Passion inattendue à Manhattan

Gaines · Chapitre 25 sur 28

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Passion inattendue à Manhattan

Chapitre 25

25

 

 

Ils dînèrent dans le plus grand silence, préoccupés, sachant la patrouille en chemin. Nul ne savait combien de temps prendrait l’expédition. Selon Dwight, ils n’auraient pas de nouvelles avant le lendemain matin, mais cela n’empêchait pas les uns et les autres de sursauter chaque fois que le téléphone sonnait ou que l’on klaxonnait à l’extérieur.

— Je suis épuisée, je vais me coucher, annonça Stephanie en se levant.

— Bonne nuit, lui dirent tour à tour Garrett et Rachel.

Dwight émit un son indistinct, et il lança à sa femme un regard empreint de désir. Garrett détourna la tête, gêné.

Stephanie tendit la main vers son mari.

— Dwight, tu viens avec moi ?

L’intéressé bondit de sa chaise et Rachel s’efforça de ne pas rire.

— Ça m’a l’air prometteur, murmura-t-elle une fois qu’ils furent sortis.

Elle emporta les assiettes sales dans la cuisine et commença à les mettre dans le lave-vaisselle.

— Sauf si mon père gâche encore tout, soupira Garrett. Je peux t’aider ?

— Essuie le comptoir, si tu veux, acquiesça-t-elle. Ton père n’est pas très doué pour manifester ses sentiments, mais Stephanie le sait, et c’est ce qui compte.

— J’imagine, dit Garrett en fronçant les sourcils. Viens dans le salon avec moi, s’il te plaît.

Elle le suivit et ils prirent tous deux place sur le canapé. Là, Garrett l’enlaça et l’attira contre lui. Puis il s’empara de la télécommande et une musique de jazz retentit dans la pièce.

— Tu as peur t’entendre ton père et Stephanie ? le taquina Rachel.

Il haussa les épaules, mais ne nia pas.

Ils restèrent assis l’un contre l’autre, à écouter la musique, Rachel sentant peu à peu ses paupières s’alourdir. Elle retint un premier bâillement, mais n’eut pas la force de masquer le deuxième. Il n’était que 21 heures, mais elle n’avait quasiment pas dormi la nuit précédente et ses yeux se fermaient malgré elle.

Elle entendit vaguement Garrett prononcer son prénom. Elle aurait voulu répondre, mais tout son corps était alangui.

Elle distingua de nouveau la voix de Garrett, amusée cette fois.

— Tant pis pour mes projets érotiques, disait-il.

Elle sentit qu’il lui donnait un baiser sur le front et pensa que ses projets étaient tout à fait délicieux, bien qu’ils auraient dû discuter avant. Elle se recroquevilla contre lui…

Elle se réveilla quelques heures plus tard — du moins était-ce l’impression qu’elle eut —, dans une pièce entièrement plongée dans le noir. Elle était encore sur le sofa, allongée contre Garrett. Elle voulut se redresser, mais, d’un bras, il l’en empêcha.

Alors elle posa la tête contre son torse pour entendre le battement délicieux de son cœur.

Que c’était apaisant…

— Tu es en train de synchroniser ta respiration avec les battements de mon cœur, lui murmura-t-il à l’oreille. Bonne nuit, ma chérie.

Elle ouvrit grand les yeux à ces mots. « Ma chérie » ? Mais elle comprit, à sa respiration, qu’il venait de s’endormir. Ne dormait-il pas déjà en prononçant ces mots ?

Comme elle avait envie d’être sa « chérie » !

Seulement, seraient-ils capables de surmonter leurs différends pour mener une vie commune ? Cette incertitude l’empêcha de se rendormir. Quand le jour pointa, elle se dégagea de l’étreinte de Garrett. Celui-ci marmonna quelques mots dans son sommeil, mais ne se réveilla pas.

Elle gagna alors la salle de bains. En passant dans la chambre, elle vit l’attaché-case posé sur le lit, là où il avait dû le lancer en rentrant.

Le projet Brightwater était à l’intérieur… Ce projet mystère qu’il avait changé à la dernière minute.

Elle n’avait pas vérifié ses messages, la veille au soir, et elle se demanda si Tony ne les avait pas appelés pour leur désigner le gagnant.

Soudain, elle eut une folle envie de prendre connaissance de la présentation qu’il avait faite. L’un d’eux allait l’emporter et l’autre serait sans emploi, tout de même ! Et si c’était lui qui gagnait, elle voulait s’assurer que le projet qu’il avait concocté était bel et bien supérieur au sien.

Elle y jeterait un coup d’œil. Cela n’avait plus d’importance, puisque l’audition avait eu lieu. En se dirigeant vers la mallette, elle ressentit un très léger sentiment de culpabilité.

Elle ouvrit l’ordinateur et constata, soulagée, que Garrett n’avait pas de mot de passe. Elle repéra rapidement le dossier Brightwater, et plus précisément celui qu’elle recherchait, le dernier, enregistré la veille.

Elle commença à le faire défiler… Trente secondes plus tard, elle revint en arrière, pour relire plus lentement les premières pages.

La campagne était un miniclip, destiné à être diffusé sur YouTube, mais qui pouvait tout à fait être imprimé pour la presse écrite ou les panneaux publicitaires. Le personnage principal, une jeune femme, menait deux vies parallèles. D’un côté, elle faisait un prêt étudiant et allait à l’université. De l’autre, elle était effrayée à l’idée de s’endetter, ne faisait pas d’études et se retrouvait employée de bureau. Tout était subtil dans l’approche, même si la publicité donnait une légère préférence au personnage qui contractait le prêt.

La jeune fille qui ne faisait pas d’études avait tendance à se plaindre. L’autre avait un adorable petit ami. C’était brillant. Et cela parlait d’elle !

Elle referma l’ordinateur.

— Encore en train d’espionner ?

Elle sursauta et se leva pour affronter Garrett, le visage dur.

— Ma petite Rachel, il faut que je t’explique…

— Il n’y a plus de petite Rachel ! Tu t’es servi de moi. Tu as utilisé ma famille, ma vie ! Je me suis confiée à toi parce que je pensais compter pour toi. Ce que je t’ai dit, c’était privé. En tout cas, ce n’était pas du matériau pour une pub !

— Tout, dans la vie, peut servir de matériau, se défendit-il. Et puis, personne ne peut te reconnaître.

— Il n’empêche que tu m’as instrumentalisée !

— J’ai présenté la meilleure publicité que je pouvais, déclara-t-il. C’est de cela qu’il s’agit. Toi aussi, tu aurais pu utiliser ta propre histoire, mais tu n’en as pas eu l’audace.

Le soleil perçait à l’horizon, prêtant à la pièce une lueur orangée.

— Tu savais pourtant que je ne t’aurais pas autorisé à te servir de ma vie privée, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.

— C’est vrai, reconnut-il en baissant les yeux.

— A ton avis, qu’est-ce que mes parents vont ressentir quand ils vont voir cette pub ?

— Puisque tu me le demandes, sache qu’ils s’en réjouissent.

— Quoi ? Ils sont au courant ? s’écria-t-elle.

— Ton père était de service de nuit hier. Je lui ai téléphoné. Si Brightwater choisit mon projet, ils toucheront une commission. Ils ont accepté de livrer des informations sur lesquelles la campagne peut rebondir.

Une lumière s’alluma alors dans le cerveau de Rachel.

— Alors il faut conditionner le versement de cette commission à l’assurance qu’ils resteront dans le New Jersey ! implora-t-elle.

— Rachel, ton père va acheter le stand de hot dogs avec l’argent.

— Comment ? se récria-t-elle. Tu donnes de l’argent à mes parents pour qu’ils puissent déménager ? Alors que tu sais que je tiens tellement à les avoir près de moi ?

— Il faut respecter leur choix, ma chérie, objecta-t-il avec douceur.

— Tu n’es qu’un mufle ! rétorqua-t-elle en l’attrapant par le col. Et dire que je voulais te dire hier que je ne renonçais pas à toi, qu’entre nous, ça pouvait marcher ! Comme je me suis trompée !

Elle le relâcha et poursuivit :

— J’avais oublié que la loyauté dépendait de la confiance. Tu m’as trahie, Garrett, j’étais prête à me battre jusqu’au bout pour nous, contre le monde entier. Mais ce n’est plus possible.

Ce fut alors qu’il eut une révélation : il venait de comprendre enfin ce qu’elle lui avait offert. Et ce qu’il en avait fait.

— Rachel, je suis désolé, commença-t-il d’une voix rauque. Je n’ai pas réfléchi ou, plutôt, mes pensées étaient complètement détraquées…

— Non, c’est moi qui étais folle. Je croyais que tu voulais devenir quelqu’un d’autre et que je pourrais te faire changer. Je me suis trompée.

— Non, tu avais raison ! Rachel, dis-moi ce que je peux faire. Je veux être l’homme que tu vois en moi. Celui à qui tu peux faire confiance. Donne-moi une autre chance !

Elle secoua la tête.

— Ma chérie…

Il voulut l’attirer à lui, mais elle résista, aussi rigide qu’un bloc de granit, silencieuse, les yeux secs.

— Tu es celle qui n’abandonne jamais, poursuivit-il. Ne nous laisse pas tomber, Rachel !

— Vérifie tes appels, ordonna-t-elle tout à coup.

— Quoi ? Pourquoi ?

— S’il te plaît. Moi, je n’ai pas eu de nouvelles de Tony.

— Plus tard, dit-il.

— Non, maintenant !

Comprenant qu’elle n’en démordrait pas, il sortit son téléphone de l’attaché-case, soudain plein d’appréhension…

— J’ai quatre messages, dont un de Tony.

— Ecoute-le, ordonna-t-elle.

Il obéit.

« Garrett ? C’est Tony. Je viens d’avoir Brightwater… »

Il attendit la fin du message et l’effaça.

— Alors ? demanda Rachel d’une toute petite voix.

— C’est moi qui ai gagné. Je suis vraiment désolé…

— Ce n’est pas la peine… Bon, je vais y aller. Tony veut sûrement me voir.

— Ne sois pas idiote. Il est 5 heures du matin !

Ce fut alors qu’il remarqua une larme sur la joue de la jeune femme.

— Tu pleures ?

— Certainement pas !

Elle lissa ses vêtements froissés en se retournant.

— Allez, au revoir, Garrett.

Sur ces paroles, elle se dirigea vers la porte.

Il fallait qu’il l’arrête ; il ne savait pas comment, mais c’était impératif. C’était la première fois qu’il avait envie de retenir une femme pour qu’elle fasse partie de sa vie.

— Ma mère…, commença-t-il.

Ses mots résonnèrent dans le silence de l’aube.

Rachel se retourna avec lenteur.

Il sentit que les mots étaient comme coincés dans sa gorge. Pourtant, il devait aller jusqu’au bout.

— C’était le jour de mon quinzième anniversaire, poursuivit-il en déglutissant avec difficulté. Elle était au supermarché, à New London. Elle était allée acheter du lait pour me faire des crêpes et, moi, je l’attendais dans la voiture…

Rachel le regardait, suspendue à ses lèvres.

— Elle a eu une crise cardiaque dans le supermarché. Soudaine et fatale. Un client est venu me prévenir. J’ai foncé dans le magasin. Elle était encore en vie, pour quelques secondes seulement…

Rachel poussa un petit cri d’effroi.

— C’était la mort la plus ordinaire qui soit. Le caissier m’a dit que, juste avant de s’écrouler, elle était en train de lui parler du temps qu’il faisait. Le matin même, j’avais été accepté dans l’équipe de foot de New London. J’attendais le dîner pour lui annoncer la grande nouvelle, elle savait que c’était mon vœu le plus cher, je n’ai pas eu le temps de le lui dire…

Sa voix se brisa. Pourtant, il trouva la force d’ajouter :

— Je me suis agenouillé… J’ai essayé de lui faire de la réanimation cardio-pulmonaire. Nous venions d’avoir des cours de secourisme, à l’école. L’ambulance est arrivée, les secours ont continué, mais ils n’ont pas pu la ranimer…

Il se passa une main dans les cheveux.

— Je l’avais pourtant suppliée, Rachel. Je l’avais suppliée de ne pas mourir.

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