Théâtre . 3
Acte III
Une salle d'attente du bureau de police. Deux portes à gauche, fenêtre au fond. Une table à gauche, une chaise. Un banc de bois à droite.
Acte III 72 Scène première
Les Gardiens, Champbourcy, Blanche, Léonida, Colladan
Champbourcy entre le premier, puis Léonida et Blanche, Colladan et le gardien.
Le Gardien, les introduisant par la deuxième porte de gauche. − Par ici... entrez tous...
Champbourcy, Colladan, Blanche, Léonida.
Ensemble
Affreuse destinée,
Et qui vient obscurcir
L'éclat d'une journée
Consacrée au plaisir.
Le Gardien. − Attendez... je vais prévenir M. Béchut.
Champbourcy. − M. Béchut ? ...
Le Gardien. − Le secrétaire de M. le commissaire... il va venir vous interroger...
Il sort. Tous posent leurs paquets sur la table.
Scène première 73 Scène II
Les Mêmes, moins Le Gardien
Colladan. − On va vous interroger... mais puisque nous n'avons rien à répondre...
Champbourcy. − Posez donc votre pioche... vous gesticulez.
Colladan va poser sa pioche dans un coin.
Blanche. − Papa, je voudrais m'en aller...
Champbourcy. − Ne crains rien... ce n'est qu'un malentendu...
Léonida. − En attendant, nous voilà en prison...
Champbourcy. − D'abord, nous ne sommes pas en prison... nous sommes au bureau de police... Tous les jours on va au bureau de police.
Colladan. − Si vous m'aviez écouté, nous serions en ce moment à la foire de Crépy... C'est votre faute...
Champbourcy. − Ma faute ? ... est−ce que je pouvais deviner qu'à Paris il poussait des montres dans les parapluies...
Léonida. − Aussi pourquoi, as−tu pris ton parapluie ? ...
Champbourcy. − Pourquoi ? ... pourquoi ? parce que Cordenbois m'a dit de le prendre. Tiens ! ... où est−il donc, Cordenbois ?
Tous. − C'est vrai !
Colladan. − Je ne l'ai point vu...
Champbourcy. − Il s'est éclipsé au moment du danger.
Colladan. − Il se sera fourré sous une table.
Blanche. − Au moins il est libre.
Champbourcy. − Ma fille, je n'échangerais pas mes fers contre sa liberté ! ...
Blanche. − Alors, tu crois qu'on va nous laisser sortir ?
Champbourcy, avec un sourire important. − Je l'espère... Je verrai M. le secrétaire... je lui parlerai... je me ferai connaître...
Colladan. − Je lui raconterai l'histoire de la cagnotte...
Scène II 74
Léonida. − Nous lui dirons que nous sommes venus à Paris pour visiter les monuments.
Blanche. − Et les boutiques...
Champbourcy. − Oh ! mes enfants, si nous parlons tous à la fois, nous sommes perdus... il faut qu'un seul prenne la parole.
Colladan. − Comme qui dirait l'avocat de la chose.
Champbourcy. − Faites choix d'un homme calme, éloquent, logique... Si je vous parais réunir ces qualités...
Blanche. − Ah ! oui, laissons parler papa.
Colladan, à Champbourcy. − Ne craignez rien ! ... je vous donnerai un coup d'épaule.
Champbourcy, voyant entrer Béchut. − Silence ! M. le secrétaire !
Scène II 75 Scène III
Les Mêmes, Béchut
Béchut, entrant, première porte à gauche, avec des papiers à la main, les examinant. − Ah ! vous êtes quatre...
Colladan. − Pour le moment.
Béchut. − Asseyez−vous.
Il prend place sur la chaise devant le bureau et consulte ses papiers.
Champbourcy, s'asseyant avec la société sur le banc en face. − M. le secrétaire est mille fois trop gracieux... (Bas aux autres.) Ayez l'air calme... la bouche souriante... comme des gens qui n'ont rien à se reprocher. (Tous se mettent à sourire.) Très bien ! restez comme ça !
Béchut, quittant ses papiers. − Il s'agit d'une montre trouvée dans le parapluie de l'un de vous. (Les voyant sourire.) Pourquoi me regardez−vous en souriant ?
Champbourcy. − Le sourire est l'indice d'une conscience tranquille.
Béchut. − Voyons... qu'avez−vous à répondre ? ...
Champbourcy, se levant. − Monsieur le secrétaire... il y a dans la vie des hommes, comme dans la vie des peuples, des moments de crise...
Béchut. − Il ne s'agit pas de cela ! ... bornez−vous à répondre à ma question... et surtout soyez bref... Comment cette montre s'est−elle trouvée dans votre parapluie ? ...
Champbourcy. − Avant d'entrer dans les détails de cette ténébreuse affaire, qui ne tend à rien de moins qu'à broyer sous son étreinte le repos et l'honneur d'une famille entière... je crois de mon devoir, comme homme, comme père, comme citoyen, de protester hautement de mon respect pour la loi... pour la loi que je n'hésite pas à proclamer...
Béchut, l'interrompant. − Mais vous ne me répondez pas...
Colladan, se levant. − Monsieur le président, voilà la vérité.
Béchut à Colladan. − Voyons, parlez, vous ! Otez votre chapeau.
Colladan. − Merci, il ne me gêne pas.
Béchut, à Champbourcy. − Asseyez−vous.
Colladan. − Bien sûr que sans la cagnotte nous ne serions pas ici, vu que nous sommes partis ce matin par le train de cinq heures vingt−cinq.
Scène III 76
Blanche. − Et M. Félix a manqué le convoi...
Béchut. − Mais la montre...
Champbourcy, se levant. − Si M. le secrétaire veut me permettre...
Béchut, à Champbourcy. − Non... asseyez−vous... (Champbourcy et Colladan se rassoient. A Colladan.) Continuez... Levez−vous donc ! ...
Colladan, se levant. − Moi, j'avais voté pour la foire de Crépy... mais la majorité n'a pas voulu...
Béchut, à part. − Celui−là est idiot... (Haut.) Il résulte de tout ceci que vous n'êtes pas de Paris...
Champbourcy, se levant. − Enfants de La Ferté−sous−Jouarre ! ...
Béchut, vivement à Champbourcy. − Asseyez−vous ! ... (Colladan s'assied.) Vous êtes venus à Paris en visiteurs ? ...
Colladan, se levant. − C'est la cagnotte.
Champbourcy, se levant. − En admirateurs de la grande cité.
Béchut, à Champbourcy. − Voyons ! puisque vous voulez parler... parlez encore une fois. (A Colladan.) Asseyez−vous ! (Ils se rassoient tous les deux ; à Champbourcy.) Voyons, levez−vous ! ... (Ils se lèvent tous les deux ; à Colladan.) Pas vous... asseyez−vous... (A Champbourcy.) Levez−vous...
Champbourcy. − Moi ? ...
Béchut. − Oui, vous. (Champbourcy reste debout, Colladan s'assied.) Comment cette montre volée s'est−elle trouvée dans votre parapluie ?
Champbourcy. − Commandant des pompiers de La Ferté−sous−Jouarre, investi de fonctions qui m'honorent...
Colladan, l'interrompant. − Il a donné une pompe à la commune.
Champbourcy. − J'ai fait assez pour mon pays...
Colladan, l'interrompant. − Monsieur le président, fils de fermier, ex−fermier moi−même... j'en ignore complètement au sujet de la montre...
Béchut. − C'est bien.
Blanche, se levant. − Nous n'avons fait de mal à personne.
Léonida, se levant. − Si une existence pure et sans tache...
Béchut. − Assez ! ...
Champbourcy, se levant. − Qu'on fouille dans ma vie... mon passé répondra de mon avenir...
Scène III 77
Béchut, se levant. − C'est bien... asseyez−vous tous ! ... (A part.) Ils sont trop bêtes pour être dangereux ! ... (Haut.) Ecoutez... je veux bien vous croire... Il n'y a pas de plainte contre vous... Je vais voir à vous faire remettre en liberté.
Tous, avec joie. − Oh !
Champbourcy, Léonida et Blanche se lèvent vivement, et Colladan, qui est à l'extrémité du banc, le fait basculer et tombe.
Béchut. − Mais prenez−y garde... l'autorité a l'oeil sur vous...
Il sonne et se rassoit.
Champbourcy, bas aux autres. − Je vous disais bien qu'on nous relâcherait... Mais Colladan a trop parlé.
Le Gardien, paraît. − Monsieur... le garçon est là...
Béchut. − C'est vrai... il y a un témoin... faites−le entrer... Restez là, vous autres.
Le Gardien, à la cantonade. − Venez !
Scène III 78 Scène IV
Les Mêmes, Le Gardien, Benjamin
Béchut à la table, le gardien au fond.
Béchut, à Benjamin. − Qu'avez−vous à dire ?
Benjamin. − Moi ? rien... Je demande le payement de ma note.
Béchut. − Quelle note ?
Benjamin. − La note du déjeuner... que ces messieurs n'ont pas voulu payer... la voici...
Il la remet à Béchut.
Champbourcy. − Cent trente−sept francs ? ... jamais ! ...
Colladan. − Jamais ! ... nous ne payons pas les zéros ! ...
Béchut, examinant la note. − "Melon... tournedos à la plénipotentiaire..." Oh ! oh ! ce n'est pas là un déjeuner de bourgeois. (A Champbourcy.) Pourquoi avez−vous refusé de payer ?
Champbourcy. − Parce que...
Colladan. − Parce que Monsieur est un voleur !
Benjamin. − Dites donc, vous ! ... s'il y a des voleurs ici, ce n'est pas moi... Si on voulait parler...
Tous. − Hein ?
Béchut, à Benjamin. − Qu'entendez−vous par ces mots ? ... Je vous somme de vous expliquer...
Champbourcy. − Moi aussi, je vous somme de vous expliquer !
Benjamin. − Ce n'est pas malin... on n'a qu'à vous fouiller, vous et vos sacs... on verra bien vite ce que vous êtes...
Champbourcy, étonné. − Nous et nos sacs ?
Colladan. − Qu'est−ce qu'il veut dire ?
Béchut, qui a ouvert les sacs placés sur la table. − Une lorgnette... des bracelets... un éventail.
Léonida. − Des commissions dont on nous a chargés...
Scène IV 79
Colladan. − Ce qui prouve que nous sommes d'honnêtes gens et qu'on ne craint pas de nous confier de la marchandise.
Benjamin, ironiquement. − Oui... confier ! ...
Colladan. − Qu'est−ce que tu dis, gringalet ? ...
Il fait un mouvement vers Benjamin et laisse tomber de son paletot un ciseau de menuisier.
Le Gardien, le ramassant et le remettant à Béchut. − Un ciseau de menuisier...
Colladan. − C'est à moi ! ...
Béchut. − Un instrument d'effraction ! ...
Champbourcy, bas à Colladan. − Pourquoi avez−vous acheté ça ?
Béchut, après avoir parlé bas au gardien. − Dans votre intérêt même, je vous engage à faire des aveux...
Champbourcy. − Moi ? jamais ! ... j'ai assez fait pour mon pays ! ... S'il n'y a pas eu d'incendie... ce n'est pas ma faute !
Colladan. − Nous sommes tous d'honnêtes gens...
Tous. − Nous n'avons pas fait de mal ! ...
Béchut. − Assez ! ... Suivez Monsieur... (Il désigne le gardien) dans la salle à côté... je vous rappellerai tout à l'heure... ces dames aussi ! ...
Béchut à la table, Benjamin près de lui.
Le Gardien. − Allons ! marchez !
Ils recommencent à protester de leur innocence en parlant tous à la fois.
Colladan. − Ne poussez pas !
Le gardien les fait tous entrer à gauche, deuxième plan. Le gardien sort le dernier et emporte tout ce qui est sur la table.
Scène IV 80 Scène V
Béchut, assis ; Benjamin
Béchut, à la table. − Rédigeons notre procès−verbal. (A Benjamin.) Voyons ! ... dites−moi tout ce que vous savez... A quelle heure sont−ils entrés chez vous ?
Benjamin. − Il était à peine huit heures... J'achevais de balayer le salon, quand j'ai entendu crier au voleur, sur le boulevard.
Béchut. − Ah ! on criait au voleur ? ... (Il prend une note.) Continuez...
Benjamin. − Ils se sont précipités dans le café... l'air effaré... ils ont commandé à déjeuner... tout ce qu'il y avait de mieux... en disant qu'ils avaient de l'argent... comme qui dirait de l'argent trouvé...
Béchut. − Oh ! cet aveu est grave... (Il prend une note.) Continuez.
Benjamin. − Il y en a qui sont sortis pendant qu'on préparait le déjeuner... la grosse femme est restée avec le chef de la bande... Elle lui a dit qu'elle était coupable... J'ai entendu derrière la porte... Quand les autres sont rentrés, ils ont étalé des bijoux sur une table... des bracelets, des lorgnettes, des tabatières... ils se sont partagé tout ça... et le chef a dit : "La journée commence bien..."
Béchut. − C'est clair... (Il prend une note.) Continuez.
Benjamin. − En se mettant à table... Ah ! j'oubliais ! ... il y en a un qui est entré après les autres... un gros qu'on n'a pas pincé... il cachait quelque chose dans son gilet... ça lui remontait dans l'estomac... il disait : "Ca me gêne... mais ça se fera."
Béchut. − Un contumax. (Il prend une note.) Continuez.
Benjamin. − Enfin, après avoir bien bu et bien mangé... ils ont refusé de payer... voilà ! ...
Béchut. − C'est bien... vous serez appelé comme témoin... vous pouvez vous retirer.
Benjamin. − Et ma note ? ...
Béchut. − On vous la payera au greffe ; sortez par là. (Benjamin sort, premier plan à gauche ; Béchut sonne ; au gardien qui paraît.) Faites rentrer ces gens.
Le Gardien, à la cantonade. − Rentrez−tous ! ...
Scène V 81 Scène VI
Béchut, Champbourcy, Colladan, Léonida, Blanche, Le Gardien
Tous, rentrant exaspérés. − C'est une indignité ! une horreur !
Champbourcy. − Je proteste au nom de la civilisation.
Béchut. − Qu'y a−t−il ?
Champbourcy. − On nous a fait vider nos poches !
Léonida. − Et on nous a tout confisqué !
Champbourcy. − Notre argent, nos montres, nos porte−feuilles ! on ne nous a laissé que nos mouchoirs !
Colladan. − Une chose inutile.
Champbourcy. − C'est une atteinte aux droits de la propriété.
Béchut, se levant. − Allons ! assez de phrases ! ... Je vous connais maintenant... vous êtes une de ces bandes qui s'abattent sur Paris, les jours de fêtes, et s'en retournent le soir, après avoir fait leur coup ! ...
Tous.− Nous ? ...
Colladan. − Monsieur le président... fils de fermier... fermier moi−même...
Béchut. − Ne faites donc plus le paysan, c'est inutile ; nous la connaissons, celle−là ! ...
Colladan. − Quoi ?
Béchut. − Je vais envoyer chercher une voiture pour vous conduire au Dépôt ;
Tous − Au Dépôt ?
Béchut. − Vous êtes tous des pick−pockets.
Il sort, suivi du gardien.
Scène VI 82 Scène VII
Les Mêmes, moins Béchut et Le Gardien
Tous. − Pick−pockets !
Champbourcy. − Qu'est−ce que c'est que ça ?
Blanche. − C'est un mot anglais... qui veut dire... fouilleurs de poches.
Tous. − Nous ! ...
Colladan. − Et l'on va nous mettre en dépôt ! ... Quel dépôt ? ...
Champbourcy ; − Nous arrêter, parbleu ! ...
On entend fermer à double tour la porte de l'extérieur.
Colladan. −Cric ! crac !
Champbourcy. − On nous enferme !
Léonida. − Et M. Cocarel qui m'attend ce soir ! Mon avenir est brisé !
Blanche. − M. Félix ne voudra plus m'épouser ! ...
Colladan. − Et Sylvain, tout frisé, qui m'attend dans le monde !
Champbourcy. − Mes amis, vous sentez−vous capables d'une grande résolution ?
Tous. − Oui !
Champbourcy. − Parlons bas ! ... Je vais vous proposer une de ces choses... qui font époque dans la vie d'un peuple...
Tous. − Ah ! mon Dieu ! ...
Champbourcy. − Autrefois, il y eut un homme appelé Monte−Cristo... c'est de l'histoire... la haine de la favorite le fit enfermer à la Bastille... il y resta trente − cinq ans !
Colladan et Blanche. − Trente−cinq ans !
Léonida. − Comme Latude !
Champbourcy. − Comme Latude ! ... Au fait... je crois que c'est Latude... ce n'est pas Monte−Cristo... Bref, ce que je veux vous proposer, c'est une évasion... Y consentez−vous ?
Scène VII 83
Colladan. − Parbleu ! ... nous ne demandons que cela ! ... mais par où ? La porte est fermée ! ...
Champbourcy, allant à la fenêtre ; tous remontent un peu. − Parlons bas ! ... la fenêtre nous reste...
Léonida. − Mais les dames ? ...
Champbourcy, courant à la fenêtre. − Un premier étage... au−dessous... une cour... avec un tas de fumier.
Colladan. − De l'engrais... je connais ça...un vrai lit de plumes ! ...
Léonida. − Mais nous allons en soirée ! ...
Champbourcy, poussant un cri. − Oh ! une corde !
Il la montre.
Tous, remontés près de la fenêtre. − Une corde ! ...
Champbourcy. − Je m'y accroche ! ... une fois en bas... je me procure une échelle... Attendez−moi... (Il saisit la corde ; on entend un bruit de cloche effroyable,) Ah ! sapristi ! il y a une cloche au bout.
On entend grincer la serrure.
Colladan. − On vient ! ...
Il s'assied à la place de Béchut.
Champbourcy, s'éloignant de la fenêtre. − Du sang−froid ! ... Asseyez−vous tous ! ... souriez ! ...
Tous les quatre s'assoient sur le banc.
Scène VII 84 scène VIII
Les Mêmes, Le Gardien
Le Gardien, entrant. − Quel est ce bruit ?
Colladan. − Je n'ai rien entendu !
Champbourcy. − C'est quelqu'un qui sonne dans la cour.
Le Gardien. − Ne vous impatientez pas, la voiture ne va pas tarder à arriver.
Il ferme avec une barre de fer et un cadenas.
Colladan, bas aux autres. − Il met les cadenas !
Champbourcy, à part, fouillant à sa poche. − Et rien ! ...rien pour corrompre ce geôlier ! (Se levant ; au gardien.) Monsieur, on m'a tout pris...mais j'habite La Ferté−sous−Jouarre. Si jamais vous passez par là... ma maison... ma table...
Le Gardien. − Plaît−il ? ...
Colladan. − Venez dîner chez nous... je vous ferai boire un petit reginguet.
Le Gardien. − Une tentative de corruption ! je vais la faire consigner au procès−verbal !
Il sort.
scène VIII 85 Scène IX
Les Mêmes, moins Le Gardien
Champbourcy. − Flambés !
Colladan, poussant un cri. − Ah !
Tous. − Quoi donc ?
Colladan. − Ma pioche ! ils ont oublié ma pioche !
Tous. − Eh bien ?
Colladan. − Je fais un trou dans la muraille et nous filons par la maison voisine.
Champbourcy. − Sublime !
Colladan remonte vivement.
Léonida. − J'aime mieux ça que la fenêtre.
Champbourcy ; − Allez ! dépêchez−vous !
Colladan, lève la pioche et s'arrête. − Oui, mais ils vont m'entendre cogner par là !
Indiquant la droite.
Champbourcy. − C'est vrai !
Léonida. − Comment faire ?
Colladan. − Chantez tant que vous pourrez... ça couvrira le bruit.
Champbourcy. − Comme dans Fualdès. (Aux femmes. ) Allons !
Blanche. − Mais quoi chanter ?
Léonida. − Mon grand air de Guillaume Tell...
Champbourcy. − Non ! ça ne fait pas assez de bruit...La chanson que j'ai composée pour le banquet des pompiers...vous y êtes ? (A Colladan.) Tapez, vous !
Colladan se met à frapper contre la muraille de droite pendant que les trois autres chantent, groupés à gauche.
Champbourcy, Blanche, Léonida
Scène IX 86
Air de Sologne
Chez nous est arrivé
Un Champenois crotté,
Il était si crotté,
Qu'il en faisait pitié
Tous
Il secouait, secouait
Sa blouse, sa blouse
Il secouait secouait
Sa blouse, tant qu'il pouvait.
A la fin du couplet, plusieurs plâtras se détachent et tombent à terre.
Colladan. − Ah ! saprelotte ! qu'est−ce que nous allons faire de tout ça ?
Champbourcy. − Dans nos poches... il y a de la place...
Ils ramassent les débris et les mettent dans leurs poches.
Colladan. − Là ! ... maintenant continuons.
Ils chantent.
Et où le mettrons−nous ?
Dedans notre cellier.
Blanche, près de la porte, au fond, à gauche. − Chut ! on ouvre la porte !
Champbourcy. − Ah ! sapristi ! et le trou, comment le cacher ?
Colladan. − Nom d'un nom !
Champbourcy. − Ah ! Léonida ! plaque−toi là !
Il la pousse contre le mur, devant le trou.
Colladan. − Juste la mesure !
Champbourcy. − Ne bouge pas.
Scène IX 87 Scène X
Les Mêmes, Béchut
Béchut, entrant avec un papier et un crayon à la main. − Vous avez oublié de me donner vos noms et prénoms... J'en ai besoin pour rédiger mon procès−verbal.
Champbourcy. − Théophile−Athanase Champbourcy, de La Ferté−sous−Jouarre, commandant...
Béchut, écrivant. − C'est inutile. (Désignant Blanche.) Mademoiselle ? ...
Blanche. − Blanche−Rosalie Champbourcy...
Colladan, cachant sa pioche derrière son dos. − Jean−Cadet Colladan.
Béchut, à Champbourcy, désignant Léonida. − Madame est votre femme ?
Léonida, faisant un mouvement. − Sa soeur... Je suis demoiselle.
Champbourcy. − Ne bouge pas.
Léonida se recolle contre le mur.
Béchut. − Ne craignez rien... approchez... (Elle ne bouge pas.) Je vous dis d'approcher... Approchez donc ! ... (Léonida quitte la place. Colladan la prend vivement et bouche le trou. A Léonida.) Vous vous appelez ?
Léonida. − Zémire−Léonida Champbourcy.
Béchut. − C'est tout... Un jour de mardi gras, on trouve difficilement des voitures... mais il va en arriver une.
Il sort
Scène X 88 Scène XI
Les Mêmes ; puis Le Gardien
Tous. − Il est parti !
Colladan, frappant la muraille. − A la pioche ! chantez !
Tous, chantant.
Et où le mettrons−nous ?
Dedans notre cellier.
Colladan, les interrompant. − Chut ! le trou traverse !
Tous. − Sauvés !
Champbourcy. − J'entends parler !
Colladan. − Voyons chez qui nous allons entrer... (Il aspire.) Ca sent le tabac. (Il regarde par le trou et recule épouvanté.) Une caserne de municipaux !
Tous. − Ah !
Champbourcy. − Sapristi !
Le Gardien, entrant. − La voiture est en bas... Allons, en route ! Un trou dans la muraille ! ... Qui est−ce qui a fait cela ?
Colladan. − Ce sont les souris.
Le Gardien. − Une pioche ! une tentative d'évasion ! ... votre affaire est bonne ! ... En route !
D'autres gardiens sont entrés et les entraînent pendant le choeur.
Choeur
Air
Les Gardiens
En prison
Qu'à l'instant on les mène,
Leur résistance est vaine,
Scène XI 89
Pas de raison !
Les Autres
En prison
Se peut−il qu'on nous mène,
La résistance est vaine,
Pas de raison !
Ils sortent.
Scène XI 90 Acte IV