Aimé de son concierge

Eugène Chavette · Chapitre 16 sur 19

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Aimé de son concierge

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XVI

 

 

Nous ferons sortir notre lecteur de la maison de la rue du Helder où, jusqu’à ce moment, notre action s’est passée, et nous le conduirons, à quelques pas de là, sur le boulevard, dans le cabinet d’un restaurant à la mode.

Clovis est attablé en tête-à-tête avec M. Rocamir, qui, la serviette au menton et le teint un peu animé, pousse, entre chaque bouchée, des exclamations sur la chère exquise et les bons vins qui se succèdent sur la table.

— Vraiment, vous faites des folies pour moi, jeune homme, répète-t-il tout en buvant sec et en mangeant avec une gourmandise remarquable.

— Des folies ! où voyez-vous des folies, monsieur Ro-camir ? À peine huit plats ! Puis-je vous offrir moins, je vous le demande, pour célébrer l’honneur que vous m’avez fait en acceptant mon trop modeste repas… Ah ! j’ai eu la main heureuse ! Aussi vous avez vu avec quel empressement j’ai saisi l’occasion par les cheveux quand vous m’avez dit que vous ne dîniez pas chez vous.

— Le fait est que cela ne m’arrive pas souvent.

— Il n’en est pas moins vrai que Mme Rocamir, au-jourd’hui, vous a donné campo.

Le droguiste balance sa trompe d’un petit air fat en ré-pliquant :

 

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— Campo ! parce que je l’ai bien voulu… car il n’y a qu’un maître chez moi, croyez-le… mais il faut faire des concessions aux caprices d’une femme dans l’état où se trouve Cydalise.

— Quel état ?

— Je ne vous ai donc pas conté que nous avons été chez une pythonisse qui…

— Ah ! oui, oui, j’y suis !… qui vous a prédit que le nom de Rocamir reverdirait encore.

— Précisément. Alors, dans la position de Cydalise, on a des envies étonnantes… étranges… extraordinaires… oui, extraordinaires est le mot, le vrai mot pour taxer l’envie qui l’a prise aujourd’hui… Vouloir absolument que j’aille dîner en ville !… comprenez-vous cela ? Elle qui, d’habitude, ne peut se passer un seul instant de reposer sa vue sur moi !… Si j’avais pu douter de la pythonisse, rien que cela m’y ferait croire, tant c’est en dehors des habitudes de Cydalise… Je ne peux me l’expliquer que par une envie.

— Envie de vous voir dehors ?

— Le médecin m’a dit qu’il fallait m’attendre à tout et ne jamais résister à une fantaisie… Aussi me suis-je incliné quand Cydalise m’a dit tantôt : « Il me semble que Mathu-rin… car je veux que mon fils, mon Dauphin s’appelle Ma-thurin… que Mathurin naîtra bossu si tu dînes aujourd’hui à la maison. » Comme ma famille n’a jamais compté que des beaux hommes, vous jugez quelle a été ma terreur ?… J’ai donc pris à la hâte non chapeau et…

 

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— Et vous partiez quand j’ai eu l’extrême bonheur de vous rencontrer sur l’escalier… Tenez, voulez-vous que je sois franc avec vous, monsieur Rocamir ?

— Soyez-le.

— Eh bien, c’est seulement ce soir que j’ai reconnu que j’avais une bonne étoile.

— Trop aimable, en vérité, trop aimable, fait le dro-guiste en souriant.

Le nabot ne se doute guère que s’il a trouvé l’artiste de-vant lui, c’est que le jeune homme l’attendait au passage après avoir prié M. de Rochegris de faire en sorte qu’il pût, ailleurs que dans son atelier, où il courait le risque d’être dé-rangé, tenir en son pouvoir le mari de Cydalise.

L’imbécile a dévoré en vrai glouton, et, comme on dit, il en a jusqu’à la garde. Cela n’empêche pas Clovis de dire en poussant un gros soupir :

— Oui, monsieur Rocamir, vous pouvez vous vanter de me rendre heureux… et malheureux tout à la fois.

— Malheureux… en quoi ?

— Je suis désespéré de n’avoir pu vous offrir qu’un fort piteux repas d’artiste.

— Vous appelez cela un piteux repas, vous… j’ai rare-ment fait une bombance aussi fine.

— Oui, vous dites cela par politesse ; mais, vous autres, les puissants de la terre, vous êtes habitués à une cuisine bien autrement succulente… Je vous examine depuis que nous sommes à table : vous avez tout effleuré du bout des

 

– 330 – dents. J’ai bien vu que vous affectiez d’être content pour ne pas blesser mon amour-propre d’amphitryon… c’est à peine si vous avez humecté vos lèvres à votre verre. Dame ! mon-sieur Rocamir, je ne suis qu’un simple artiste, moi, fort igno-rant de ce qui peut être du goût des grands seigneurs… mais je suis plein de bonne volonté, vous n’avez qu’à m’apprendre… Voulez-vous des andouilles, désirez-vous du cidre ? Parlez. Demandez des plats de votre monde.

Le crétin, qui s’est gonflé en s’entendant traiter de grand seigneur, prend le reproche au sérieux et proteste vivement.

— Mais je vous jure que je me suis parfaitement régalé, s’écrie-t-il.

— Oui, oui, c’est la politesse, le haut savoir-vivre, l’indulgence qui vous font ainsi parler… mais je n’en crois rien. Je vous sais trop connaisseur en bonnes choses pour que vous soyez franchement satisfait.

— Mais au contraire, je vous le répète, je ne crois pas avoir jamais aussi bien dîné.

— Parce que vous ne daignez pas vous souvenir.

— Me souvenir de quoi ?

— De ces repas exquis que vous faisiez jadis avec vos deux intimes : Gravoiseau et défunt Durieux.

— Ah ! comme vous vous trompez, mon cher. Nos dî-ners n’approchaient pas du vôtre de bien loin… Certes, ils n’étaient pas non plus à jeter au coin de la borne ; mais nous nous réunissions plutôt pour parler affaires que pour nous payer positivement une bamboche.

 

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— Tiens ! oui, c’est vrai, s’écrie Clovis en se frappant le front, j’oubliais que vous m’avez dit que c’étaient des dîners d’affaires pour lesquelles ces messieurs faisaient appel à votre capacité étonnante et à vos conseils lumineux.

— C’est cela même, appuie Rocamir sans s’apercevoir qu’en même temps qu’il gobe les éloges, il boit aussi les verres d’un capiteux vin de Bourgogne que lui verse l’artiste.

— Il me revient même au souvenir que vous m’aviez commencé l’histoire d’un nommé de Frontac.

— Ah ! oui, ce farceur de Frontac.

Ainsi qu’il est arrivé la première fois que Rocamir a ajouté cette épithète au nom de son père, Clovis se sent une envie de gifler son homme ; mais il sait se contenir et re-prend d’un ton sec :

— Vous tenez décidément à ce que M. de Frontac ait été un farceur.

— Voyons, est-il franchement un homme sérieux celui qui se conduit comme lui ?

— Qu’a-t-il donc fait ?

— Et à son âge encore… car il avait déjà ses cinquante-huit ans sonnés.

— Mais parlez donc ! s’écrie l’artiste qui, dans son impa-tience nerveuse, secoue le bras de l’avorton au moment où il approchait de ses lèvres une truffe appétissante.

Ce mouvement brusque change la direction de la four-chette. Elle disparaît à moitié dans la vaste narine du nez co-lossal de Rocamir qui pousse un hurlement de douleur.

 

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— Je suis sûr que j’ai touché la cervelle, beugle-t-il tout effaré.

La secousse vient de détacher des dents de la fourchette la truffe qui a roulé sous la table sans que l’idiot s’en soit aperçu. Son effroi est immense quand, après avoir retiré la fourchette du gouffre, il ne voit plus le tubercule à son ex-trémité.

— J’ai une truffe dans le cerveau, bégaye-t-il.

Il se renverse sur sa chaise, pointant sa trompe vers le plafond de manière à en exposer les narines aux regards de Clovis.

— La voyez-vous ? demande-t-il ; retirez-la, je vous en supplie… prenez la pince à asperges.

La mauvaise humeur de l’artiste s’est éteinte devant le comique de l’incident. Il maîtrise son envie de rire et, fei-gnant de regarder au fin fond de l’antre, il répond au dro-guiste désolé :

— Rien… je ne vois absolument rien… il faut croire qu’elle aura été immédiatement absorbée.

— Alors que vais-je devenir avec une truffe dans la cer-velle ?

— Vous sentez-vous un peu de trouble dans les idées ?

— Pas précisément.

— Remuez la tête… encore… plus fort… Est-ce que ça vous ballotte dans le cerveau ?

 

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— J’ai comme une lourdeur, avoue naïvement le gro-tesque, sans se rendre compte que le généreux bourgogne qu’il a bu est la vraie cause de cette lourdeur.

Et, d’une voix plaintive, il demande :

— Que me conseillez-vous ?

— Dame ! monsieur Rocamir, je ne suis pas médecin ; et puis, je vous avoue que c’est la première fois de ma vie que je me trouve en présence d’un cas pareil. Je ne peux que vous donner un conseil.

— Lequel ?

— Si vous ne souffrez pas extraordinairement, attendez jusqu’à demain avant de vous mettre entre les mains des docteurs… Vous savez ? ils ne demandent qu’à gagner de l’argent, et ils en feraient une affaire d’État ; tandis qu’il se peut qu’il n’en advienne rien de fâcheux… La nature a des bizarreries si extraordinaires… Qui sait si la truffe et la cer-velle ne se marient pas bien ensemble… Patientez jusqu’à demain, je vous le répète. D’ici là, la truffe se sera casée. J’ai connu un homme qui avait gardé une balle dans le ventre et il n’en souffrait pas parce qu’elle avait fini par se caser aussi.

Réconforté par ces arguments, le bonhomme reprend courage et se remet à secouer la tête.

— Non, rien ne me ballotte dans le cerveau… vous avez raison, elle se sera casée, dit-il après avoir un peu attendu.

— Voulez-vous tenter une nouvelle épreuve ?

— Oui… parlez.

 

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— Sans avoir beaucoup étudié dans les livres, il me semble qu’une truffe qui flâne à droite et à gauche en pleine cervelle doit empêcher la suite dans les idées… Est-ce votre avis ?

— Je le crois.

— Eh bien, essayez de me continuer le récit que vous m’aviez commencé sur M. de Frontac… j’écouterai bien at-tentivement pour voir si vos idées s’embrouillent.

— Et vous m’en avertirez ?

— Je vous le jure.

— Ne craignez pas de me dire la vérité… j’ai une âme de bronze, un cœur d’airain et un moral de fer… je ne vous dis que cela.

— Et c’est grandement assez.

— Voyons, où en étais-je de mon histoire ?

— Vous appeliez M. de Frontac un farceur pour avoir, à cinquante-huit ans, commis je ne sais quoi… que vous alliez m’apprendre quand le malheur vous est arrivé… Maintenant je vous écoute. Dites-moi quel a été le crime de M. de Frontac.

— Le crime, non… mais la bêtise.

— Ah ! fait Clovis étonné.

— Et même une énorme bêtise.

— En vérité ?

— Comprenez-vous cet homme qui attend jusqu’à pareil âge pour tomber amoureux ?

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— Amoureux ! répète le jeune homme en tressautant de surprise.

— Oui, d’une fille de dix-sept ans.

Cette révélation est tellement inattendue pour l’artiste qu’il s’écrie brusquement :

— Vous êtes fou !

À ces mots, Rocamir se redresse épouvanté.

— Fou ! gémit-il, vous dites que je suis fou ! je n’ai donc plus de suite dans les idées ?… C’est la truffe ! grand Dieu ! c’est la truffe !

Clovis s’efforce de calmer le désespoir de son convive en lui expliquant qu’il s’est trompé sur le sens de l’exclamation. L’imbécile finit par se rassurer un peu et de-mande d’une voix encore légèrement anxieuse :

— Alors vous m’affirmez que j’ai toujours la même suite dans les idées ?

— Bossuet, Louvois, Voltaire et Mahomet réunis n’avaient pas plus de bon sens que vous.

— Bien, ça me suffit. Je continue donc. Je vous disais que M. de Frontac, malgré son âge avancé, s’était niaise-ment amouraché d’une jeune fille.

— Qui, ajoutiez-vous, n’en valait pas la peine.

— Et je le répète encore… car c’était une fine mouche qui ne se souciait nullement du comte et ne convoitait que sa fortune… Et elle en arriva à mettre la main sur le magot, malgré tous les louables efforts tentés par Durieux et Gra-

 

– 336 – voiseau pour conserver au fils de M. de Frontac la succes-sion paternelle !

À cette version inattendue sur la conduite des deux es-crocs que lui donne le droguiste, Clovis regarde en face ce pantin pour s’assurer si, en parlant ainsi, il est vraiment sin-cère. Une telle bonne foi se peint sur la figure niaise du con-teur qu’il ne peut douter de sa franchise, et, intimement con-vaincu que Rocamir a été joué par les deux complices, il se contente, pour arriver à connaître le dessous des cartes, de dire d’un ton calme :

— Ah ! ces deux messieurs ont pris à cœur les intérêts du fils de Frontac ?

— Puisque je vous l’affirme.

— Oui, mais, peut-être, ne le savez-vous que par un simple ouï-dire.

— Mieux que cela, mon cher, car j’ai moi-même mis la main à la pâte.

— Vous ? appuie le graveur surpris.

— Oui, moi… et aussi, croyez-le, afin d’empêcher le jeune homme d’être dépouillé. Vous ne me faites pas l’injure, je suppose, de croire que j’aurais pris parti pour une fille avide… Non, non, je ne suis pas un homme à cela… j’ai coopéré à une bonne œuvre, autrement, je vous le jure, je ne m’en serais pas mêlé.

Puis, d’un ton qui se fait triste, M. Rocamir, après avoir secoué la tête, ajoute lentement :

— Par malheur, ce que nous avions tenté en faveur du fils n’a pas réussi… c’est l’indigne créature qui a fini par

– 337 – avoir le dessus : car elle est parvenue à obtenir de la fai-blesse du vieillard qu’il lui remît, ou qu’il anéantît la contre-lettre que je lui avais signée.

L’époux de Cydalise vient à peine de terminer sa phrase que Clovis tressaute d’étonnement et s’écrie sans trop réflé-chir :

— Vous ! c’est vous qui avez signé la lettre ?… Ah ça, vous vous appelez donc Cochonet ?

À cette question, le droguiste se trouble subitement et demande d’une voix effarée :

— Comment le savez-vous ?

— Que vous importe… je le sais, cela suffit.

— Je vous en supplie, ne m’appelez pas ainsi devant Cydalise, elle serait trop furieuse… et, dans son état, toute émotion forte lui serait nuisible.

— Oui ou non, êtes-vous Cochonet ? insiste le graveur impatient.

— Oui, je l’avoue… mais, voyez-vous, quand j’épousai Cydalise, mon nom de Cochonet ne lui parut pas assez… comment dirais-je ?

— Assez poétique.

— Précisément… alors elle exigea que je changeasse ce nom de mes aïeux paternels contre un nom plus mélodieux, plus suave, plus original…

— Cochonet était pourtant assez original.

 

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— Oui, mais vous savez, il ne faut pas discuter avec le caprice d’une femme. Cydalise, je ne sais pourquoi, témoi-gnait une si forte répugnance à se nommer Mme Cochonet, qu’il a fallu me résoudre à porter le nom de ma mère… Ro-camir.

Et, d’un ton suppliant :

— Je vous en conjure à mains jointes, ajoute le nabot, n’allez pas appeler ma femme Mme Cochonet ! cela retombe-rait sur moi… Elle croirait que je me suis vanté devant vous.

— J’y consens, mais à la condition que vous allez me détailler bien franchement comment il est arrivé que, malgré votre désir de conserver sa fortune au fils de Frontac, vos ef-forts sont demeurés stériles.

— Vous ne voulez donc pas me dire d’abord comment vous avez appris mon nom de Cochonet ?

— Oh ! je n’ai pas de secret pour vous… je l’ai su par une pythonisse.

Au lieu de s’étonner de cette bourde, que lui conte Clo-vis pour ne pas avouer qu’il a lu cette signature au bas de l’acte tombé en son pouvoir, M. Rocamir s’écrie, radieux :

— Vrai ? par une pythonisse !… oh ! cela redouble ma confiance en celle qui m’a prédit que ma race ne s’éteindrait pas !

— Allons, j’écoute la fin de votre récit, continuez, or-donne le jeune homme en coupant court au ravissement du grotesque.

— Oh ! c’est bien simple. À ce dîner, dont je vous ai par-lé, où ils m’avaient convoqué pour faire appel à mon expé-

– 339 – rience hors ligne, Durieux et Gravoiseau, qui étaient intimes de M. de Frontac, m’ont tenu à peu près ce langage : « Il faut que vous nous aidiez à empêcher un brave ami de com-mettre une sottise. À près de soixante ans, il s’est entiché d’une donzelle qui le dépouillera. Malgré sa folie, il conserve pourtant une lueur de bon sens dont nous devons profiter. Il sent si bien qu’il ne saura résister aux exigences de la drô-lesse, qu’il veut sauver la fortune de son fils des griffes contre lesquelles il n’aurait pas plus tard la force de la dé-fendre. Nous devons lui faciliter l’exécution de cette mesure prudente.

— Ah ! Gravoiseau et Durieux vous ont dit cela ?

— Comme je vous le répète. C’est alors qu’ils ont invo-qué mes lumineux conseils pour les éclairer sur le moyen à trouver.

— Et vous le leur avez indiqué ?

— Parbleu ! ils n’y entendaient rien. Cet imbécile de Gravoiseau proposait que M. de Frontac vendît tout son bien en viager.

— Singulier moyen de conserver la fortune au fils.

— N’est-ce pas ? c’est ce que je leur ai fait observer. Alors Durieux a ajouté : « Ce ne serait qu’une vente fictive : on remettrait à de Frontac une contre-lettre qui attesterait la non-validité de la transaction. Avec cette pièce, le fils rentre-rait dans son patrimoine.

— C’est alors que vous avez fait jaillir la lumière de vos conseils ?

 

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— Oui, j’ai approuvé. Puis Gravoiseau a ajouté qu’il fal-lait trouver un honnête homme à qui confier ce faux rôle d’acquéreur en viager.

— Là-dessus, vous avez encore prodigué vos remar-quables conseils.

— Oui, j’ai encore approuvé.

— Voilà tout ?

— Et j’ai conseillé de choisir Durieux… qui a refusé.

— Vraiment ?

— Je ne me suis pas rebuté et j’ai alors conseillé de prendre Gravoiseau… qui a aussi refusé.

— Pour quelle raison ?

— Ils ont prétendu que l’acheteur devait présenter une surface qui donnerait à cette opération fictive une apparence sérieuse… Qu’on les savait, eux, trop peu riches pour faire une pareille acquisition et qu’on se douterait aussitôt de la vérité. Tandis que moi, qui possédais une fortune bien pa-tente, bien chiffrée, on me connaissait en position de payer cinquante ou soixante mille livres de rente viagère à M. de Frontac, et que cela n’exciterait aucun soupçon.

— Et vous avez accepté ?

— D’abord, j’ai refusé… Je ne m’étais pas retiré des af-faires pour me donner de nouveaux soucis… mais Durieux et Gravoiseau ont insisté en me faisant remarquer que je rendais un immense service à un homme qui voulait se mettre en garde contre sa propre faiblesse. Je me suis laissé

 

– 341 – enfin séduire par cette tâche de sauver le bien du fils de la rapacité d’une drôlesse… et j’ai accepté.

— Et, à cette époque, que faisait le fils ?

— Il suivait les cours de droit à Poitiers.

— Donc, monsieur Rocamir, vous avez accepté la mis-sion, malgré votre répugnance à vous donner de nouveaux tracas d’affaires.

— Oui, parce que j’ai su me décharger de ces ennuis sur Durieux et Gravoiseau. Comme ils me l’ont fait très-bien re-marquer, on n’avait besoin que du nom d’un acquéreur sé-rieux. Je prêtais le mien, voilà tout… quant aux détails et démarches que nécessitait cette fausse opération, ils s’en sont chargés par amitié pour M. de Frontac et pour moi. Je n’ai eu qu’à signer à Gravoiseau une procuration d’agir en mon nom.

— Aïe ! aïe ! fait moqueusement Clovis.

— Pourquoi ce aïe ?

— Est-ce que vous n’avez pas craint que Gravoiseau abusât de votre signature ?

— En quoi ? il ne pouvait s’en servir que pour les forma-lités nécessaires à la conclusion de cette affaire.

— Oui, mais plus tard.

— Quoi, plus tard ? Il n’avait rien à tirer de cette opéra-tion qui se trouvait annulée par la contre-lettre que j’avais adressée à M. de Frontac.

— Vous êtes bien certain de la lui avoir envoyée ?

 

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— Parbleu ! Et je me suis même tant pressé de le faire que Gravoiseau et Durieux m’ont grondé d’avoir agi trop vite, en disant que j’aurais dû leur faire d’abord lire cet acte, afin qu’ils s’assurassent s’il était assez bien en règle pour va-lider plus tard les réclamations du fils.

— Ah ! ils se sont fâchés à propos de votre empresse-ment ?

— Oui, mais pas trop fort pourtant. Ils comptaient bien lire cette lettre à leur aise quand elle reviendrait à l’un d’eux. Vous comprenez que M. de Frontac, après avoir voulu sau-ver sa fortune des mains de la donzelle, ne pouvait garder chez lui ce papier qui, si elle l’avait trouvé, lui aurait prouvé qu’on l’avait trompée au sujet de la fortune et l’aurait rendue plus âpre à s’en emparer. M. de Frontac devait donc néces-sairement faire le dépôt de ma contre-lettre entre les mains d’un ami fidèle et honnête qui, plus tard, s’en servirait pour réintégrer le jeune homme dans son patrimoine.

— Et Gravoiseau et Durieux espéraient que l’un ou l’autre d’eux serait le dépositaire choisi ?

— Parfaitement.

— Eh bien, qu’est-il arrivé ?

— Que M. de Frontac, au moment voulu, n’aura sans doute pas pensé à eux, car il a envoyé le papier à un autre de ses amis.

— Qui s’appelait ?

— M. Mortier, chef de bureau dans un ministère.

— Pauvre ou riche ?

 

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— Vivant de ses seuls appointements, il faut le croire… car il a pu fournir à grand’peine le trousseau quand il a marié sa fille… que vous connaissez.

— Bah ! je la connais ? moi ?

— Sans doute, car cette demoiselle Mortier, n’est autre, aujourd’hui, que notre charmante propriétaire, Mme Durieux.

En entendant citer ce nom, un doute vient à l’esprit de Clovis qui se demande si le père de Célestine n’est pas un troisième coquin qui a aidé les deux autres à le dépouiller de sa fortune. Le fait d’avoir marié sa fille à Durieux semble trahir chez ce M. Mortier une complicité secrète.

— Comment s’est-il fait, demande-t-il au droguiste, que Durieux ait été choisir une fille sans fortune, lui qui ne pos-sédait rien ?

— Que voulez-vous ? l’amour ne calcule pas.

— Durieux était donc amoureux ?

— Comme un fou… et il fallait qu’il le fût bien, car il y a mis de l’entêtement… la demoiselle lui a résisté pendant plus d’une longue année avant de se décider. Elle ne voulait pas entendre parler de ce futur qui avait quarante ans de plus qu’elle… mais l’obstination de Durieux a fini par triom-pher. Il faut ajouter qu’il a été bien soutenu par le père Mor-tier qui, déjà très-malade et se sentant condamné, avait hâte, lui qui savait n’avoir rien à léguer à sa fille, de la voir mariée à un homme qui lui apportait l’aisance… il a tant supplié sa fille qu’elle s’est enfin rendue à l’amour profond de Durieux. Clovis sait à quoi s’en tenir sur cette passion que le droguiste prétend avoir jadis enflammé le défunt mari de Célestine.

 

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— Non, se dit-il, le misérable n’était pas amoureux. Ce mariage était un moyen trouvé par lui et Gravoiseau pour s’installer chez Mortier et poser la main sur la contre-lettre après sa mort.

Après une ample rasade versée à M. Rocamir, qui la boit d’un seul trait, l’artiste poursuit :

— Et qu’est-il advenu de M. de Frontac ?

Le pantin hausse dédaigneusement les épaules à cette question.

— Vous le savez ? répond-il, on ne peut empêcher un fou de commettre une folie. Tout ce que nous avions tenté pour sauver la fortune du fils a été complétement inutile. Dès qu’elle a été épousée, la poupée a tant fait qu’elle a fini par obtenir de la passion de Frontac la remise de la lettre ; puis, peu à peu, la fortune est passée sous son nom et l’intrigante avait tout accaparé quand elle est devenue veuve.

Pendant qu’il donne ces détails, l’époux de Cydalise est observé par Clovis. Le jeune homme sait que son père ne s’est jamais remarié et que, par conséquent, le conteur ne dit pas la vérité. Mais il y a tant de sincérité dans le ton de Ro-camir qu’il est bien évident que les deux coquins ont dû jadis se jouer de sa crédulité. Si stupide qu’il soit, le droguiste est un homme qui n’aurait pas prêté la main à une action in-digne, si sa bonne foi n’avait été surprise.

— Êtes-vous bien certain de tout ce que vous me dites là… du mariage de M. de Frontac, par exemple ? reprend le graveur.

 

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— Vous affirmer que j’ai assisté au mariage, non. C’est par Gravoiseau que j’ai connu sa célébration… Un beau ma-tin, à propos de je ne sais quoi, il m’a annoncé que notre homme avait épousé la drôlesse.

— Et vous ne vous en êtes pas informé autrement ?

— À quoi bon ? M. de Frontac ne m’intéressait pas. Si j’avais prêté mon nom, c’était plutôt pour être agréable à Durieux et Gravoiseau qui avaient à cœur de sauver leur ami d’une imprudence… Et je vous avoue que cela ne m’a causé ni chaud ni froid quand, plus tard, on m’a rapporté que tout ce que nous avions fait en faveur du fils était resté stérile.

— Qui vous a appris ce beau résultat ?

— C’est Durieux qui, après la mort de son beau-père, m’a dit avoir retourné tous les papiers du défunt sans pou-voir retrouver la contre-lettre… ce qui nous a donné à croire que M. de Frontac avait dû retirer l’écrit des mains du dépo-sitaire pour le remettre à son avide Gothon… laquelle s’est empressée, à son veuvage, de tout vendre.

— Alors vous ne tenez vos renseignements que des seuls Gravoiseau et Durieux ?

— Oui… et je n’ai pas couru après ces détails, car, le jour où mes amis me les ont donnés, j’avais déjà oublié cette affaire.

— De même que vous aviez aussi oublié de leur retirer la procuration signée par vous quand vous aviez cru ne faire qu’une opération toute de complaisance.

— Je n’avais pas besoin de leur retirer un pouvoir annu-lé de plein droit par la contre-lettre qui reconnaissait fictive l’opération pour laquelle ils avaient rempli, en mon nom, les

– 346 – formalités qui devaient donner une apparence sérieuse à l’affaire.

Sa phrase achevée, le droguiste ouvre une large bouche pour gober un quartier de poire ; mais, à moitié route, sa main, tenant le morceau, est arrêtée par Clovis qui demande sérieusement :

— Vous avez un bon estomac ?

— Je défierais une autruche.

— J’aimerais mieux un canard.

— Pourquoi ?

— Parce que le canard digère encore plus vite que l’autruche.

— Est-ce que vous voulez me faire recommencer à dî-ner ? s’informe Rocamir étonné par ces questions.

— Non, je tiens à être certain que vous avez la digestion prompte, facile, incapable de s’arrêter à la plus petite émo-tion… Vous avez beau posséder une âme de bronze, un cœur d’airain et un moral de fer, il se peut aussi que vous ayez un estomac de fer-blanc… C’est ce que je voudrais sa-voir, car j’ai quelque chose à vous dire et je crains de vous impressionner trop vivement. Voilà le motif de mon interro-gatoire sur le plus ou le moins de facilité à digérer que vous a octroyé la nature. C’est votre seul intérêt qui me dicte cette curiosité, mon infortuné monsieur Rocamir.

Clovis, tout en secouant la tête, a prononcé ces mots d’un ton si lugubre qu’une folle terreur s’empare du bon-homme qui s’écrie d’une voix saccadée :

 

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— C’est la truffe, n’est-ce pas ? Je n’ai plus de suite dans les idées… Oh ! je le vois, vous n’osez me l’avouer, c’est la truffe !

— Oh ! s’il ne s’agissait que de la truffe ! accentue tris-tement l’artiste.

— De quoi, alors ?

— Je vous dois même un aveu. J’ai constaté, au con-traire, que la truffe vous donnait une remarquable lucidité d’intelligence… qui vous fera bien mieux comprendre ce que j’hésite à vous annoncer.

— Mais enfin qu’est-ce donc ?

— Je redoute, je tremble, je frémis que… vous n’ayez mérité dix ans de galères.

— Dix ans de galères ! répète le droguiste pantelant de peur.

— Oui, dix… peut-être même vingt ans ; cela dépendra de la générosité des juges. Si vous tombez un bon jour, vous pouvez même en avoir pour vos quarante ans… Je ne suis pas inquiet pour vous, dont le moral est de fer et l’âme de bronze, mais quelle tuile pour cette malheureuse Mme Cochonet… non, Rocamir !

— De quelle faute me suis-je donc rendu coupable ? ar-ticule péniblement le grotesque.

Clovis lui prend les mains et il les presse doucement en demandant d’un ton plein d’intérêt affectueux :

 

– 348 –

— Avant que j’en dise plus long, vous m’affirmez bien, cher ami, que je ne trouble pas votre digestion… Si j’ai ce malheur, faites-moi un signe et je deviens muet.

— Parlez, souffle l’idiot.

— Je vous apprendrai donc, cher bon, que M. de Frontac est mort veuf, sans s’être jamais remarié à au-cune drôlesse… Ne fixez pas ainsi sur moi vos yeux dont l’incomparable éclat me trouble, moi qui n’ai pas votre âme de bronze… Si je ne connaissais votre étonnante intelli-gence, je croirais que vous ne comprenez pas à quoi je veux en venir… Je continue. Donc M. de Frontac, n’ayant épousé nulle drôlesse, n’a pu lui livrer votre contre-lettre.

Puis, après un petit silence de réflexion :

— Pourquoi M. de Frontac a-t-il feint cette opération ? continue Clovis. A-t-il vraiment été sur le point de contracter ce ridicule mariage ? Avait-il un autre motif ? Je l’ignore. Il faut bien croire à cette fausse aliénation de biens, puisqu’elle est attestée par l’écrit que vous avouez avoir signé.

Et Clovis s’interrompt pour s’écrier :

— Je vous en supplie, ne me coupez pas la parole : mo-dérez votre pétulance.

Le droguiste ne songe guère à parler. Dans son effroi, et pour desserrer sa gorge contractée, il est en train de boire, à petits coups, l’eau tiède du rince bouche que le garçon vient de servir.

— Or, reprend l’artiste, savez-vous quel a été le sort de cette lettre ?

 

– 349 –

— Non, fait Rocamir d’un signe de tête entre deux gor-gées.

— Elle a été volée par les filous Durieux et Gravoiseau dans les papiers de Mortier, après la mort de ce dépositaire, dont l’un d’eux avait épousé la fille pour exécuter plus faci-lement ce beau coup. La lettre ainsi détournée, les misé-rables ont profité d’une procuration donnée par le sieur Co-chonet, un imbécile… respect que je vous dois… un imbécile qu’ils avaient mis en nom dans cette affaire. Sous le couvert de cet idiot… toujours respect que je vous dois… ils ont vendu les biens et se sont partagé les neuf cent mille francs de la vente… sans que jamais rien de ce qui s’est passé à Carcassonne soit arrivé à la connaissance de ce triple crétin qui s’appelle Cochonet… toujours respect que je vous dois, mon cher et honoré monsieur Rocamir.

Et, appuyant sur les mots :

— Je sais bien, poursuit Clovis, que le Cochonet n’a rien touché du vol, mais les juges n’entendront sans doute pas de cette oreille, quand le fils dépouillé ira réclamer son patri-moine devant les tribunaux, ayant en main votre contre-lettre qu’un coup du ciel a fait revenir en son pouvoir.

Le droguiste, tout à l’heure si effaré, s’est un peu redres-sé sur les derniers mots.

— Ce fils existe donc encore ? demande-t-il d’une voix qui tremble.

— Oui, monsieur Rocamir.

— Je voudrais bien le connaître.

— Pourquoi ?

 

– 350 –

— Pour faire mon devoir, répond l’avorton d’une voix émue qui touche l’artiste. Oui, mon devoir. Il se peut que je sois un imbécile, un crétin, un idiot… enfin, tout ce que vous venez de dire, monsieur Clovis, mais je n’ai jamais eu la pensée de nuire à personne et j’ai toujours été un honnête homme. Puisque j’ai eu la faiblesse d’avoir confiance en deux coquins, c’est à moi d’en porter la peine… Si je con-naissais ce jeune homme, j’irais donc le trouver pour lui dire : « Bien à mon insu, car, au contraire, je croyais vous être utile, j’ai amené votre ruine. Ce qu’on vous a volé est d’un chiffre égal à ce que je possède : voici ma fortune, pre-nez-la, et, je vous en conjure, ne me soupçonnez pas d’avoir pu être le complice de ces hommes.

Et Rocamir fond en larmes en ajoutant :

— Que m’importe la misère, j’aurai toujours pour me consoler l’amour de Cydalise.

Si burlesque que soit cette péroraison pour l’artiste, qui sait à quoi s’en tenir sur l’affection de l’épouse, elle est loin de le faire rire. Il serre la main du brave homme en lui di-sant :

— Ne craignez rien, mon ami. Vous n’en arriverez pas à pareille extrémité. C’est à celui qui a volé de restituer et je vous promets que le fils lui fera rendre gorge.

— Je désirerais pourtant bien savoir où trouver ce jeune homme.

— Vous n’en avez nul besoin.

— Si, parce que, dans le cas où Gravoiseau lui échappe-rait, je veux qu’il sache que ma fortune lui appartient… Je

 

– 351 – vous en supplie, monsieur Clovis, dites-moi où je dois courir pour me trouver en sa présence.

— Pas bien loin : je suis le fils de M. de Frontac.

— Vous !

Aussitôt, se levant, les mains jointes, tremblant, Roca-mir, malgré sa trompe, ses besicles et sa tournure cocasse, ne paraît plus ridicule au graveur quand il demande d’une voix navrée :

— Me pardonnez-vous, monsieur Clovis, le mal que je vous ai involontairement causé ?

— C’est à moi plutôt de vous demander pardon des épi-thètes… non justifiées… que j’ai employées tout à l’heure. Je reconnais si bien votre haute intelligence que je sollicite-rai de vous deux services.

— Parlez.

— Le premier sera, si besoin en est, de répéter devant un magistrat ce récit que vous m’avez fait du passé.

— Oui. Le second ?

— Jusqu’à ce que je vous autorise à parler, de ne point ouvrir la bouche sur ce que nous avons dit ce soir.

— Je vous le jure.

— Pas même à Cydalise, n’est-ce pas ?

Le caractère du droguiste reparaît à cette question. Il se redresse tout superbe et répond d’un ton important :

— Pas même à Cydalise. Il est des secrets qui ne doi-vent jamais pénétrer dans le gynécée.

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Puis sa figure se contracte subitement.

— Voulez-vous encore prendre quelque chose ? de-mande Clovis.

— Au contraire.

Et, sur ces mots, Rocamir, qui n’a pas conscience d’avoir bu l’eau chaude de son rince-bouche, ajoute en mon-trant son estomac :

— C’est probablement l’émotion qui m’étouffe… j’ai là comme un poids… je voudrais bien m’en aller.

 

– 353 –