Névrosée

Jeanne Loiseau · Chapitre 2 sur 17

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Névrosée

Chapitre II .............................................................................. 22

Chapitre II

 

 

Quelques jours après cette conversation, Maxime Du-laure fit son dernier cours de la saison au Collège de France.

À trois heures précises, il entra, par la petite porte de l’estrade, dans la grande salle du rez-de-chaussée, s’assit au pupitre et posa près de lui son chapeau, dans lequel il jeta ses gants.

Sa résolution était prise ; il ne tournerait pas la tête à gauche ; il ne regarderait pas si elle était là. – Elle, cette jeune fille inconnue, qui avait le courage d’assister à des leçons tel-lement difficiles, demandant pour être comprises des années de travaux antérieurs, et qui semblait les suivre avec aisance, avec intérêt, son petit cahier de notes sur les genoux… Non, il ne regarderait pas.

Il la vit cependant, sans avoir besoin de jeter un coup d’œil dans l’angle obscur où, modestement, elle s’asseyait toujours. Il sentit sa présence en une commotion de tout son être.

Un effet bizarre se produisit dans les prunelles, endur-cies volontairement, du jeune professeur. Il lui sembla que, de cet angle sombre, un peu en arrière de lui, venait un rayon doux qui était le reflet de ses cheveux, à elle – très blonds, du blond délicieux des chevelures norvégiennes, qui, par leur nuance presque immatérielle, divinisent une tête de femme, il perçut ou devina cette clarté, et comprit qu’elle se trouvait, ce jour-là comme les autres, à sa place habituelle.

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« Ah ! » se dit-il avec une sorte de rage, « nous verrons si elle comprendra ce que je vais dire aujourd’hui. À moins qu’elle ne soit bonne comédienne, son visage va, tout à l’heure, exprimer quelque effarement. »

Maxime commença.

« Messieurs, » dit-il, « vous avez remarqué que, depuis plusieurs leçons, je vous ai conduits peu à peu du terrain de la biologie proprement dite sur celui de la psychologie expé-rimentale. Aux yeux des spécialistes à outrance, je suis peut-être sorti du domaine que je devais explorer avec vous. Mais, si vous avez observé les étapes du chemin que nous avons suivi, vous aurez saisi le fond de ma pensée et constaté avec moi que les deux sciences n’en font qu’une. »

Le jeune savant parlait avec une simplicité, une limpidité d’expressions extraordinaire. Nul autant que lui ne parvenait à être profond sans, pour ainsi dire, le paraître. On devait presque en savoir autant que lui pour saisir la haute portée de certaines phrases dépourvues de termes saillants et pre-nant, dans sa bouche, des allures inoffensives de lieux-communs. Le charme de sa voix, l’élégance de ses façons, s’ajoutaient à cette absence de pédanterie pour donner à ses leçons le caractère extérieur d’une grave causerie mondaine.

Mais il ne fallait pas s’y tromper. Parmi les nombreux auditeurs venus là, se croyant capables d’affronter les diffi-cultés d’une science aussi peu prétentieuse, beaucoup se contentaient d’entendre, très peu savaient écouter ; car une culture immense et très variée était indispensable pour abor-der les questions que traitait Maxime Dulaure.

Cependant on apercevait des femmes, une douzaine peut-être, groupées autour de l’estrade dans l’enceinte spé-

 

– 23 – ciale qui leur est réservée. D’abord leur présence agaça, gêna Maxime. Que venaient-elles faire là ? Il était impossible qu’elles comprissent. Elles pouvaient saisir des mots, l’énonciation de certains faits ; mais pénétrer au fond des choses, l’organisation même de leur cerveau, aussi bien que leur éducation première, le leur interdisait absolument.

Elles continuèrent pourtant à assister aux cours, et même leur nombre s’augmenta. Parmi elles ne se trouvaient peut-être pas deux Françaises.

Cinq ou six étudiantes russes étaient reconnaissables à leur face large et blême, à leurs petits yeux bridés, à leur toque disgracieuse posée cavalièrement sur des cheveux coupés très court. Des Anglaises laissaient deviner leurs membres secs dans de longs ulsters de drap collant, et mon-traient, sous le petit feutre masculin, quatre ou cinq mèches pâles étroitement tortillées sur leur nuque maigre. Des Alle-mandes, des Suédoises, quelques pauvres filles déjà mûres, à nationalité vague comme leur sexe, composaient ce bizarre auditoire féminin.

« Voilà pourtant, » se disait Maxime avec dégoût, « ce que devient la femme quand elle veut s’élever au-dessus du rôle modeste que la nature lui a départi. »

À l’expression vague, au regard vide offerts par la plu-part de ces physionomies ingrates, le professeur voyait dis-tinctement d’ailleurs à quel moment exact ces femmes ces-saient de le suivre.

« Pourquoi viennent-elles ? » se répétait-il avec irrita-tion.

Il devinait au fond de leur pédantisme une immense va-nité, et aussi, chez quelques-unes, l’âpre besoin de s’asseoir

– 24 – pendant une heure au pied de cette estrade, d’entendre cette chaude voix d’homme, de dévorer des yeux cette tête éner-gique, peut-être d’en rêver ensuite, obscurément, pendant toute une semaine.

Rien ne saurait rendre l’exaspération de Maxime devant l’évidence de ces choses.

« On devrait leur interdire nos salles de cours, » se di-sait-il.

Quelquefois il avait essayé d’éloigner à jamais cette par-tie de son auditoire, soit en traitant trop crûment des ques-tions délicates, soit en démontrant avec une dureté voulue l’irrémédiable infériorité de la femme. Mais il avait trouvé ces représailles mesquines, et son bon goût d’homme bien né, bien élevé, l’arrêtait au moment de l’exécution.

Il arriva qu’un jour son observation perçante, sans cesse en éveil même lorsqu’il parlait, lui montra les regards de ses auditeurs souvent dirigés, comme involontairement, vers l’angle de la salle situé à sa gauche, au-dessous des fenêtres. Il jeta un coup d’œil de ce côté. Il la vit. Dès lors, qu’il regar-dât directement ou non, il ne perdit plus un détail de sa phy-sionomie, de son expression, de son attitude, ni même de sa toilette.

C’était une jeune fille qui paraissait âgée de dix-huit ou vingt ans – peut-être en avait-elle un peu plus. – Fort élé-gante dans la grande simplicité de son costume de drap et de son chapeau de velours sombre, elle ne venait jamais seule. Une femme d’âge moyen, sorte de gouvernante, l’accom-pagnait et portait sa petite serviette en maroquin, à coins et à chiffre d’argent. Toutes deux avaient choisi leur place à l’écart, soit pour n’être pas trop remarquées, soit pour éviter

 

– 25 – la bouche de chaleur qui s’ouvre au pied de l’estrade. Elles venaient sans doute d’assez bonne heure pour s’assurer la possession de ces deux sièges, voisins de la porte, et elles sortaient vivement les premières, aussitôt la séance termi-née.

Maxime devina dans cette attitude l’horreur des contacts avec la foule, ainsi qu’un certain dégoût pour les endroits mal tenus et poussiéreux. Dès qu’il eut remarqué l’allure aristocratique de cette jeune fille, il eut conscience de l’état hideux de désordre où le personnel du Collège laisse une salle qui devrait être, en quelque mesure, imposante. L’es-trade, en particulier, avec son tableau crasseux, ses chaises empilées ou renversées, les toiles d’araignées qui en assom-brissent les murs, offre un aspect tout à fait choquant. Maxime, chaque fois, hésitait avant de poser son chapeau.

L’inconnue, évidemment, appartenait à l’élite de la so-ciété. De sa personne émanait plus encore que de la distinc-tion : une délicatesse à la fois timide et farouche, qui, par ins-tinct, voudrait tout tenir à distance, et qui pourtant cherche à se vaincre ou du moins à se faire pardonner. Dans la douceur hautaine des grands yeux bleu foncé, dans la mobilité des narines très fines, dans le léger retroussement de la lèvre su-périeure, on sentait l’exquise essence d’une nature produite par très lente sélection, quelque chose comme une de ces ex-traordinaires fleurs épanouies pour un jour et incapables de fructifier, dont les efforts d’ingénieux horticulteurs gratifient parfois les expositions des concours.

Les traits menus de cette enfant gardaient toutefois, malgré leur évidente fierté, une expression enjouée, presque mutine. Sa peau, d’une ténuité extrême, se rosait légèrement sur les joues, mais offrait, près des cheveux et autour de ses

 

– 26 – mignonnes oreilles, des blancheurs de satin. Une seule natte, longue et épaisse, d’un blond septentrional très doux, tom-bait sur son dos, nouée vers la taille par un étroit ruban cra-moisi.

La frêle beauté de cette jeune fille, délicieuse et inquié-tante à la fois par son mélange d’orgueil et de puérilité, d’affinement excessif et d’épanouissement charnel, fit sur Maxime Dulaure, presque à première vue, une impression telle qu’il n’en avait jamais éprouvé de semblable. Ce n’est pas trop de dire que, dès le premier jour, il l’aima, car, dès le premier jour, il eut l’idée de redouter ce sentiment et de s’en défendre.

« Cela me sera aisé, » songea-t-il, « puisqu’il s’agit d’une femme ayant le ridicule énorme d’étudier la biologie. »

Durant les leçons suivantes, il l’observa. Son coup d’œil aigu et rapide lui permettait de tout voir sans même paraître regarder.

L’inconnue fixait sur lui des yeux intelligents et tran-quilles, qui s’enflammaient à certains moments comme si le vif rayon d’une idée plus lumineuse les eût pénétrés tout à coup. Leur éclat changeant suivait – il n’y avait pas à s’y tromper – tous les raisonnements de Maxime. Le jeune pro-fesseur dut en convenir avec lui-même : c’étaient là des re-gards qui comprenaient. De temps à autre, elle baissait la tête vers son inévitable serviette de maroquin à coins d’argent – le comble de l’affectation aux yeux de Maxime – et elle inscrivait rapidement une note. Ce mouvement cor-respondait toujours à l’énonciation par le professeur de quelque vérité importante ou de quelque opinion tout origi-nale et personnelle. Il prenait alors un involontaire plaisir à

 

– 27 – voir onduler la belle natte blonde sur ce long cou d’une in-vraisemblable blancheur.

À la fin, il ne put se nier à lui-même qu’elle ne fût, de tout son auditoire, un des esprits les plus ouverts et les plus prompts à recueillir ses paroles avec leur sens véritable et profond.

Cette découverte le bouleversa.

« Quoi ! » se disait Maxime ; « serait-il possible qu’il existât pareille créature d’exception, et que le Destin l’eût placée sur ma route ? Une femme belle d’une idéale beauté, qui serait capable de comprendre mes travaux, de s’inté-resser à mes découvertes, de se passionner pour mon œuvre ?… »

Il le crut un jour, en douta le lendemain, le crut de nou-veau, s’indigna contre lui-même, bref, se préoccupa telle-ment de cette jeune inconnue, qu’il lui devint impossible de ne pas l’adorer désespérément. Dans un cœur âpre, ardent, vierge de toute grande passion, comme était le cœur de Maxime, ce travail inattendu de l’amour fut radical, irrésis-tible, foudroyant.

Et, pour aiguiser ce tourment si nouveau, chaque se-maine, le même jour, à la même heure, il revoyait, à la même place, cette silencieuse et énigmatique figure, qui l’accueillait de son beau regard tranquille, avec un sourire à la Joconde, sourire inconscient peut-être, mais dont le mystère et la grâce l’affolaient de plus en plus.

Le mal devint bientôt sans remède. Ce cerveau si bien équilibré, ce cerveau de philosophe et de savant qui a tout sondé des misères et des faiblesses humaines, commençait à battre la campagne.

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« M’aimerait-elle ? » se dit-il un jour. « Est-ce pour cela qu’elle vient ? »

Mais non : l’amour ne donne pas à un petit crâne de femme la faculté d’absorber de la biologie avec une si évi-dente satisfaction. C’était bien pour le cours qu’elle venait, non pas pour le professeur.

Qui était-elle ? À plusieurs reprises, il fut sur le point de la suivre, de questionner ses concierges… Mais il se révolta contre des velléités si puériles. « Je n’aurais pas fait cela à vingt ans, » songea-t-il. « Suis-je assez humilié vis-à-vis de moi-même ! »

« Voilà bien l’amour, » se disait-il encore, « Où ne des-cendrai-je pas si je m’y laisse aller et qu’elle ne soit pas ce que je pense ? Si, d’autre part, elle a l’esprit extraordinaire que je lui suppose, peut-être n’a-t-elle pas de cœur et me fe-ra-t-elle atrocement souffrir. Peut-être est-elle fiancée, ma-riée même… Que sais-je ?… On peut me la refuser… Joue-rai-je un rôle ridicule qui finirait par un désespoir très réel et très méprisable ? Suis-je resté jusqu’à présent maître de mes sentiments, de ma pensée, de ma vie, pour courir les risques de semblables alternatives ? Non, mille fois non !… En met-tant les choses au mieux, je l’épouserai. Et après ?… C’en se-ra fait de ma liberté. Il faudra m’étudier à servir les caprices d’une femme, ou bien me résoudre à la voir malheureuse. »

Une voix lui chuchotait, comme à l’oreille :

« Celle-là est tellement supérieure !… Ses caprices ?… Est-ce que ce ne sont pas tes chères poursuites, puisque déjà elle fait sa distraction de tes travaux ? »

« Sophismes que tout cela ! » répondait la raison.

 

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Un argument décisif vint aider Maxime dans la lutte vraiment pénible qu’il soutenait contre lui-même, et l’em-pêcha de courir à quelque folle démarche :

« Elle doit être trop riche et trop noble pour moi, » déci-da-t-il un jour.

En sortant avec précipitation du Collège de France, il avait vu la jeune fille monter dans un coupé supérieurement attelé, sur chaque panneau duquel on remarquait un minus-cule écusson.

C’est alors qu’il se fit à lui-même le serment dont il avait parlé à son ami Lucien, de ne jamais chercher à savoir qui était l’inconnue. Cette résolution irrévocable eut pour effet immédiat, en faisant cesser tous ses doutes, d’augmenter singulièrement sa passion.

Pendant toute l’heure que dura son dernier cours, Maxime fut déchiré par une souffrance aiguë.

C’en était fait. La leçon allait finir. L’auditoire se disper-serait. La blonde apparition s’effacerait de sa vie. Savait-il, après tout, si son unique chance d’un bonheur exquis et rare ne s’évanouirait pas pour toujours avec elle ?…

« Bah ! » se dit-il obstinément, « le bonheur !… Quelle fadaise ! »

Durant ce dernier cours, il se lança volontairement dans les régions les plus ardues de la science. Il voulait s’étourdir par l’attention extrême que réclamaient de lui les sujets abordés. Puis, se plaçant en face des plus hauts problèmes, il espérait se sentir ressaisi par la grandeur du but à atteindre et plus capable de prendre l’amour en dédain. Enfin, il éprouvait un irrésistible désir de dérouter cet esprit féminin,

 

– 30 – qui prétendait le suivre et avait failli l’égarer. Il finirait bien par faire vaciller dans l’étonnement en face de l’incom-préhensible, ce profond regard bleu qui prétendait tout son-der. Et cette petite main qui, dégantée, si menue et si blanche, tenait le portemine en or, elle cesserait de prendre des notes et de les glisser dans l’insupportable serviette en maroquin.

« Messieurs, » disait Maxime, « la voilà donc enfin dé-montrée, formulée, cette loi psychologique qui immortalisera le nom de Fechner : « La sensation croît comme le logarithme de l’excitation. » Des esprits superficiels font bon marché d’une pareille découverte et disent qu’après tout elle ne nous apprend rien sur l’essence intime de la pensée. Messieurs, lorsque Newton apporta au monde sa loi fameuse de la gravi-tation universelle, que nous apprenait-il sur l’essence intime de l’attraction ? Rien, n’est-ce pas ? absolument rien. Et, sous ce rapport, nous n’en savons pas plus aujourd’hui qu’il n’en a su lui-même. Pénétrerons-nous jamais l’essence intime des choses ? La nature vraie de la pensée nous échappe ; mais la nature vraie de la pesanteur et de l’électricité nous échappe également. Renoncerons-nous pour cela à en chercher les lois ? N’est-ce pas l’une des plus merveilleuses conquêtes de notre dix-neuvième siècle d’avoir arraché les phénomènes psychiques au domaine métaphysique, comme Newton, Co-pernic et Galilée en ont jadis arraché les phénomènes phy-siques ? Que Fechner ait découvert une loi mathématique, une seule, régissant les faits psychiques, mais, messieurs, c’est une des plus profondes révolutions qui se soit jamais produite dans le cercle des connaissances humaines. Cette loi de Fechner constitue, à l’heure où je vous parle, le point culminant de la psychologie expérimentale, c’est-à-dire de la biologie au sens le plus large de ce mot. Et c’est pourquoi, messieurs, par la démonstration de cette loi, j’arrive à la

– 31 – conclusion de mon cours. Je n’ai plus qu’à vous remercier de l’honneur que vous m’avez fait en me prêtant jusqu’au bout votre persévérante attention. »

Maxime se leva, au milieu des applaudissements qui sui-virent ses dernières paroles. Comme il s’attardait à endosser son pardessus, il vit la jeune fille blonde qui s’avançait un peu, au lieu de sortir tout de suite, comme d’habitude. Elle copiait une équation qu’elle n’avait pu lire de sa place et qui restait sur le tableau. Tranquillement elle inscrivait les delta et les bêta au-dessus des upsilon. Il s’agissait de l’accrois-sement de sensation produit par une augmentation de lu-mière. Ainsi, les plus rudes abstractions, en apparence, ne réussissaient pas à la démonter.

« Une femme pareille doit être une peste, » se dit Maxime. « C’est simplement parce qu’elle est jolie que je n’aperçois pas sa monstruosité morale. Peut-être vaudrait-il mieux pour moi que je me sois toqué d’une de ces pauvres étudiantes nihilistes, dont les faces de détraquées, juste en face de mon pupitre, me causaient une si cruelle horripila-tion. Mais cela revient au même, puisque je ne les reverrai jamais, ni celle-ci ni les autres. » Qu’en savait-il ? Précisé-ment, comme il sortait du Collège par la porte qui donne sur la rue Saint-Jacques, il se trouva face à face avec elle. La jeune fille avait traversé la grande cour et ils se rencontrè-rent à l’angle du petit square où se dresse la maigre sil-houette de Dante.

Ce jour-là, elle s’en allait à pied, côte à côte avec la gou-vernante.

Elle le regarda, de ses yeux bleu sombre, sans trouble comme sans affectation, et, la première, salua d’un imper-ceptible mouvement de la tête. C’était un hommage de la

– 32 – femme d’esprit au professeur dont elle avait goûté le savoir. Maxime leva vivement son chapeau, mais demeura surpris, presque vexé.

« Je n’ai réussi qu’à lui faire l’effet d’un vieux savant bien vénérable puisqu’elle me salue la première, » se dit-il, riant sans conviction, « Il ne manquait plus que cela. Eh bien, tant mieux ! ça m’apprendra. Et maintenant, allons mettre un habit, car je dîne ce soir chez Lucien, qui doit me présenter à sa femme. Comment vais-je la trouver, cette perle d’épouse ? Encore une étude qui peut-être m’intéres-sera, mais qui, je le crains bien, ne me convertira pas. »

 

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