Amours vraies - 3
* Frenchie : base de pain doré…
Quatre
* Frenchie : base de pain doré recouverte de crème au beurre à l’érable
Cela aurait pu sembler étrange à ses amies, si elles avaient su, mais l’idée de Michelle d’un samedi aprèsmidi parfait consistait à le passer avec ses parents, et c’était exactement à l’ordre du jour aujourd’hui.
Bien avant la distraction de Todd — Quel était son nom de famille ? elle n’avait même pas demandé ! —, sa mère et elle s’étaient inscrites à un cours technique pour préparer des cupcakes au magasin WilliamsSonoma dans la galerie marchande de Tysons Corner. Son père, pas du genre à mélanger et à mesurer la préparation, mais un amoureux du résultat final, les rejoindrait pour le déjeuner à Coastal Flats.
Attendant dans la galerie marchande devant la vitrine principale du magasin, Jack Snow fut le premier à la voir arriver. Il retira sa main de la poche de son pantalon gris et Alison Kent
la leva pour lui faire signe, donnant un petit coup de coude à sa mère. Son cabas noir et blanc Coach accroché à un bras, Ann prit une minute avant de déplacer son regard des profonds rouille, rouges et jaunes de la décoration automnale avant de faire un signe de la main à Michelle.
— Regarde ça.
elle pointa l’arrangement sur plusieurs niveaux d’une profusion de citrouilles qui avaient été autrefois bien tra-pues et oblongues.
— Je n’aurais jamais pensé faire quelque chose d’aussi brillant. et puis remplir les grosses citrouilles avec de petites calebasses et des pommes sauvages ! C’est très, très brillant.
— C’est « WilliamsSonoma », maman. Être brillant est à la base de tout, ou, dans ce cas, à la base du magasin.
Michelle glissa son bras sous celui de sa mère, respirant le parfum familier de Beautiful d’estée Lauder, avant de se pencher pour embrasser son père sur la joue. Lui, comme toujours, sentait Old Spice.
— estce qu’on a le temps de jeter un coup d’œil aux alentours avant la démonstration ? Papa ? estce que tu vas traîner ou faire les magasins comme un homme ?
— L’Apple Store est par là, ditil en inclinant sa tête dans cette direction. Je peux y rester une heure pendant que vous deux vous apprenez comment me rendre encore plus gros.
Michelle rit, le pinçant sur le côté.
— vous, Monsieur, êtes tout sauf gros.
— et, pour cela, ma fille, tu n’as pas à craindre de trouver un morceau de charbon dans ton bas de Noël.
Il jeta un œil vers sa femme qui semblait les ignorer tous les deux.
— Maintenant, sois une gentille fille et persuade ta mère que c’est sans danger de me laisser partir.
— Pourvu que ta carte de crédit reste dans ta poche, lui dit sa femme, lui tapant distraitement sur son épaule, tu peux rester là aussi longtemps que tu le souhaites.
Il secoua sa tête, faisant un clin d’œil à Michelle.
— et assuretoi que la sienne reste dans son sac.
Michelle devait prendre la défense de sa mère sur ce point.
— Je doute qu’elle et moi ensemble puissions faire les mêmes dommages financiers que toi.
— Ta mère a été traiteur pendant des années. Tu n’as aucune idée des dommages financiers qu’elle a faits dans sa quête d’avoir la casserole parfaite pour chaque occasion, rétorquatil.
Ses yeux pétillaient comme il posait son regard sur la femme qu’il aimait.
— Sans parler de son besoin de posséder chaque épice rare jamais moulue et tout ustensile qui pourrait passer pour un instrument de torture. Je pense qu’elle les accu-mule juste pour me tenir en dehors de la cuisine.
Comme sa mère hochait la tête d’un air résigné, Michelle se tourna et donna un petit coup sur l’épaule de son père.
— Croisle ou non, je l’ai vue en utiliser la plupart, mais je le promets. Pas d’ustensiles ou d’épices, ou de casseroles en forme de citrouilles…
— À moins que je paie en liquide, ajouta sa mère en l’in-terrompant. et n’oublions pas. Ton père n’est jamais tombé sur un produit « i » dont il ne pouvait se passer. Si quelqu’un est responsable de ruiner la famille…
Il n’existait rien au monde que Michelle aimait plus que de regarder son père et sa mère se taquiner l’un et l’autre.
Leurs accusations et menaces étaient sur le ton de la plaisanterie et témoignaient d’une relation solide. Si elle se laissait porter par son côté sentimental, elle devrait admettre que regarder sa mère déposer un rapide baiser sur la joue de son père et son père répondre par un chaleureux sourire était toujours la plus douce des choses.
Mais elle n’allait admettre ce genre de chose à personne d’autre qu’ellemême. et elle n’allait certainement pas admettre que voir ses parents ensemble poussait sa bulle d’espoir à décoller encore davantage. encore plus que la pâtisserie dont elle rêvait, elle voulait ce qu’ils avaient, un partenariat qui durerait toute la vie.
— Prête ? demanda sa mère, ramenant Michelle dans le présent comme elle se dirigeait vers l’entrée du magasin.
Michelle suivit.
— Je suis prête à manger le produit fini.
— Tu es aussi terrible que ton père.
— Un estomac satisfait signifie une Michelle satisfaite.
— Je me reprends. Tu es pire que ton père.
Humant l’appétissant arôme de quelque levain et d’ail que l’on cuisinait à l’intérieur, Michelle dit : — Si par « pire » tu veux dire que je partage son amour pour la bonne nourriture, alors oui. Je suis assurément pire que mon père.
Leurs pas étouffés par les chaleureux planchers de bois, elles contournèrent un employé dynamique vêtu d’un tablier vert, l’écoutant demander à un autre client : — Saviezvous que si vous roulez un citron sur votre plan de travail avant de le trancher, cela en libère les essences ?
— Je le savais, oui, chuchota Michelle fièrement. Mais je parierais que tu n’as jamais essayé toimême.
— Michelle elizabeth ! Attention à ton comportement !
Bien qu’elle acquiesçât en signe d’obéissance, Michelle savait que sa mère était sur le point de rire à gorge déployée face à ses bêtises. et, tandis qu’elles parcouraient le magasin, elle se mit à craindre d’avoir autant de mal que sa mère à garder sa carte de crédit dans son sac. Son manque flagrant d’espace pour entreposer les objets qu’elle convoitait le plus était tout ce qui l’empêchait de sortir la carte en plastique à plusieurs reprises.
Le moulin à café en acier inoxydable prenait trop de place sur le comptoir ; alors elle achetait ses grains au marché et les moulait sur place. elle n’avait pas vraiment besoin de coordonner ses gants à four et ses essuiemains à la saison, si bien qu’elle gardait ses linges de maison.
Les motifs des bols, des spatules et des mélanges à muf-fins rétro étaient mignons, mais elle préférait cuisiner à partir de rien et elle avait presque autant d’ustensiles que sa mère. et, peu importe sa convoitise pour les batteries de cuisine Le Creuset, ces articles ne rentraient pas plus dans son budget que ne l’étaient les accessoires coûteux qu’elle devrait acheter pour sa pâtisserie.
elle jeta un coup d’œil pendant que sa mère caressait une spatule à lasagne.
— Tu penserais que je suis folle si je disais que je voudrais ouvrir une pâtisserie ?
Scrutant pardessus les montures noires de ses lunettes, la mère de Michelle lui adressa un regard interrogateur.
— Penseraisje que tu es folle si tu le disais ou si tu le faisais ?
— L’un ou l’autre, j’imagine.
elle leva les bras pour écarter ses cheveux de son visage.
— Je suis juste prête à travailler et respirer le sucre chaud et la vanille à la place de tout le désespoir et la colère qui empestent le bureau.
— Il y a une raison pour laquelle j’ai passé la plupart de ma vie dans une cuisine, dit sa mère, faisant des gestes avec la spatule avant de la déposer en haut des autres dans le tonneau.
Michelle prit un minuscule bol en silicone et le serra.
— Parce qu’à la fin de la journée, tu avais quelque chose à montrer fait de ton sang, ta sueur et tes larmes ?
— J’ai versé quelques larmes, principalement à cause des oignons, mais oui. Le dur labeur déversé dans une sauce béchamel était toujours plus gratifiant que celui versé dans les tâches administratives. Non pas parce que je n’avais pas beaucoup de comptabilité à faire, mais parce qu’une grande partie était transférée à mon comptable.
— Alors, tu ne penserais pas que je suis folle ? demanda Michelle.
elles approchaient alors de l’arrière du magasin où la foule inscrite s’était rassemblée pour le cours de pâtisserie.
Autre regard perçant audessus de ses lunettes.
— Je penserais que tu es folle si tu ne poursuivais pas ton rêve.
— Je ne sais pas si j’appellerais ça un rêve…
— Moi, oui.
Sa mère s’avança dans une allée sur le côté et la tira.
— Je t’ai regardée en cuisine, Michelle. Je ne sais pas si je t’ai transmis un peu des gênes de Julia Child ou si cuisiner est juste quelque chose qui te procure du plaisir, mais j’ai vu ton visage quand tu goûtes les plats que tu as créés. Tu aimes être en cuisine autant que moi, et je parierais que tu préfères ça au marketing.
Ces tempsci, même distribuer les journaux — et ces pensées firent dériver son esprit vers Todd — semblait mieux que le marketing, et elle se demanda pour la première fois, depuis qu’elle avait retrouvé ses parents, s’il avait répondu à son dernier courriel. Non pas qu’elle aille s’ar-rêter maintenant et regarder…
— Je ne sais pas, ditelle, pas même certaine de ce qu’elle voulait dire.
Qu’elle ne savait rien de Todd ? Qu’elle ne savait pas si elle aimait plus cuisiner que le marketing ? Qu’elle ne savait pas si elle était folle de vouloir démarrer son entreprise ?
— Qu’estce qui t’arrête ?
Son regard passa de la nuée blond platine des cheveux de sa mère à une table exposant les emportepièces pour biscuits de la saison passée avec les mélanges pour les fêtes.
L’ancien et le nouveau réunis. estce que ses 10 ans de marketing lui donneraient le niveau requis pour réussir dans le jeu compétitif de la pâtisserie ?
Peutêtre, mais elle savait que le plus gros obstacle qui l’arrêtait était la peur d’abandonner la sécurité pour rien.
— Le fait que j’aie un très bon travail qui me prend déjà 50 heures par semaine ? et puis, il y a l’argent, la situation économique, l’incertitude.
Sa mère leva un doigt pour attirer son attention.
— « Personne n’a jamais fait faillite en sousestimant le goût du public américain. »
— Merci maman, ditelle, riant doucement. Mais, malgré tout, je ne pense pas que l’auteur de cette citation faisait référence aux gâteaux.
elles passèrent l’heure suivante à écouter l’instructrice expliquer comment mesurer des liquides et des solides, comment ordonner l’ajout d’ingrédients et mélanger pour une meilleure texture, comment ajuster le temps de cuisson et la température en fonction de l’impact de l’humidité et de l’altitude.
elles regardèrent comment elle appliquait le glaçage à la poche pour former de petits dômes parfaits, comment elle concoctait des vagues avec des bordures bien nettes, serrant la poche pour faire de minuscules points qui entouraient la surface d’une onctueuse ganache. Tout cela fut alors suivi de copeaux de noix de coco et de sucre cristallisé avec des pépites de chocolat. Finalement, ce fut le moment de déguster.
Michelle soupira de plaisir. Planter sa bouche dans le produit fini était comme prendre une bouchée de rêve. Une bouchée d’un magnifique et divin mélange de saveurs, d’un gâteau moelleux au glaçage riche avec de la mousse au milieu, mais aussi de son rêve, de sa pâtisserie.
De son avenir.
Pourquoi, quand elle était entourée de choses qu’elle aimait, de personnes qu’elle aimait, pouvaitelle voir tout cela si clairement ? elle n’était pas de celles à prendre cette promenade pour un signe, mais, avec l’encouragement de sa mère en plus des courriels aguicheurs avec Todd, elle ne pouvait nier qu’elle était de meilleure humeur qu’elle ne l’avait été depuis un moment.
Peutêtre qu’il était temps de travailler à un plan d’affaires, voir si elle pouvait gérer une telle aventure ou si ce premier pas la jetterait directement dans l’arène et qu’elle serait largement dépassée. Todd seraitil là pour lui insuffler des forces si cela arrivait ? Meilleure question : pour quoi elle se précipitait ? Ils ne s’étaient même pas encore rencontrés !
Juste devant l’entrée de WilliamsSonoma, après le cours, Michelle se tourna vers sa mère et, avant qu’elles ne partent pour l’Apple Store afin de retrouver son père, lâcha la question qui la taraudait depuis des semaines.
— Astu déjà pensé à ce que ta vie aurait été si tu avais épousé quelqu’un d’autre que papa ? ou si tu ne t’étais jamais mariée ?
Sa mère fronça les sourcils comme si le changement de sujet passant des gâteaux au mariage la faisait s’interroger sur la santé mentale de Michelle.
— Pourquoi auraisje épousé quelqu’un d’autre que ton père ? J’aime ton père.
— Je sais ça. Je veux juste dire…
elle jeta un œil pardessus l’épaule de sa mère, vers la vitrine du magasin et la profusion de citrouilles, cherchant les mots qui s’étaient soudainement volatilisés.
— Si tu avais rencontré quelqu’un d’autre en premier et que tu l’avais épousé à sa place.
— J’ai effectivement rencontré quelqu’un d’autre d’abord. J’en ai rencontré quelquesuns avant lui. Ton père s’est trouvé être le seul qui m’a séduite, dit sa mère, regardant la galerie marchande comme si elle attendait que son prince charmant apparaisse. et que je voulais séduire en retour.
— Alors il t’a complétée, dit Michelle.
Ceci capta l’attention de sa mère.
— S’il m’a complétée ? Pourquoi estce que tu cites des films, Michelle ?
C’était une trop longue histoire, et pas une dont elle voulait parler…, à moins qu’elle veuille. Peutêtre que sa mère pourrait dissiper les doutes qui tourmentaient Michelle depuis des semaines.
— J’ai eu les filles pour un brunch le mois dernier. Nous nous sommes mises à parler des hommes, des rendezvous arrangés, des relations et de Jerry Maguire.
Marchant, sa mère conduisit Michelle vers un banc à l’écart de la foule du centre commercial.
— et elles t’ont convaincue que tu avais besoin de quelqu’un pour te compléter ?
— Pas du tout.
Michelle secoua la tête, serrant son sac sur ses genoux comme elle s’assoyait.
— en fait, je leur ai dit que je n’en avais pas besoin. Que j’étais heureuse, totalement satisfaite.
Sa mère prit son temps pour répondre, comme si elle voulait que Michelle cherche la vérité dans ce qu’elle disait, puis finit par demander :
— Mais maintenant tu en doutes ?
Douter ? Étaitce la même chose que se demander ? ou y avaitil quelque chose d’autre dont elle doutait ? Peutêtre que ce n’était pas le fait d’être heureuse et satisfaite, mais d’être seule qui l’agaçait. et cela lui tapait sur les nerfs plus que tout. elle ne voulait pas que le désir d’un partenaire nuise à sa vie.
elle croisa ses chevilles et fixa le rose tendre du vernis sur ses orteils qui dépassaient de ses sandales.
— Astu déjà pensé que tu pourrais passer ta vie seule ?
Que tu ne trouverais jamais quelqu’un en qui tu aurais assez confiance pour te marier ?
— Avoir confiance ? Pas être amoureuse ?
— D’accord, être amoureuse, dit Michelle, balayant d’un geste son erreur et ignorant le dard dans la question de sa mère.
Son approche des relations étaitelle complètement faussée ?
— Tu vois ce que je veux dire.
Sa mère la regarda d’un air perplexe.
— estce le fait que tu sois encore célibataire ? Parce que si c’est ça…
elle s’arrêta, se rapprocha de la main de Michelle la plus proche et la tint, frottant son pouce sur ses phalanges.
— Je sais comment cela a été difficile pour toi à l’université. Je sais ce qui t’a découragée des relations…
Michelle secoua la tête pour l’interrompre.
— Je ne suis pas certaine que ce soit ça.
— Moi oui, dit sa mère.
elle caressa la main de Michelle avant de la laisser et de se lever quand son père apparut devant l’Apple store et qu’il s’arrêta pour les chercher.
— Peutêtre pas consciemment, mais il n’existe pas de façon pour une femme de subir une trahison comme cellelà sans se montrer méfiante par la suite.
Avalant une vague d’émotion oppressante venue de nulle part, elle demanda :
— Tu penses que j’ai été méfiante pendant 10 ans ?
— Je pense que tu as travaillé d’arrachepied pendant 10 ans, te tenant trop occupée pour avoir une relation, mais oui.
Sa mère marcha devant elle, parlant doucement, dissi-mulant leur conversation à son père.
— Je pense que tu as placé toutes les personnes que tu as rencontrées devant ce miroir du passé, cherchant quelque chose qui te dirait qu’ils ne te tromperaient pas.
elle ne savait pas quoi dire. Cette trahison faisait partie du passé, et depuis elle avait avancé dans sa vie. Du moins, elle pensait l’avoir fait… Mais sa mère avaitelle raison ?
Avaitelle vu des choses que Michelle ne pouvait pas voir ellemême ?
— Quand tu rencontreras l’homme qu’il te faut, tu n’auras plus besoin du miroir, continuatelle.
elle laissa Michelle comprendre qu’elle n’aurait jamais besoin d’un thérapeute avec Anne Snow comme mère.
*
Tôt dans la matinée, Todd posa les outils dont il aurait
besoin pour remplacer l’encadrement de la porte de derrière par des solins. Le bois était déformé, et aucun coupefroid ne serait d’une bonne étanchéité. Le temps vif de l’automne arrivait, et, autant il aimait courir dans le froid, autant il ne voulait pas y dormir. La porte devait partir.
Près des outils qu’il avait alignés sur le foyer du salon, il avait placé son iPhone, mais pas pour l’application « Bricolage iHandy ». Il réfléchissait encore à une réponse au dernier message que Michelle avait envoyé. et, si elle lui écrivait de nouveau avant qu’il ne réponde, eh bien, il voulait que le téléphone soit à proximité.
Les serviettes. Il l’avait taquinée au sujet des serviettes.
Comme s’il cherchait une bonne, ou quelque chose du genre. Il avait appuyé son épaule contre la porte puis enserré sa main autour de la poignée, et il avait utilisé tout son poids pour réussir à l’ouvrir… et il avait ressenti une vive douleur tout le long de son bras.
Il l’avait mérité. Aussitôt qu’il avait cliqué sur « envoyer message », il avait souhaité pouvoir le retirer immédiate-ment. Il avait transpiré à travers son teeshirt en attendant qu’elle réponde et ne pouvait rejeter toute la faute sur l’effort requis pour défaire le revêtement autour de l’encadrement de la porte.
Une grande partie de sa sueur était due au fait qu’il pensait avoir gâché une bonne chose en ne faisait rien qu’être luimême. Il n’y avait pas de façon d’être certain qu’une personnalité corresponde à un profil en ligne, même quand les mots étaient choisis avec la meilleure des intentions. Hmm.
Il ferait mieux de se souvenir du soin qu’il avait pris alors.
Cela aurait rendu sa matinée — et l’attente de la réponse — plus facile à supporter.
La réponse était arrivée juste à temps. Sa porte n’aurait pas supporté plus de mauvais traitements. et il n’avait pas arrêté de sourire depuis qu’il avait lu ses mots.
Il existe des blanchisseuses pour cela. Elles font bien ça et n’attendent pas autre chose que de l’argent en échange. Croismoi. Cela vaut l’investissement. De plus, il n’y a aucun mélange risqué entre les affaires et le plaisir, ou les couleurs avec le blanc. Mais si c’est une blanchisseuse que tu veux…
Ce qu’il avait voulu alors, et voulait encore maintenant, c’était rencontrer cette femme. et pas parce qu’il voulait qu’elle lave ses vêtements. Sa séduction était intelligente.
Profonde. Pas timorée ou vulgaire. Il avait aimé les deux dans le passé, mais il n’en était plus là maintenant. Alors, pendant qu’il grattait la peinture sèche sur les charnières de la porte avec son grattoir, il pesa le pour et le contre sur ce qu’il fallait dire.
Il ne voulait pas l’effrayer plus qu’il ne l’avait déjà fait, mais il était ce qu’il était, et son sens de l’humour s’était per-fectionné durant les moments difficiles de son enfance. Cela avait été la seule chose qu’il avait été capable de donner à sa mère après qu’elle et son père eurent divorcé, et, étant le plus jeune de la fratrie, il était déjà connu comme un clown.
Les années avaient passé, et il avait grandi en utilisant ce trait de caractère comme une défense ; mieux que les poings, pensaitil, et mieux que s’enfuir. Mais il savait, aussi, que ce n’était pas tout le monde qui comprenait ses plaisanteries ou le sarcasme avec lequel la plupart étaient livrées.
Cela faisait qu’apprendre à connaître une femme par l’entremise des courriels n’était pas terrible.
Une chose était certaine. Il n’allait pas donner à Michelle Snow une raison de penser qu’il était n’importe qui sauf Todd Bracken. et, autant il voulait s’en sortir par rapport à la manière dont il voyait le monde autour de lui, autant il privilégiait l’honnêteté parmi le reste de ses exceptionnels et hautement séduisants traits de caractère.
Alors, il songea qu’avec une bonne dose d’autodérision, et tout en étant modeste, il pourrait aussi bien lui dire exactement ce qu’il avait à l’esprit. Laissant la porte pour un instant, il jeta le grattoir dans sa boîte à outils et attrapa son téléphone. Il s’assit sur le bord de la cheminée tandis qu’il écrivait.
Les courriels sont bien pour les affaires. Rendons ceci plus personnel. On se retrouve pour boire un verre un soir de cette semaine ? Tu choisis l’endroit, et je viendrai à toi. Fais-moi juste savoir quand et où.
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