Uranus
Chapitre IV
Le professeur Watrin sauta du lit à sept heures moins le quart, resta cinq minutes en chemise devant la fenêtre à regarder la campagne dans le soleil du matin et, enfilé son caleçon, alla à la table de toilette. Lavé, il vit un gros bourdon bourdonnant qui se cognait aux murs et aux meubles. Il se mit à sa poursuite en riant et en lui prodiguant des conseils, jusqu’à ce que l’insecte eût retrouvé la fenêtre et bondi dans l’espace. Watrin mit son pantalon, se chaussa et vint encore une fois contempler le paysage. Comme distraitement, il prit le globe terrestre posé sur un coin de la table et, lorsque Archambaud entra après avoir frappé, il le tenait dans ses bras, on aurait dit maternellement.
« Bonjour, Watrin. Excusez-moi...
– Bonjour. Il fait aussi beau qu’hier. »
Mais Archambaud ne semblait guère se
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soucier du beau temps. Watrin montra les ruines toutes blondes dans la clarté du matin.
« Regardez. Je suis sûr que là-dedans, c’est plein de petits lézards.
– Ça ne m’étonnerait pas. Dites-moi, est-ce que vous m’accordez cinq minutes ? J’ai quelque chose à vous demander.
– À votre service. Asseyez-vous. »
Au lieu de s’asseoir, Archambaud se rapprocha du professeur et lui parla à l’oreille.
« Vous avez peut-être connu avant la guerre un nommé Maxime Loin ? Il était employé dans les bureaux de l’usine. Un type qui publiait des plaquettes de vers. Il a fait aussi des conférences à la salle des fêtes. Il avait fondé un cercle des amis de je ne sais plus qui.
« De Proudhon. Oui, oui, je me souviens. Mais c’est bien lui, sous l’occupation, qui a dirigé ce journal...
– Parfaitement. La justice le recherche pour le juger et le fusiller. À la Libération ou un peu après, il est venu se cacher ici, chez des gens qui
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habitent une cave au milieu des ruines. Il y a vécu pendant huit mois, ne sortant que la nuit pour prendre l’air. A-t-il été vu ou dénoncé, on ne sait pas. Toujours est-il qu’hier soir, on est venu l’arrêter chez les gens qui l’hébergeaient. Il a réussi à s’échapper par un soupirail et comme il faisait nuit noire, je crois qu’avec un peu plus de sang-froid, il aurait pu gagner la campagne. Il est vrai que les F.F.I., la gendarmerie et la police étaient sur pied, sans compter de nombreux auxiliaires bénévoles. Avec ça, il s’est esquinté la cheville en dégringolant d’un tas de pierres. Bref, hier soir, quand je suis allé me promener, il était planqué dans l’encoignure de la quincaillerie. La nuit était noire, mais il m’a entendu sortir et, comme j’avais laissé la porte entrebâillée, il s’est glissé dans le couloir. En rentrant, je l’ai trouvé dans le vestibule.
– Alors ? demanda Watrin excité.
– Alors, je me suis trouvé très embarrassé. Je pouvais le livrer aux gendarmes, comme aurait fait un vrai patriote. Je pouvais le laisser se débrouiller tout seul et c’était peut-être la
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sagesse. Ou alors lui sauver la mise. C’est ce que j’ai fait. Il est là, chez moi. Il couche dans la chambre des jeunes gens. Pierre partage son lit avec lui. Je ne sais pas combien de temps il va nous rester sur les bras...
– On ne peut pas le laisser partir avant de lui avoir trouvé une retraite sûre », émit Watrin en enfilant sa veste.
Il vit s’assombrir le visage de l’ingénieur et fut déçu de constater qu’il n’accueillait pas l’aventure avec plus d’allégresse.
« C’est qu’il est terriblement embarrassant, murmura Archambaud. Je ne parle pas de l’incommodité qui en résulte pour nous, mais de la difficulté de le tenir caché dans ces deux pièces. Vous n’imaginez pas tous les petits problèmes que pose sa présence. Une imprudence, une distraction, et tout est perdu. Et le voisinage des Gaigneux n’arrange rien. C’est même là qu’est le plus gros danger.
– Si je peux vous être utile...
– Justement. Il y a des circonstances où on a
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besoin de l’escamoter. Des gens à dîner, des visites. Tenez, le problème se pose déjà ce matin. La femme de ménage vient à neuf heures et, naturellement, elle circule dans les deux pièces. Si vous acceptiez que notre homme vienne se réfugier chez vous jusqu’à midi...
– Mais naturellement. Ça va de soi. Qu’il vienne chez moi quand il voudra, que j’y sois ou non.
– Merci, Watrin. Vous me rendez un très grand service.
– N’ayez pas d’inquiétude, tout se passera très bien, dit Watrin qui ajouta en riant : Surtout soyez de bonne humeur. Pensez aux satisfactions que vous allez trouver maintenant dans l’hypocrisie. »
Archambaud rit aussi, mais le cœur n’y était pas et il quitta la chambre avec un visage soucieux. Watrin consacra cinq minutes à faire son lit et son ménage et sortit à son tour, emportant un paquet de copies corrigées qui dépassait de la poche de sa veste.
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La seule partie de Blémont épargnée par les bombes formait un îlot d’une douzaine de rues. La densité de la population y ayant presque triplé, l’animation était beaucoup plus grande qu’autrefois et à l’heure du matin où les Blémontois se rendaient au travail, la rumeur d’une foule pressée emplissait le quartier. Watrin gagna la place Saint-Euloge et se dirigea vers le café du Progrès, un établissement de médiocre apparence, dont la façade fraîchement repeinte en marron sentait l’humidité et le bois vermoulu. L’intérieur, où régnait une odeur de moisi, était propre et assez bien éclairé. Au milieu de la salle, une grosse poutre étayait le plafond qui avait longtemps menacé de s’effondrer sur les tables. Derrière le zinc, Léopold le patron, assisté de sa femme, servait les clients du matin qui venaient avaler un marc ou un café national. Ancien lutteur de foire, Léopold avait une carrure presque monstrueuse et, enfoncée entre les épaules, une énorme tête chauve, écarlate et comme tuméfiée par l’alcool. Avant la guerre, sa force était renommée dans tout le canton et, pour divertir ses clients, lorsqu’il était d’humeur un
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peu enjouée, il lui arrivait encore d’écraser le goulot d’une bouteille de Champagne entre ses dents. Watrin s’accouda au zinc à côté d’un garçon coiffeur prénommé Alfred que trois autres consommateurs venaient de prendre à partie. L’un d’eux, parlant pour tous avec un accent de haine passionnée, déclara :
« Charogne, on te butera. Tu m’entends, on te butera.
– Allons, allons », dit Léopold.
Alfred, le garçon coiffeur, un grand blond lymphatique à l’air abruti, aux épaules en goulot de bouteille, restait silencieux, les yeux baissés.
« Maxime Loin, tu sais peut-être où il est, toi. Les Boches, tu étais assez content de leur couper les cheveux et de leur envoyer des sourires. Fumier, on l’aura, ta peau.
– Allons, allons, dit Léopold.
– Une ordure qui voudrait jouer au mâle avec les filles. Je vas t’aider, moi, bouge pas. À coups de talon dans la gueule que je veux que tu sois buté.
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– Allons, allons... »
Alfred restait muet. La patronne, une petite femme usée et ridée, aux cheveux blancs, lui servit un café national. Il voulut prendre le verre, mais sa main tremblait si fort qu’il y renonça. Watrin lui frappa cordialement l’épaule.
« Ne vous tracassez pas, mon vieux. Tout ça, c’était pour rire. Monsieur ne pense pas un mot de ce qu’il vient de vous dire. »
Alfred eut un pâle sourire, mais l’adversaire prit mal l’intervention de Watrin.
« Vous, le grand sifflet, lui dit-il, commencez par la boucler. Je n’admets pas... »
Il n’eut pas le loisir de poursuivre. Léopold s’était penché sur le zinc, l’avait saisi par le revers du veston et, le tenant suspendu à bout de bras, s’écriait :
« Qu’est-ce que j’entends ? Tu oses traiter M. Watrin de grand sifflet ? Tu oses manquer de respect à un professeur du collège de Blémont ? Fais-moi le plaisir de payer ton verre et de me foutre le camp d’ici en courant ! »
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Suffoquant sous la poigne du cafetier, l’homme roulait des yeux furieux et se secouait pour essayer de reprendre pied sur le parquet. Ses deux compagnons tentèrent en sa faveur une intervention humble et prudente. Le professeur lui-même prononça des paroles conciliantes.
« Rien du tout ! Je n’admettrai pas qu’on manque à M. Watrin ! Et d’abord, vous autres, vous devriez être honteux de vous porter à trois contre un pauvre idiot sans défense comme Alfred. Mais minute. Si j’apprends qu’on a seulement touché à un cheveu de sa tête, j’en fais mon affaire personnelle. Mettez-vous ça sous la casquette. Allons, règle ton verre, toi. »
Toujours suspendu à bout de bras, l’homme prit douze francs dans sa poche et les posa sur le zinc. Il se retrouva aussitôt d’aplomb sur ses pieds. Pâle de rage et d’humiliation, il reprenait haleine en fixant sur le patron un regard meurtrier. D’une voix rauque, encore essoufflée, il articula :
« Rappelle-toi de ce que je te dis...
– Hors de mon établissement, alcoolique ! »
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tonna Léopold en montrant la porte du doigt.
Sentant passer encore un coup le vent de la colère, l’autre n’hésita qu’une seconde et tourna les talons. Léopold se versa un grand verre de vin blanc qu’il avala d’un trait. Il était un peu plus de huit heures moins le quart. Les derniers clients ne tardèrent pas à partir et lorsque Watrin resta seul au zinc, la patronne lui apporta un bol de vrai café et une tartine de beurre.
« Mais enfin, demanda le professeur, pourquoi en veulent-ils à ce malheureux ?
– Des histoires de femmes, répondit le patron. À les entendre, on croirait facilement qu’Alfred était le bras droit d’Hitler, mais la vérité, c’est qu’avec sa gueule d’ahuri et sa mine de papier mâché, il est la coqueluche des femmes et naturellement qu’il y a des jaloux. »
M. Didier, un collègue de Watrin, venait d’entrer dans l’établissement et le rejoignait au zinc. Accueilli avec une sympathie déférente, il eut droit, lui aussi, au vrai café et à la tartine de beurre.
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« Voyez par exemple Rochard, celui que j’ai failli corriger tout à l’heure. Il louchait sur la veuve d’un contremaître. Mais elle, justement, elle n’aime pas le genre ouvrier. Ce qui lui plaît, c’est le métier joli, la délicatesse, et Alfred, il a pour lui l’ondulation, la permanente à domicile et les mains de velours. Pas besoin de vous en dire plus long. »
Cependant, de jeunes garçons de treize à quinze ans, portant sous le bras livres et cahiers, entraient au café du Progrès où ils s’asseyaient devant les tables de bois après avoir salué les professeurs et les patrons. Le collège de Blémont étant détruit, la municipalité avait réquisitionné certains cafés pour les mettre à la disposition des élèves, le matin de huit à onze heures et l’après-midi de deux à quatre. Pour les cafetiers, ce n’étaient que des heures creuses et leurs affaires ne pâtissaient pas. Néanmoins, Léopold avait vu de très mauvais œil qu’on disposât ainsi de son établissement et la place Saint-Euloge avait alors retenti du tonnerre de ses imprécations. Le jour où pour la première fois les élèves étaient venus s’asseoir au café du Progrès, il n’avait pas bougé
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de son zinc, le regard soupçonneux, et affectant de croire qu’on en voulait à ses bouteilles. Mais sa curiosité, trompant sa rancune, s’était rapidement éveillée et Léopold était devenu le plus attentif des élèves. Tout l’intéressait, même ce qu’il ne comprenait pas. Il écoutait avec recueillement et admiration les paroles qui tombaient de la bouche du professeur. À vrai dire, les leçons de mathématiques n’étaient rien de plus pour lui qu’un sujet d’étonnement et le peu qu’il retînt des cours d’histoire formait dans son esprit une bouillie confuse. Il n’en était pas de même au cours de français, car Léopold, s’il lui arrivait de s’égarer dans les commentaires, trouvait de solides points d’appui dans les textes des auteurs.
« Je me sauve, dit Watrin. Mes élèves de mathélème m’attendent au café de la Pomme d’Or.
– On vous verra quand même tout à l’heure ? s’informa Léopold.
– Oui, j’ai mes élèves de première à dix heures. »
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Watrin sorti, le professeur Didier resta seul devant le zinc à boire son café. C’était un vieil homme, triste et fatigué, qui avait repris du service au début des hostilités. Il ne croyait plus à la valeur de son enseignement et disait parfois à ses collègues que pour faire des officiers de réserve et des électeurs, il n’y avait pas besoin de tant de simagrées. Il avait beau s’efforcer de lire dans les événements, dans les cœurs et dans les consciences, il n’y voyait ni le latin ni les classiques qu’il avait prodigués pendant quarante ans.
« Alors, monsieur Didier, c’est vous qui commencez, ce matin ?
– Oui, je suis en français avec la troisième.
– Andromaque, hein ? murmura Léopold en souriant. C’est beau, Andromaque. Dites, monsieur Didier ? »
Le professeur, derrière ses lunettes de fer, leva son regard usé sur l’énorme face rubiconde et boursouflée du cafetier. Il n’osa pas lui dire qu’à force de les rabâcher, Racine et les autres classiques n’étaient plus pour lui que des sujets
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de devoir de français.
« Vous avez raison, monsieur Léopold, Andromaque, c’est très beau. Allons, je crois qu’il est l’heure. »
Léopold s’assura que la troisième était au complet. Ils étaient douze élèves, quatre filles et huit garçons, qui tournaient le dos au comptoir. Tandis que le professeur gagnait sa place au fond de la salle, le patron alla retirer le bec de cane à la porte d’entrée afin de s’assurer contre toute intrusion. Revenu à son zinc, il but encore un coup de vin blanc et s’assit sur un tabouret. En face de lui le professeur Didier s’était installé à sa table sous une réclame d’apéritif accrochée au mur. Il ouvrit un cahier, jeta un coup d’œil sur la classe de troisième et dit :
« Hautemain, récitez. »
Léopold se pencha sur son siège pour voir l’élève Hautemain que lui dissimulait la poutre étayant le plafond. La voix un peu hésitante, Hautemain commença :
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Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce ?
Faut-il qu’un si grand cœur montre tant de faiblesse ?
– Asseyez-vous, dit le professeur lorsque Hautemain eut fini. Quinze.
Il notait avec indulgence. Estimant que la plupart de ces enfants vivaient et travaillaient dans des conditions pénibles, il voulait les encourager et souhaitait que l’école, autant que possible, leur offrît les sourires que leur refusait trop souvent une existence troublée.
À son zinc, Léopold suivait la récitation des écoliers en remuant les lèvres et avalait anxieusement sa salive lorsqu’il sentait hésiter ou trébucher la mémoire du récitant. Son grand regret, qu’il n’oserait jamais confier à M. Didier, était de ne participer à ces exercices qu’en simple témoin. Léopold eût aimé réciter, lui aussi :
Captive, toujours triste, importune à moi-
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même,
Pouvez-vous souhaiter qu’Andromaque vous aime ?
Malgré la timidité et le respect que lui inspirait Andromaque, il lui semblait qu’il eût trouvé les accents propres à émouvoir le jeune guerrier. Il se plaisait à imaginer sa voix, tout amenuisée par la mélancolie et s’échappant du zinc comme une vapeur de deuil et de tendresse.
« Les cahiers de préparation », dit le professeur Didier.
Les élèves ayant étalé leurs cahiers, il alla de table en table s’assurer qu’ils avaient exécuté le travail portant sur un autre passage d’Andromaque. Pendant qu’il regagnait sa place, Léopold se versa un verre de blanc.
« Mademoiselle Odette Lepreux, lisez le texte. »
Odette Lepreux, une mince jeune fille de quatorze ans, toussa pour s’éclaircir la gorge. Léopold, qui la voyait de dos, considérait avec
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une tendresse paternelle sa taille frêle et le flot de ses cheveux châtains bouclant sur les épaules. Une fois de plus, il se sentit fier de réunir dans son établissement toute une jeunesse savante et appliquée. Odette se mit à lire d’une voix claire, encore enfantine, où tremblaient des perles d’eau fraîche :
Où fuyez-vous, Madame ?
N’est-ce point à vos yeux un spectacle assez doux
Que la veuve d’Hector pleurante à vos genoux ?
Sur ces paroles d’Andromaque, la patronne, venant de sa cuisine, pénétra discrètement dans l’enceinte du zinc. Comme elle s’approchait du cafetier, elle eut la stupéfaction de voir les larmes ruisseler sur ses joues cramoisies et interrogea :
– Qu’est-ce que t’as ?
– Laisse-moi, murmura Léopold. Tu peux pas comprendre.
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– Enfin, dis-moi ce que t’as.
– Ne m’emmerde pas, je te dis.
Odette Lepreux poursuivait la lecture :
Par une main cruelle hélas ! j’ai vu percer
Le seul où mes regards prétendaient s’adresser.
La patronne considérait cet homme étrange, son mari, auquel ses reproches et ses prières n’avaient jamais réussi, en trente ans de vie commune, à tirer seulement une larme. Ne revenant pas de son étonnement, elle oublia une minute ce qu’elle était venue lui dire. Enfin, elle se ressaisit et se pencha sur lui.
« Léopold, les gendarmes sont là. Ils viennent perquisitionner. »
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