Amours vraies - 3
Il y a une semaine, il n’avait…
Alison Kent
Il y a une semaine, il n’avait pas rencontré Michelle Snow.
Il était difficile de croire qu’il ne la connaissait pas depuis toujours. Il n’avait assurément jamais sympathisé de la même manière, ou aussi rapidement, avec une autre femme. Même la relation à laquelle il avait mis fin quelques années auparavant n’avait pas été aussi divine dès le départ.
elle s’était développée, mais il avait fallu beaucoup de travail pour qu’elle se poursuive sans heurts, et il avait toujours eu l’impression d’avoir été le seul à fournir un effort.
Avec Michelle, nul besoin d’effort. Zéro. Nada. Zilch.
Bien sûr, il ne s’était agi que d’une soirée, d’un verre, d’une étreinte. Il y avait eu beaucoup de conversation, beaucoup de rires. Il ne pouvait se rappeler la dernière fois où il avait tenu les mains d’une femme pendant qu’il la raccompa gnait chez elle. Comparativement à ses autres premiers rendezvous, celuici figurait en tête. Un baiser l’aurait rendu encore meilleur, mais elle avait eu ses raisons pour partir comme elle l’avait fait.
et attendre n’avait jamais tué un homme, du moins essayaitil de s’en convaincre tandis qu’il mourait un peu plus à chaque minute qui passait. Peu importe que chacune de ces minutes la rapproche de lui. Jusqu’à ce qu’elle soit dans son allée, dans sa maison, dans ses bras, elle était trop loin.
Il venait de sortir de sa chambre vers la cuisine quand les phares d’une voiture éclairèrent la fenêtre de devant. Il ouvrit la porte et vit Michelle garer sa voiture allemande à six vitesses dans l’allée. ouah. Les choses allaient de mieux en mieux. Il n’aurait pas pensé cela possible. Comme il ne l’aurait pas imaginée derrière le volant de ce petit bolide.
Il sortit sur le porche et la regarda tandis qu’elle faisait balancer ses superbes jambes hors de la splendide Audi 4.
Le coup d’œil valait chaque minute des heures qu’il avait attendues pour la revoir. et, comme elle s’avançait, ses talons claquant sur les pavés, il se rendit compte que ses sentiments pour cette femme se multipliaient.
— Salut, ditil une fois qu’elle s’approcha.
elle pencha sa tête sur le côté, lui adressant une sorte de sourire timide.
— Salut, toi.
— Tu as eu des problèmes pour me trouver ?
— Le GPS est le meilleur ami de la femme, ditelle, s’ar-rêtant sur son perron et dans ses bras, plus du tout timide.
Soulagé, il la prit dans ses bras, ferma les yeux et la tint, gardant son corps aussi proche du sien, aussi longtemps qu’il pouvait sans que le battement de son cœur ne la fasse fuir. Il était trop tôt pour espérer plus que cela, et il ne souhaitait pas qu’elle pense qu’il voulait seulement son corps. Il la repoussa, baissa les yeux et sourit.
— Tu veux une visite à dix cents ?
Sa bouche se tordit, ses yeux à la lumière de son porche plein de malice.
— Tu pourrais faire payer plus que dix cents si l’endroit est le gouffre financier que tu prétends.
— Ce n’est pas une mauvaise idée.
Sa main dans le bas de son dos, il la guida à l’intérieur de sa maison.
— Faire payer quelques dollars et donner une leçon en visitant sur ce à quoi il ne faut pas s’attendre quand on achète une maison. Là encore, cela éliminerait probablement toute chance que je puisse avoir de la vendre.
— Je ne sais pas, ditelle, entrant dans la pièce principale qu’il avait décorée en un antre contemporain avec quelques objets austères pour compléter. Ce n’est pas mal.
Peutêtre un peu moyen en ce qui concerne le cachet…
— Peutêtre ?
Cet endroit était totalement dépourvu de cachet. Il lui avait servi de lieu où atterrir quand il ne voyageait pas pour son travail. C’était un investissement qu’il avait espéré balancer avant que le marché ne batte de l’aile. Tout ce qu’il voulait maintenant, c’était de partir avant que les rénova-tions n’atteignent le plafond de son compte en banque.
Michelle tourna autour de son sofa, passant ses doigts sur le dos des coussins avant de quitter le salon pour l’ar-rière de la maison. elle continua à jeter un coup d’œil dans les embrasures des portes, sans toutefois jamais allumer les lumières, et, à michemin dans le couloir, elle cria : — Rien que de la peinture, des coussins et des photos de famille ne pourraient améliorer.
— Je n’oublierai pas, lui ditil, même si la peinture était très loin de ce qu’il envisageait.
et, même là, il s’en tiendrait aux couleurs neutres pour augmenter ses chances de vendre. Il attendit qu’elle termine de voir son manque de goût avant d’en dire plus.
Il attendit parce qu’elle entrait dans sa chambre, et il n’était pas certain qu’elle puisse l’entendre. Il attendit parce que cela lui laissait un moment calme pour reprendre ses esprits. Il attendit parce que la suivre dans la chambre avec son lit ne pouvait être une bonne idée quand il était aussi tendu.
— Tu veux prendre un verre vite fait ? demandatil une fois qu’elle fut revenue.
Il espérait qu’elle dise non. Maintenant qu’il l’avait ici, il ne voulait pas qu’elle parte.
— on peut aller chez Mike’s. C’est juste à deux pas.
elle acquiesça.
— Certainement, je suis garée derrière toi ; alors on peut prendre ma voiture si tu veux ?
— Ça me paraît une bonne idée.
Une idée avec laquelle il ne voulait rien avoir affaire, mais trop tard pour reculer. et puisqu’il avait été celui qui avait fait la suggestion…
Il ferma, et ils avancèrent à l’extérieur. Une fois devant la voiture de Michelle, il monta du côté passager et s’attacha comme elle reculait.
— estce que tes amies savaient ce que tu allais faire, en les abandonnant ?
elle revêtit un sourire taquin tandis qu’elle changeait de vitesse et avançait.
— Je suis certaine qu’elles le soupçonnaient, mais je ne leur ai pas donné de détails.
Il aimait regarder sa main comme elle passait les vitesses, comment elle levait sa jambe pour embrayer. Sa tenue de route de la voiture était sûre, confiante, et il aimait cela aussi.
— Hmm. Je pensais que c’était ce que faisaient les amies filles.
— et que saistu au juste d’une fille et de ses amies ? ditelle, lui adressant un rapide coup d’œil taquin.
Il haussa les épaules et se cala dans son siège, profitant de sa compagnie et du tour en voiture.
— Tout ce que j’ai toujours voulu savoir sur une fille et ses amies, je l’ai appris de Sexe à New York. Non pas en l’observant.
Sur ce, Michelle rit.
— Croismoi. Nos vies sont à moitié moins excitantes.
— Pas de portes de chambre tournantes ? Un homme qui sort juste avant que le prochain n’entre ?
— Qui a le temps ? ou, plus encore, continuatelle tout en rétrogradant dans le virage qu’il lui avait signalé. Quand ces filles travaillentelles ? Les déjeuners sont les fins de semaine, bien sûr, mais elles vont dans les discothèques et font les magasins plus qu’elles ne font autre chose.
— Tu n’aimes pas les discothèques ?
— Billy Idol pouvait apprécier danser avec luimême3, mais moi non, et comme je suis une petite buveuse…
elle secoua ironiquement la tête.
— Sortir en discothèque quand on reste sobre, ça semble un peu contradictoire.
Je ne peux pas contester cela, songeatil, content qu’ils aient ceci en commun également.
— et faire les magasins ?
— Ah, ça, c’est une autre histoire, ditelle, ralentissant au panneau de stop au coin. Je pourrais battre ces filles à leur propre jeu et leur faire économiser quelques dollars.
J’aime les bonnes affaires encore plus que faire les magasins. Spécialement trouver une de ces pièces uniques dans des endroits, boutiques ou antiquaires insolites. vraiment, je pourrais faire les magasins pour gagner ma vie.
— Si tu n’allais pas devenir pâtissière, tu veux dire.
— C’est encore à décider. Pour l’instant, c’est être directrice commerciale qui m’empêche de faire les magasins comme métier.
3. N.d.T. : Ceci fait référence à une chanson de Billy Idol, Dancing with Myself.
— Ça ne peut pas être un aussi mauvais travail étant donné…
Il fit un signe de la main vers l’intérieur luxueux de la voiture.
— Tu aimes ? demandatelle, une pointe de plaisir dans la voix.
— J’aime. Mais j’aime encore plus te regarder la conduire.
elle accéléra en douceur, puis passa de la première à la deuxième en un mouvement également fluide.
— Tu penses qu’une femme ne peut pas conduire un bolide ?
oh, il n’avait aucun doute qu’elle le pouvait. en plus, elle était vraiment séduisante en le faisant. Une telle puissance maîtrisée par un si petit gabarit. Il modifia sa position, appréciant un peu trop la direction vers laquelle son esprit s’orientait.
— C’est plus que toi, tu as choisi de conduire un bolide.
embrayer doit être l’enfer avec tes talons.
— Je reconnais une voiture attirante quand j’en vois une.
elle changea encore de vitesse, donnant à tous ces che-vaux germaniques leur puissance.
— C’est une gâterie, mais je travaille dur et je ne fais pas de folies sur beaucoup d’autres choses.
— À l’exception des voyages.
— eileen et moi avons réservé un forfait. Pas de première classe, ou quoi que ce soit de semblable.
Il aurait dû faire la même chose. Le prix de vente de son voyage à venir était du vol.
— Alors, les vêtements, les bijoux, les antiquaires et les boutiques… Bonnes affaires ou pas, il y a de quoi entraîner des dépenses pour en arriver à une telle apparence.
— Quelle apparence ? demandatelle, les réverbères et le clair de lune se projetant sur ses sourcils froncés.
Celle d’une publicité de mode. Celle qui faisait qu’il voulait voir ce qu’elle portait près de sa peau. Celle qui faisait qu’il voulait la voir ne rien porter. Il avala difficilement, montrant l’entrée de Mike’s.
— Tout est coordonné, je veux dire. Rien n’est dépareillé.
Le froncement de ses sourcils s’adoucit, et sa moue se transforma en sourire comme elle ralentissait la voiture, entrait dans le stationnement et longeait les rangées de voitures garées. elle manœuvra dans un espace libre et arrêta le moteur. Ce fut seulement là qu’elle se tourna vers lui et répondit :
— Merci.
Ce fut simple. Ce fut tout ce qu’elle dit, acceptant poli-ment le compliment qu’il lui avait livré sans la moindre délicatesse. Ce n’était pas son affaire si elle dépensait ou si elle économisait ; alors pourquoi s’étaitil tout de même lancé làdedans ? À moins qu’il ne s’agisse d’instinct de survie et de trouver un défaut pour repousser cette attirance ardente avant qu’il ne se brûle !
Il l’avait vue deux fois et, chaque fois, il avait été sérieusement impressionné, mais il ne pensait pas que sa réaction avait tant à voir avec son apparence qu’avec sa personnalité.
Son sourire, ses yeux, son rire timide, le fait qu’elle se concentre à ce point sur lui. elle était très attentive. et oui, il aimait cela ; qui n’aimerait pas ?
Toutefois, c’était le genre de choses qui pouvait causer des problèmes à un homme s’il n’était pas prudent, s’il laissait la zone de danger de la partie inférieure de son corps lui dicter sa pensée au lieu d’utiliser la tête qu’il avait sur les épaules.
Il repoussa cette pensée, la conduisant à l’intérieur où ils trouvèrent un coin tranquille au bar pour commander un verre. Ils s’assirent en silence, se faisant face l’un l’autre du mieux qu’ils pouvaient, la jambe croisée de Michelle se balançant d’avant en arrière hors du « v » formé par ses cuisses espacées, son mollet frottant celui de Todd, son poignet effleurant le sien comme une tête d’allumette sur un tampon de frappe.
Soudain, zone de danger ou pas, Mike’s fut le dernier endroit au monde où Todd voulait être.
— Écoute, Michelle…
Mais ce fut tout ce qu’il put prononcer avant qu’elle ne secoue la tête et place sa main sur sa cuisse.
— Je suis tellement, tellement désolée de m’être enfuie hier soir.
Il n’y avait pas vraiment réfléchi. Bon, peutêtre un petit peu.
— Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter pour ça.
— Je sais que tu me l’as dit. Mais envoyer un message d’excuses n’est pas la même chose que de le dire. et j’avais besoin de le dire. J’ai besoin que tu saches…
elle le regardait dans les yeux tout le temps, lui prêtant toute son attention, puissante et intense, mais, cette foisci, elle baissa le regard.
Il réprima une vague montante d’appréhension.
— Qu’estce que tu as besoin que je sache ?
— Je ne suis pas ce genre de fille, ditelle, levant le menton, son expression sincère, troublée, comme si elle craignait ce qu’il pourrait penser d’elle.
Il aimait que cela lui importe. Il aimait beaucoup cela.
elle continua :
— Je ne suis pas pudibonde. Je ne cours pas pour fuir les baisers. Je ne… m’enfuis pas en courant.
— Tu as couru hier soir.
Il ne voulait pas qu’elle s’accroche à ce moment et le rende plus important qu’il ne l’avait été. Il ne s’y était pas attardé, et elle devait faire la même chose. oui, un baiser aurait été merveilleux. Mais il était un homme patient. et il n’avait pas été déçu d’entendre qu’elle n’était pas une nonne.
— Mais il faisait nuit, et je n’ai pas vraiment pu contem-pler tes jambes comme je voulais.
Son sourire retrouvé, sa jambe se balançant de nouveau, sa main appuyée sur sa cuisse et ses doigts décrivant de petits cercles sur ses jeans, elle dit : — on va pouvoir aller courir ensemble, tu sais. J’aime faire les sentiers du parc le soir quand je ne peux pas dormir.
Mais je préfère ne pas y aller seule.
Oui, pensatil alors que le toucher de Michelle devenait plus entreprenant, les cercles plus larges, sa peau plus chaude. Assurément pas une nonne.
— J’ai justement cherché des associations sportives axées sur la course la fin de semaine dernière. Je ne suis pas encore inscrit.
— Ah oui, tu me diras quand ça a lieu. J’ai couru le marathon du jour de la SaintPatrick plus tôt cette année.
C’était mon premier.
— Moi, c’était celui de la colline du Capitole. J’ai réussi à faire du 10 kilomètres heure sans entraînement ou presque.
— Pas mal.
— en effet, mais je me suis bien amélioré. J’aime la foule.
Il tendit le bras pour prendre son verre et fit tourner la glace dans son scotch.
— Ça aide à garder un bon rythme.
— Ça fait des années que je cherche quelqu’un avec qui courir, ditelle tout en le regardant lever son verre et avaler.
Quelqu’un pour me motiver pendant que je le motive.
— Des années ? Alors tu cours depuis longtemps ?
— J’ai commencé à l’université, je crois. ensuite, j’ai poursuivi quand j’ai commencé la pub. Ce milieu est cruel-lement intense.
elle eut un petit frisson. Il en sentit la vibration au bout de ses doigts.
— Courir est d’un bon soutien pour le stress. et une thérapie.
— et des jambes musclées.
elle serra sa cuisse et serra encore quand il la fléchit.
— Hmm. Tu sais, je crois que tu as raison.
Il y avait seulement une chose qu’il savait.
— Pourquoi n’irionsnous pas courir maintenant ?
— Maintenant ? demandatelle tout en le lâchant.
— Maintenant. Pour rentrer chez moi. C’est trop bruyant ici. Trop… public.
elle lui lança un regard ardent consentant et n’adressa pas plus qu’un signe de la tête vers son verre quand elle demanda :
— Tu ne veux pas finir ton scotch ?
— Je n’en voulais pas depuis le début.
et elle avait à peine touché à son chardonnay.
elle avait encore le front plissé. Troublée ? Soucieuse ?
— Mais c’est toi qui m’as emmenée ici.
— Je pensais que tu serais peutêtre plus à l’aise ici, avec la foule. Au lieu d’être seule à la maison, tu sais, juste avec moi, ditil, se demandant pourquoi tout à coup il bafouillait.
elle secoua la tête, chassant son air inquiet.
— Je suis venue ici pour être avec toi.
Il se raidit, la regarda écarter ses cheveux de son cou, ses doigts jouant avec le pendentif de sa boucle d’oreille, et but la dernière gorgée de son verre avant de chercher son portefeuille.
— Bien, partons d’ici.
Ils repartirent en silence vers la maison de Todd, et, cette foisci, Todd conduisit, Michelle lui ayant volontiers céder ses clés. Tandis qu’ils étaient tous deux séduits par l’autre et leur conversation chez Mike’s, ils avaient ignoré le bruit de l’extérieur. or les épais nuages gris qui s’étaient montrés menaçants toute la soirée avaient éclaté en une averse.
Comme Todd était celui qui connaissait les environs, Michelle lui avait demandé de prendre le volant, confessant qu’elle n’était pas ravie à l’idée de faire la route vers chez lui à travers l’orage. et cela lui convenait. Il y avait quelque chose de primitif à être responsable et protecteur.
Avec l’unique bruit de la pluie sur le toit de la voiture et le doux ronronnement du moteur à chaque changement de vitesse alors qu’il conduisait, l’habitacle devint un cocon de silence agréable, même s’il était d’une certaine façon tendu. Agréable du fait qu’aucun d’eux ne se sentait obligé de parler. Tendu, car l’absence de conversation leur donnait à tous deux le temps de réfléchir, créant un peu de stress.
Todd pensait qu’il était un imbécile de l’avoir fait sortir précipitamment du restaurant. Beau boulot montrant combien il était égoïste. Mais, bon sang, bien sûr qu’il voulait la recevoir seule, sans la foule des vendredis soir qui les déran-gerait, sans un serveur de bar attentionné qui leur tournerait autour, sans musique si forte qu’elle rendait difficile de s’entendre.
Ce qu’il ne savait pas, c’était si Michelle regrettait sa décision de partir avec lui quand elle savait qu’ils retour-naient chez lui sans chaperon. elle avait semblé tout à fait prête à partir, et son silence approprié lui permettait de se concentrer sur la conduite au milieu de l’orage.
Ce faisant, il lançait des regards furtifs vers elle, ses jambes, ses mains sur ses genoux, son pouls au creux de sa gorge. La façon dont elle saisissait sa lèvre supérieure avec ses dents, seul indice de son état d’esprit.
L’état d’esprit de Todd était simple. Il voulait entendre tout ce qu’elle avait à dire. Il ne voulait pas crier pardessus le bruit ou s’autocensurer à cause d’indiscrétions. ou voir quelqu’un qu’il pourrait connaître et devoir expliquer à Michelle. Il la voulait entièrement pour lui. voilà, c’est tout.
Il arriva alors dans son allée et gara sa voiture derrière la sienne.
Il arrêta le moteur et regarda vers elle. Des gouttes de pluie tombaient quand elle était sortie rapidement de chez Mike’s et elles étaient restées accrochées à ses mèches de cheveux comme de minuscules lumières blanches. Ses yeux étaient immenses, limpides et bleus. Il allait se noyer en elle avant que la nuit se termine, avoir le souffle coupé et posséder tout ce qu’elle était.
Son expression le hantait, le laissant péniblement se demander ce qui l’effrayait. Étaitce lui ? Étaitce ce qu’elle anticipait ? S’attendaitelle à être déçue ? ou, comme lui, se demandaitelle si les choses allaient audelà de la vitesse d’une fusée avant que l’un d’entre eux soit prêt pour le lancement ?
Il se rapprocha. elle se pencha vers lui. L’atmosphère encore calme dans la voiture devint lourde, comme attendant que le temps qui s’était arrêté recommence à s’écouler.
Todd jura que sa poitrine était prête à exploser et il mit fin aux quelques derniers centimètres entre eux avant de presser ses lèvres sur les siennes. elle s’ouvrit sous lui comme une fleur, l’accueillant, s’of-frant, le sacrifice d’un doux nectar, puis elle se pressa contre lui, se tournant sur son siège pour se plaquer langoureuse-ment sur lui, et tout cela avec sa bouche embrassant la sienne.
elle avait le goût du chardonnay qu’elle avait bu, celui des grappes de raisin, de la terre capiteuse et du soleil brû-
lant, comme s’il ne parvenait jamais à en avoir assez. Il inclina sa tête plus loin vers la droite, essayant de trouver la meilleure façon de se placer. Il n’y avait pas d’espace pour la prendre comme il le voulait, mais il faisait ce qu’il pouvait.
Ses mains parcoururent son dos, saisirent ses épaules, tinrent ses bras et entourèrent sa nuque. Les cheveux de Michelle étaient relâchés ce soir, et il enfonça ses doigts dans les mèches épaisses qui sentaient les herbes fraîches, la menthe et la pluie froide, en respirant profondément les senteurs et ellemême.
Les mains de Michelle étaient tout aussi occupées à le découvrir, et, quand il gémit bruyamment, il gloussa, ne s’attendant pas à ce qu’elle s’éloigne en l’entendant, ressen-tant son recul comme un tir en plein cœur quand elle le fit.
— Tu ris de moi ? demandatelle le souffle court.
— Je ne ris pas. J’apprécie.
Trop pour mettre des mots, de peur de l’effrayer. Ce qui se passait avec son corps était vil, grossier, et il ferait mieux de se retenir jusqu’à ce qu’il soit certain qu’elle ressentait la même chose.
Puis, parce qu’il le devait, il rit encore, l’embrassa encore, déversant tout ce qu’il ressentait dans la pression de sa bouche sur la sienne. elle était la chose la plus douce qui lui soit arrivée, la femme parfaite qu’il avait toujours voulue dans sa vie, et il arrivait difficilement à la laisser. La pluie martelait le toit de la voiture à un rythme de timbales qui créait une sphère de sécurité au milieu de l’orage.
Puis les nuages se levèrent, et la percussion autour d’eux se calma jusqu’à devenir le roulement d’une caisse claire.
C’était maintenant ou jamais, décidatil en s’éloignant et regardant le désir dans ses yeux.
— Tu veux entrer ?
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