Plus, Léo, donne-m’en plus…
Il la retourna sur le ventre et souleva ses hanches pour la prendre en levrette.
— C’est assez sauvage pour toi ? grogna-t-il à son oreille.
Les longs doigts de Léo opéraient leur magie, son sexe dur comme l’acier la labourait, et bientôt le plaisir déferla comme un raz de marée d’une violence inouïe.
Soudés l’un à l’autre, ils retombèrent sur les coussins de velours. Ils restèrent ainsi un long moment, enlacés, fourbus et ruisselants de sueur. Dehors, il pleuvait.
— Ma foi, c’était aussi pénible que je le prévoyais, marmonna-t-il.
— Oh, c’est fini ? Je ne m’en étais pas rendu compte.
Elle pouffa, il gloussa. L’instant d’après, ils se tordaient de rire.
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