Te dire en silence

Julie Bradfer · Chapitre 7 sur 33

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Te dire en silence

Chapitre 4

 

J’ai envoyé un message à mon père avant de quitter ma chambre d’hôtel ce matin. Pour le remercier. Pour lui dire que je viendrai bientôt les voir, maman et lui, comme je le lui ai promis. Les premiers mois de tournage vont me bloquer à Dublin mais une partie de la production est ensuite prévue à Galway, dans quelques semaines. Il me sera alors plus facile de me rendre à Ennis durant mes jours de repos. Même si une part de moi ne le souhaite pas. Même si une part de moi aimerait ne jamais avoir à retourner là-bas.

Je n’ai pas osé avouer à mon père dans mon message que j’avais peur de rentrer. Que j’avais peur, en revenant chez moi, de ne pas retrouver tout ce que j’y ai laissé. Je ne l’ai pas dit parce qu’il le sait déjà. Et que le dire ne nous soulagera de toute façon pas. Ni lui ni moi.

Je range mon portable en montant dans un des SUV mis à disposition de l’équipe du film sur le parvis du Clayton. Le temps est gris et maussade mais je vois à peine la ville défiler au-dehors alors que la chauffeuse me conduit en périphérie de Dublin. J’ai ouvert mon carnet sur mes genoux et mes coups de crayon reproduisent les courbes d’un bouquet de fleurs. Je dessine les doigts fins de ma mère repliés autour des tiges. Et des mots entre les pétales. Je t’aime, Charlie. Je t’aime, ma chérie.

Ils sont toujours faux et irréels. Mais mon cœur me fait moins mal en les lisant.

J’ai une dizaine de minutes d’avance lorsque le taxi s’arrête devant les PopUp Studios du quartier d’Inchicore. Je salue rapidement ma chauffeuse avant de sortir de la voiture et de me diriger vers les tentes d’accueil installées à l’entrée du premier hangar de production. Je dis bonjour à quelques collègues que je reconnais de la soirée d’hier puis, après avoir montré mon badge aux vigiles chargés de la sécurité, je m’engouffre dans le bâtiment.

Une fourmilière. C’est de cette façon que je décris toujours l’ambiance régnant sur les plateaux. À peine ai-je mis un pied à l’intérieur que tout ce qui m’entoure se met soudain à vibrer et à grouiller de vie. L’adrénaline reprend le dessus dans mon ventre, stimulée par l’excitation imprégnant l’atmosphère. Les yeux écarquillés d’émerveillement, je continue d’avancer en faisant attention à ne trébucher sur rien. Des câbles sont tirés sur le sol. Des techniciens poussent des malles sur des roulettes en se criant des instructions d’un air pressant. Des portants recouverts de costumes sont baladés d’un coin à l’autre du hangar. Les éclairagistes font des tests lumière. Les superviseurs des effets spéciaux ajustent les écrans verts en compagnie des décorateurs… Le tout a quelque chose d’étourdissant.

— Charlie !

Attirée par une voix chargée d’impatience, je m’arrête et pivote sur mes pieds. À quelques mètres sur ma gauche, je repère rapidement la tignasse rousse de Félix au côté d’un jeune homme que j’ai entraperçu hier dans le groupe des seconds assistants. Je laisse passer deux ingénieurs du son pressés devant moi avant de les rejoindre.

— Salut, dis-je en arrivant à leur hauteur, les mains serrées autour de la lanière de mon sac à dos.

Je me tourne ensuite uniquement vers Félix, inquiète :

— Tu m’attends depuis longtemps ?

— Pas du tout, je suis arrivé il y a quelques minutes seulement !

Rassurée, je lui rends son sourire enthousiaste avant de remarquer que le jeune homme à ses côtés trépigne en me dévisageant. Captant mon regard confus, Félix s’empresse de nous présenter officiellement :

— Charlie, voici Gareth. Gareth, Charlie.

D’un geste vif, Gareth me tend la main et l’éclat pétillant dans son regard me rappelle aussitôt celui de mon assistant.

— Enchantée, Gareth, je souris en lui prenant la main pour le saluer.

— C’est moi qui suis enchanté ! C’est tellement rare d’avoir les storyboardeurs sur le plateau. Ton travail est fantastique, j’ai hâte de voir les plans qu’on va tourner !

Surprise, j’écarquille les yeux en me reculant légèrement.

— Oh… euh… merci, balbutié-je, rougissante.

Mon regard dévie alors sur le badge accroché autour du cou de Gareth et, en découvrant qu’il occupe le poste d’assistant opérateur, je comprends aussitôt mieux son intérêt pour mes dessins. Il travaille avec Javier, le directeur de la photographie, avec qui j’ai en partie collaboré lors des étapes de préproduction. Ensemble, ils sont chargés de la qualité des prises de vues qui vont être réalisées durant le tournage et… Je me fige brusquement. Si Gareth est assistant opérateur, il ne travaille pas seulement avec Javier mais aussi avec le cadreur de l’équipe qui n’est autre que…

— Gareth ? Tu peux me donner un coup de main ?

Alexander vient d’apparaître entre deux projecteurs placés à quelques pas de notre attroupement. D’un bras, il tient une caméra contre son épaule tandis que sa main libre est refermée autour d’un trépied imposant. Mes yeux s’attardent de trop longues secondes sur le t-shirt gris à manches longues lui enserrant le torse et sur les muscles roulant sur ses avant-bras. Puis nos regards se croisent encore une fois et le temps s’arrête, m’emprisonnant dans le passé de mes 17 ans. Dans un passé dont je ne veux pas me rappeler.

Je me détourne avant qu’il ne puisse lire l’embarras et l’agacement sur mon visage.

— On y va, Félix ? je m’empresse d’ajouter en forçant un sourire sur mes lèvres. Margaret doit nous attendre.

Mon assistant consulte sa montre, horrifié.

— Oh oui, bien sûr, allons-y, s’exclame-t-il. À plus tard, Gareth !

Je salue poliment l’assistant opérateur avant d’emboîter le pas pressé de Félix. Derrière moi, je décide d’abandonner mes souvenirs et quelques morceaux de mon cœur aux pieds du garçon qui les a brisés. Tout comme lui, ils n’ont plus leur place dans ma vie. Tout comme lui, je préfère les ignorer. Définitivement.

Forte de ma résolution, je ne vois pas la journée passer. Mes tâches d’assistante de réalisation s’enchaînent au fil des heures, plus prenantes les unes que les autres, et je constate avec bonheur que cela m’empêche de ruminer. Après avoir rejoint Margaret dans les loges pour rencontrer les acteurs en fin de matinée, Félix et moi assistons aux répétitions des figurants devant intervenir demain sur le plateau. Mes réflexes reviennent vite et je profite d’un bref instant de pause entre deux scènes pour envoyer un message à Erin. Si elle ne m’avait pas tirée de force sur différents tournages lors de nos études à Londres, je n’aurais jamais été capable d’assumer ce poste aujourd’hui. Je peux au moins lui reconnaître ça.

Lorsque nous avons terminé les répétitions, je charge Félix du débrief avec les figurants avant de reprendre la direction du hangar principal. Organisée, je passe sur les différents plateaux pour m’assurer de la mise en place des décors et m’entretenir avec plusieurs techniciens. Entre prises de notes et ajustements, je finis par m’asseoir dans un coin du hangar pour lister tout ce que j’ai pu relever au cours de mon inspection. Quand je redresse la tête pour me masser les tempes, de longues minutes plus tard, je réalise avec stupeur que le studio est en train de se vider. J’étais tellement concentrée que je n’ai pas remarqué que la journée touchait déjà à sa fin.

— Ah, Charlie ! Je te cherchais !

Je repère Félix à quelques pas sur ma gauche tandis que je me redresse péniblement de ma position assise en époussetant mon pantalon.

— Tout s’est bien passé avec les figurants ? je lui demande alors qu’il s’arrête à ma hauteur.

Ses mèches rousses sont un peu humides et quelques gouttes de pluie parsèment les verres de ses lunettes, signe qu’il a probablement fait un tour à l’extérieur dans l’espoir de me trouver.

— Oui, très bien. Je leur ai donné rendez-vous à 7 heures demain matin. L’équipe costume et maquillage sera là pour les accueillir dès leur arrivée.

— Super, c’est parfait. Merci de t’en être occupé.

Radieux, Félix gonfle imperceptiblement la poitrine avant de repérer le cahier de notes que je porte sous le bras.

— Tu as déjà rédigé la note de service ? me questionne-t-il aussitôt.

Je secoue la tête, fatiguée, tout en récupérant le stylo que j’avais coincé dans mes cheveux pour les retenir.

— Pas encore mais il n’y a pas grand-chose à signaler aujourd’hui, lui réponds-je en lui tendant mes notes. J’ai principalement fait l’inventaire pour m’assurer que tout était en ordre pour demain.

Le jeune homme s’empare des feuilles que je lui tends et les consulte rapidement.

— Effectivement, je pense que tout est prêt, se réjouit-il. Je m’occuperai du compte rendu une fois à l’hôtel.

— On rentre ensemble ? lui proposé-je, ravie d’avance à l’idée de retrouver le calme de ma chambre.

Félix accepte volontiers et part en quête d’un chauffeur tandis que je prends la direction des vestiaires pour récupérer mon sac à dos et ma veste de pluie. Malgré la fatigue qui me rattrape déjà, je me sens étrangement satisfaite de cette journée. Le cœur léger, je m’engouffre dans le couloir qui mène aux coulisses des PopUp Studios, à présent pratiquement désertes. Dans mon esprit, je me visualise déjà sous la douche, le jet brûlant réchauffant mon corps courbaturé par ces longues heures d’allées et venues dans ce hangar froid et…

— Charlie ! Tu tombes à pic !

Je grogne intérieurement avant de me tourner vers la voix qui vient de m’interpeller. Mon agacement disparaît dès que je repère le visage rayonnant de Margaret dans l’embrasure d’une porte donnant sur une salle d’enregistrement. Elle a l’air bien trop heureuse de me voir pour que je lui en veuille de me retenir quelques minutes de plus.

— Il y a un problème ? lui demandé-je en m’approchant quand elle me fait signe de la rejoindre.

— Nous étions en train de passer en revue les scènes de demain pour fixer les dernières prises de vues, m’explique-t-elle en ouvrant davantage la porte, Alex se demandait…

Je cesse d’écouter. Assis derrière une petite table ronde, Alexander est penché sur plusieurs pages de mon storyboard. Il ne se retourne pas quand je m’avance sur le seuil mais la tension dans ses épaules ne me trompe pas. Il est de toute évidence aussi peu ravi que moi par l’idée de cette collaboration surprise.

— Tu peux nous donner ton avis ?

Je tressaille en reportant mon attention sur Margaret et réalise que j’ai totalement perdu le fil de son discours. Embarrassée, je tente de reprendre contenance et me racle légèrement la gorge avant de lui répondre :

— Bien sûr.

Sauf que je n’ai toujours aucune idée de ce dont elle parle, si ce n’est que cela concerne le séquencier et, malheureusement, mon ennemi juré.

— Super ! Alex, peux-tu lui montrer… mince.

Je regarde avec horreur la réalisatrice sortir son téléphone de la poche arrière de son pantalon, consulter son écran puis le porter à son oreille en reculant vers la porte.

— Je reviens tout de suite, s’excuse-t-elle avant de disparaître dans le couloir, nous laissant seuls, Alexander et moi, dans la pièce.

Ma petite voix intérieure se met à hurler tandis que je serre et desserre les poings, espérant chasser la nervosité qui commence déjà à me dévorer l’estomac. La petite salle est plongée dans un silence assourdissant, à tel point que je dois jeter un œil par-dessus mon épaule pour m’assurer qu’Alexander ne s’est pas volatilisé. Lorsque mes yeux tombent sur sa silhouette crispée, je manque de m’enfuir en courant. Mais, pas plus tard que ce matin, j’ai décidé d’être plus forte que ça. Plus forte que mes regrets et notre passé commun. Et je compte bien m’y tenir.

Inspirant profondément, je redresse les épaules avant de m’avancer. Déterminée, je tire la chaise installée à côté du cadreur et m’y glisse sans lui accorder un regard. Sa proximité m’est déjà suffisamment pénible, pas besoin de m’attarder sur les détails agaçants de son visage. Ses iris noirs, les boucles sombres lui tombant sur le front, la ligne sévère et tranchante de sa mâchoire… Je grommelle silencieusement en tirant le storyboard vers moi, mes doigts se baladant déjà à travers les pages. Concentre-toi, Charlie.

— Bon, commencé-je, faussement détachée. Si vous discutiez des prises de demain, j’imagine qu’il s’agit des scènes 4, 16 et 17. Qu’est-ce que Margaret voulait que je…

— Je peux savoir ce que tu es en train de faire ?

Surprise, je me fige en relevant les yeux. Sur le visage d’Alexander, finalement tourné dans ma direction, je peux lire la même rancœur que celle qui vient de vibrer dans son ton rauque. La même fureur que celle qui bouillonne dans mes veines.

— Mon travail ? répliqué-je, piquante.

Agacé, le jeune homme serre la mâchoire en me fusillant de son regard noir.

— Ne fais pas comme si tu ne savais pas exactement de quoi je parle, Charlie.

— Et de quoi est-ce que tu parles au juste, Alexander ?

Le silence revient, encore plus fracassant qu’il y a quelques minutes. Têtue, je me borne à soutenir l’expression furieuse du caméraman. Qu’est-ce qu’il croit après tout ? Qu’il est le seul à ressentir cette colère ? Qu’il est le seul à se souvenir ? Alors que, six ans après, mes doigts continuent désespérément à dessiner son visage. Alors que, après tout ce temps, mes cauchemars me ramènent encore à cette nuit-là, à une porte qui claque dans mon dos, à mes pas précipités sous la pluie, aux larmes brûlantes sur mes joues, à son prénom roulant en boucle sur ma langue, à sa silhouette rassurante dans la nuit…

Je me détourne vivement, le cœur douloureux. Je ne suis pas là pour ça. Je n’ai pas accepté de remplacer Erin au pied levé, de quitter Londres pratiquement du jour au lendemain pour plusieurs mois, de rentrer en Irlande après de longues années de fuite, pour me retrouver confrontée à ça. Pour recommencer à souffrir sous le regard trop intense d’un garçon à qui j’ai un jour tout donné. D’un garçon qui m’a tout pris sans rien me rendre. Même lorsque mon univers tout entier s’effondrait à mes pieds.

Je ne suis pas là pour ça. Je ne veux pas de ça.

— Si tu ne veux pas revoir les scènes avec moi, très bien, conclus-je la voix tremblante. Je crois qu’on a fini.

Ma chaise crisse sur le sol alors que je me redresse prestement pour me diriger vers la porte. Mais je n’ai pas le temps d’atteindre le battant qu’il claque devant moi, la main d’Alexander venant de le refermer d’un coup sec devant mon visage.

— Qu’est-ce que…

— Tu vas vraiment passer les cinq prochains mois à prétendre qu’on ne se connaît pas ? me coupe-t-il, son torse à quelques centimètres seulement de mon corps tendu. À faire comme s’il n’y avait jamais rien eu entre toi et moi ?

À cette distance, son odeur m’échappe encore moins que lorsque nous nous sommes retrouvés enfermés ensemble dans l’ascenseur de l’hôtel hier soir. Et nos souvenirs me sautent à la gorge, un par un, se souciant peu des blessures qu’ils ravivent dans ma poitrine. Un clin d’œil dans une salle de classe, un demi-sourire devant un écran de cinéma, une main tendue sur un trottoir, une étreinte, des regards… Une multitude de regards.

Je serre les poings de nouveau, enfonçant mes doigts dans le plat de mes paumes jusqu’à m’en faire mal. Refusant de perdre la face.

— Il n’y a jamais rien eu entre toi et moi, je m’entends lui répondre, glaciale.

Sauf que c’est faux. Lui et moi, c’était réel. C’était tellement réel que je ne suis jamais parvenue à l’effacer.

— Tu as toujours été beaucoup de choses, Char. Mais jamais une bonne menteuse.

Vaincue, je lâche un rire sans joie :

— C’est vrai… Contrairement à toi.

Dans les yeux d’Alexander, il n’y a plus de rancœur à présent. Seulement de l’incompréhension. Seulement de la douleur. La même que celle qui brûle dans mon cœur.

— Je ne… souffle-t-il, perplexe.

Mais il n’a pas le temps de continuer. Le battant de la porte se rouvre derrière moi :

— Oh, vous avez déjà terminé ? s’étonne Margaret en apparaissant sur le seuil.

Son regard surpris passe de la silhouette du jeune homme à la mienne alors que ce dernier a fait plusieurs pas de côté pour s’écarter de moi. Je n’attends pas une seconde de plus pour m’échapper.

— Oui, dis-je en me tournant vers Margaret. Alexander est prêt pour demain. Ses plans vont être parfaits.

J’entends à peine la réalisatrice nous féliciter. Ou la blessure voilée dans le ton du cadreur lorsqu’il lui répond, incertain. Je me contente d’acquiescer et de les saluer, l’esprit vide. Puis je m’enfonce dans le couloir et je fuis. Encore une fois.

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FLASHBACK #4 (EXT. JOUR)

 

Dans la cour de récréation, pendant la pause de midi. Charlie est assise en tailleur sur un banc, à sa place habituelle. Son carnet est ouvert sur ses genoux, elle dessine. On entend de la musique s’échapper du casque posé autour de son cou. À côté d’elle, les jambes étendues nonchalamment devant lui, Alex consulte son téléphone avec attention. Les bras de sa chemise sont remontés jusqu’à ses coudes et sa cravate est défaite. Charlie lui jette un coup d’œil à la dérobée. Alex continue de balayer l’écran du pouce, faisant défiler le programme du cinéma. Les yeux de Charlie traînent sur son profil.

 

CHARLIE

Alors ? On va voir quoi ce soir ?

 

ALEX

(indécis)

Y a trop de choix…

Charlie se penche par-dessus l’épaule d’Alex pour jeter un œil au programme. Ses courtes mèches blondes effleurent la joue du garçon.

CHARLIE

(pragmatique)

Tu veux que je décide ?

Alex se recule vivement, éloignant son téléphone de la vue de Charlie. Ses joues sont un peu rouges.

 

ALEX

Tu rêves ! T’as déjà choisi les deux dernières fois ! Amusée, Charlie hausse les épaules avant de reprendre son croquis. Au même moment, Mona et sa bande traversent la cour dans leur direction. Elles s’approchent d’Alex en gloussant.

 

MONA

(mielleuse)

Hé, Alex !

Le crayon de Charlie se fige au-dessus de son dessin. À sa droite, Alex lève les yeux vers Mona.

 

ALEX

(blasé)

Mona ?

Mona se trémousse sur ses pieds et laisse traîner ses doigts dans sa jupe d’uniforme. Ses quelques amies semblent suspendues à ses lèvres. Aucune ne prête attention à Charlie.

 

MONA

On va surement aller faire un bowling après les cours avec une partie de la classe. Tu veux venir ?

Alex penche la tête de côté et fait mine de réfléchir. Les doigts de Charlie blanchissent autour de son crayon.

 

ALEX

Pourquoi pas.

Le crayon de Charlie tremble un peu. Ses épaules s’affaissent, dépitées.

 

ALEX

Charlie, ça te dit ?

Surprise, Charlie redresse la tête vers Alex. Il la dévisage avec un sourire en coin.

 

CHARLIE

(réjouie)

Je…

 

MONA

(interrompt, mauvaise)

Charlie a sûrement mieux à faire… pas vrai ?

Charlie croise le regard de Mona qui lui offre un faux sourire. Un temps. Charlie baisse les yeux sur son carnet.

 

CHARLIE

(morose)

Si. J’ai mieux à faire.

 

MONA

(ravie)

Parfait. Rendez-vous devant la grille tout à l’heure, Alex. Après un dernier sourire charmeur, Mona tourne les talons et s’éloigne, suivie par ses amies. Alex et Charlie restent silencieux. Charlie continue de fixer son carnet sans se remettre à dessiner. Alex la dévisage un moment avant de recommencer à consulter son téléphone. Un temps.

 

ALEX

(met son portable sous le nez de Charlie)

J’ai trouvé.

 

CHARLIE

(interdite)

Qu’est-ce que tu as trouvé ?

 

ALEX

Le film qu’on va voir ce soir.

Charlie repousse le bras d’Alex, mécontente.

 

CHARLIE

Tu vas au bowling ce soir.

La cloche sonne. La récréation est terminée. Alex se lève et range son téléphone dans la poche de son pantalon. Charlie le regarde faire sans bouger, toujours fâchée. Alex se tourne finalement vers elle.

 

ALEX

(malicieux)

J’ai mieux à faire.

Alex offre un clin d’œil à Charlie avant de s’éloigner. Charlie le regarde traverser la cour, son sac à dos se balançant sur son épaule. Un temps. Charlie referme son carnet d’un coup sec. Puis elle se lève, rassemble ses affaires et s’élance à la suite du garçon.

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