Amours vraies - 3

Kent Alison · Chapitre 28 sur 30

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Amours vraies - 3

Faisant la queue en attendant que les…

Alison Kent

Faisant la queue en attendant que les portes s’ouvrent, Todd tenait Michelle devant lui, serrée contre sa poitrine, sa veste ouverte autour de ses épaules pour les réchauffer tous les deux. Néanmoins, elle frissonnait, et ses tremble-ments le secouèrent. Protégée contre le froid ou pas, elle était petite et ressentait probablement la fraîcheur davantage que lui.

Il se pencha en avant, sa bouche près de son oreille.

— estce que tu veux rentrer à la maison ? Nous ne sommes pas obligés de rester.

elle secoua la tête, les boucles de ses cheveux s’accrochant dans la peau mal rasée de sa barbe.

— Tu attends cela depuis des semaines. Nous allons rester.

Il avait hâte, mais ce n’était pas comme si c’était l’ultime étape de leur dernière tournée ou quoi que ce soit. Il pouvait les voir plus tard dans l’année à un autre endroit.

— oui, mais je n’avais pas hâte que tu te gèles les fesses.

— Ça va. Je t’ai et la chaleur des corps de centaines d’étrangers pour me tenir au chaud.

elle se blottit contre lui, glissant sa tête sous son menton.

C’était difficile d’avoir froid quand elle était si proche, ses mains enveloppées dans les siennes, ses cheveux tel un nuage humide sentant son shampooing, sa peau si douce quand il pressait ses lèvres derrière son oreille pour l’embrasser.

elle tourna la tête, mais, au lieu de l’embrasser en retour comme il l’espérait, elle dit :

— Tu sais que tu me dois un opéra et une soirée à écouter un orchestre symphonique maintenant.

Il grommela. Il ne savait pas qu’elle établissait une liste de ses musiques par rapport aux siennes.

— Mais ça veut dire des vêtements de ville et s’asseoir dans de vrais fauteuils.

— Quel est le problème avec les vrais fauteuils ?

— C’est trop difficile de se câliner.

elle frissonna de nouveau.

— Dit l’homme qui n’a pas encore assisté à un opéra avec moi.

Il aimait ce que cela représentait. Il aimait beaucoup cela.

— Alors, c’est un rendezvous. et, maintenant que j’y pense, j’aime vraiment l’idée que tu arranges tout et que j’y mette le désordre.

elle leva un doigt et tapota son nez.

— C’est parce que tu n’as qu’une idée en tête quand il s’agit de moi, de mes cheveux et de mes vêtements.

— Je ne dirais pas cela. J’aime te voir les porter autant que sans eux.

— C’est l’idée dont je parlais.

— Je suis un homme visuel. Qu’estce que je peux dire ?

— visuel ? demandatelle, tout en grommelant. Toi avec tes mains posées partout.

— vous n’êtes pas exactement du genre à ne pas toucher vousmême, mademoiselle Snow.

Un fait dont il remerciait le ciel régulièrement.

elle se tint davantage dans le cercle de ses bras.

— Désolée. Je ferai plus attention à mes manières.

— oh, pas besoin de faire attention à tes manières avec moi, ditil.

Même s’il comprenait qu’elle avait quelque chose d’autre que leur relation physique à l’esprit.

— Tu es certaine de ne pas avoir froid ?

elle soupira, la tension qu’il aurait juré avoir sentie dis-paraissant, puis il recommença à étreindre ses épaules.

— Ne t’inquiète pas pour ça. Rien d’autre n’a d’importance quand tu es là.

Hmm. Il n’aimait pas cela.

— Je me moque d’être ta zone de confort, mais si quelque chose se passe dont tu ne m’as pas parlé…

Il laissa la phrase en suspens, espérant qu’elle se livre sans qu’elle ait à se faire prier. Il ne pouvait l’aider à arranger les choses si elle ne lui faisait pas savoir par où commencer, un problème quand elle était tellement habituée à ne dépendre que d’une seule personne, ellemême.

— C’est à propos de mon humeur exécrable ?

Ah, alors il y avait quelque chose qui la préoccupait.

— Je n’ai pas dit que tu étais d’humeur à prendre avec des pincettes.

— Pas explicitement, non, mais je m’en remettrai.

— Michelle ?

Il s’éloigna et la tourna dans ses bras. La brume de la nuit collait à ses cils, mouillant ses yeux.

— Qu’estce qui se passe ?

elle baissa les yeux, le menton rentré sur sa poitrine. Il approcha son doigt sous sa mâchoire, la forçant à le regarder.

— Michelle, chérie ? Qu’estce qui ne va pas ?

— Le bail de la boutique pour la pâtisserie est tombé à l’eau, ditelle, ne le regardant toujours pas.

— Quoi, quand ?

Il savait combien elle comptait sur cet endroit. Le loyer était correct, la clientèle exactement dans la zone qu’elle souhaitait toucher.

— Qu’estce qui s’est passé ? Quand l’astu appris ?

— Hier.

— et tu ne me l’as pas dit ?

Un doux sourire atténua la tristesse sur son visage.

— Je viens juste de le dire.

Il prit une profonde inspiration. Il ne voulait pas se fâcher.

— Chérie, ce sont des choses que tu es censée partager.

Comment puisje arranger les choses si tu ne me dis pas qu’elles ont échoué ?

— Tu n’as pas à arranger les choses, Todd. Le simple fait que tu sois là est suffisant.

Pour elle, peutêtre.

— Je sais que tu comptais avoir cet espace. Je suis désolé.

elle haussa un peu les épaules.

— La vie continue.

— Je déteste quand tu fais ça, tu sais. Agir de façon tout à fait autonome et ne pas demander d’aide.

— Il n’y a rien que quelqu’un puisse faire. J’ai juste à me plaindre pendant une journée ou deux, puis me relever et trouver un autre endroit.

— et tu préférerais faire tout cela seule.

— Ce n’est pas comme si tu pouvais faire le deuil à ma place.

Étaitce vraiment ce qu’elle ressentait ? Quand elle avait été là pour lui pendant qu’il s’occupait du déclin de son père ?

— Tu ne penses pas que je souffre quand tu souffres ?

— eh bien, oui, mais je ne peux pas décharger toutes mes difficultés professionnelles sur toi avec tout ce que tu traverses. Ce ne serait certainement pas juste.

Juste ?

— Alors, moi qui me décharge de toutes mes difficultés avec le gouffre financier de ma maison, c’est juste ? Sans parler de ce qui se passe avec mon père ?

— Ton père, ce n’est pas la même chose. et tu ne parles plus que rarement de ta maison.

— C’est exactement la même chose, peu importe si c’est la famille, le travail ou la maison, ou quoi que ce soit. Cela n’a pas d’importance. Tu es là pour moi. Je suis là pour toi.

Ça marche dans les deux sens, pour tout, ou ça ne marche pas du tout. elle s’éloigna, heurtant la personne devant elle. Todd attendit pendant qu’elle faisait ses excuses, les lampes des rues se reflétant dans ses yeux, la brume créant un nuage entre eux. Cela ressemblait à une barrière, trop impalpable pour se briser.

La foule commença à devenir plus bruyante, indiquant le mouvement près de la tête de file. Au lieu de répondre à ce qu’il avait dit, elle croisa ses bras et regarda au loin, le laissant se demander si ce qu’il y avait entre eux pourrait encore fonctionner.

Puis les portes s’ouvrirent, et la queue commença à ser-penter en avant. Derrière elle, Todd marmonna : — enfin !

Mais Michelle était fixée sur ce qu’il avait dit et ne pouvait répondre.

Avaitil raison ? estce que son histoire de vouloir un partenariat n’était rien que du vent ? elle n’était certainement pas si inconsciente, et pourtant… chaque étape dans la carrière de sa mère, son père l’avait franchie avec elle.

Chaque perte dont son père avait souffert, sa mère en avait également souffert.

Si Todd et elle devaient avoir un avenir, n’étaitce pas le moment de le laisser entrer dans ces zones dont elle lui empêchait encore l’accès ?

La logique disait oui, pour les raisons qu’elle venait de se donner et davantage. Mais les émotions… elle leva le bras et écarta sa boucle de cheveux de son visage. C’était difficile de penser à quelqu’un qu’elle aimait — et elle l’aimait, elle le savait — comme à quelqu’un risquant son argent, consacrant son temps, déversant son énergie dans quelque chose qui pourrait très bien échouer.

Pourquoi devraientils traverser cela tous les deux alors que la pâtisserie était son rêve ? Il ne serait même pas en mesure de se proposer pour cette prise de risques si ce n’était pour elle. elle ne savait pas si c’était de la culpabilité qu’elle ressentait, ou quelque chose en rapport avec le regret.

Quoi que ce fût, elle n’était pas certaine de savoir quoi en faire. elle n’aimait pas la façon dont cela l’irritait.

Une fois dans le club, Todd passa son bras autour de ses épaules, les empêchant de se faire heurter. C’était tellement bondé, une écrasante masse de corps froids et mouillés sentant le parfum et les cheveux humides, l’air dans le club sentant le renfermé et la bière rance. Le faible éclairage rendait toute navigation à travers la foule une entreprise douteuse.

Et néanmoins Todd y parvint. Il ne la laisserait jamais tomber. Même quand une bousculade se fit menaçante à sa droite et qu’un homme de trois fois sa taille s’écroula sur eux, Todd fut celui qui fit les frais des coups, se tournant et utilisant son corps comme un bouclier.

Une fois la vive agitation terminée, ils trouvèrent un endroit avec une vue correcte de la scène, et Todd se tint derrière elle, ses bras autour de sa taille tout contre elle. Il pencha sa tête en avant, sa bouche près de son oreille, et demanda :

— Tu vois bien ?

elle était plus petite que lui, plus petite que beaucoup de gens, mais elle voyait suffisamment. De plus, ils étaient là pour écouter, et elle pouvait faire cela les yeux fermés, en s’appuyant contre la chaleur de Todd.

elle repensait à tout. elle savait cela et, néanmoins, elle ne semblait pas capable de faire cesser ses inquiétudes.

Toute sa vie, elle avait été fière d’ellemême pour avoir établi des objectifs et les avoir atteints dans le sang, la sueur et les larmes. Alors, pourquoi trouvaitelle si difficile de laisser Todd y entrer ?

Comme elle se tenait debout dans ses bras, leurs corps serrés, la musique circulant vers eux, belle mais si doulou-reusement triste, elle comprit subitement, comme si elle avait reçu tout à coup une grosse balle sur la poitrine. Son rêve. C’était trop immense pour elle à gérer, trop grand pour une femme seule en scène.

Même si elle commençait modestement, en créant une intimité, un décor feutré, un endroit confortable en dehors de chez elle, le travail nécessaire pour voir sa pâtisserie passer du rêve à la réalité était trop énorme pour l’aborder seule. elle avait le soutien de ses parents, et sa mère passerait autant d’heures qu’elle à cuisiner, mais elle avait besoin de Todd.

elle avait besoin de Todd.

Il lui donnait de la force quand la sienne baissait. Il lui remontait le moral quand le sien dégringolait. Avec juste un sourire, cette fossette en virgule, ses yeux bleus étincelants, il la sortait de tout découragement qui la faisait sombrer.

Il était là pour elle à chaque minute de la journée.

Pourquoi étaitce si difficile de voir cela sans partager son rêve avec lui ? Son rêve ne lui apporterait jamais autant de plaisir qu’il le devrait s’il n’était pas impliqué, à ses côtés, son égal.

La bande sonore des notes suggestives du piano la transporta, et elle se tourna, enveloppant ses bras autour de son cou et se dressant sur la pointe de ses pieds. Il baissa les yeux, fronçant les sourcils, penchant sa tête pour qu’elle puisse lui chuchoter à l’oreille.

À la place, elle l’embrassa, sa bouche silencieuse témoi-gnant de son besoin qui était plus qu’un désir physique. Il la serra contre lui, et elle hocha la tête quand il mit ses lèvres près de son oreille et dit :

— Rentrons à la maison.

 

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