Tempêtes

Andrée A. Michaud · Chapitre 9 sur 35

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Tempêtes

Chapitre 7

L’horloge marquait vingt-trois heures cinquante-sept lorsque je l’ai aperçu pour la première fois, un homme de pierre ou de bois, de glace souillée de détritus, qui avançait péniblement sur le chemin menant à la propriété d’Adrien, sa silhouette éclairée par les reflets de la lune qui dessinait à ses côtés une ombre démesurée sur le blanc de la neige. Franck, ai-je d’abord murmuré, convaincue que ce crétin avait une autre fois vaincu la nuit et revenait se pendre dans mon salon. Sacre ton camp, Franck, décrisse, ai-je sifflé entre mes dents, puis j’ai saisi la carabine et me suis plantée au milieu de la baie vitrée pour qu’il me voie bien et sache qu’il n’était plus le bienvenu chez moi.

C’est alors que j’ai constaté qu’il ne pouvait s’agir de Franck, pas assez grand, et que ses yeux clairs évoquaient ceux d’un oiseau de nuit. Sacre ton camp, décrisse… J’ai armé la carabine et l’ai pointée vers lui, l’œil collé au viseur dans lequel je pouvais voir qu’il me souriait, me montrant ses dents pourries et sa langue rouge, ses gencives d’où coulait un peu de sang qui s’immisçait entre les dents et tranchait sur le jaune pâteux colorant l’émail. Un cadavre, un homme de bois ou de pourriture venu des profondeurs grouillantes de la terre. Au moment où j’ouvrais la porte avec la ferme intention de faire exploser sa grosse tête de chouette s’il se rapprochait davantage, il a disparu par où il était arrivé, à l’orée de la forêt, sur le flanc de la montagne.

Deux minutes plus tard, la radio répandait son bruit de friture dans le salon et je m’allongeais près du feu éteint.

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