Amours vraies - 3

Kent Alison · Chapitre 8 sur 30

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Amours vraies - 3

Rencontrer Todd était considéré comme spécial de…

Alison Kent

Rencontrer Todd était considéré comme spécial de tellement de manières qu’elle en avait perdu le fil. La pression avait engendré un important trac lié à la performance. Ses nerfs n’avaient jamais été ses amis, mais ce soir ils s’étaient ligués pour faire d’elle l’objet de leurs plaisanteries.

Parce qu’il lui manquait une des boucles d’oreilles qu’elle voulait porter, elle avait dû prendre par défaut ses deuxièmes favorites. elle avait découvert une éraflure sur le talon de sa chaussure gauche, mais elle était déjà à michemin du hall de son immeuble et passablement en retard.

Le vent, alors qu’elle marchait, emmêlait sa frange et fouet-tait sa queue de cheval comme une crinière dans son cou.

elle aurait besoin de filer dans les toilettes des femmes et faire des retouches, dès qu’elle arriverait au restaurant, et espérait qu’elle pourrait y parvenir sans être vue.

Des petites catastrophes, c’est vrai, mais, dans l’ensemble, suffisantes pour la tenter de retourner chez elle. À

la place, elle prit son téléphone. Bien que sa mère ignorât qu’elle sortait pour un rendezvous, elle tenta de l’appeler d’abord, ayant besoin de quelqu’un pour la calmer. ou, mieux encore, de quelqu’un pour la dissuader d’aller à cette soirée qui lui avait paru une si bonne idée quand elle avait dit à Todd l’heure et le lieu qu’il avait demandés.

Quand son appel bascula sur la boîte vocale, elle rac-crocha et tenta la prochaine personne sur sa liste, quelqu’un qui savait ce qu’elle s’apprêtait à faire et qui ne la laisserait pas renoncer. ou qui la tuerait si elle le faisait.

— oh, Christina, qu’estce que je suis en train de faire ?

Michelle voulait faire disparaître le stress qu’elle savait plisser son front. Une première impression fort disgracieuse à offrir.

— Je ne suis pas faite pour ces trucs de rendezvous en ligne.

Christina soupira bruyamment dans son oreille.

— Reprendstoi et amusetoi, Michelle. Tu mérites davantage dans ta vie que passer 10 heures au bureau par jour.

— Peutêtre, mais ce n’est pas mon idée de passer du bon temps.

— où estu ?

elle écarta sa main de son visage et leva les yeux.

— en bas de la rue du restaurant.

— Tu n’es même pas entrée et tu te plains de ne pas t’amuser ? Grand Dieu, Michelle ! Appellemoi après que tu l’auras rencontré. File discrètement aux toilettes des femmes s’il le faut. Si c’est un raté, je te paierai ton voyage en ville pour la fin de semaine.

— Tu viens ici, tu te souviens ? Si nous n’avions pas de billets pour l’orchestre symphonique demain soir, je reviendrais là-dessus.

et elle était en train d’envisager de le faire quand son téléphone bipa dans son oreille. Heureusement, sa mère la rappelait.

— J’ai un autre appel, je dois te laisser.

— D’accord, mais demain je veux avoir des détails.

Ce n’était pas une promesse que Michelle était prête à faire. Si la soirée était un désastre, elle voulait que personne dans leur cercle d’amis communs ne le sache.

— À plus tard, Chris, ditelle, en la quittant pour prendre l’appel entrant.

— Allo ?

— C’est Todd.

— Salut, ditelle.

D’un coup, le monde s’arrêta de tourner et se figea.

C’était la première fois qu’elle entendait sa voix, et tout ce qu’elle pouvait faire était de rester là, le vent balayant sa frange, la foule sur le trottoir se séparant comme la mer Rouge et se répandant autour d’elle. Ils avaient échangé leur numéro au cas où il y aurait un problème. Aucun ne voulait que l’autre pense qu’il lui avait posé un lapin. Il y avait un peu du Midwest dans le ton de sa voix, et il semblait aussi décontracté que ses courriels.

Un frisson la parcourut, et, se demandant ce qui n’allait pas, elle répéta :

— Salut. Tout va bien ?

— Je suis en train de me garer, ditil.

elle distingua son moteur vrombissant en arrièrefond.

— J’aurai à peu près cinq minutes de retard.

Ça fera deux. elle se remit à marcher, car il lui semblait qu’elle pourrait atteindre les toilettes des femmes avant qu’il n’entre. Du moins elle le pourrait si elle se dépêchait au lieu de rester plantée là comme un réverbère.

elle se pressa, ses talons claquant comme des claquettes sur le béton, ne sachant pas trop quoi dire d’autre. Il l’avait appelée juste pour lui dire qu’il avait cinq minutes de retard.

Cinq minutes. Qui était assez gentil pour faire ça ?

Manifestement pas elle, car elle allait être tout aussi en retard et ne s’était pas souciée de le lui faire savoir.

Bel échec pour un rendezvous. elle était comme ça.

— on se retrouve dans une minute, alors. Je porte une robe noire. et une queue de cheval.

— Superbe, j’ai hâte. oh, et je serai le type avec un teeshirt blanc et le hula hoop, ditil avant de raccrocher.

Le temps qu’elle passe la porte d’entrée du bistrot, ses nerfs étaient en pelote. Un hula hoop ? où voulaitil en venir avec ce truc ? Dieu merci, il avait raccroché très rapidement.

elle avait été trop crispée ne seraitce que pour penser à rire ; comment diable allaitelle réussir à paraître décontractée et sereine quand elle était tendue comme un élastique ?

elle vérifia ses cheveux, son rouge à lèvres, la ligne de sa robe, ses yeux pour les traces de mascara, son haleine.

Quand il ne resta plus rien à vérifier, elle inspira profondé-

ment et se dit de foncer et d’y aller franchement. Plus vite elle surmonterait cette première rencontre, plus vite son cœur arrêterait de marteler, son estomac de se nouer et sa tête de tourner en rond comme le hula hoop.

Plus de cinq minutes avaient passé depuis qu’elle était dans les toilettes des femmes, car, à l’instant où elle entra dans la salle du restaurant, elle le vit. Il était là, à une table intime pour deux, guettant son arrivée. L’estomac noué ou pas, c’était fait. Il n’y avait pas de marche arrière possible ; alors, affichant un de ses plus beaux sourires, elle se dirigea vers lui.

Il se leva tandis qu’elle avançait dans sa direction. Il apparut comme un homme à l’aise qui se levait de sa chaise dans un mouvement fluide et sans maladresse, un homme confiant et sûr. Il était grand. Pas trop, juste parfait pour elle, et il était mince et portait bien le style décontracté.

Jeans classiques et mocassins. Une chemise oxford à col boutonné d’un doux ivoire rentrée dans le pantalon. Il fallut un temps excessivement long à Michelle avant de lever son regard de ses pantalons vers son visage.

Il attendait quand finalement elle le regarda.

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