Amours vraies - 3

Kent Alison · Chapitre 12 sur 30

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Amours vraies - 3

* Bel ebleue : base de myrtil e

Sept

 

* Bel ebleue : base de myrtil e

recouverte d’un crumble streusel Stupide. stupide, stupide, stupide. Paniquer n’était pas la manière d’impressionner un homme qui avait passé une soirée entière à l’éblouir en tous points. Qu’estce qui n’allait donc pas avec elle ? Ce n’était pas comme si elle n’avait pas voulu l’embrasser. elle avait voulu l’embrasser à partir du moment où elle s’était avancée et avait senti ses mains s’approcher d’elle.

Michelle se débarrassa de ses chaussures, jeta son sac à main sur la table basse, puis se lova comme un chiot battu dans son fauteuil marron confortable. Le pire ? elle ne pouvait en vouloir qu’à ellemême ! Qu’estce qu’il devait penser d’elle ? S’enfuir comme si elle était la nonne qu’il avait pensé qu’elle pouvait être ?

Avant qu’elle ne vomisse partout, parce que c’était vers cela que son estomac tendait, elle devait régler correctement Alison Kent

les choses avec Todd. elle devait lui faire savoir qu’il ne devait s’inquiéter de rien, de rien du tout, qu’elle voulait le revoir et bientôt, le plus tôt possible, tout comme il l’avait dit.

elle ne voulait pas lui envoyer de courriel — le faire ferait penser, comme il le lui avait dit, au domaine du travail —, mais elle ne voulait pas non plus l’appeler. Compte tenu de l’état de ses nerfs, elle ne doutait pas qu’elle puisse chercher ses mots et rendre pire les choses.

envoyer un SMS semblait la meilleure option. elle pouvait aborder la situation, évaluer les dégâts, puis comprendre quoi faire à partir de là. elle sortit son téléphone de son sac et tapa.

Merci, DieselCat. Bien que je n’aie pas eu l’interprétation de Whitney Houston ou un coup de Kung Fu, ta compagnie était vraiment fantastique ! Rentrée saine et sauve à la maison. ; ) Après une rapide lecture, elle envoya le message avant qu’elle ne s’affole davantage. Puis, le téléphone niché dans ses mains, elle s’allongea et ferma les yeux.

elle était fatiguée — la semaine avait été longue et n’était pas encore terminée —, mais elle n’était absolument pas endormie. Le seul verre qu’elle avait commandé l’avait détendue mais pas anéantie. Pour cela, elle ne pou vait même pas blâmer l’alcool de l’avoir rendue idiote. Non.

elle y était arrivée toute seule. et sans raison qui ait du sens.

Au lieu de s’inquiéter, elle ferait mieux de se coucher.

elle voulait arriver tôt au travail demain et débarrasser son bureau avant de partir en milieu d’aprèsmidi. elle avait prévu prendre un verre avec ses amies, et elles avaient des billets pour l’orchestre symphonique. Néanmoins elle était assise là, à compter les secondes, après que son message soit arrivé par les airs vers Todd.

Peutêtre qu’il avait éteint son téléphone, ne voulant plus jamais entendre parler d’elle de nouveau. Peutêtre qu’il avait couru tout le long du chemin vers sa voiture, de peur de regarder en arrière et de la voir le pourchasser telle une femme folle qui crierait après lui. Peutêtre…

Son cœur se mit à battre la chamade quand le vibreur de son téléphone retentit. elle prit une profonde inspiration, se disant que de mauvaises nouvelles ne signifieraient pas la fin du monde, avant de presser le bouton pour lire.

Désolé je n’ai pas eu l’opportunité de montrer mes talents en karaoké. La prochaine fois sans faute.

oh, Dieu merci, Dieu merci ! La tension qui l’avait main-tenue sur les nerfs était disparue, la laissant toute molle.

elle avait été graciée et jura que, la prochaine fois, elle ne s’en-fuirait pas et ne le laisserait pas debout seul sur le trottoir.

elle répondit pour lui faire savoir.

Tu me dois une interprétation déjantée au deuxième rendezvous ?

Marché conclu ?

elle envoya le texte, pensant à ce qu’elle avait dit. Si elle se montrait honnête, c’était elle qui lui devait quelque chose.

Sa panique n’était pas à cause de lui. Il devait le savoir.

Connaître sa volonté profonde de ne pas tout ficher en l’air, ce qu’elle venait de faire.

Tu me rends… nerveuse.

Étaitelle idiote pour l’admettre ? Lui donnaitelle davantage de munitions pour les utiliser contre elle avec chaque message ? Qu’estce qui n’allait donc pas avec elle ? elle agissait comme si c’était sa première rencontre avec un homme, quand la réalité était qu’il n’en n’était rien. La vibration de son téléphone l’empêcha d’avoir à fouiller et trouver pourquoi elle était une telle loque.

Ne sois pas nerveuse, chérie. Je suis juste un type qui cherche à se débarrasser de son linge.

Chérie. elle relut la note et soupira. Qui aurait cru que les vêtements sales pourraient devenir une plaisanterie à long terme ? et pourquoi donc l’idée de faire la lessive était si…

réconfortante ? elle n’était pas du genre à faire la sienne avec passion, mais la taille de son appartement impliquait qu’elle ne pouvait pas laisser guère plus que son linge délicat s’accumuler.

C’était comme si elle construisait mentalement un nid, prenant soin de Todd, de ses biens personnels, embrassant le rôle traditionnel de la femme, alors qu’il était un homme adulte, capable de s’occuper de son linge et de luimême.

Mais, làdessus, ses amies avaient raison. elle avait des tonnes d’amour à donner, et cela signifiait de s’assurer que ceux qu’elle aimait ne manquent de rien, même s’il fallait nettoyer leurs vêtements.

et, de toute façon, son instinct de protection n’était qu’une partie de ce qu’elle était. Tout homme qui la voudrait aurait tout d’elle : la cuisinière, la blanchisseuse, la femme ambitieuse, soit dans sa position actuelle de directrice commerciale, soit comme propriétaire de sa propre pâtisserie, et l’amoureuse.

elle prit une profonde inspiration et expira lentement.

La pensée d’être l’amoureuse de Todd…

Le téléphone vibra de nouveau.

Tu es toujours là ?

Devaitelle confirmer qu’elle l’était ? Qu’elle ne pouvait s’ar-rêter de penser à lui ? Que cela la tenait éveillée ?

Oui.

estce qu’il pensait encore à elle ? Apparemment oui, ou il n’aurait pas envoyé de message, n’estce pas ?

Bien. J’aime savoir que tu es là.

Son cœur palpita. Son estomac s’envola. C’était comme s’il était dans son esprit, lisant qu’elle pensait à lui, utilisant les mêmes mots qu’elle aurait choisis.

elle aimait savoir qu’il était là, se demandait si un évé-

nement cosmique s’était produit pour les rassembler, alors qu’ils étaient prêts tous les deux. Souriant doucement, elle prépara sa réponse, une qui lui venait du fond du cœur.

J’ai toujours été là.

— Tous les détails. Je veux tout savoir. Ne laisse aucune miette de côté.

— Hé, et toi aussi, Christina, dit Michelle.

elle grimpa sur le tabouret du bar à la petite table autour de laquelle Christina, Liz et Dana étaient rassemblées.

L’appel paniqué de Michelle à Christina la veille avait vraisemblablement été le sujet de conversation pendant que le groupe attendait qu’elle arrive. elle n’était pas surprise, bien qu’elle eût aimé avoir pensé à demander à son amie de garder les détails pour elle. elle n’était pas prête à parler de Todd.

Toutes les quatre allaient au Strathmore Hall pour écouter l’orchestre symphonique de Baltimore. elles s’étaient libérées tôt au travail, voulant s’accorder une longueur d’avance sur la fin de semaine. Néanmoins, ce que Michelle voulait vraiment était de laisser tomber le concert et de filer directement chez Todd.

en tenant compte de la circulation, elle pourrait être à Springfield en moins d’une heure. Mais ses amies et elle avaient organisé cette sortie entre filles il y a des semaines, et partir maintenant pour un homme occasionnerait beaucoup de questions auxquelles elle n’était pas prête à répondre. elle n’avait pas de problème à déverser les détails des mauvais rendezvous, mais celuilà avait été si bien qu’elle voulait le garder pour elle afin de le savourer.

elle pourrait, cependant, leur livrer un simple truc, le truc qui faisait que son cœur était encore retourné et ses joues douloureuses à force de sourire constamment. elle prit une profonde inspiration et s’empressa de dire : — Il était incroyable, et je dois à Christina des milliers d’excuses pour mes médisances sur Match.com.

— Christina les accepte toutes, dit l’amie en question.

Mais « incroyable », c’est comme un coup de pinceau trop grossier. Nous voulons un portrait minutieux. Peinsnous une image d’artiste. Les minuscules détails de ce qui s’est passé.

Le regard de Michelle passa de Christina à Liz, puis à Dana. Toutes les trois revêtaient la même expression, bien que la curiosité de Christina semblât plutôt lubrique, celle de Dana, pleine d’espoir, et celle de Liz, sceptique. Ce n’était pas une situation dans laquelle Michelle aimait se trouver, et elle prit une gorgée de son eau gazeuse pendant qu’elle pesait ses mots.

elle n’était pas dans un état d’esprit pour divulguer les menus détails que voulaient ses amies. elle ne craignait pas de porter malheur à sa relation avec Todd, mais elle savou-rait encore le moment qu’ils avaient passé ensemble, reve-nant sur leurs joyeuses taquineries, revivant le piquant de leur badinage. Ces choses lui appartenaient ; elles étaient privées, spéciales et trop intimes pour en faire une conversation tenue autour d’un verre.

elle se rabattit sur ce qui semblait sans risque.

— Il s’appelle Todd. Il a de grands et superbes yeux bleus, les cheveux blonds du soleil d’été, tout ébouriffés et excitants. Un style très Martin & osa. Décontracté. Il est intelligent et travaille dans le domaine informatique. Nous avons pris un verre, juste un, en fait, car nous étions trop occupés à parler. Après la fermeture du restaurant, il m’a raccompagnée à la maison.

— vous avez fermé le restaurant ? demanda Liz.

— Il t’a raccompagnée à la maison ? demanda Dana.

— estce qu’il t’a embrassée pour te souhaiter bonne nuit ? voulut savoir Liz.

— Un verre et des heures de conversation ? Ce n’est pas aussi croustillant que je l’espérais.

Manifestement déçue, Christina secoua la tête et attrapa son martini.

Michelle regarda à tour de rôle le visage de ses amies.

elle aurait aimé leur en dire plus, elle aurait vraiment voulu, mais ce n’était pas le moment.

— Désolée les filles, mais c’est tout le croustillant que vous allez avoir.

Sur ce, Christina haussa un sourcil.

— Alors j’avais raison. Il y a davantage.

— Pas vraiment, lui confirma Michelle.

— Mais tu vas le revoir, non ? demanda Liz.

elle baissa alors les yeux et fronça les sourcils comme elle fouillait dans son sac à main pour payer son verre.

Si ce n’était pas la culpabilité qui la consumerait de laisser tomber ses amies, Michelle l’aurait bien vu ce soir au lieu d’assister à une représentation de Gustav Mahler et JeanSébastien Bach.

elle fit un rapide signe de la tête.

— Nous n’avons pas fait de projets particuliers, mais j’espère que ça arrivera. Je l’ai vraiment bien apprécié.

Beaucoup apprécié. Tout de lui.

— Je suis si excitée pour toi, dit Dana tout en serrant la taille de Michelle, le sourire contagieux.

— Rappelletoi ceci : avant que tu le saches, tu nom-meras ton premier bébé Christina ou Christopher. Un petit rappel que, sans moi, tu serais encore l’esclave d’une société, incomplète, insatisfaite et dormant seule.

Christina vida son verre et se leva avec les autres.

— Je dois aller aux toilettes. on se retrouve devant ?

— Je viens avec toi, dit Liz pendant que Dana, indépen-dante comme toujours, se dirigeait vers la sortie.

Ce qui laissa Michelle seule, se demandant si elle devait feindre une soudaine migraine et se soustraire aux plans de la soirée. Si elle le faisait, elle aurait l’impression de faire l’école buissonnière. Mais, plutôt qu’une grimace, l’idée lui provoqua un sourire. Todd apprécierait le comique d’une écolière se sauvant subrepticement. Pensant à lui, elle saisit son téléphone.

Suis en route pour l’orchestre symphonique. Aimerais te voir ce soir. J’essaierai de partir tôt. Si on peut se rencontrer, je peux venir chez toi, ou quelque part proche, car je sais que tu dois te lever tôt ???? ;)

elle envoya le texte, puis laissa le montant de sa part de la note sur la table. elle s’efforçait de remettre son portefeuille dans son sac quand le téléphone vibra, et elle l’attrapa avant que Liz et Christina ne reviennent.

Quand peux-tu être là au plus tôt ?

« Pas suffisamment tôt » était la seule réponse qui lui venait à l’esprit. Chaque pas qu’elle faisait à travers le bar et vers le stationnement la rapprochait de l’éventualité de s’excuser pour la soirée et d’aller vers virginia où Todd vivait.

Toutefois, finalement, elle ne put le faire. Même en sachant que ses amies lui pardonneraient de les abandonner, la culpabilité d’une telle impolitesse ne la laisserait pas partir.

Une fois dans son siège à Strathmore Hall, elle se dit de se détendre, de profiter de la compagnie de ses amies et du spectacle. Todd n’allait nulle part, et quelques obstacles n’étaient pas une mauvaise chose. en plus, c’était sa musique, celle qu’elle avait écoutée en grandissant au lieu des groupes de garçons ou du grunge de garage. et cela faisait trop longtemps qu’elle n’avait pas passé une soirée à en profiter.

La maison des Snow avait été remplie de productions musicales, de classiques coups de cœur et de grands airs d’opéra, la plupart chantés par son grandpère, Joseph Gargiulo, dans une voix rappelant celle de Luciano Pavarotti. Même dans la vingtaine, quand ses amies s’exta-siaient devant le dernier album de Three Doors Down, Michelle était plus familière avec les Trois Ténors.

elle savait que sa mère aurait aimé la représentation de ce soir des arrangements musicaux de Gustav Mahler des suites orchestrales de Bach. elle aurait dû l’aimer également, et c’était le cas, mais, sans le programme, elle aurait été incapable d’identifier Air on a G String et encore moins la grande Symphonie no 7 de Mahler qui suivit.

Néanmoins, elle pouvait discerner la raison de sa dis-traction, et il lui fallut respecter toutes ses bonnes manières pour ne pas sortir son téléphone et envoyer un message à Todd pendant le programme, ou voir s’il lui avait envoyé un message. À l’entracte, elle en avait toutefois assez et, pendant que ses amies faisaient la file pour les toilettes, elle fit ses excuses.

— Hé, les filles, je vais partir plus tôt.

elle leva le bras et se frotta la tempe.

— J’ai mal à la tête.

— oh, chérie, je suis désolée, dit Dana, glissant la fine bandoulière de son sac plus haut sur son épaule.

— veuxtu que je te reconduise chez toi ?

Puisqu’elle n’allait pas chez elle…

— Ça ira. C’est juste que la semaine a été horrible, et je pense que, ce soir, j’ai plus besoin de calme que d’écouter Bach.

L’air espiègle de Christina lui fit comprendre son scepti-cisme mieux que des mots, et elle ne put s’empêcher de dire :

— ou peutêtre que tu as besoin d’une autre soirée avec ton Todd.

C’était exactement ce dont Michelle avait besoin, mais elle n’était pas près de confirmer la supposition de Christina et de l’admettre, spécialement avec la manière dont son amie accumulait les munitions. Michelle regarda Christina de haut en bas, observant les lignes pures du décolleté de son fourreau d’un magnifique ivoire avec des fleurs jaunes.

— Je t’ai dit à quel point j’aimais cette robe ?

— oui, oui.

Christina secoua un doigt réprobateur de maîtresse d’école et raide comme un métronome.

— Je ne tombe pas dans le piège du compliment ou du prétendu mal de tête, mais je ne suis pas près de t’empêcher de partir. Pour ma part, tu n’avais pas de raison de quitter.

Avant que Michelle ne puisse demander à Christina de cesser de jubiler, Liz prit ses épaules et la tourna vers la sortie.

— Allez, que Dieu soit avec toi, ma fille. C’est la fin de semaine. Profitesen. Je sais bien que je préférerais passer mon vendredi soir avec un homme plutôt qu’avec cette bande de célibataires.

— en parlant de célibataires… commença doucement Dana, éclaircissant ce qui semblait être un « je vous avais prévenues » de sa gorge. Christina, qu’estce qui est arrivé à l’homme de tes rêves et à tous ces feux d’artifice que tu nous as demandé de regarder ?

Heureusement, ce fut tout ce que Michelle dut — ou voulut — entendre de cette conversation singulière. elle était déjà en train de nager à contrecourant, perdue dans la foule, luttant pour la sortie et sa liberté.

 

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