Vaillance

Charles Wagner · Chapitre 19 sur 25

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Vaillance

Chapitre XVII

SURSUM CORDA!

Honorer Dieu Aimer l’humanité, Agir en brave

Triades gauloises.

«… Dieu saint! Je me donne aujourd’hui à toi de la manière la plus solennelle… Je renonce à tous les maîtres qui ont dominé sur moi, aux joies du monde et aux convoitises de la chair. Je renonce à tout ce qui est périssable, afin que Dieu soit mon tout. Je te consacre tout ce que je suis et tout ce que j’ai: les facultés de mon esprit, les membres de mon corps, mon temps et mes ressources… Daigne m’employer, Seigneur, comme un instrument destiné à ton service…

«… Que le nom du Seigneur me soit en témoignage éternel que je lui ai signé cette promesse avec la ferme et bonne volonté de la tenir.

Strasbourg, le 1er Janvier 1760.

Jean-Frédéric Oberlin[11].

[11] Tel fut le point de départ d’une des existences les plus nobles et les plus fécondes qui aient honoré la France et l’humanité. Jean-Frédéric Oberlin, né à Strasbourg le 31 août 1740, devint, en 1767, le «ministre catholique évangélique» (c’est le titre qu’il s’était donné) de la rude paroisse du Ban-de-la-Roche, perdue dans un vallon des Vosges. Il en fut, pendant près de soixante ans, l’apôtre, le civilisateur et le bienfaiteur, et y mourut dans sa 86e année, le 1er juin 1826.

Il renouvela, dans sa trentième année, l’engagement qu’il avait signé dix ans auparavant. Au déclin de sa vie, relisant une fois de plus son «acte de consécration», il ajouta en marge: «Seigneur, aie pitié de moi!» Il était alors dans sa 82e année. Il mourut quatre ans plus tard (1er juin 1826). La devise qu’il s’était choisie était celle-ci: Marche devant Dieu. Dans son testament il avait écrit ces paroles: «Puissiez-vous oublier mon nom, et ne retenir que celui de Jésus-Christ.»

 

Si le grain de blé qui sommeille sous les noirs sillons savait ce qu’il est, il se réjouirait en pensant qu’il résume la peine du laboureur et le soleil de Dieu; qu’il sera le pain de l’avenir, qu’il en est aujourd’hui l’espérance. Il s’associerait librement à sa destinée, l’accomplissant avec amour, à travers la germination, la floraison et la maturité, et jusqu’à l’écrasement sous la meule du moulin.

Si l’homme se rendait compte de ce qu’il est et peut devenir, il ferait de même.

J’ai essayé, dans ce livre, de faire sentir ce que notre destinée a de grand. Mon désir est de le dire une fois encore en quelques lignes brèves.

Qu’est-ce qu’un homme?

Un homme, c’est celui qui croit à la vie, à «la fuite utile des jours», au labeur fécond, à la douleur libératrice; c’est celui qui se confie à la volonté qui est au fond des choses.

Un homme, c’est celui qui a le cœur fraternel, qui ne conçoit pas son bonheur séparé du bonheur des autres, qui reste uni à l’ensemble, marche dans le rang et aime l’humanité, comme il aime sa famille et sa patrie, de toute l’émotion de ses entrailles et de toute sa puissance de sacrifice.

Un homme, c’est celui qui essaye de se gouverner, non selon ses passions, ses intérêts ou le caprice et la violence d’autrui, mais selon la loi de justice.

Un homme, c’est celui qui sait combattre et souffrir pour tout ce qui est bon, pour tout ce qu’on aime, pour tout ce qu’on adore. C’est celui qui sait haïr le mal et lui faire une guerre sans merci, sachant bien que notre ennemi suprême, le seul au fond, c’est le mal.

Un homme, enfin, c’est celui qui sait mourir; qui comprend que donner sa vie, ce n’est pas la perdre, mais la sauver; c’est pénétrer de l’éphémère dans l’éternel.

 

*

 

Petit soldat, sur le grand champ d’honneur de l’humanité, à ton poste maintenant! Fais de ton mieux: Sois vaillant, sois juste, aie confiance! Tu sers une bonne cause sous un bon chef.

Quand on demandait aux vieux Gaulois ce qu’ils craignaient, ils répondaient avec une ironie superbe: «Nous ne craignons qu’une chose, c’est que le ciel s’écroule!» Si tu es bien pénétré de la valeur inestimable de la vie, ta poitrine deviendra ferme, comme celle de ces rudes aïeux; et quand, sur le chemin du devoir, tu te sentiras trembler devant le péril, quelqu’un qui est plus grand que le ciel et que tout le monde visible te dira: Ne crains rien; je suis avec toi.