Passion inattendue à Manhattan
Chapitre 28
28
Trente minutes plus tard, la porte de la salle d’attente s’ouvrait et Rachel entrait, hors d’haleine.
A sa vue, Garrett sentit son cœur flancher. Comment avait-il pu être aveugle au point de ne pas se rendre compte qu’il l’aimait ?
Elle semblait folle d’inquiétude, mais elle le regarda de haut. Elle n’allait certainement pas lui donner le baiser qu’il attendait ; il risquait plutôt de se trouver avec un œil au beurre noir !
— Bonjour, Rachel, dit-il.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle sans répondre. Stephanie a des problèmes ?
— Je suis heureux que tu sois venue, déclara-t-il d’un ton humble.
Elle le regarda d’un air suspicieux et il se mit à rire.
Ce qui la rendit encore plus suspicieuse.
— Est-ce qu’elle est en train d’accoucher ? insista-t-elle.
— Ah oui, le bébé ! s’exclama-t-il, comme s’il avait oublié la raison de sa présence à l’hôpital. Effectivement, elle est en train d’accoucher. Tout va bien, ce ne devrait plus être très long.
Elle le fixa comme si elle avait affaire à un fou.
— Je t’aime, Rachel, articula-t-il alors.
Ces mots résonnèrent dans le silence.
La jeune femme ouvrit la bouche, puis la referma, pour s’humecter les lèvres du bout de la langue. Il adorait cette petite manie qu’elle avait.
— Je t’aime, Rachel, répéta-t-il, juste pour le plaisir de faire résonner ces mots dans sa bouche.
— Qu’est-ce que tu veux dire, au juste ? s’enquit-elle d’une voix tremblante.
— Je veux dire que je suis tombé sous le charme de ton esprit retors, de ton sens de l’humour, de ton mauvais caractère… Bref, je suis tombé amoureux de toi.
— C’est un piège ? Tu ne m’as pas dit cela, la dernière fois.
— Je suis lent, tu sais. Mais j’ai enfin eu une révélation.
— Est-ce que tu ne serais pas en train de chercher une façon de te faire pardonner pour m’avoir volé mon histoire en vue d’arriver à tes fins ? demanda-t-elle, tout en s’approchant de lui.
— Je suis désolé, affirma-t-il. Je me suis comporté comme un mufle, sans doute parce que je luttais contre les sentiments que j’éprouvais pour toi, et que je voulais saboter mon avenir.
— C’est-à-dire ?
— Cela me rend fou… Je n’arrête pas de penser à toi, et, chaque fois que je te vois, j’ai envie de te déshabiller…
— Ce qui n’est pas de l’amour, souligna-t-elle.
— Si, puisque j’ai aussi envie de te passer la bague au doigt.
Elle poussa une exclamation de surprise.
— Eh oui, Rachel, je sais que tu aimes les « toujours », c’est dans ta nature ! Et moi aussi, figure-toi, cela me plaît maintenant, même si j’ai longtemps essayé de me convaincre du contraire.
Il lui prit la main et la regarda droit dans les yeux.
— J’ai tout gâché, parce que je suis un idiot et un lâche. Mais je veux que nous surmontions le passé, et je te veux pour toujours dans ma vie.
— Tu penses vraiment qu’entre toi et moi, ça pourrait marcher ? demanda-t-elle en le scrutant, les sourcils froncés.
— Non, Rachel, ce n’est pas ce que tu dois dire. A ce moment-là, je suis censé entendre : « Moi aussi, je t’aime ». Ecoute, je comprends tes doutes, mais je peux changer. Je suis brillant, tu sais.
— Comment est-ce que je pourrais l’oublier ?
Et elle éclata de rire.
— Je suis ravi de voir que cela t’amuse que je mette mon cœur à nu devant toi. Très bien, puisque tu ne me crois pas, je vais te dire ce que je viens de faire : j’ai appelé Tony pour lui dire que je démissionnais.
Elle reprit aussitôt son sérieux.
— Quoi ?
A cet instant précis, comme sur commande, le téléphone de la jeune femme sonna.
— C’est Tony, souffla-t-elle en consultant l’écran.
— Réponds et dis-lui que tu acceptes le poste.
— Je… Je ne peux pas.
— Arrête de t’accrocher à ta fierté. Tu peux devenir associée chez KBC et directrice générale de la création. Tout ce dont tu rêvais.
— C’est vrai, admit-elle.
— Tu avais raison. C’est pour ma mère que j’ai fait tout cela. Mais elle serait plus fière de moi encore si elle voyait que j’ai trouvé une femme merveilleuse et que je veux la rendre heureuse.
Des larmes roulèrent sur les joues de Rachel.
— C’est vrai, dit-elle encore.
— Je peux très facilement trouver un autre travail, mais une femme comme toi je ne pourrai jamais en retrouver, parce que tu es unique.
Cette déclaration fit rosir Rachel de plaisir.
— Et toi, ajouta-t-il alors en la prenant amoureusement dans ses bras, tu ne retrouveras jamais un homme comme moi. Avoue que tu es folle de moi, Rachel. Il n’est pas possible que tu ne le sois pas.
— Je ne comprends pas pourquoi je trouve ton arrogance si attirante, soupira-t-elle.
— Je peux être arrogant pour le restant de mes jours, si tu veux.
— Merci, mais le trop est l’ennemi du bien, estima-t-elle en nouant les bras autour de son cou. Garrett, je ne veux plus de ce poste chez KBC. En fait, j’en ai déjà trouvé un autre.
Il la serra un peu plus fort contre lui.
— Chez JWT, je suppose ?
— Non, mais, soit dit en passant, merci !
— Chez Ogilvy & Mather ?
— Non plus, répondit-elle avec un sourire jubilatoire.
— Rachel, ma chérie, mais qu’est-ce que tu as fait ?
— Je travaille désormais chez Brightwater Colleges, au poste de directeur des affaires familiales.
— Quoi ? J’ignorais qu’ils avaient un tel service.
— Ils viennent de le créer. C’est en rendant visite à ma sœur que j’ai eu cette idée. Je me suis dit que cela leur plairait sans doute d’aider les gens qui sont dans son cas. Je leur ai présenté une proposition pour développer des programmes susceptibles d’aider les étudiants de différentes manières, et de minimiser les risques d’endettement.
— Incroyable !
Il lui donna soudain un baiser à en perdre haleine, avant de s’écarter tout aussi brusquement pour ajouter :
— Je te reconnais bien là !
— Mais ce n’est pas tout. Brightwater aura de nouveau besoin d’une belle publicité, et j’ai insisté pour que l’on te prenne comme directeur de création. Alors, si j’étais toi, je rappellerais Tony pour annuler ma démission.
— Quoi ? Tu veux être mon client ? dit-il d’un ton horrifié.
— Ce ne sera que justice, après la façon dont tu t’es comporté.
— Il y aura conflit d’intérêts.
— J’en prends le risque. J’ai demandé à Brightwater de me donner un an. S’ils ne sont pas contents de moi, je m’en irai.
— Et la sécurité, dans tout ça ?
— Je ne peux pas échouer, pas avec la brillante campagne publicitaire que tu nous as concoctée.
Elle enfouit la tête dans le cou de Garrett et ajouta :
— Le plus surprenant, c’est que je n’ai pas peur d’échouer, et ça, c’est à toi que je le dois. Tu m’as fait dépasser ce que j’estimais être mes limites.
Emu, il lui plaqua les mains sur les reins et la serra plus fort contre lui.
— Si je comprends bien, tu cherches une façon de m’exprimer ta gratitude ? Sais-tu que cet établissement est rempli de lits ?
— Quelle idée ! fit-elle sur le ton de la réprimande. Encore que…
Elle lui adressa un petit sourire en coin et il sentit un désir violent s’emparer de lui.
— Laisse-moi d’abord te dire une chose, reprit-elle.
Il était sur les charbons ardents…
— J’allais te dire que je t’aimais, Garrett. Mais je ne veux pas que tu…
Il venait de lui plaquer une main sur la bouche pour la faire taire.
— Quand je retirerai ma main, annonça-t-il d’un ton menaçant, tu auras intérêt à me dire que tu m’aimes, tu m’entends bien ? Et rien d’autre !
Elle écarquilla de grands yeux ravis et hocha la tête.
Il retira sa main.
— Je t’aime, Garrett, dit-elle. Je t’aime plus que tout au monde !
— Et tu vas m’épouser, compléta-t-il.
— Juste pour te sauver de toi-même, approuva-t-elle.
Puis elle ne dit plus rien, car il lui donna un baiser dans lequel il versa tout l’amour, tout le désir et toute la loyauté qu’il éprouvait pour elle.
Elle ignora combien de temps ils restèrent ainsi dans les bras l’un de l’autre. Soudain, un toussotement tout proche pénétra son cerveau…
Elle s’écarta de Garrett et se retrouva face à Dwight !
— Rachel, je suis heureux que vous ayez pu venir, déclara celui-ci d’un ton courtois, comme si elle n’était ni essoufflée ni ébouriffée.
Il se tourna ensuite vers Garrett et ajouta :
— Veux-tu venir dire bonjour à ta petite sœur ?
— Ma petite sœur ? Mais j’étais persuadé que ce serait un garçon !
— Moi aussi, d’après l’échographie que m’avait montrée Stephanie. Mais, apparemment, il faut être expert pour interpréter ces clichés-là. En fait, le bébé est bel et bien une fille, je te le garantis !
— Ça alors !
— Tu ne devras jamais parler à ta sœur de ce malentendu…, conclut Dwight.
Rachel se mit à rire et Garrett lui prit la main, enchevêtrant leurs doigts.
— Viens, ma petite Rachel. Il faut que tu fasses connaissance avec ta future belle-sœur.
Ils se dirigèrent tous ensemble vers une salle ensoleillée où Stephanie, un peu décoiffée, berçait son bébé dans ses bras. Garrett ne lâcha pas un instant la main de Rachel, même quand il déposa un baiser sur le front du nouveau-né.
— Je vais avoir besoin de récupérer ma main, tu sais, lui souffla la jeune femme.
Il lui adressa un sourire univoque, les yeux emplis d’humour et d’amour, et elle sut exactement ce qui allait se passer dès qu’ils seraient sortis de la chambre d’hôpital… Elle en éprouva un léger vertige. Un océan de bonheur parfait s’étendait devant elle et l’homme que, finalement, elle avait su apprivoiser…
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