Passion inattendue à Manhattan

Gaines · Chapitre 11 sur 28

Pages du PDF

Passion inattendue à Manhattan

Chapitre 11

11

 

Tony venait de terminer la réunion habituelle du vendredi lorsqu’il déclara :

— Rachel et Garrett, est-ce que vous pouvez rester une minute, s’il vous plaît ?

La panique s’empara de la jeune femme : on les avait vus s’embrasser à la bibliothèque municipale de New York !

— Bien sûr, Tony, parvint-elle à articuler.

Elle lissa sa jupe en s’efforçant de prendre un air impassible. KBC n’interdisait pas les relations entre collègues et ce baiser n’était pas un crime. La requête de Tony était forcément positive et, de toute façon, elle comptait rester après la réunion, car elle souhaitait rappeler sa valeur aux associés.

Elle avait fait deux autres sessions de coaching avec Garrett, et Tony paraissait enchanté de ses rapports écrits. Cependant, côté création, elle n’était pas satisfaite d’elle-même.

Elle savait que Garrett et son équipe effectuaient de nombreuses heures supplémentaires, ce qui laissait supposer qu’ils étaient inspirés.

Elle ignorait en revanche comment progressaient les travaux de l’équipe de Clive. Ce dernier disparaissait souvent pour assister à des réunions à l’extérieur.

Elle était inquiète. Il fallait qu’elle se distingue dans un domaine.

Elle ne regarda pas Garrett tandis que Clive et les directeurs de création juniors se retiraient. Elle l’évitait depuis leur rencontre fortuite à la bibliothèque, et ne le voyait que pour le coacher. Elle s’efforçait désormais de maintenir une bonne distance entre eux.

Elle n’aurait jamais dû répondre à son baiser. La nuit, quand elle ne dormait pas, elle ne cessait d’y repenser et de le revivre. Et d’en vouloir davantage…

Mais cela n’arriverait certainement pas ! Garrett était le contraire de son idéal d’homme. Elle recherchait un partenaire fiable, capable de s’engager, et pour qui la famille avait de l’importance. Pas un homme qui avait pour seul credo : « Laisse tomber. »

Leur rivalité sur le plan professionnel représentait une complication mineure, eu égard à toutes les différences qui les opposaient.

Une fois les autres sortis, Tony s’adossa à son siège, rayonnant.

— Je dois vous faire mes compliments, déclara-t-il.

Rachel se détendit à ces mots.

— Génial ! Pour quoi, au juste ?

Garrett haussa les épaules. Elle avait dû lui paraître flagorneuse, mais elle s’en fichait : Tony aimait les lèche-bottes, et Garrett était bien le dernier homme dont elle écouterait les conseils en matière de relations humaines.

— J’ai pris un peu la TA, annonça-t-il.

Il parlait de la température ambiante. Garrett détourna les yeux, comme si le jargon d’entreprise l’insupportait.

— J’ai remarqué, acquiesça Rachel. Mon équipe aussi. Elle apprécie l’intérêt qu’elle suscite au plus haut niveau de l’entreprise.

— Bien, bien, fit Tony. Le personnel doit savoir que nous nous intéressons sincèrement à ce qu’il fait.

— Dans ce domaine, il est difficile de faire semblant, répondit Rachel.

Garrett se frotta les tempes. Elle avait compris qu’elle l’agaçait, ce n’était pas la peine qu’il en rajoute.

— Pour moi, KBC est comme une famille, continua-t-elle. Et dans une famille, chacun se soucie de l’autre.

Elle l’admettait, elle insistait un peu, mais c’était de bonne guerre.

— Est-ce que ça veut dire que tu es ma sœur ? demanda Garrett. Parce que, dans ces conditions, c’est un peu inquiétant, étant donné…

— Alors ces compliments, c’est à propos de quoi ? coupa Rachel.

— Oui, revenons à nos moutons, reprit Tony en plaquant les paumes sur le bureau et en se penchant en avant. Garrett, nous avons eu un formidable retour sur votre équipe. Alice m’a dit que vous passiez beaucoup de temps avec elle et que vos conseils lui étaient fort utiles. Elle est impressionnée par votre patience et votre engagement.

Rachel décocha un coup d’œil sceptique à Garrett.

— Et je sais aussi qu’Adam a apprécié vos récents encouragements, ajouta-t-il. Il estime que vous êtes le chef idéal.

Elle fronça les sourcils. Comment ? Garrett avait donc suivi ses conseils à la lettre ?

— J’aimerais avoir le seul mérite de cette amélioration dans mes relations avec mon équipe, commença ce dernier. Mais, en réalité, c’est Rachel qui a fait des miracles. C’est grâce à elle que je suis devenu un autre homme.

— Merci, bougonna-t-elle à contrecœur, flairant le piège.

La lumière qui brillait dans les yeux noirs ne lui disait rien qui vaille.

— Tony, est-ce que vous diriez que j’ai apaisé les inquiétudes des associés concernant ma capacité à gérer une équipe ?

— Je crois que l’on peut l’affirmer, oui.

— Dans ces conditions, Rachel peut arrêter de me coacher. Je suis certain qu’elle appréciera de pouvoir passer plus de temps sur sa campagne.

— Je peux tout à fait mener les deux activités de front, protesta-t-elle, d’autant qu’il me semble que Garrett a encore besoin de conseils fondamentaux concernant sa relation de travail avec les femmes.

— Il me semble les avoir assimilés.

— Est-ce que tu savais, Garrett, que les zones du cerveau liées aux impressions premières sont plus grandes chez la femme, et plus efficaces ?

— Fascinant, s’exclama l’intéressé, avant de bâiller bruyamment.

— Ce qui signifie que l’intuition féminine est un instrument qu’aucun directeur de création ne peut ignorer.

Ce commentaire parut intéresser Tony.

— Par ailleurs, les femmes sont quatre fois plus susceptibles de pleurer que les hommes.

— Ça, je le sais, fit Garrett.

— C’est parce que le cerveau d’un homme n’est pas aussi doué pour saisir les signaux émotionnels, enchaîna-t-elle. Ce sont des informations que nous devons garder à l’esprit pour apprendre à exploiter nos facultés. De fait, Tony, Garrett n’est pas le seul à avoir besoin d’être coaché. Je serais ravie de proposer mes services à l’échelle de l’entreprise.

— Intéressant, concéda Tony. Nous y repenserons plus tard. Pour l’instant, Garrett, vos sessions de coaching sont terminées.

Rachel ravala sa rage. Elle était à court d’idées désormais pour impressionner les associés.

— Merci, Tony, dit Garrett en décochant à son supérieur l’un de ses rares sourires.

Ce dernier en parut flatté. Il fallait donc croire qu’il y avait du bon à les rationner, se dit Rachel.

— Continuez à bien travailler, vous deux, dit-il en se levant pour quitter la salle de réunion.

Rachel attendit qu’il fût sorti pour se tourner vers Garrett.

— On dirait que tu as fait du beau travail avec Alice et Adam, observa-t-elle.

Il haussa les épaules.

— Je joue les hypocrites.

— Pour moi, l’hypocrisie, c’est sourire quand on n’en a pas envie et exprimer des compliments qu’on ne croit pas mérités, commenta-t-elle. Aider Alice à trouver sa voie et faire en sorte qu’Adam te considère comme un modèle, ce sont des faits concrets, réels.

— Tu extrapoles.

— Peut-être que le fait d’avoir créé des liens avec eux te fait plus plaisir que tu ne veux le reconnaître.

— Pas du tout.

— Tu te réjouis sans t’en rendre compte ; la gratitude marche dans les deux sens.

Il lui lança un regard agacé.

— Si j’ai fait des efforts avec ces deux-là, c’est parce que j’en tire un bénéfice. Et c’est moi qui pose les conditions.

— Désolée, Garrett, mais on ne peut pas poser ses conditions quand une autre personne est impliquée. Toute communication, toute action a ses conséquences. Tu ne peux pas agir à ta convenance sans te préoccuper des autres.

— Ah bon, tu crois ?

A cet instant, son téléphone mobile sonna et il prit la communication. Il écouta son interlocuteur d’un air soucieux.

— Très bien, j’arrive, dit-il en raccrochant.

— Mauvaises nouvelles ? questionna Rachel.

— J’ai de la visite. Quelqu’un m’attend à la réception. Il faut que j’y aille.

Et, sur ces paroles, il sortit de la salle de réunion.

Rachel regarda sa montre. C’était l’heure du déjeuner. Elle revint à son bureau prendre son sac à main et se dirigea vers l’ascenseur.

En passant dans l’entrée, elle remarqua Garrett en grande conversation avec une femme enceinte.

Il n’avait pas l’air ravi de voir celle-ci. Il lui parlait à voix basse, mais d’un ton vif. La femme semblait un peu plus âgée que lui. Elle était jolie, mais visiblement fatiguée.

Sentant sans doute le regard que Rachel posait sur elle, elle se tourna dans sa direction. Rachel prit cela pour une invitation et s’avança vers eux.

— Bonjour, dit-elle. Je m’appelle Rachel.

Garrett la foudroya du regard.

— C’est bon, Rachel. Laisse-nous, déclara-t-il.

Sa réaction étonna simultanément les deux femmes, ce qui eut pour effet de les rapprocher.

— Moi, c’est Stephanie, se présenta la visiteuse.

— Félicitations pour le bébé ! s’exclama Rachel, avant de se tourner vers Garrett pour demander : Il est de toi ?

— Sûrement pas ! s’écria-t-il.

Stephanie éclata de rire.

— Je suis la belle-mère de Garrett, expliqua-t-elle. J’habite chez lui en ce moment. Pour quelque temps.

Une nouvelle pièce du puzzle que constituait Garrett Calder se présentait à elle sans qu’elle soit capable de la placer. Il n’avait jamais évoqué un futur petit frère ou petite sœur.

— C’est donc vous qui lui aviez préparé ce sandwich au pastrami, conclut Rachel.

— Exact, approuva Stephanie en lançant un regard affectueux à son beau-fils, qui ne le lui rendit pas. Garrett adore le pastrami. Enfin, c’est ce que j’en ai déduit. A votre avis, il aime ça ? Il livre si peu de chose sur lui.

— Si vous voulez mon avis, non, il n’aime pas du tout ça, puisqu’il a jeté le sandwich à la poubelle, répondit-elle.

OceanofPDF.com