Te dire en silence
Acte II
[You remember it all too well]
— All too well, Taylor Swift
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Chapitre 10
— Charlie, dis-moi ce que tu en penses.
Portant une main à mon front pour protéger mes yeux de la bruine, je m’approche de Margaret et me penche vers le moniteur vidéo placé en face d’elle. Silencieuse, je contemple d’un œil critique la scène que nous venons de tourner. Lorsque la séquence se termine, je retiens une grimace avant de m’adresser à la réalisatrice :
— Il faut la refaire.
Margaret hoche la tête, résignée :
— C’est ce que je craignais… Désolé les garçons, on y retourne.
Gareth pousse un soupir à fendre l’âme alors que la réalisatrice s’éloigne déjà vers le plateau pour annoncer aux autres techniciens que nous devons refaire la prise. Félix, posté à ma droite, lui tapote doucement l’épaule en signe de réconfort. Tous les deux sont trempés de la tête aux pieds malgré les cirés ajoutés par-dessus nos vestes pour nous protéger du temps catastrophique qui nous accompagne depuis ce matin…
— Heureusement que la météo est avec nous, grogne une voix sourde à proximité.
Je garde le silence alors qu’Alexander passe d’un pas agacé devant moi et tente tant bien que mal d’ignorer la blessure lancinante que ses mots viennent de raviver dans ma poitrine. Du coin de l’œil, je vois sa silhouette disparaître sous une tente installée en bordure du plateau avant qu’une bourrasque ne me force à détourner le regard. Gareth s’éloigne au même moment pour le rejoindre, le dos voûté, et sa mine dépitée ne fait rien pour atténuer mon sentiment de culpabilité.
— Quel insupportable cancrelat.
Je pivote vers Félix qui fixe d’un regard noir l’endroit où le caméraman vient de disparaître. Depuis ma crise de larmes à Dublin, il y a deux semaines ; depuis que je lui ai avoué la vérité concernant ma relation passée et actuelle avec Alexander, il est devenu difficile pour mon assistant de cacher son ressentiment en sa présence. Pas que j’en ai quelque chose à faire… mon ex-meilleur-ami mérite tout le courroux du monde, après tout.
— Il a raison, j’observe malgré tout.
— Quoi ? s’offusque Félix en me dévisageant à travers les gouttes recouvrant les verres de ses lunettes. Bien sûr que non, tu…
— J’aurais dû avoir un plan B sous la main, ce matin, quand on a réalisé que le temps allait être plus mauvais que prévu. L’équipe ne devrait pas avoir à bosser dans cette tempête.
Mon assistant penche la tête de côté, visiblement peiné par ma réponse :
— Tu ne peux pas toujours tout prévoir, Charlie.
Dépitée, je baisse les yeux et me retiens de lui dire que je le sais déjà. Je sais qu’il n’est jamais possible de tout prévoir. Ni la maladie soudaine d’un parent, ni la trahison insoupçonnée d’un ami, d’un amant. Mais si je ne suis même pas capable d’anticiper ce que je peux, si je ne parviens pas à gérer des situations aussi simples que mon travail ou un changement de météo inopiné, que me reste-t-il ? Que me reste-t-il si ce n’est de la douleur et du chagrin ?
— Je vais voir les acteurs, annoncé-je soudain, désireuse de changer de sujet. Bouclons cette prise, OK ?
Félix hésite avant de finalement hocher la tête. Et j’ai conscience qu’il tentera probablement de me convaincre plus tard mais, pour l’instant, il se contente de mon silence. Et je ne le remercierai jamais assez pour ça.
Nous tournons encore deux fois la scène avant que Margaret ne soit relativement satisfaite et nous autorise à ranger le plateau. Pressée par la tempête de plus en plus menaçante, l’équipe se met aussitôt au travail pour vider les lieux et ramener tout le matériel dans les camions. Avec l’aide d’Elena et de Félix, je supervise le rangement et m’assure qu’aucun technicien ne s’approche trop près des falaises. Le cadre des falaises de Moher était certes idéal pour l’esthétique recherchée par la production, mais j’aurais préféré que cette étape du tournage se déroule dans de meilleures conditions météorologiques. Avec le fracas des vagues sur la roche en contrebas et le hurlement du vent violent, nous sommes bientôt obligés de crier pour nous entendre.
— Tout est bon pour celui-ci !
Je jette un dernier coup d’œil à l’arrière du camion qui s’apprête à partir avant de reporter mon regard sur Félix. Cela fait une heure que nous nous démenons sous la pluie battante. Mon assistant semble avoir tellement froid que son nez est en train de virer au mauve.
— Rentre, je m’occupe du dernier van ! lui réponds-je en le poussant vers la camionnette la plus proche.
Les lèvres tremblantes, mon assistant me lance un regard misérable.
— Tu es sûre ?
— Certaine. Margaret a surement besoin d’un coup de main à l’entrepôt. On se retrouve à Galway.
J’attends de voir l’avant-dernier chargement s’éloigner pour remettre la main à la pâte. La majorité de l’équipe a déjà repris la route mais il reste encore une vingtaine de techniciens occupés à démonter les derniers décors et à mettre à l’abri le matériel restant. Imitant Elena que je vois s’activer au loin, je m’approche d’une tonnelle à démonter et commence à en défaire la toile. Le pan m’échappe à plusieurs reprises, balayé par le vent violent. Une rafale de pluie me force à fermer les yeux et à baisser la tête pour protéger mon visage dans ma capuche. Si je n’avais pas un minimum foi en la gravité, je croirais presque que je suis sur le point de m’envoler…
— Putain, je peux savoir ce que tu fous ?!
Je redresse vivement la tête, attirée par le ton courroucé venant de s’élever à côté de moi. À travers la grisaille, je découvre deux yeux sombres et furieux. C’est la première fois en l’espace de deux semaines qu’Alexander décide de s’adresser directement à moi et il n’a rien trouvé de mieux que le faire de cette manière. Irritée, mon sang se met aussitôt à bouillir de colère.
— Je range ! crié-je en m’efforçant de l’ignorer et de continuer à m’activer.
Comme s’il n’avait pas entendu ce que je viens de lui dire, le caméraman repousse sèchement mes mains pour s’emparer lui-même des pans de tente que je suis en train de plier :
— On est au beau milieu d’une foutue tempête, Charlie ! Va attendre dans le van !
Sidérée à la fois par son culot et l’agacement exagéré vibrant dans sa voix, je perds mes mots quelques secondes. Mais seulement quelques secondes…
— Toi, va attendre dans le van ! craché-je, hors de moi, en me dirigeant vers le coin opposé de la tonnelle.
Alexander lâche un juron dans mon dos lorsqu’il me voit me remettre à la tâche. Abandonnant la place qu’il venait de me forcer à quitter, il me rejoint à nouveau en quelques enjambées.
— Tu vas te blesser, putain !
Cette fois, lorsqu’il tente de m’éloigner, je m’accroche résolument à la toile agitée par le vent. Furieuse, je plante mon regard au fond du sien :
— Et je peux savoir ce que ça peut te faire ?!
— Ne joue pas à ça avec moi, gronde-t-il, menaçant.
Sauf que j’insiste. Parce que cela n’a pas de sens. Il n’a pas le droit de s’inquiéter pour moi maintenant. Pas après deux semaines de rejet et de silence.
— Qu’est-ce que ça peut te faire, Alexander ?! répété-je en criant plus fort.
Il doit percevoir le désespoir caché derrière ma rancœur car, soudain, tout se fige. La tempête cesse dans ses yeux et ses traits s’adoucissent, laissant apparaître ceux du garçon que j’ai connu. Ceux du garçon que j’ai aimé. Ceux du garçon que je crois que j’aime encore. Malgré tout. Toujours.
— Charlie… souffle-t-il, alors que ses yeux s’attardent doucement sur mon visage.
Les miens suivent une goutte de pluie venant de s’échapper des mèches brunes collées à son front et glissant, glissant, glissant le long de son nez. Jusqu’à ses lèvres. Et mes doigts glacés me démangent brusquement, impatients de dessiner tout ce que mon cœur ne parvient pas à dire à voix haute.
— Alex, attention !
Il me faut une seconde pour reprendre mes esprits puis une autre pour tourner la tête vers le cri de panique lancé par un de nos collègues. Alex est plus rapide. Il repère avant moi le bout de tôle poussé par une puissante bourrasque dans notre direction. Paniquée, je rentre les épaules, prête à subir l’impact inévitable, quand ses bras se referment autour de moi, protecteurs. Son grognement étouffé dans mes cheveux trempés m’indique le moment où l’objet le percute. Des exclamations inquiètes se mêlent aux hurlements du vent. Mais je ne les entends presque pas. Dans mes tympans, il n’y a que les tambours désordonnés d’un cœur qui bat tout près de moi…
Une dizaine de minutes plus tard, je suis assise sur une des banquettes à l’arrière du dernier van. Installé en face de moi, Alex tient une serviette pressée sur le côté gauche de son visage. Il grimace quand Elena rajuste sa position, l’obligeant à appuyer plus fort sur le coup qu’il a reçu sur le crâne.
— Maintiens ça sur ta tempe, lui ordonne-t-elle, mécontente. Et toi, enchaîne-t-elle en me pointant du doigt, surveille-le. On s’occupe de terminer puis on décolle.
Ne souhaitant pas m’attirer davantage les foudres de la régisseuse – qui de toute évidence n’a pas apprécié le manque de prudence dont Alexander et moi avons fait preuve il y a quelques minutes –, je me contente de hocher la tête, la mine contrite. Satisfaite, Elena quitte le véhicule en claquant la portière derrière elle d’un coup sec. Alex grogne aussitôt, le bruit sourd n’apaisant apparemment pas l’élancement dû à sa blessure.
— Ça fait mal ? lui demandé-je, de mauvaise humeur.
— Un mal de chien, se plaint-il en posant ses coudes sur ses genoux.
— Tant mieux.
Revêche, je croise les bras sur ma poitrine et m’enfonce résolument dans mon siège. Si cet imbécile s’était mêlé de ses affaires, rien de tout cela ne serait arrivé.
— Tu ne devrais pas plutôt t’inquiéter ? s’offusque-t-il, mécontent.
— Pourquoi ? Tu es toujours vivant à ce que je sache.
— Vivant ? Ce truc m’a totalement défiguré !
Agacé par mon manque d’empathie, il me désigne l’hématome en train de se former au-dessus de sa pommette. Le geste lui arrache cependant une nouvelle grimace qui le force à fermer les paupières. Loin de m’attendrir, je le foudroie du regard.
— Personnellement, je trouve qu’il ne t’a pas percuté assez fort.
Le silence envahit l’habitacle du van. Et pendant quelques secondes, alors qu’Alexander me fixe de nouveau, je m’attends à ce qu’il recommence à s’emporter. À la place, son visage se fend d’un demi-sourire et il s’esclaffe doucement en secouant la tête. Perplexe, je l’interroge :
— Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?
— Toi, me répond-il en souriant toujours.
— Comment ça, moi ?
— Tu m’as manqué, Charlie.
Sa réponse me déstabilise tellement que j’ouvre la bouche puis la referme, muette. Incertaine, je fouille ses traits en quête d’un mensonge, en quête du moindre indice qui me permettrait d’établir qu’il se joue de moi encore une fois. Mais il a repris son sérieux. Et dans ses yeux noirs, je ne lis rien d’autre qu’une résolution sincère. Une vérité absolue. Les joues rouges, je détourne le regard :
— Je retire ce que j’ai dit, marmonné-je, exaspérée. Tu dois avoir une sérieuse commotion céré…
— Est-ce que je t’ai manqué aussi ? me coupe-t-il brusquement, implorant. Toutes ces années, est-ce que… Est-ce que je t’ai manqué comme tu m’as manqué ?
Le cœur douloureux, je serre les poings contre mes côtes. Pourquoi me demande-t-il ça ? N’ai-je pas été suffisamment explicite ? N’était-ce pas assez clair ? Nos baisers, il y a deux semaines. Mon corps contre le sien. Mes doigts partout sur sa peau, dans ses cheveux, contre son visage… Que veut-il de plus ? Qu’attend-il de plus ?
— Tu as déjà la réponse à cette question, Alex… soufflé-je, lasse.
Il ne répond pas tout de suite, et je me dis qu’il va se taire de nouveau. Recommencer à m’ignorer. Faire comme si je n’existais pas.
Me briser. Encore une fois.
— J’en ai assez d’essayer de deviner les choses que tu ne dis pas.
Il y a tant de souffrance dans sa voix que je ne peux m’empêcher de relever les yeux. Et il est là, de nouveau. L’adolescent de 17 ans. Mon ancien ami. Mon premier amour. Malgré la barbe de quelques jours qui noircit ses joues, malgré la carrure plus marquée de ses épaules, malgré le masque derrière lequel il se cache constamment, il est le même. Il n’est pas différent. Il a toujours ce gouffre indicible au fond du regard. Celui que j’ai toujours voulu combler. Sans jamais y arriver.
Instinctivement, je lève la main. Dans son empressement à me questionner, Alex a légèrement baissé la sienne, si bien que la serviette fraîche ne protège plus correctement sa blessure. D’un geste délicat, je referme mes doigts autour des siens et rajuste la compresse sur son visage. Sa peau est brûlante contre la mienne.
— Oui… avoué-je finalement. Tu m’as manqué aussi.
Quelque chose s’allume dans son regard et tout bascule encore une fois. L’air me manque, mes yeux dévient vers sa bouche et le désir vient tisser un nœud pesant dans mon ventre. Sauf qu’avant de sombrer, ma conscience tressaille imperceptiblement. Elle me rappelle à l’ordre, me forçant à ne pas oublier la douleur que j’ai ressentie en ne le trouvant pas à mes côtés le jour de notre départ de Dublin. Me forçant à ne pas oublier qu’il est parti. Qu’il a une autre vie.
Une vie dont je ne fais plus partie.
Reprenant mes esprits, je le relâche et reprends mes distances.
— Je… Je devrais aller voir où en sont…
Avant que je ne puisse esquisser le moindre geste pour sortir du van, Alex me retient par le poignet :
— Ne me fuis pas.
Suppliants, ses yeux se posent sur la main qu’il vient de refermer autour de mon bras.
— S’il te plaît… insiste-t-il. Ne me fuis pas cette fois.
J’essaie de me faire violence. J’essaie de me convaincre que tout cela n’est voué à rien. Que peu importe à quel point j’aimerais réécrire l’histoire, notre histoire, elle est destinée à la même fin. J’essaie, mais j’échoue. Parce qu’il est toujours le même. Parce que je suis toujours moi. Et parce que quelque part entre les deux, il y a toujours nous.
— C’est toi qui me fuis en ce moment, Alex.
Ma remarque semble le prendre de court.
— Je… ce n’était pas mon intention.
— Ce n’était pas ton intention de coucher avec moi puis de m’ignorer pendant deux semaines ?
Cette fois, quand il grimace, je sais que cela n’a plus rien avoir avec la douleur du coup qu’il a reçu il y a quelques minutes.
— OK, admet-il, embarrassé. Dis comme ça, ça craint.
— Je confirme.
— Je suis désolé, Char. Vraiment, je…
La pression de ses doigts se resserre légèrement autour de mon poignet et je devine qu’il cherche ses mots, hésitant. Quand il finit par les trouver, ils se forment en un murmure honteux sur ses lèvres :
— J’ai eu peur.
Je fronce les sourcils, interdite.
— Peur ?
Il me lance aussitôt un coup d’œil frustré.
— Le… La dernière fois que je t’ai embrassée, tu t’es volatilisée, Charlie. Je… J’ai juste voulu prendre les devants cette fois. M’éloigner avant de te laisser le temps de me quitter encore une fois.
Il s’agit probablement de la pire excuse du monde et pourtant, je la comprends. Je la comprends tellement que je ne parviens pas à lui en vouloir. Car cela ressemble à quelque chose que je serais capable de faire. Cela ressemble à quelque chose que j’ai déjà fait. À une erreur que j’ai déjà commise par le passé. À une erreur que je commets encore.
Blesser les autres pour se protéger, n’est-ce pas tout de même se blesser soi-même ?
— Et maintenant, tu n’as plus peur ? demandé-je, la gorge nouée.
Devinant mon émotion, Alex s’adoucit une nouvelle fois et son demi-sourire revient.
— Si, confesse-t-il. Je suis terrifié…
Ses doigts glissent dans ma paume, venant se nouer aux miens. Déterminés. Solides. Certains.
— … mais l’idée de ne pas t’avoir du tout dans ma vie me terrifie bien plus que celle de te voir disparaître de nouveau.
Bouleversée, je ferme les yeux tandis qu’il m’attire vers lui. Abandonnant sa compresse de fortune, il passe un bras autour de mes hanches et m’oblige à me glisser entre ses jambes. Son front se pose contre le mien. Mon souffle caresse sa bouche.
— Qu’est-ce que… qu’est-ce qu’on est en train de faire, Alex ?
Je ne sais pas si je souhaite réellement une réponse. Parce que s’il me la donnait, si nous nous avouions la vérité, s’il me rappelait qu’il a déjà quelqu’un à retrouver et moi, une vie à Londres toute tracée, rien de tout ceci ne serait en train de se produire. Nous serions obligés de nous arrêter.
— J’en sais rien, Char… Je m’en fous.
Ses lèvres frôlent les miennes, impérieuses, et je réalise juste avant qu’il ne m’embrasse vraiment que ça m’est égal à moi aussi. Même si notre fin est écrite à l’avance, il n’y a rien que je ne sois prête à sacrifier pour ça. Pour un tout petit instant de lui et moi.
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FLASHBACK #10 (INT. NUIT)
Charlie est assise sur son lit. Les bras refermés autour de ses genoux, elle fixe la fenêtre, le regard vide. Il fait nuit dehors, la pluie s’écrase sur les carreaux. Un léger coup est frappé à la porte. Joelyn passe sa tête dans l’embrasure.
JOELYN
(douce)
Il est toujours là, Charlie.
Charlie resserre les bras autour de ses jambes en se renfrognant. Elle continue à fixer obstinément la fenêtre.
JOELYN
(insiste)
Il va tomber malade en restant dehors par ce temps.
CHARLIE
(agacée)
Personne ne le force à rester.
JOELYN
(malicieuse)
C’est qu’il doit avoir vraiment très envie de te voir dans ce cas.
CHARLIE
(bougonne)
J’m’en fiche.
JOELYN
(amusée)
Vraiment ?
Charlie se tourne enfin pour jeter un regard noir à sa mère. Joelyn lui sourit en haussant innocemment les épaules avant de refermer la porte. Maussade, Charlie reporte son attention sur l’extérieur. Un temps. Le regard de Charlie vacille. Elle tourne la tête et ses yeux s’arrêtent sur un magazine de cinéma abandonné sur le sol.
*
* *
Charlie traverse le salon en direction de l’entrée. Joelyn, installée dans un des canapés, la suit du regard.
JOELYN
(curieuse)
Où vas-tu, ma chérie ?
CHARLIE
(résignée)
Je vais parler à Alex.
JOELYN
(surprise)
Alex est là ?
Charlie se fige. Perplexe, elle se tourne vers Joelyn qui la dévisage, l’air égaré.
CHARLIE
Maman, on en a parlé il y a cinq minutes.
Joelyn cligne des paupières, les sourcils froncés. Puis elle secoue la tête et fait mine de retrouver ses esprits.
JOELYN
(rassurante)
Oui, bien sûr. Fais-le vite rentrer. Il risque de tomber malade par ce temps. Joelyn sourit avant de reporter son attention sur la télévision allumée. Charlie la fixe encore quelques secondes, déroutée. Puis elle secoue la tête à son tour et reprend la direction de la porte.
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