Te dire en silence

Julie Bradfer · Chapitre 26 sur 33

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Te dire en silence

Chapitre 23

 

— Félix ?

Mon assistant abandonne la nappe qu’il était en train de dérouler sur un des mange-debout éparpillés à travers la vaste salle dans laquelle nous nous trouvons. Les yeux rivés à l’amas de caisses posés dans un coin de la pièce, je l’entends s’approcher avec prudence.

— Oui ? dit-il en s’arrêtant à ma droite.

Je pointe un doigt devant moi pour lui désigner l’objet de mon déplaisir.

— Je peux savoir ce que c’est que tout ça ?

Félix se penche en avant pour entrouvrir l’un des cartons à nos pieds. Il en sort une bouteille en verre sombre qu’il porte à hauteur de son visage.

— Eh bien, observe-t-il, concentré, si j’en crois l’étiquette, il s’agit de champagne.

— Que tu as décidé de commander dans cette quantité pour quelle raison exactement ?

Il redresse les yeux dans ma direction, l’air terriblement innocent.

— Parce que tout le monde adore le champagne ?

Blasée, je croise les bras devant moi en lui offrant un regard dubitatif.

— Oh allez, Char ! s’exclame-t-il en se redressant. Ça fait cinq mois qu’on trime comme des fous sans faire la fête. Il fallait marquer le coup !

— Sans faire la fête ? Vraiment ? me moqué-je, me rappelant plutôt parfaitement d’une sortie en boîte de nuit très alcoolisée il y a quelques semaines.

Félix lève aussitôt les yeux au ciel :

— Oui, bon, d’accord, admet-il, il y a eu quelques dérapages, c’est vrai. Mais tu comprends ce que je veux dire.

J’ai beau comprendre exactement ce qu’il veut dire, le nombre de bouteilles de champagne empilées devant moi continue cependant de me tracasser. Ce que mon assistant semble deviner aisément.

— Je te jure que j’ai respecté le budget.

— Il ne manquerait plus que ça, m’exclamé-je, en lui assénant une petite claque sur l’épaule.

Rieur, Félix range la bouteille qu’il tenait encore en main avant de m’offrir un clin d’œil conspirateur.

— Je t’en laisserai un peu, promis.

Amusée malgré moi, je secoue la tête tandis que le jeune homme reprend gaiement la direction du mange-debout qu’il était en train de décorer. Lorsque nous avons réalisé le clap de fin, hier soir, après la dernière prise du tournage, il était dévasté. Il a fallu de nombreuses embrassades avec toute l’équipe pour le réconforter. Mon cœur est par conséquent bien plus serein de le voir aussi joyeux aujourd’hui. Overdose de champagne au programme ou non.

Jetant un regard autour de moi, je tente d’évaluer ce qui nous reste encore à faire avant le début des festivités. À vue de nez, je dirais qu’en l’espace d’une heure, nous devrions être prêts pour l’arrivée du traiteur. Sortant mon portable de ma poche, je m’apprête à en déverrouiller l’écran pour consulter ma To-Do list déjà bien entamée lorsque je remarque que j’ai plusieurs appels en absence. Ils proviennent tous d’Alexander. Inquiète, je tente de le rappeler.

Après quelques sonneries sans réponse, je tombe sur sa boîte vocale. J’insiste une seconde fois en m’interrogeant. La plupart de l’équipe technique se trouvait aux studios aujourd’hui pour démonter et charger dans les transporteurs tout ce qu’il restait encore de matériels, décors et accessoires sur place. Pour quelle raison Alex aurait-il cherché à me joindre à plusieurs reprises il y a une trentaine de minutes ?

— Charlie ? Tout va bien ?

Félix réapparaît à mes côtés alors que je tombe une nouvelle fois sur la messagerie du caméraman. Les sourcils froncés, je fixe mon écran en cogitant toujours :

— Je… je ne sais pas, c’est Alex, il…

— Charlie !

Surpris, Félix et moi redressons la tête vers l’entrée de la salle. Gareth, vêtu d’un bleu de travail, se dirige vers nous à grandes enjambées.

— Charlie, je te cherchais, ce… commence-t-il en arrivant à notre hauteur avant de se figer, l’air déconcerté, devant l’empilement de caisses contre le mur. Oh wow… c’est quoi tout ça ?

Comprenant qu’il fait référence à la commande démesurée de Félix, je lance un coup d’œil entendu à l’intéressé :

— Nos réserves pour ce soir, se contente de répondre ce dernier en haussant les épaules.

Gareth écarquille les yeux, un peu trop émerveillé pour me rassurer, avant de s’approcher de Félix pour le prendre par la taille.

— Bien joué, mo chroì, lui dit-il tout sourire en embrassant le coin de ses lèvres.

Mon assistant devient presqu’aussi cramoisi que sa tignasse rousse.

— Alex n’est pas avec toi ? pressé-je Gareth, trop préoccupée pour me soucier davantage de la débauche qui se profile à l’horizon. Il a essayé de m’appeler plusieurs fois mais je l’ai manqué.

Se détournant de son compagnon empourpré, Gareth semble retrouver ses esprits.

— Ah oui ! C’est pour ça que je te cherchais ! Il a dû partir.

Mes doigts se resserrent autour de mon téléphone tandis qu’un nœud commence à se former dans mon estomac.

— Partir ? répété-je, perdue.

Embêté, l’assistant se gratte l’arrière du crâne alors que Félix, ayant retrouvé sa couleur naturelle, me jette un coup d’œil tracassé.

— Il a reçu un coup de fil juste avant qu’on ne termine de charger le dernier camion, nous explique Gareth. Comme il n’a pas réussi à te joindre, il m’a demandé de te dire qu’il devait rentrer plus tôt. Ça avait l’air plutôt sérieux.

— Sérieux ? Sérieux comment ? je m’enquiers aussitôt.

— Je… je sais pas trop. Il avait l’air contrarié et… franchement inquiet.

Le nœud termine de se nouer au creux de mon ventre, tellement imposant et douloureux que je peine à reprendre mon souffle. Il n’y a qu’une seule chose qui inquiéterait suffisamment Alex pour qu’il décide de prendre la route pour Ennis sans attendre. Sullivan. Il a dû arriver quelque chose à Sullivan.

Je recompose le numéro d’Alexander avant même de m’en rendre compte.

— Charlie… m’appelle Félix alors que je commence à faire les cent pas, le téléphone à l’oreille et le cœur au bord des lèvres.

Toujours pas de réponse. Je jure en raccrochant.

— Il doit être en train de conduire, tente de m’apaiser Gareth.

— Je suis sûr que ce n’est rien de grave, insiste mon assistant, en venant poser une main rassurante dans mon dos.

Paniquée, je croise son regard bienveillant sans parvenir à faire taire mon angoisse.

— C’est forcément Sully, soufflé-je, impuissante.

Et j’ai beau ne pas le lui demander, Félix comprend ma supplique silencieuse avant même que je ne la formule. Il comprend comme il a toujours tout compris depuis le jour de notre rencontre. Implicitement. Simplement. Parce qu’il a toujours été davantage l’ami que l’assistant.

— Vas-y, me somme-t-il. Je m’occupe de gérer tout ce qu’il faut jusqu’à ton retour à Londres.

Reconnaissante, je referme mes bras autour de ses épaules pour le serrer contre moi.

— Merci, Félix.

— File.

Ne perdant pas une seconde de plus, je me dépêche de prendre la direction de la sortie. Mon bon sens me rattrape une fraction de seconde sur le seuil :

— Ne buvez pas tout ce champagne ! m’écrié-je, avant de disparaître en trottinant dans le couloir.

*

* *

Il fait nuit noire quand j’arrive à Ennis plusieurs heures plus tard. Le trajet en bus, en plus de me paraître interminable, m’a procuré un joli mal de reins. Ankylosée, je quitte le véhicule surchauffé sans regret, mon petit sac de voyage sur l’épaule et la grosse valise d’Alexander traînant derrière moi. J’ai laissé le reste de mes affaires à la réception de l’hôtel pour qu’elles soient renvoyées à mon adresse à Londres. Dans l’idéal, j’aurais tout emporté avec moi pour pouvoir prolonger mon séjour à Ennis au maximum avant le début de la postproduction dans une dizaine de jours. Mais les choses ne se sont de toute évidence pas passées comme prévu.

Pressée, je quitte la station de bus et m’enfonce dans les rues peu éclairées d’Ennis. Durant le trajet, j’ai encore tenté plusieurs fois de joindre Alex, sans plus de succès. À mesure que j’approche de son quartier résidentiel, l’inquiétude se densifie dans ma poitrine. Un millier de scénarios me sont venus en tête ces dernières heures, tous plus alarmants les uns que les autres. S’est-il passé quelque chose au centre de Sully aujourd’hui ? A-t-il eu un problème avec un autre enfant ? Pire, s’est-il blessé ?

Je marche si vite que j’arrive pratiquement en sueur sur le seuil de la maison des Walsh. Hésitante, je choisis de frapper à la porte plutôt que de sonner. Si Sully est endormi, je ne voudrais pas le réveiller. Après un petit moment de latence, j’entends des pas approcher de l’autre côté du battant, prudents. Quelques secondes s’écoulent sans que rien ne bouge. Perplexe, je m’apprête à frapper de nouveau quand la porte s’entrouvre enfin, laissant apparaître dans l’embrasure la mine méfiante de Carroll. Quand son regard se pose sur ma silhouette, son expression s’adoucit aussitôt, étrangement rassurée. Et je me demande un instant qui elle s’attendait à trouver sur le seuil pour paraître soudain aussi soulagée.

— Oh Charlie, c’est toi, souffle-t-elle en ouvrant davantage la porte. Entre, entre.

Remarquant mon paquetage imposant, elle s’empare sans hésiter de la valise d’Alex pour m’aider à la tirer à l’intérieur.

— Tu as fait toute cette route toute seule ? s’inquiète-t-elle doucement en refermant la porte dans mon dos.

— Oui, j’ai pris le bus, lui réponds-je sur le même ton en me débarrassant de mon sac de voyage.

À la fois heureuse et embêtée, Carroll m’étreint sans attendre.

— Tu aurais tout de même pu attendre demain matin, me gronde-t-elle gentiment en me tapotant le dos.

Sentant la tension à travers son étreinte, je recule légèrement pour la dévisager, soucieuse.

— Est-ce que tout va bien ? demandé-je. Alex est là ?

La mine chagrinée de Carroll ravive mon angoisse alors qu’elle me prend par la main pour m’attirer silencieusement vers le fond du couloir. La gorge nouée, je la suis sans un bruit tandis qu’elle nous conduit jusqu’à l’entrée du salon. Lorsque je m’arrête sur le seuil et que je prends conscience de l’état de la pièce sous mes yeux, quelque chose se brise derrière mes côtes. Probablement un morceau de mon cœur.

— Je… j’étais sur le point de… entame Carroll avant de s’interrompre, la voix tremblante. Enfin, je vais vous laisser tous les deux.

M’adressant un dernier regard malheureux, la petite femme s’éloigne en direction de la cuisine, me laissant bientôt seule dans le couloir tamisé. Ramenant mon attention sur le séjour, mes yeux s’accrochent à la silhouette d’un jeune homme, assis la tête basse sur le canapé. Le cœur lourd, je prends une grande inspiration. Puis je fais un pas sur le plancher.

Le sol est jonché de débris. Jouets d’enfants, feuilles déchirées, trousses et malles de jeu au contenu éventré… À croire qu’une mini-tornade s’est abattue juste à cet endroit, ravageuse. Malgré mes efforts pour les éviter, certains objets crissent sous mes pieds tandis que je tente d’imaginer ce qui a bien pu se passer ici en mon absence. Et la réponse est limpide, bien que j’aie du mal à l’envisager. Aussi limpide que les marques que je repère dans le cou et sur le visage d’Alexander quand je m’arrête finalement devant lui. Des égratignures. Comme de minuscules coups de griffes sur ses traits fatigués.

— Hé… soufflé-je en m’agenouillant devant lui.

Le regard perdu sur le sol, il ne réagit pas, impassible. Fouillant son visage, j’essaie de déterminer l’étendue des dégâts, surtout de ceux que je ne vois pas.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? continué-je en levant une main vers sa joue.

Du bout des doigts, j’effleure l’égratignure décorant sa pommette gauche. Il ferme les yeux à mon contact.

— Une mauvaise journée, déclare-t-il enfin, le ton rauque.

Soulagée de l’entendre me parler, j’insiste davantage :

— Quelque chose est arrivé au centre ?

Cette fois, ma question déclenche une réaction plus vive. Ses traits s’assombrissent, se voilant d’un éclat de colère et de honte alors qu’il s’éloigne soudain de la paume que je tendais vers lui.

— Non, articule-t-il entre ses dents serrées.

— Alors quoi ? le supplié-je, désarmée. Alex… tu sais que tu peux tout me dire.

De nouveau ébranlé par mes mots, le jeune homme se prend le visage entre les mains, fuyant toujours résolument mon regard. Et je ne peux soudain m’empêcher de penser que quelque chose m’échappe. D’autant plus quand il me répond :

— Pas ça…

— Pourquoi ?

— Parce que ça te ferait fuir.

Rendue muette par ses mots, le silence reprend sa place entre nous, et je comprends rapidement qu’Alex n’en dira pas davantage. Peinée, je ramène ma main sur mes cuisses. Un sentiment d’impuissance et de frustration m’envahit, me forçant à me détourner pour tenter de trouver quelque chose à faire qui pourrait m’occuper un peu l’esprit. Mes yeux s’arrêtent alors sur une petite trousse de soin, posée sur la table basse. J’imagine que c’est cela que Carroll s’apprêtait à faire avant que je ne frappe à la porte, il y a quelques minutes. Elle s’apprêtait à prendre soin de son fils. Comme je dois le faire à présent.

Déterminée, je me redresse, prête à aller m’emparer de la trousse quand les doigts d’Alex se referment autour des miens, urgents. Et un autre morceau de mon cœur se décroche de ma poitrine lorsque je découvre finalement la fêlure dans ses yeux noirs. Lorsqu’il se sent obligé de se justifier, de me rassurer, alors que c’est lui qui se tient au bord du gouffre. Lorsqu’il m’implore, la gorge nouée de désespoir :

— Ce… Ça n’arrive pas souvent. Il… Sully n’est pas comme ça souvent.

Une fois. Je n’ai assisté à une crise de Sullivan qu’une fois depuis que j’ai commencé à accompagner Alex à Ennis tous les week-ends. C’était après une journée particulièrement éprouvante ; nous avions oublié d’emmener son casque antibruit avec nous au parc ; son hyperacousie avait été particulièrement malmenée. Fatigué, il a explosé en début de soirée et je n’ai rien pu faire à part me mettre de côté le temps que son père l’aide à surmonter sa crise. Ce jour-là, c’est la première fois que j’ai vu le petit garçon s’emporter au point de se donner des coups. Mais l’ampleur de sa décharge émotionnelle s’était arrêtée là. Il n’avait rien tenté de détruire. Il ne s’était pas montré agressif envers Alex ou moi.

Bouleversée, je reviens vers le jeune homme recroquevillé sur le canapé et glisse mes doigts à l’arrière de sa nuque.

— Même si c’était le cas, ce n’est pas grave, Alex.

Et c’est la vérité. Ça n’a aucune importance. Je ne veux pas qu’il pense que cela change quoi que ce soit à mon envie de faire partie de sa vie, que cela modifie la façon dont je considère Sully, que cela remet en question mon choix de revenir vivre ici. Je ne veux pas qu’il pense que cela me fera fuir. Parce que ce n’est pas le cas. Je lui ai dit que je voulais tout de lui, ça y compris. Les hauts et les bas de son fils en font partie.

Mais pour ça, j’ai besoin qu’il me fasse confiance. J’ai besoin qu’il y croie. J’ai besoin qu’il croie que je ne m’en irai pas.

— Parle-moi, murmuré-je en enfonçant mon nez dans ses cheveux sombres.

Les épaules d’Alex tremblent sous moi alors qu’il cesse de lutter, enfin :

— Est-ce que… est-ce que ça fait de moi un mauvais père de… de juste parfois… rêver de ne pas avoir à vivre tout ça ?

Je referme mes bras autour de lui, espérant que mon étreinte suffise à le débarrasser de sa culpabilité et son chagrin. Ne serait-ce qu’un peu. Ne serait-ce qu’un moment. Juste le temps que ça lui fasse du bien.

— Non, réponds-je, tendrement. Ça fait simplement de toi un être humain.

Alex m’enlace à son tour, le visage pressé contre ma poitrine.

— Je suis épuisé, Charlie.

Sereine, j’embrasse tendrement le sommet de son crâne.

— Je sais. Mais je suis là maintenant. Alors repose-toi sur moi.

Et je pense qu’entre deux battements de cœur, c’est ce qu’il fait. Il reconnaît qu’il n’est pas invincible. Il réalise que je suis là. Pour de bon cette fois.

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FLASHBACK #23 – ENCHAÎNEMENT

DE SCÈNES

 

Les pièces vides d’une maison, jonchées de caisses. Joelyn est assise sur une chaise devant une fenêtre. Elle observe distraitement le jardin au-dehors. Charlie la contemple sur le seuil de la pièce, un carton dans les bras.

 

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Alex est assis au pied de son lit, les coudes sur les genoux et la tête baissée. Sa chambre est sens dessus dessous. Ses phalanges abîmées sont refermées autour de son portable qui sonne dans le vide.

 

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Charlie est debout au milieu de sa nouvelle chambre, pâle réplique de l’ancienne. Elle fixe les murs sans les voir, ses doigts sont recouverts d’encre. Sur le bureau dans son dos, on voit de nombreuses pages déchirées et froissées de son carnet à dessin. Posé sur les croquis avortés, l’écran de son téléphone s’allume. Il affiche plusieurs appels manqués.

 

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Alex est assis dans une salle de cinéma vide. Les mains dans les poches de son sweat à capuche, il fixe le grand écran inanimé. Las, il sort son téléphone de sa poche et compose le numéro de Charlie avant de le porter à son oreille. Après quelques secondes, il laisse retomber sa main sur sa cuisse, les yeux fixés sur l’écran de son portable. Un temps. Il ouvre la page du contact de Charlie. Un temps. Il supprime son numéro. Puis il quitte son siège.

 

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Charlie accompagne ses parents à l’hôpital pour le premier jour de la prise en charge de Joelyn. Des infirmières les accueillent dans une chambre et préparent Joelyn pour ses premiers tests. Debout sur le seuil, Yvan passe un bras autour des épaules de sa fille.

 

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Alex enchaîne les soirées et les fêtes. Les rires, la musique, l’alcool, tout se mélange.

 

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Charlie consulte le site internet de sa future faculté à Londres. Après seulement quelques secondes, elle referme l’écran de son ordinateur d’un coup sec.

 

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Carroll s’emporte sur Alex. Ignorant volontairement sa mère, Alex sort de sa chambre en la bousculant et s’éloigne dans le couloir. Carroll le poursuit jusqu’à l’escalier qu’il dévale à toute vitesse. Alex sort de sa maison en claquant la porte. Il redresse la capuche de son sweat sur sa tête, on voit que ses phalanges sont de nouveau abîmées. Il disparaît dans la nuit.

 

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Charlie se promène au hasard dans Londres, ses écouteurs sur les oreilles. Au détour d’une rue, elle se fige soudain sur le trottoir. Une enseigne de cinéma s’élève de l’autre côté du boulevard. Charlie la fixe un instant, peinée. Puis elle tourne les talons sans se retourner.

 

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Alex est debout devant l’ancienne maison de Charlie. Le panneau À VENDRE est barré d’un VENDU.

 

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Charlie range des courses avec sa mère. À de nombreuses reprises, Joelyn ne semble pas savoir quoi faire. Agacée, Charlie s’énerve un peu. Joelyn s’éloigne, hagarde, et retourne s’asseoir sur sa chaise. Charlie la regarde en silence, l’air triste et coupable. Puis elle rejoint sa mère et l’enlace par-derrière.

 

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Alex est à une soirée avec d’anciens camarades de classe. La fête bat son plein autour de lui. La mine sombre, il boit de l’alcool, adossé contre un mur. La fête et les lumières se brouillent autour de lui. Et il boit, et il boit, et il boit.

 

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Charlie est roulée en boule sur son lit. Seule la lumière de son téléphone l’éclaire alors que le reste de sa chambre est plongé dans le noir. Elle fait défiler un fil Instagram. Son pouce se fige au-dessus d’une photo pixélisée. Le cliché montre des adolescents en train de faire la fête. Le regard de Charlie s’arrête sur une silhouette en retrait du groupe, adossée à un mur. Charlie ferme les yeux en détournant la tête. Une larme roule sur sa joue.

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Alex titube dans un couloir sombre, ouvre une porte, trébuche et disparaît sur le seuil. Une jeune femme apparaît à sa suite et prend la même direction que le garçon.

 

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Charlie est recroquevillée dans son lit. Elle dessine les contours du regard d’Alex sur son carnet. Deux yeux sombres sur le papier.

 

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Alex se réveille nu dans un lit. Il semble avoir du mal à retrouver ses esprits. Après quelques secondes, il remarque la silhouette allongée à côté de lui. Les souvenirs de la fête semblent lui revenir. Horrifié, il se lève d’un bond et court jusqu’à la salle de bains. Atteignant les toilettes, il se plie en deux pour vomir. Dans la chambre, Mona, assoupie, se retourne dans le lit.

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