Amours vraies - 3

Kent Alison · Chapitre 23 sur 30

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Amours vraies - 3

— Hmm. Peutêtre que je devrais être…

Alison Kent

— Hmm. Peutêtre que je devrais être nerveux, ditil, se collant à côté d’elle. Tu pensais que j’allais être un monstre.

Le premier soir où tu m’as rencontré. Je me souviens que tu le disais.

Pouah, lui avaitelle vraiment avoué ses peurs ? Que, même en ayant vu sa photo, elle avait craint qu’il soit un ogre ?

— C’est le problème avec les rendezvous arrangés. C’est comme les boîtes de chocolats, on ne sait jamais ce qu’on va avoir. C’est pourquoi j’espérais en avoir terminé avec ça.

— Attends une minute, ditil.

Il la fit s’arrêter et la tourna pour lui faire face, ce qui créa un obstacle en plein milieu de la galerie marchande.

— Qu’estce que c’est que ce genre d’espoir ?

La tête haute, elle leva les yeux. Son regard sévère la prit au dépourvu. elle pensait qu’ils plaisantaient là, qu’ils relâ-

chaient la pression. Même s’il n’était pas nerveux, elle l’était.

elle voulait que le brunch se passe bien. elle voulait que ses parents voient d’euxmêmes à quel point Todd était incroyable.

Mais elle ne voulait pas qu’il se sente tendu pour quelque chose auquel il n’était pas prêt. elle ne voulait pas du tout cela et elle s’empressa de revenir sur ce qu’elle avait dit, au cas où ils ne seraient pas sur la même longueur d’onde.

— Ça signifie juste que, même si les choses se passent bien entre nous, je ne veux pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Il l’observa pendant un long moment, son expression se détendant en même temps.

— et là j’ai ma carabine de prête.

Respirant plus facilement, elle les fit de nouveau s’avancer.

— Je sais. C’est difficile de se rappeler que nous nous sommes rencontrés seulement le mois dernier.

— C’est peutêtre tôt pour passer le grand test des parents, ditil, traînant les pieds, bien que seulement de façon métaphorique.

— Ce n’est pas un test, le rassuratelle. Ils ont juste hâte de mettre un visage sur le nom de cet homme dont je parle toujours.

— C’est plutôt important pour toi, alors. Que nous nous rencontrions.

— Ça l’est.

— Alors, je devrais probablement ajouter une condition de dernière minute.

Cette fois, ce fut elle qui s’arrêta au milieu de l’allée, for-

çant deux femmes derrière eux à les contourner par la droite. elle s’excusa, puis tourna son regard vers Todd. S’il revenait vers elle, se vengeait par une plaisanterie, faisait en sorte de lui donner des sueurs froides, d’accord. elle pourrait gérer ça.

S’il était sérieux… elle ne savait que penser.

— Laquelle ?

— Tu viens en ohio la prochaine fois que je vais rendre visite à mon père.

C’était ça ? C’était tout ? elle avait transpiré pour rien ?

— Bien sûr ! J’aimerais beaucoup.

— Je veux vraiment vous présenter tous les deux au cas où…

Il fit une pause, jetant un œil au loin comme s’il avait besoin d’espace pour respirer, puis se reprit et continua.

— Au cas où je n’aurais pas la chance de le faire plus tard. en plus, ma mère a vraiment hâte de te rencontrer.

elle n’aimait pas entendre la tristesse dans sa voix, ou penser à la possibilité pour lui de perdre son père. Puis elle prit conscience de ce qu’il avait dit d’autre.

— Tu as parlé de moi à ta mère ?

— Tu as parlé de moi à ta mère, réponditil.

Mais sa mère et elle se parlaient tous les jours et à propos de tout ; alors le fait qu’il n’apparaisse pas dans leurs conversations aurait été étrange. elle ne pouvait s’empêcher de se poser des questions sur les circonstances qui l’avaient conduit à parler d’elle à la sienne.

— N’estce pas étrange que nous ayons tous les deux parlé à nos parents ? Après seulement un mois ?

Je veux dire… Nous ne sommes pas vraiment des adolescents.

— Pourquoi le seraitce ? Tu ne dis pas à ta mère ce qui se passe dans ta vie ?

— Je ne lui parle pas de tous mes rendezvous, non. Je devrais d’ailleurs en oublier la plupart aussitôt.

— eh bien, content de savoir que je compte.

Il comptait, mais elle n’était pas prête à reconnaître qu’il était le premier homme depuis sa rupture désastreuse à l’université à s’être montré à la hauteur. Lui adressant un rapide clin d’œil, elle dit :

— Que cela ne te monte pas à la tête !

— Tu veux dire que je dois présumer que la prochaine étape sera d’avoir la clé de chez toi ?

Ah, ça. Bien qu’il ne le sache pas encore, elle s’était déjà arrangée pour qu’il en ait une, ainsi qu’un accès à son garage. elle allait devoir le laisser seul si souvent que cela tombait sous le sens. Mais c’était un grand pas pour elle, s’ouvrir, avoir confiance.

Heureusement, elle n’eut pas à répondre, car son regard fut attiré par une vitrine. elle le tira vers les accessoires du magasin où des ceintures et des écharpes pendaient près des arbres à bijoux branchés.

— oh, regarde ça !

Une boîte à bijoux était posée sur un socle en étain, les côtés tapissés d’une bande jaune et blanche, le dessus avec des pois noirs et blancs. Une rose en soie jaune, qui décorait un ruban noir et blanc, était posée sur le couvercle, et un cabochon ornait le devant pour compléter le tout.

— viens, ditelle, attrapant sa manche. entrons pour que je voie ça de plus près.

— Ah oui. Le vice de faire les magasins.

Maintenant ça, elle se souvenait de lui avoir dit.

— Ce n’est pas pour moi. Je veux envoyer quelque chose à Woodsie pendant que nous sommes là. Ça t’ennuie ? on a tout le temps.

— D’accord, mais je ne sais rien de Woodsie.

elle s’arrêta à michemin de la porte et leva les yeux.

— vraiment ? Je ne t’ai pas parlé d’elle ? Ma nourrice quand j’étais petite ?

— Non, ditil, secouant sa tête. Pas un mot.

Comment avaitelle pu ne pas parler à Todd de cette femme qui avait été sa seconde mère et le salut de sa propre mère ? Qui faisait autant partie de sa vie que sa famille nucléaire ? Qu’était une famille, si ce n’était officiellement ou par le sang ?

Un incroyable oubli, mais il était facile d’y remédier.

— elle vit à Carlisle. où j’ai grandi.

— Pennsylvanie.

Michelle opina et le conduisit dans le magasin.

— Quand ma mère avait mon âge avec trois jeunes enfants, Woodsie lui a sauvé la vie. elle a pris soin de moi et de mes frères à chaque fois que mes parents faisaient des heures supplémentaires. et on restait avec elle quand mes parents sortaient la fin de semaine.

— vous êtes toujours proches.

— oh, oui. Très. J’ignore pourquoi, mais je semble lui apporter la chaleur dont elle a besoin. elle a eu une vie difficile, émotionnellement, financièrement.

Michelle arrêta là son explication, s’enfonçant dans le petit magasin. Ce n’était pas son rôle de dévoiler quoi que ce soit sur la vie d’une autre femme, même à Todd.

elle vérifia le prix sur l’étiquette d’une écharpe, pensant que le modèle jaune était un peu trop vif.

— J’essaie de lui rendre visite tous les deux mois. Ma mère et moi y allons habituellement ensemble. on y dîne, puis maman va voir de vieilles amies pendant que Woodsie et moi passons la journée pour rattraper le temps perdu.

— J’aimerais la rencontrer un jour. Si, tu sais, la peau de l’ours…

Présenter deux des personnes les plus importantes de sa vie ? Michelle aimerait cela, aussi, bien qu’elle sache que Woodsie était une personne secrète. Sa propre relation avec cette femme plus âgée était encore plus précieuse pour cette même raison.

Néanmoins, Todd avait toujours été un parfait gentleman. elle n’avait pas de raison de penser qu’il ne respecte-rait pas les frontières de Woodsie.

— Je pense qu’elle t’aimerait. ours ou pas.

Il la suivit comme elle tournait dans le magasin, com-mentant les articles qu’elle examinait. Un minuscule cadre en céramique en forme de soleil. Un bracelet de grosses perles d’ambre. Une broche ancienne en fils d’or brossé avec un verre jaune au centre taillé pour ressembler à une topaze.

Finalement, elle retourna vers la boîte à bijoux qu’elle avait vue en vitrine, l’admirant tandis que Todd demandait :

— Cherchestu quelque chose en particulier ?

— Je trouve habituellement ce que je veux quand je ne cherche pas.

elle prononça ces mots en se rendant compte à quel point justement ce sentiment s’appliquait aussi au fait de l’avoir trouvé, lui.

— ou dans des endroits inattendus, rétorquatil.

elle était certaine qu’il lisait dans ses pensées.

Souriant en pensant à Match.com, elle prit la boîte et l’ouvrit. Le travail d’artisanat était magnifique.

— Je sais que ce n’est absolument pas pratique, mais cela me fait penser à elle. elle pourrait mettre un chandail ou un châle ; ce serait plus utile.

Todd lui prit la boîte des mains, la tourna et l’examina minutieusement avant de la lui rendre.

— Mais peutêtre que quelque chose de peu pratique est justement ce dont elle a besoin. Quelque chose pour se souvenir de toi à chaque fois qu’elle le voit.

— Tu crois ?

— oui, ditil, fouillant dans sa poche et lui donnant une petite boîte enveloppée dans du papier rouge. Un peu comme ça.

— Todd ?

Son pouls battant la chamade, Michelle mit de côté la boîte à bijoux et prit celle que Todd tenait. elle défit le papier et l’ouvrit pour découvrir une délicate paire de boucles d’oreilles en argent fin en forme de croix sur le coton à l’intérieur.

— oh, Todd ! elles sont magnifiques.

— Tu aimes ?

— J’adore. elles sont très jolies. Mais tu n’aurais pas dû.

Puis elle se souvint de ce qu’il avait dit d’un cadeau comme rappel ou souvenir.

— estce que c’est pour te rappeler que je suis une bonne catholique ?

Il secoua la tête, sa fossette dessinant un croissant sur sa joue tandis qu’il souriait.

— C’est pour te rappeler comme je suis content que tu ne sois pas une nonne.

Todd n’aurait pas de problème à reconnaître les parents de Michelle. Ann Snow était petite et énergique comme sa fille, et les yeux de Jack Snow avaient la même chaleur. Todd lui serra la main comme Michelle faisait les présentations et fit une accolade à sa mère quand Ann ouvrit ses bras.

— J’étais impatient de vous rencontrer tous les deux, ditil alors qu’ils prenaient tous les quatre leurs sièges, Michelle à sa gauche, son père à sa droite.

— Michelle m’a tellement parlé de vous qu’il est difficile de croire que c’est la première fois que nous nous rencontrons.

— elle ne nous a pas suffisamment parlé de vous, dit Jack.

Michelle dit dans un souffle :

— Papa, s’il te plaît !

— Quoi ? C’est la vérité, rétorquatil. Tout ce que nous savons, c’est qu’il aime courir et manger des sushis comme toi, et que tu semblais plus heureuse ces dernières semaines que tu ne l’as été depuis longtemps. J’ai besoin d’en savoir plus. Comme s’il est partisan des Yankees ou des Red Sox.

La question de Jack fit rire tout le monde, et le reste du brunch se passa avec des conversations banales, sans inter-rogatoire serré sur des idées cachées ou visant à plonger dans le passé de Todd. Non qu’il n’eût pas dévoilé ce que les Snow voulaient savoir, car il n’avait pas de secrets qu’il ne souhaitait pas raconter, mais ils ne demandèrent rien.

Tout ce qu’ils firent tous les quatre, ce fut de parler. À

propos de la politique et du fait de vivre au milieu de tout cela, de l’impact de l’économie et du marché immobilier sur Michelle et son travail. À propos de leurs endroits favoris à Washington — Todd aimait le Mémorial Franklin Delano Roosevelt — et des hivers en ohio par rapport à ceux sur la côte atlantique.

Ce que Todd apprit, que Michelle ne lui avait pas dit, fut que sa mère et elle parlaient d’ouvrir une pâtisserie depuis des années. Il écouta les deux femmes parler de recettes et desserts jusqu’à ce que sa salade de poulet grillé ne suffise pas à mettre fin aux gargouillements de son estomac. Qui aurait pu deviner qu’il ne pouvait résister aux desserts ?

— Maintenant tu vois ce avec quoi j’ai dû composer pendant des années, lui dit Jack, complice.

— Cela ne paraît pas sur vous, répondit Todd, content de cette distraction avant de repartir de plus belle au sujet de la santé. vous devez faire de la gym régulièrement.

— Pas aussi souvent que j’en ai besoin, j’en ai bien peur.

Jack se cala sur sa chaise et croisa ses bras sur son estomac.

— Michelle me dit que vous apprenez le Krav Maga ?

— oui, monsieur. Depuis quelques années maintenant.

Il s’agit plus d’apprendre à neutraliser toute menace et de mettre en pratique des attaques préventives contre la vio-lence que d’une stricte autodéfense. Je veux dire par là que je ne donne pas de coups dans les dents de n’importe qui, ou quoi que ce soit d’autre.

Todd s’empressait de rassurer l’autre homme. Sachant qu’il étudiait une forme d’art martial développée et employée par l’agence nationale secrète d’Israël pourrait ne pas convenir au père de Michelle.

Mais Jack ne semblait pas le moins du monde intimidé.

— C’est bon à entendre, car j’aime savoir, quand Michelle va courir, que quelqu’un la protège.

La mention de son nom attira l’attention de Michelle, et son regard passa de Todd à Jack.

— Allons, papa, tu sais que je n’ai jamais été adepte de courir seule à la noirceur. et, quand je sors le soir, je reste sur les chemins et hors des bois.

Jack laissa échapper un long soupir.

— Qui parle de l’heure de la journée ? Je n’ai jamais aimé savoir que tu étais dehors seule dans les rues.

— Bon, maintenant, je ne le suis pas ; alors tu peux cesser de t’inquiéter et faire en sorte que Todd se sente responsable de moi.

Jack Snow jeta un œil vers sa fille, puis sa femme, avant de tourner son regard vers Todd, et même si en prononçant ces paroles, c’était pour Michelle, le sens profond n’était pas perdu.

— Je suis certain que, s’il se sent responsable de toi, ce n’est pas parce que j’ai dit quoi que ce soit.

Souriant tandis que Michelle et son père se disputaient gentiment, Todd se concentra sur sa salade, piquant avec sa fourchette dans la verdure tout en pensant que Jack Snow était incroyablement perspicace.

et que cette qualité l’effrayait d’une façon qui n’avait rien à voir avec les monstres.

 

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