Amours vraies - 3

Kent Alison · Chapitre 29 sur 30

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Amours vraies - 3

* Nil e Nil e : base…

Vingt et un

 

* Nil e Nil e : base de vanil e recouverte de crème au beurre à la vanil e

Bien que les vacances de ski à la station de Park City soient uniquement financées par l’employeur de Michelle, le fait que son chef et quelquesuns des associés participaient à la fin de semaine de trois jours en faisait un voyage d’affaires plutôt que la romantique échappée qu’elle avait voulu partager avec Todd.

elle savait qu’elle n’avait aucune raison d’être nerveuse de l’emmener ou de veiller à son comportement, mais, comme ils arrivaient à Salt Lake City, elle ne put s’empêcher de ressentir que la fin de semaine serait consacrée à marcher sur des œufs. Todd la mit rapidement à l’aise.

Il s’adapta comme il l’avait fait à la soirée d’Halloween, charmant et impressionnant ses collègues sans jamais attirer l’attention sur lui ou sur elle. Il fut le vrai gentleman qu’elle savait qu’il était. elle aimait cela en lui, la façon dont il pouvait évaluer une situation et les personnes concernées, et passer de l’une à l’autre aussi aisément dans son rôle. Il l’étonnait vraiment. elle n’avait jamais connu quelqu’un de si bien dans sa peau.

Après avoir dormi le samedi matin, ils profitèrent d’un agréable petit déjeuner à leur hôtel avant de prendre la navette vers la station.

Le reste du groupe était parti plus tôt, ce qui leur laissait à tous les deux la possibilité de rendre ce moment à l’écart le plus intime possible.

Une fois équipés pour passer une matinée en montagne, ils prirent la remontée vers le sommet. Tandis que Todd avait fait beaucoup de ski dans l’ouest avec son père, c’était la première fois pour Michelle dans cette partie du pays. La majesté de la vue l’époustoufla. elle était habituée aux hivers dans le nordest, aux pentes dans les Adirondacks, aux lieux d’escapades dans la vallée de la Shenandoah.

Les Rocheuses étaient à couper le souffle. Tandis que le remontepente grimpait, le paysage somptueux dépassait l’imagination. elle appuya sa tête contre l’épaule de Todd et inspira les senteurs enivrantes des pins, de la terre froide et de l’air glacé. Le ciel était bleu, les cimes mauves et roses au loin, des ombres de nuages lointains jouant avec le soleil sur la neige.

Ce fut à leur première descente qu’elle se rendit compte que Todd était un expert. Il la faisait passer à un niveau de débutante. elle était parfaitement à l’aise et n’avait pas du tout de problème sur les pistes. Mais, ouah, Todd était magnifique à regarder. elle ne devrait pas être surprise ; c’était un athlète. elle savait combien il était en forme, quel effort il faisait pour s’amuser ; que ce soit la course, la crosse ou le Krav Maga.

Plus d’une fois lors des descentes le matin, ils s’arrêtèrent pour voir la vue. Todd était aussi captivé qu’elle l’était, bien qu’elle fût certaine que sa joie venait du fait de constater le plaisir qu’elle prenait. elle eut moins de plaisir la deuxième moitié de la journée quand ils essayèrent tous deux la planche à neige pour la première fois.

et ce n’était pas tant qu’elle ne s’amusait pas à chercher son Shawn White intérieur que le fait qu’elle tombait plus qu’elle l’aurait voulu et qu’elle se cognait la tête trop fré-

quemment. La goutte d’eau qui fit déborder le vase fut de voir un hélicoptère qui transportait un skieur tombé en montagne. Ce fut à ce moment qu’elle prit sa planche sous le bras et qu’elle marcha le reste de la descente. Assez joué les casse-cou.

Désormais assise devant un bon feu dans le chalet, elle leva les yeux vers Todd qui marchait vers elle, deux tasses fumantes de chocolat chaud recouvert de guimauve dans ses mains. elle les prit et, les yeux fermés, respira profondé-

ment le sucre, le cacao et la crème avant de boire.

— Mmm. Merci, ditelle comme il se pressait dans un fauteuil surdimensionné et capitonné derrière elle. J’ai attendu ça toute la journée.

— Quelle partie ? demandatil, la regardant comme s’il n’y avait qu’une seule réponse correcte. La boisson au cacao devant un bon feu de cheminée ou être assise et blottie tout contre moi ?

— Puisque je me suis blottie contre toi dans le remontepente toute la matinée, je prendrais la partie du cacao et du

bon feu de cheminée, ditelle, cachant son sourire comme elle buvait.

Pour protester, il la poussa du coude, mais pas trop pour qu’aucun d’eux ne renverse sa boisson.

— C’est une bonne chose. Peutêtre pourraistu ajouter un chocolat chaud et un cupcake feu de cheminée réconfortant à ton menu.

elle posa sa tasse sur la petite table, remonta ses genoux vers sa poitrine et regarda les flammes jaillir et lécher les bûches.

— La partie chocolat serait facile. Mais je ne suis pas certaine de pouvoir incorporer le feu de cheminée réconfortant.

— Trempele dans le rhum et craque une allumette ?

Ce serait tout un spectacle.

— Un cupcake flambé ? Je doute de pouvoir souscrire une assurance pour ça.

— estce que je te l’ai dit ? J’ai vu un site Internet l’autre jour au sujet d’une pâtisserie qui vend des cupcakes alcoolisés.

— Sérieusement ?

Il acquiesça, tendit ses bras vers ses jambes et les tira sur ses genoux.

— Cela faisait figure de réponse de la part d’un homme face aux cupcakes roses féminins.

Des cupcakes féminins ?

— Qu’estce qu’il y avait sur le menu ?

— voyons voir, ditil, appuyant sa tête contre le dossier du fauteuil. Ils en avaient un fourré à une crème bavaroise au Bailey. Un au brandy. Un gâteau à la bière et cho colat avec bretzels écrasés dans le glaçage. Un autre était à l’érable avec du bacon émietté sur le dessus.

elle n’arrivait pas à y croire. Un gâteau à la bière et chocolat ? Du bacon ?

— J’en reste à ma carte pour l’instant. Tu peux te charger de lancer le bacon et l’alcool.

Il la regarda tandis qu’elle reprenait son bol de chocolat, et elle croisa son regard.

— Quoi ?

— estce que tu penses te diversifier ? demandatil.

Son ton était non empreint de jugements ou de supposi-tions, mais d’une vraie curiosité.

Son intérêt l’inspirait. Il l’inspirait.

— Puisque je n’ai même pas encore ouvert ma boutique, c’est un peu tôt, ne croistu pas ?

— Pas vraiment. Je suis certain que tu as un plan sur 5 ans, peutêtre même 10 ans.

oui, 10. Cela paraissait tellement d’années, mais elle savait que ce n’était rien en affaires. elle aurait aimé être la prochaine Sprinkles, devenir un grand nom dans la région de Washington et s’étendre à l’échelle nationale. Mais c’était un rêve improbable. et elle pensait qu’il était préférable de se concentrer à bien faire son lancement.

— oui, et cela implique d’ajouter de nouveaux produits, de retirer ceux qui ne se vendront pas bien. Peutêtre les réintroduire en tant que nouveaux et les améliorer seulement pour un temps limité. Ce genre de choses.

Il y réfléchit un moment, puis reprit : — Mais pas de cupcake au steak fourré à la purée de pommes de terre ?

elle secoua la tête et frissonna.

— Cela ne convient pas à bien des égards. Je ne sais même pas par où commencer.

Son bras entourant ses cuisses, il poussa un soupir qui ressemblait beaucoup à un soulagement.

— Bien, parce que je pense que je ferais mieux de vendre des cartes d’adhésion pour un club de Krav Maga que des gâteaux masculins alcoolisés.

Ça, c’était toute une nouvelle.

— vraiment ? Astu pensé à ouvrir une salle de gym ?

Il répondit par un haussement d’épaules.

— C’est encore loin, mais tu m’as motivé pour mettre cela dans ma liste de choses à faire. J’imagine que l’on a juste à attendre ce qui arrivera.

De retour à leur hôtel, elle y réfléchissait tandis qu’ils s’habillaient pour une soirée de horsd’œuvre au chalet d’un des associés de la société. et elle continua d’y penser quand Todd et elle dînèrent plus tard à un formidable barbecue commun. Ils parlèrent pendant des heures, et elle ne cessait de penser que chercher à réaliser son rêve l’avait encouragé à poursuivre le sien.

Cela la ravit d’avoir pu lui donner cela. Avec tout ce qu’il lui avait donné, elle se sentait souvent égoïste. elle savait que Todd aimait comploter et faire des plans pour la pâtisserie autant qu’elle, mais elle n’était pas habituée à mettre ses propres intérêts devant ceux des autres. Ce tournant rendit le temps qu’ils consacraient ensemble à son rêve moins lourd.

Ils consacrèrent une grande partie du lendemain à skier, s’épuisant avec quelques longues descentes. Leur grande fatigue fit de leurs 90 minutes de massage suédois une récompense fort appréciée. Leur fin de soirée au Blind Dog Grill, où ils regardèrent le chef des sushis préparer leurs choix, les rassasia, et ils étaient prêts à dormir.

Pour leur dernier matin à Salt Lake, l’air était froid et sec, sentant la glace et le sapin, et la vue magnifique des montagnes coupa presque le souffle de Michelle. Todd et elle prirent un taxi de leur hôtel jusqu’à la ville, puis ils marchèrent et firent les boutiques avant de terminer dans une adorable petite pâtisserie pour un petit déjeuner tardif.

Pendant qu’elle prenait des notes sur l’équipement et la carte, Michelle dit :

— Tu sais, tu peux utiliser mon cerveau quand tu veux.

Todd s’arrêta, sa tasse de café à michemin vers sa bouche.

— euh… Qu’estce que j’ai fait encore ?

— Tu n’as rien fait, s’empressatelle de le rassurer. Je prenais juste les devants.

Sur ce, il sourit, sa fossette formant une charmante virgule.

— Tu veux tester le Krav Maga sur moi, c’est ça ?

Bon sang qu’elle aimait cette fossette et ce scintillement qui naissait dans ses yeux.

— Non, je veux que tu le testes sur Todd Bracken.

— Ah d’accord, je me demandais quand cette histoire de cerveau me retomberait dessus.

elle sortit son stylo et un carnet de son sac.

— Tu as tellement fait pour moi. Je ne pourrai jamais te rembourser.

— Je ne demande pas à être payé pour quoi que ce soit.

— Je le sais, ditelle, mangeant un morceau de beignet aux pommes qu’elle savait que son père adorerait. C’est juste que nous parlons toujours de la pâtisserie. Nous voilà lors d’une échappée romantique et où sommesnous ? Dans une pâtisserie. À vérifier comment ils font les choses. Notre voyage de la nouvelle année à New York. Qu’estce que nous avons fait ? Manger des cupcakes à nous rendre malades.

— Nous avons mangé plus que des cupcakes. et nous avons fait beaucoup plus que manger.

elle se sentit rougir.

— Je sais, mais c’est toujours, toujours à propos de moi.

— et, quand ce sera mon tour de vendre des abonne-ments à un club de gym ou des gâteaux d’homme, il s’agira uniquement de moi.

— en estu sûr ?

Il croisa ses avantbras sur la table et se pencha aussi loin qu’il le pouvait vers elle.

— Chérie, je ne serais pas là si je n’en n’étais pas sûr.

— D’accord, ditelle, ne voulant rien d’autre que de se pencher en avant et embrasser sa fossette avant d’aller vers sa bouche.

Comment diable étaitelle si chanceuse avec celuici ?

— Mais, prometsmoi que tu me diras si les conversa-tions autour des gâteaux deviennent impossibles.

— Promis, juré ditil, levant sa tasse vers sa bouche.

— et, continuatelle, parce que c’était la partie la plus importante, prometsmoi que tu ne prononceras plus jamais les mots homme et gâteaux dans la même phrase.

Sur ce, il postillonna du café à travers la table, et Michelle se plut à s’amuser le reste de la journée.

— Je vais être parti pendant quelques jours. Je dois aller voir mon père.

Depuis leur siège dans la rangée centrale de leur vol de retour vers Washington, Michelle jeta un regard vers Todd assis près de l’allée. Son regard était dirigé vers le sol, sa moue profondément marquée.

elle prit sa main, laissant leurs doigts croisés sur sa cuisse.

— Tu veux que je vienne avec toi ?

— Non. Il ne saura pas que tu es là.

— Mais toi tu le sauras.

— Je préférerais te savoir en sécurité à la maison, ditil, tournant son regard vers elle. La météo dit qu’un puissant blizzard arrive. J’aimerais être làbas avant qu’il ne frappe.

— Alors tu vas faire demitour et repartir directement ?

Il haussa une épaule, puis les deux.

— Je pensais réserver un vol dès que nous atterririons, mais je vais sans doute devoir aller à la maison me doucher, prendre quelques vêtements propres et vérifier… des choses.

Il n’y avait rien qu’il avait besoin de vérifier.

— ou tu pourrais réserver un vol, partir pour l’ohio, et la blanchisserie de l’hôtel laverait ce que tu as.

— J’ai pensé à ça aussi.

— Alors tu devrais le faire. C’est le plus logique. Je peux rentrer à la maison seule.

Son expression s’adoucit, ses yeux devenant tristes.

— Je déteste demander.

— Tu ne demandes pas.

Si elle avait pu, elle aurait frappé sur une table.

Làdessus, elle n’accepterait pas de refus.

— C’est moi qui te l’ai suggéré. Ton moment d’arrivée est crucial. Ne t’inquiète pas pour moi.

— Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

Il leva la main pour passer un doigt le long de sa joue, son sourire tendre et mélancolique lui brisant le cœur.

elle savait à quel point il souffrait.

— J’aime à penser que je suis indispensable, mais tu te débrouilleras bien. Tu le faisais avant que nous nous rencontrions.

— Je gérais.

Il laissa tomber sa tête sur le dos du siège comme s’il était trop épuisé pour s’asseoir droit.

— Je ne suis pas sûr que j’appellerais ça bien me débrouiller.

elle posa sa tête sur son épaule. elle savait exactement ce qu’il voulait dire. elle avait été heureuse, seule mais pas solitaire, contente en tant que célibataire Snow. ou peut être s’en étaitelle convaincue jusqu’à ce que Todd arrive et la fasse changer d’avis.

Deux jours plus tard, Michelle décrocha le téléphone.

— Salut, chéri, comment ça se passe ?

— Pas bien, lui ditil, la voix rauque, fatiguée, l’émotion dans ces deux mots lui disant ce qui était arrivé avant qu’il ne poursuive.

elle chercha sa respiration avant qu’il n’ajoute : — Il est mort.

 

Vingt-deux

 

* Choc-o-tout : base de chocolat recouverte d’un nappage de fondant au chocolat

Michelle vérifia le réveil sur sa table de nuit. Cinq bonnes minutes étaient passées depuis la dernière fois qu’elle avait regardé. Comment cela pouvaitil faire seulement cinq minutes ? Attendre Todd devenait interminable. Il avait appelé pour lui faire savoir que son vol de l’ohio avait atterri et qu’il allait être bientôt à l’appartement. Leur vol partait plus tard ce soir.

elle avait emballé toutes ses affaires et la plupart des siennes. elle avait prévenu le bureau qu’elle serait absente quelques jours en raison d’obsèques familiales. elle avait vérifié deux fois que la porte du balcon était fermée, l’alarme réglée, le fer à repasser, la machine à café et le four éteints.

Ce qu’elle n’avait pas encore fait, c’était de prendre son téléphone pour passer un coup de fil à ses parents. elle le fit, détestant annoncer des nouvelles si tragiques au téléphone, Alison Kent

mais l’horaire ne permettait pas une visite. Son père décrocha le téléphone à la troisième sonnerie.

— Allo ?

— Bonjour papa, c’est moi.

— Que se passetil ? Un appel au milieu de la journée de ma fille ? demandatil.

Puis, comme s’il se rendait compte de la portée ce qu’il venait de dire, il se modéra.

— Quelque chose ne va pas ?

— oui, ditelle, essayant d’effacer l’émotion de sa gorge avant que sa voix ne commence à se briser. Le père de Todd est décédé hier soir.

— oh, Michelle. Je suis tellement navré. Que pouvonsnous faire ?

Làdessus elle entendit sa mère en arrièrefond qui écoutait tandis que son père lui transmettait la nouvelle.

La voix de sa mère fut la suivante à l’oreille de Michelle.

— Shelly ? Comment va Todd ? Quand a lieu l’enterre-ment ? estce que tu vas dans l’ohio ?

— Il est en route pour ici maintenant, dit Michelle, mar-chant vers les portes du balcon pour regarder dehors.

Comment se faisaitil que tout ressemblât à hier alors que rien n’était plus du tout pareil ?

— Nous décollons ce soir. Le service a lieu aprèsdemain. et pour ce qui est de Todd…

Ils avaient eu si peu de temps pour parler. Il lui avait appris la nouvelle, lui avait dit quand l’attendre, puis il avait raccroché pour s’occuper de choses de son côté. elle s’était affairée pour s’occuper des siennes, mais jusqu’à ce qu’elle le revoie…

— Je ne sais vraiment pas comment il va, ditelle à sa mère. Aussi bien que possible, je suppose. J’en saurai davantage quand il sera là.

— Dès l’instant où tu connais les détails du service, dislemoi pour que ton père et moi puissions envoyer nos condoléances.

— Je le ferai, maman.

C’est ce qu’elle dit, parlant comme un robot, platement, comme si elle avait coupé toute émotion, parce que c’était l’unique manière qu’elle connaissait de s’en sortir.

— et Michelle ? Todd va avoir besoin de toi maintenant plus que jamais. Il ne voudra pas l’admettre. Les hommes ne l’admettent jamais. Ils détestent paraître faibles, mais porter le deuil n’est pas une faiblesse. Assuretoi qu’il le sache. et qu’il sache que tu es là pour lui.

Les larmes commencèrent alors à couler. elle avait si bien réussi à les retenir, ayant fait ce qui avait besoin d’être fait. Mais penser à Todd souffrant était plus qu’elle ne pouvait le supporter, et, sans le bruit de sa clé dans la serrure de la porte d’entrée, elle aurait probablement fondu en larmes.

— Il est là, maman. Je t’appellerai dès que je connaîtrai les dispositions. Je t’aime, ditelle, entendant sa mère lui exprimer elle aussi son amour quelques secondes avant qu’elle ne raccroche.

elle jeta le téléphone sur le sofa et courut vers lui, enveloppant son bras autour de sa taille, pressant sa joue contre sa poitrine. Les mots lui manquaient. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était de le tenir et de lui dire avec son cœur et ses mains combien il comptait pour elle et combien elle était navrée.

Il resta immobile plus longtemps qu’elle ne s’y serait attendue, immobile et silencieux, comme perdu. elle écouta le battement de son cœur, ses inspirations et ses expirations.

Finalement, il leva une main pour prendre sa tête et plaça l’autre entre ses omoplates, la serrant contre lui.

Ils demeurèrent ainsi pendant un long moment, donnant et recevant sans dire un mot, une compréhension mutuelle provenant d’un lien résultant de l’union de leurs corps et de la fusion de leurs âmes. Si c’était tout ce qu’elle pouvait lui donner, cela suffisait.

La journée avait été la plus longue de la vie de Todd, et il ne s’attendait pas à venir à bout des quelques prochaines heures plus facilement. La seule chose qui l’aidait à rester debout, c’était de savoir qu’il n’avait pas à les passer seul. Il survivrait à la soirée comme il l’avait fait le jour des funé-

railles. Avec Michelle à ses côtés.

Portant toujours la robe noire, le chandail et les talons qu’elle avait depuis ce matin, elle saisit son veston alors qu’il l’enlevait. elle était sur le point de retirer ses affaires tout comme lui. Il était presque minuit. et les vêtements des obsèques paraissaient toujours plus serrés qu’ils ne l’étaient réellement.

— Laissemoi le suspendre. et ta cravate.

Le nœud défait l’embêtait ; alors il le tira comme un nœud coulant audessus de sa tête et entreprit de défaire les boutons de sa chemise alors que Michelle se dirigeait vers l’armoire de la chambre de l’hôtel. Il avait été si soulagé de l’avoir tout près, si fier. elle avait consolé les membres de sa famille comme s’ils étaient les siens et avait gracieusement accepté les condoléances. Il ne savait pas qu’il aurait eu besoin du soutien de sa présence. C’était le cas.

Même maintenant, alors que les souvenirs de son enfance lui revenaient en mémoire, il était tellement content de ne pas être seul. Il frotta ses mains sur son visage et grommela comme si cela l’aidait à bloquer ses émotions.

— Je n’arrête pas de penser à quel point mon père insis-tait pour venir à mes parties de crosse. Il travaillait 60, 70 heures par semaine. Il travaillait même quand il était malade. Il n’a jamais assisté à autant de matchs qu’il le voulait, mais sachant qu’il essayait…

— Je suis certaine qu’il aurait adoré voir chaque partie que tu jouais. elle le dit en ramenant ses cheveux en arrière avec ses doigts, massant son cuir chevelu, évacuant sa douleur par des caresses lentes, mesurées, calmantes.

Todd se sentit comme s’il était bloqué sur le pilotage automatique, agissant machinalement tel un zombie.

— Il était né pour sauver des vies. Cela voulait dire des jours et des nuits au bloc. Je ne peux pas le lui reprocher.

— et tu as eu des séjours en ski.

Il acquiesça. en Utah, il lui avait parlé du ski avec son père, de leur compétition amicale pour être meilleur l’un que l’autre à chaque descente, de la compétition moins amicale qu’ils avaient eue dans les implacables et impitoyables montagnes.

— Bon sang, c’étaient des moments incroyables ensemble. Nous deux seuls à la merci de la terre de Dieu.

elle prit sa chemise et la posa sur le dos de la chaise du bureau, puis s’assit à côté de lui au pied du lit, glissant une jambe croisée derrière la sienne.

— Je suis tellement désolée que tu n’aies pas eu plus de temps avec lui en grandissant. Je sais que tu étais heureux, mais cela devait tout de même être difficile.

— C’était ce que c’était, mais oui. Il m’a manqué.

Il se pencha en avant, un nuage d’émotion roulant sur lui, lourd et gris, le comprimant. Il secoua la tête, espérant déloger la douleur, mais elle demeura, grandit, et devint un monstre, l’étouffant.

— Il va tellement me manquer.

Quand Michelle le prit dans ses bras, il se laissa aller et pleura, des sanglots qui brûlaient comme du soufre dans sa poitrine, qui arrachaient sa gorge comme des griffes, qui luttaient avec des couteaux quand il essayait de respirer. Il enfouit son visage dans ses mains, cachant ses larmes, bien qu’il ne sache pas pourquoi. Il n’en n’avait pas besoin. Le doux contact des doigts de Michelle sur son dos lui permettait de pleurer.

et il pleura, pour le petit garçon qui avait voulu partager ses blagues avec son père, pour l’adolescent qui avait jeté un œil aux gradins pour voir si cette fois son père avait pu s’échapper. Pour l’adulte qui ne s’assoirait plus à la table de ce vieil homme pour y savourer un dîner chinois, pour ses propres enfants qui ne connaîtraient que la légende de leur grandpère.

C’était une douleur atroce de se souvenir, d’accepter, d’être en rage contre la perte. Il ne pensait pas que quelque chose l’ait déjà détruit avec une telle force. Il était épuisé quand ils se glissèrent dans le lit, son corps mou, ses os douloureux, son cerveau paralysé. Il avait l’impression d’avoir couru un marathon. Il était complètement anéanti.

Michelle s’enveloppa autour de lui, sa tête sur son épaule, son bras en travers de sa poitrine, glissant une jambe pour la caler entre les siennes.

Il la respira, son shampooing, sa peau, et s’imprégna de la chaleur qu’elle lui transmettait. Ils se couchèrent ainsi pendant ce qui parut des heures, aucun d’eux ne dormant, aucun d’eux ne parlant. Le calme et l’obscurité les envelop-paient. Les seuls bruits étaient leur souffle et leur cœur battant doucement.

C’était le premier moment de paix que Todd connaissait depuis des jours.

 

Vingt-trois

 

* Biscuit Mentleman : base de chocolat recouverte de crème au beurre et de biscuits à la menthe et à la crème Si Todd avait appris quelque chose au cours des derniers mois, c’était de refuser de perdre une minute de sa vie et qu’il ne voulait pas voir Michelle faire autre chose que vivre la sienne pleinement.

Leur voyage du Nouvel An à New York et leur visite à pied des pâtisseries avaient été une incroyable expérience.

Le simple fait de voir l’expression de Michelle quand elle se rendit compte de ce qu’il avait planifié avait valu l’excès de sucre et la consommation ridiculement exagérée de calories.

en fait, jusqu’à ce qu’ils soient partis pour leur séjour à Park City, en guise de cadeau d’anniversaire en retard, en février, pour skier et faire de la planche à neige, il n’aurait pas pensé que quoi que ce soit puisse dépasser le jour des biscuits et des cupcakes. Mais aucun endroit n’aurait été Alison Kent

aussi magique s’il n’avait pas partagé ce plaisir avec Michelle.

et puis son père était décédé, poussant Todd à réfléchir où il allait. Sa propre renaissance n’était pas suffisante. Sa forme physique, son examen de conscience, le bilan… c’était trop étriqué, trop égoïste. Tout tournait autour de lui alors qu’il n’était pas seul.

Michelle faisait partie de sa vie, et ce, depuis la première soirée où ils s’étaient rencontrés. Les décisions qu’il prenait désormais devaient l’inclure, être les leurs, pas seulement les siennes. Il voulait être impliqué dans ses choix, également, pas ceux de nature privée, mais ceux qui auraient un impact sur chacun d’eux.

S’ils devaient avoir un futur, s’ils devaient être le couple qu’il pensait qu’ils seraient, qu’il savait qu’ils seraient, ils devaient regarder vers l’avant ensemble. et cela englo bait les projets de sa pâtisserie. Raison pour laquelle il lui avait dit qu’il la sortait ce soir pour une surprise en deux parties.

— D’accord. De quoi s’agitil ?

elle le demanda une fois qu’ils furent assis à leur table au bar à sushis, à Washington, leurs commandes placées devant eux.

— Tu sais combien j’aime tes surprises, et cet endroit en est une jolie, ajoutatelle, regardant autour. Mais je ne peux pas rester dans le suspense si longtemps.

Todd saisit ses baguettes, espérant que le restaurant cor-responde aux commentaires qu’il avait reçus. Il voulait que cette soirée se passe bien.

— C’est parce que tu es toujours celle qui donne au final, laissant chacun de nous attendre.

— Je ne suis pas…

Il la coupa avant qu’elle ne prononce quelque chose de plus.

— Tu le fais, aussi. Tout le temps. Mais, puisque tu es la personne la plus généreuse que je connaisse, tes cadeaux en valent la chandelle.

— Quand t’aije fait attendre pour quelque chose ?

excepté pour le séjour en ski, ajoutatelle rapidement. Ça ne compte pas puisque je n’y étais pour rien dans le choix de la date.

— Tu m’as emmené manger des sushis après mon retour d’Allemagne et tu m’as fait attendre pour t’emmener au lit.

Ses joues rosirent.

— Je pensais que nous parlions de surprises.

— C’en était une grosse, lui ditil. Je m’attendais à être violé à l’aéroport.

— Donc, cela ne compte pas non plus.

elle plongea sa cuillère dans sa soupe miso, gardant son regard baissé.

— Le sexe n’est pas une surprise ou un cadeau.

elle avait tellement tort.

— Le sexe avec toi est un cadeau que je ne me lasserai jamais d’attendre pour le recevoir.

Un sourire surgit au coin de sa bouche.

— et si c’était le moment ou l’endroit, je te remercierais correctement pour cela, mais étant donné que ce n’est pas le cas…

— Étant donné que ce n’est pas le cas, répétatil, s’assurant de son attention, c’est le moment parfait pour donner un nom à ta pâtisserie.

— Quoi ? demandatelle, levant les yeux.

Il sortit un petit carnet de notes à spirales de la poche arrière de ses jeans et un stylo de la poche de sa chemise. Il posa les deux sur la table mais, puisqu’il n’était pas certain de celui d’entre eux qui se chargerait d’écrire, il ne les poussa pas vers elle. La pousser vers cette étape était déjà proche de l’audace.

— C’est comme enregistrer un fichier informatique. ou un auteur donnant un titre à un livre. ou des parents choi-sissant des prénoms de bébés pendant la grossesse. Nous ne pouvons pas continuer à l’appeler la pâtisserie ou l’entreprise. elle a besoin d’un nom pour la rendre réelle. Comme Sprinkles. ou Crumbs. ou Babycakes. et il faut que ça dise Michelle Snow.

Puis, il s’arrêta parce qu’il savait qu’il était en train de radoter et que Michelle ne disait rien du tout. elle n’avait pas touché à sa salade ni à ses sushis à la limande. Ses yeux étaient écarquillés et remplis de quelque chose qu’il ne pouvait définir. L’incertitude, peutêtre ? Avaitil dépassé les bornes ? Avaitil été trop insistant en donnant son point de vue ?

ou peutêtre pas, décidatil, alors qu’elle arrivait avec les choix qu’elle avait considérés, saisit le stylo et le papier, ouvrant le carnet de notes vierge à la première page, cli-quant sur le barillet du stylo.

— J’avais pensé à un jeu de mots sur mon nom. Snow.

Snowflakes. Snow Angels. Pas Snowballs en raison des cassecroûte Hostess. Mais tout ce qui est « snow » est peut être trop froid.

— D’autant plus que tu souhaites chaleur et convivia-lité, ditil, prenant son sushi unagi.

elle n’avait encore rien écrit, mais au moins elle parlait.

Ce devait être un bon signe.

— Alors, qu’estce qui est chaleureux et convivial ?

Chocolat chaud et guimauves ? Un bon feu ? Des chaussettes ?

elle leva un sourcil à son attention.

— Des chaussettes ?

Son expression le fit sourire.

— D’accord, au lieu de Snow, utilise Michelle. ou Chelle.

Chelles garnis. Mama chez Michelle.

— Trop narcissique, ditelle, rejetant son idée.

— et trop italien.

— Alors pense aux ingrédients. Sucre et Épices. Cacao et Crème. Beurre et Rhum.

elle perdit la bataille en souriant.

— Astu ajouté des gâteaux à l’alcool à ma carte quand je ne regardais pas ?

— J’ai essayé, ditil en plaisantant.

C’était si bon de la voir s’amuser.

elle se cala sur sa chaise et tapota le stylo sur la table.

— Hauts et Bas. Sauf que cela ressemble à un magasin de vêtements.

— ou à un épisode de Seinfeld.

Ils passèrent les 30 minutes suivantes à débattre autour d’autres idées. Quelquesunes basées sur les saveurs.

D’autres sur ses noms de cupcakes. Il était un fan de Beignacaf ; cela voulait tout dire. Café, dessert, ou au moins un dessert à venir.

Il aimait aussi Feu de camp. C’était son gâteau préféré sur la carte, et il n’avait jamais oublié les avoir préparés avec elle pendant la soirée où il était revenu d’Allemagne. De plus, un feu de camp, c’était chaleureux et accueillant. elle n’était pas convaincue et secoua la tête.

À court d’idées, il fit une dernière tentative.

— J’opterais pour Confiseries et Petits Pains, mais cela semble trop… complexe.

elle ronchonna, ferma le carnet de notes et lui tendit son stylo.

— Nous devons peutêtre laisser tomber pour ce soir. Je ne suis pas certaine d’avoir autre chose.

Il fit un signe de la tête vers sa nourriture à peine entamée.

— Noms de pâtisseries ou sushis.

— J’exagère, hein ?

elle saisit sa boisson.

— C’est juste que c’était tellement tendu au travail cette semaine. Mon estomac est tellement noué que je n’ai pas d’appétit.

— Alors, viens, ditil, se levant et lui tendant la main.

— Avant que nous rentrions à la maison, je veux te montrer quelque chose.

— La deuxième partie de la surprise ? demanda telle, saisissant son sac, puis le laissant la guider vers l’extérieur.

Ils quittèrent le restaurant et traversèrent la ville, se garant près du FDR Memorial, le monument préféré de Todd. Cette soirée estivale était chaude, et ils marchèrent ensemble à travers les galeries en plein air, se tenant la main, lisant les inscriptions sur les sculptures comme ils se promenaient, la brume se levant audessus du Potomac derrière eux.

Todd savait que le moment devait être parfait avant qu’il ne parle à Michelle. Il avait déjà attendu si longtemps.

Il n’était pas certain de savoir pourquoi. Il connaissait ses sentiments depuis des mois. Il ne savait pas ce qui l’avait empêché de les formuler avant maintenant, à l’exception d’une crainte légitime d’être rejeté. Ce n’était plus un souci.

Ils se rendirent au bord du Tidal Bassin, les cerisiers se tenant comme des sentinelles, le Jefferson Memorial à proximité. Sur l’eau se reflétait la majestueuse pleine lune sise dans le ciel près du Washington Monument. La vue était intimidante, inspirante. Une telle beauté rendait les mots qu’il était venu dire ici faciles à prononcer.

Tenant Michelle devant lui, il s’inclina. Ils s’étaient tenus comme cela tant de fois. Il savait la façon dont elle se pla çait, comme elle se sentait. Il savait anticiper la façon dont elle se serrerait contre lui. Il frotta sa joue contre la sienne, la respirant, plaçant sa bouche vers son oreille, et enfin, enfin, il chuchota : — Je t’aime.

Il entendit sa respiration s’accélérer, sentit son corps commencer à trembler. Il enroula ses bras plus fermement autour d’elle, ne sachant pas trop si elle ne se sentait pas bien ou si elle était sur le point de fuir. Il ne pouvait imaginer que ce soit la seconde possibilité, mais elle n’avait pas dit un mot.

et il avait besoin d’être sûr…

— estce que tu m’as entendu, chérie ? Je t’aime tellement. Tu es mon monde, mon tout. Notre futur ne pourrait être plus heureux. Je suis impatient de goûter à chaque moment qu’il nous procurera.

— oh, Todd. Je t’aime aussi !

elle se tourna dans ses bras et se jeta contre lui, le serrant de toutes ses forces. Il soutint l’arrière de sa tête et enfouit son visage dans ses cheveux, respirant les senteurs du soir et celles qu’il reconnaîtrait comme les siennes s’il avait les yeux bandés.

enfin, elle recula, le regardant avec des larmes dans ses yeux. Il se sentit luimême désemparé ; alors il tendit sa bouche vers la sienne, lui disant encore avec son baiser qu’il l’aimait, qu’elle était sa vie, que, maintenant qu’il l’avait trouvée, il ne la laisserait jamais partir.

 

Vingt-quatre

 

* Les Frères Cacahuète et Chocolat : base de chocolat recouverte de crème au beurre et de beurre d’arachide à l’instant où Todd entra dans l’appartement, il savait que quelque chose n’allait pas. La plupart du temps, Michelle arrivait avant lui à la maison, et, quand il rentrait, elle était soit en train de se changer pour leur course du soir, soit en train de réaliser un dîner rapide qui ne serait pas trop lourd dans la chaleur du mois d’août.

Mais elle n’était pas dans la cuisine ni dans la chambre.

Il la vit à la minute où il entra, recroquevillée dans son gros fauteuil marron, les lumières et la télévision éteintes, ses yeux fermés. Pendant quelques très longues secondes il resta là, sans bouger, sans parler, refusant que quelque chose n’aille pas, qu’il puisse la perdre après l’avoir eue pendant seulement une année.

Cette pensée le galvanisa, et, le cœur serré, il laissa tomber son sac d’ordinateur, alluma une des lampes du salon et s’assit sur l’ottoman en face d’elle.

— Michelle ? Qu’estce qui ne va pas ? Tu te sens bien ?

elle secoua la tête, mais ne dit rien, puis il posa une main sur son front.

— estu malade ?

Selon lui, elle ne faisait pas de fièvre ; alors il bougea sa main pour prendre sa joue.

— Parlemoi, chérie. Qu’estce qui ne vas pas ?

— Rien, ditelle, sa voix étranglée par l’émotion.

— Absolument rien. Plus maintenant.

Il ne savait même pas ce que cela voulait dire.

— Tes parents vont bien ? Tes frères ? estce que quelque chose est arrivé à Woodsie ? ou à eileen ?

— Pour autant que je le sache, ils vont tous bien.

Ce qui signifie…

— et tu n’es pas malade ?

— J’ai envie de vomir. Je peux à peine respirer. Mais malade ? Non.

Si elle était nauséeuse… mais pourquoi pleuraitelle ?

— estu enceinte ?

elle releva la tête du fauteuil et ouvrit les yeux.

— Pourquoi penseraistu que je suis enceinte ?

— Tu as dit que tu avais envie de vomir.

— Avoir mal à l’estomac ne veut pas dire que je suis enceinte.

— Alors, qu’estce que cela signifie ?

Il était fatigué de ses questions restant sans véritables réponses.

— Cela signifie que je ne vais pas avoir de pâtisserie et que bientôt je n’aurai même plus d’assurance santé parce qu’aujourd’hui j’ai perdu mon travail.

Perdu son travail ? Quoi ?

— J’ai été licenciée. Une statistique. Une victime de plus de l’économie.

oh. Ça. Il prit une profonde inspiration et se redressa. Il savait qu’elle n’avait pas vu cela venir. ou, si elle l’avait vu, elle n’avait rien dit, et puisqu’il n’y avait rien dont ils ne parlaient pas…

Bon sang. Il ne savait pas s’il devait lui apporter une consolation ou un conseil pour tenter de déterminer ce qu’elle ressentait, ou la laisser se débrouiller seule. Mais il ne voulait pas qu’elle doute et voie son futur s’effondrer quand un licenciement, aussi grave que cela puisse paraître, n’était pas la fin du monde.

— Tu dis qu’il ne se passe rien. Plus maintenant. estce que tu veux parler de la pâtisserie ? Tu abandonnes ?

— Qu’estce que tu veux que je fasse, Todd ?

elle plaça ses jambes sous elle, s’éloignant.

— Utiliser mon indemnité de licenciement pour financer une entreprise qui pourrait me mettre en faillite plus vite que d’être sans emploi ?

Il s’était dit de se montrer prudent. Il savait à quel point elle était indépendante, autonome. elle se l’était prouvé pendant des années et avait grimpé les échelons jusqu’à un poste de direction. Perdre cela était un coup dur. Bien sûr que c’était un coup dur.

Mais ce n’était pas le reflet de ce qu’elle était, de ses compétences, de sa perspicacité.

— Je ne veux pas que tu sois en faillite, non, mais tu as tes parents à tes côtés. Ce n’est pas comme si tu devais utiliser toute ton indemnité de licenciement. Tu devrais encore avoir suffisamment pour vivre quand tu démarreras la pâtisserie.

— Je dois trouver un autre travail.

Ce fut tout ce qu’elle dit.

C’était ce qu’elle pensait maintenant, sous l’impulsion du moment. Il lui rappela que quelques jours auparavant elle aurait pensé différemment.

— Tu allais démissionner quand ta pâtisserie ouvrirait, de toute façon. Pourquoi chercheraistu un autre travail si tu continues ?

elle resta silencieuse, refusant de croiser son regard.

Il prit un de ses pieds qu’il pouvait voir et le tira sur ses genoux, massant ses orteils, son talon, sa cheville. Il ne parla plus jusqu’à ce qu’il sente la raideur s’atténuer, qu’il voie la plus grosse des rides de stress disparaître de son visage.

— estce que tu te rends compte combien de temps tu vas pouvoir consacrer maintenant à démarrer ton entreprise ? Finies les 10 heures par jour au bureau. Plus de maux de tête liés au stress et plus de fins de semaine à te préparer pour les lundis.

— Tu fais comme si perdre mon travail était une bonne chose, ditelle, bougeant pour appuyer son autre pied sur ses genoux.

— Qui sait si cela ne s’avérera pas justement cela ?

— Mon hypothèque ? Mes cartes de crédit ? Sans parler de mon compte bancaire.

— eh bien, tu réduis tes dépenses dans les centres com-merciaux et les boutiques. Nous mangerons à la maison, ou les factures seront toutes pour moi quand nous sortirons.

— en quoi estce que c’est juste envers toi ?

elle savait qu’il était vain d’aller dans cette direction. Il savait qu’elle le ferait ; il savait, aussi, que ce n’était pas le moment ou l’endroit pour faire des choix de vie.

— C’est une relation. Il ne s’agit pas d’un partenariat 5050. Je comble le vide quand tu es en manque, tu fais la même chose pour moi.

— Tu sais qu’il n’y aura plus de fins de semaine si je poursuis dans cette voie. et il y aura encore beaucoup de maux de tête liés au stress.

— oui, mais ne préféreraistu pas avoir mal à la tête à cause des cupcakes plutôt que de l’immobilier ?

elle leva une main et frotta sa tempe.

— Je préférerais ne pas avoir mal à la tête du tout.

— Alors lèvetoi. Change de vêtements. Nous allons courir.

— et si je ne veux pas courir ?

Il ne l’avait jamais vue ne pas vouloir courir.

— J’y vais. et ce n’est pas aussi amusant si tu n’es pas là.

— Tu essaies juste de me faire sortir de mon fauteuil.

— Sortir de ce fauteuil et te rendre de meilleure humeur.

— J’aime ce fauteuil.

— Alors, tu pourras t’y blottir et dormir quand nous reviendrons.

— J’avais l’habitude de le faire, tu sais. Avant toi.

— Quoi ? Dormir dans ton fauteuil ?

Il se souvenait à peine d’elle assise dedans. elle s’as-soyait toujours près de lui sur le sofa.

— J’ai mangé ici, dormi ici, payé mes factures ici, regardé la télévision ici. Je me suis assise ici une soirée pendant des heures à chercher des profils sur Match.com.

— Alors, on devra le couler dans le bronze. ou le garder pour nos petitsenfants.

— Nous allons avoir des petitsenfants ?

Ce n’était pas la conversation qu’il voulait tenir maintenant, bien qu’il soit responsable d’avoir commencé. Il prit ses mains, se leva, puis la tira pour la mettre debout.

— Pas si tu ne sors pas de ce fauteuil. Change tes vêtements et fais de moi un homme heureux en courant avec moi.

— Courir n’est pas la façon pour avoir des petitsenfants, lui ditelle comme elle marchait péniblement vers sa chambre.

Ah, si seulement elle savait, mais comment le pouvaitelle ? elle n’était pas celle qui regardait son corps quand elle courait.

— Tu vas te doucher, dit Todd aussitôt qu’ils revinrent à l’appartement. Je vais préparer le dîner.

elle l’avait suivi à travers la pièce principale, mais s’ar-rêta net.

— Tu vas cuisiner ? Quand astu déjà cuisiné ?

— Un de mes talents que je garde en secret.

— Tu en as d’autres ?

— oh, des surprises t’attendent, ditil, la tapotant sur les fesses et la chassant au passage.

C’était un geste tellement sexiste, et elle aimait ça, riant seule jusqu’à la salle de bain où elle retira ses chaussures et ses vêtements, et sauta sous le jet brûlant. Quelle journée !

Quelle journée ! elle était épuisée et, même si elle se sentait mieux après sa course avec Todd, elle avait l’impression que 10 années de sa vie avaient été jetées à l’eau.

Il avait raison sur une chose. Perdre son travail lui accor-derait beaucoup plus de temps à consacrer à son entreprise.

et, si elle surveillait ses dépenses, son indemnité de licenciement durerait longtemps. Puisqu’elle avait toujours été prudente, ses frais quotidiens étaient bas.

elle pourrait cesser complètement tout achat qui ne concernerait pas la pâtisserie. elle avait des vêtements, des chaussures, des bijoux. elle pourrait acheter des cartes au lieu des petits cadeaux qu’elle aimait trouver pour les amis.

et si Todd et elle abandonnaient toute soirée pizza et sushis chez Raku pour manger à la maison…

en parlant de manger, quelle était cette odeur ? Même pardessus le savon et le shampooing, elle pouvait sentir quelque chose de puissant. Des épices. De l’ail. Tomate et poivre. Comme dans barbecue ? Son estomac grondant, elle se dépêcha de terminer sa douche, vêtue d’un short confortable et attachant ses cheveux mouillés entortillés sur l’ar-rière de sa tête en allant vers la cuisine.

elle y arriva juste à temps pour voir Todd tartiner des pains hamburgers. Une poêlée de Sloppy Joe à l’odeur délicieuse mijotait.

— Ça sent si bon. Je suis affamée.

— Content de l’entendre, ditil, la dirigeant vers un tabouret.

— C’est presque prêt. Je sais combien tu aimes le barbecue. Ce n’est pas la même chose, mais c’est le mieux que je puisse faire dans un si bref délai.

— Ce que tu peux faire paraît sensationnel.

elle se pencha audessus de l’îlot et respira tous les arômes qu’elle avait reconnus plus tôt.

— Je devrais peutêtre te passer le relais de toutes les futures préparations de repas.

— en autant que beaucoup de Sloppy Joes ne te dérangent pas. Bien que je prépare un succulent pâté au poulet.

— Ne me provoque pas à moins que tu en aies l’intention. Je pourrais alors m’habituer à être gâtée.

Il contourna le bar, posa une assiette devant elle, tourna sa chaise pour lui faire face et avança entre ses genoux.

— Alors habituetoi. Laissemoi te gâter. Tu prépares les cupcakes , et tu me laisses m’occuper du reste.

— Je t’aime, mon tendre Todd. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

— Croismoi, chérie. Tu n’auras jamais à le découvrir.

 

Vingt-cinq

 

* La joie de papa : base de chocolat recouverte de crème au beurre et de noix de coco et amandes Dans la file d’attente du Dunkin’ Donuts, Todd téléphona rapidement à Michelle et fut, contrairement à son habitude, soulagé d’avoir sa messagerie. Pendant tous les mois qu’ils avaient passés ensemble, il ne lui avait jamais dit un mensonge. Lui mentir maintenant n’allait pas être facile, mais ne pas avoir à tenir une conversation, pendant qu’il le ferait, serait moins difficile.

— Salut chérie, je suis en retard, ditil une fois que le bip retentit. Je dois aider un type à faire un truc, quelques courses ; alors je serai là quand je pourrai. Je t’aime.

Ceci étant fait, il éteignit son téléphone et commanda.

Quand elle aurait le message, elle le rappellerait. Il le savait sans l’ombre d’un doute. Michelle s’occupait de ceux qu’elle aimait. C’était une des choses qu’il adorait en elle.

Mais, quand elle appellerait, elle voudrait savoir quelles courses il avait à faire, avec qui il les faisait, ou pour qui, et il ne voulait pas avoir à grossir le mensonge, qui était pour le moment petit et pieux, et avoir à le transformer en quelque chose d’hypocrite et laid. Sa rencontre avec son père ne prendrait pas beaucoup de temps, et, avant qu’il ne la voie, il aurait trouvé un moyen de brouiller les pistes.

Il se gara au bureau de Jack et attrapa les cafés et le sac de beignets aux pommes. Ces beignets étaient les pré-

férés de Jack, et Todd aimait l’homme comme un père. Ce n’était pas vraiment une conversation dans laquelle il avait besoin de corrompre ou pour laquelle il devait amadouer Jack. La discussion serait un motif de célébration, et le café et les beignets, une façon de porter un toast à la bonne nouvelle.

— Todd.

— Jack. Merci de me recevoir.

— Quand tu veux, ditil.

Jetant un œil aux pâtisseries que Todd tenait, il sourit et ajouta :

— emportons cela dans la salle de conférence. Nous aurons de la place.

Une fois installés à la table, Jack déchira le sac pour l’utiliser comme assiette pendant que Todd cherchait les mots qu’il allait prononcer. Il resserra ses deux mains autour de sa tasse de café, mais il était pratiquement certain que l’acide dévorerait son estomac s’il buvait. C’était une conversation importante. Il voulait la mener correctement.

— Comment va Michelle ? Je ne lui ai pas parlé depuis quelques jours.

Todd fit un signe de la tête pendant que Jack mordait dans son beignet.

— elle va bien. Un peu excitée avec tous les projets pour la pâtisserie, mais bien.

— Je suis content qu’elle ait cette nouvelle entreprise pour la maintenir occupée. Quand elle a été licenciée, j’ai eu peur qu’elle soit sans ressources. Bien que…

Jack prit son café.

— … connaissant ma fille, c’était une angoisse plutôt ridicule.

Todd savait l’amour que Jack portait à sa fille et que les pères s’inquiétaient toujours. Faisant rouler sa propre tasse dans ses mains, il s’éclaircit la gorge.

— vous vous demandez probablement pourquoi je voulais vous voir en personne au lieu de décrocher le téléphone.

Doucement, Jack se cala dans son siège, une main agrippée au bras de son fauteuil, l’autre appuyée sur la table.

— Étant donné que vous avez mentionné que c’était personnel, j’ai une idée. Je pourrais peutêtre aussi le dévoiler au grand jour avant que vous n’éclatiez.

Fixant toujours ses mains sur sa tasse, Todd sourit. S’il avait dû chercher, il n’aurait pu trouver un meilleur homme pour beaupère. et cet homme méritait toute son attention, si bien que Todd prit une profonde inspiration et lui fit face.

— Si vous avez une idée sur la raison de ma présence ici, alors vous avez une idée de ce que je ressens pour votre fille.

— oui, mais continuez, dit Jack, frottant son index et son pouce sur ses moustaches tandis qu’il essayait de dissi-muler un sourire.

Todd avait autant de mal à cacher le sien.

— J’aime Michelle, monsieur. Je pense que je suis tombé amoureux d’elle lors de la première soirée où nous nous sommes rencontrés. et, si ce que je ressentais ce soirlà n’était pas de l’amour, c’était certainement ce qui allait le devenir.

— Continuez.

— À part une semaine en Allemagne, et la semaine où elle était au RoyaumeUni, pas un jour n’est passé sans que nous n’ayons parlé. elle est constamment dans mon esprit.

Mais, plus important encore, elle est dans mon cœur.

Todd s’interrompit, sa poitrine comprimée, son cœur battant comme s’il avait couru un 10 kilomètres. Quelque chose lui faisant reconnaître Michelle comme une partie vitale de sa vie l’obligeait à lutter pour respirer.

et s’il ne l’avait pas trouvée ? et s’il avait considéré son appréciation par courriel de son sourire comme un flirt sans intérêt au lieu de lui répondre ? et s’il n’avait jamais suggéré qu’ils laissent tomber cette affaire de courriels pour pousser les choses à un niveau plus personnel ?

Il ferma les yeux et ravala la boule de stress logée dans sa gorge comme une balle. Une fois débarrassé de cela et pratiquement sûr qu’il pouvoir faire davantage que gémir, il regarda Jack dans les yeux et dit :

— Monsieur, j’aimerais beaucoup avoir votre permis-sion pour épouser votre fille.

Jack fut le premier à détourner le regard, tournant dans son fauteuil et imitant l’attitude de Todd comme il serrait ses mains autour de sa tasse de café. Il plissa les lèvres comme s’il était en réflexion, fronça les sourcils comme s’il réfléchissait davantage et fit un petit signe de la tête comme si les choses auxquelles il pensait n’allaient pas dans le sens de Todd.

Puis il haussa un sourcil, jeta un œil pardessus les montures de ses lunettes et cligna d’un œil.

— Désolé. Je devais juste vous faire transpirer encore pendant une minute.

— Une minute était probablement tout ce que j’allais pouvoir supporter.

Todd avoua, bien que connaissant bien Jack, qu’il aurait dû s’attendre à ce que l’autre homme lui joue un tour.

— J’ai probablement pensé à vous comme mon beaufils depuis le dernier Thanksgiving quand Michelle vous a emmené dîner. De toute sa vie, ma fille n’a jamais été aussi heureuse que depuis qu’elle vous a trouvé. et je suis certain que sa mère a commencé à planifier votre mariage derrière votre dos depuis des mois. Bien sûr, une fois que ma fille découvrira ce que ma femme trafique, cela fera du grabuge, mais c’est bon de savoir que je n’aurai pas à souffrir seul des retombées.

Il tendit la main et tapa dans le dos de Todd.

— Bienvenue dans la famille, Todd. Bienvenue, bienvenue, bienvenue.

 

*

Michelle commençait à se demander si elle allait manger

seule des sushis. Plutôt que de s’être assise au bar où Todd et elle aimaient regarder le chef préparer les commandes, elle avait choisi de l’attendre à une table.

elle n’avait jamais imaginé attendre si longtemps ou qu’il n’appellerait pas à l’heure qu’il était. Ce n’était pas qu’elle le tenait en laisse, mais toujours, toujours, il lui faisait savoir quand il était en retard et pourquoi.

Leurs voyages mis à part, elle ne pensait pas qu’ils aient perdu contact plus de quelques heures à un moment donné depuis leur rencontre.

S’ils ne se parlaient pas, ils s’envoyaient des SMS, même s’ils n’avaient qu’un simple « je t’aime » à se dire.

Ce contact permanent était l’une de ses choses préférées dans leur relation. Il était toujours là pour elle. elle était toujours là pour lui. Le lien qu’ils partageaient était exactement ce qu’elle désirait, même si elle ne le savait pas jusqu’à ce qu’elle l’ait rencontré.

Quels services devaitil rendre ? Qui aidaitil et qu’estce qu’ils faisaient ? Pourquoi cela prenaitil si longtemps ?

Les yeux fermés, elle appuya sa tête contre le dos de sa chaise et respira profondément. elle était ridicule de s’inquiéter comme cela, mais elle ne pouvait s’en empêcher. Il ne relevait pas ses messages. Il ne répondait pas à ses SMS.

Quelque chose n’allait pas, et si elle le perdait maintenant…

D’accord, assez de mélodrame. Ils s’étaient mis d’accord pour se retrouver à 19 h 30. Il n’était pas encore 19 h 45. elle avait son agenda dans son sac et des piles de notes sur la pâtisserie à organiser.

C’était le moment parfait pour se faire une idée sur celles qu’elle devait garder, celles qu’elle devait mettre de côté et celles qui n’en valaient plus la peine et qu’elle devait jeter. Se débarrasser de cette tâche lui donnerait davantage de temps plus tard pour passer à travers.

elle avait ouvert son agenda et était en train de sortir des bouts de papier qu’elle avait placés à l’intérieur quand Todd se glissa sur le siège à côté d’elle. elle sursauta, surprise, l’attendant mais l’esprit ailleurs.

— Todd, tu m’as fait une peur bleue. Ne fais plus ça.

— Je pensais que tu allais former un détachement que tu enverrais à ma recherche.

Il se pencha et lui donna un baiser qui, elle le savait, avait pour but de la distraire.

Cela ne marcha pas.

— où étaistu ? J’étais terriblement inquiète.

Il saisit la paperasse sur la table.

— Si soucieuse que tu étais en train de travailler ?

— J’essayais d’éviter de penser aux milliards de choses qui auraient pu t’arriver.

— Comme si je m’étais endormi à mon bureau et que vikram et Guoming avaient fermé le bureau derrière moi ?

demandatil, lui rappelant que ses collègues étaient des pitres.

— Plutôt que tu te serais endormi au volant de ta voiture et tombé dans le Potomac, ditelle, se demandant quels services avaient déclenché cette bonne humeur.

Il agissait comme s’il était pile à l’heure, comme si elle n’avait pas laissé une douzaine de messages. Comme s’il ne savait pas qu’elle était restée assise à en devenir dingue.

— Alors qu’estce que tu étais en train de faire ?

Manifestement il ne savait rien de tout cela.

— Je regarde juste de nombreuses notes que j’ai prises.

Il prit un des bouts de papier.

— Coût des bacs hermétiques ? Quelle sorte de garantie de fraîcheur ? estce que tu penses proposer l’expédition ?

— J’aimerais, mais je doute que cela soit envisageable la première année. Je préférerais mettre sur pied la pâtisserie, être sûrs que nous pouvons diriger l’affaire localement avant de proposer d’expédier.

Le sourire qu’il lui adressa était lent à venir et rempli d’une modeste satisfaction.

— Nous ?

Elle fit un signe de la tête. Ne savaitil pas qu’elle ne serait pas arrivée aussi loin sans lui ?

— Nous.

— estce que tu as décidé du nom ? demandatil, regardant comme elle empilait ses notes et les classait dans une pochette à fermeture éclair.

Le nom d’une boutique était la dernière chose importante. L’affiche, les sacs et boîtes personnalisés, un logo, toute la publicité, tout était en suspens jusqu’à ce qu’il soit trouvé. Ils en avaient tellement énoncé ; tout ce qu’ils avaient trouvé et qu’ils aimaient avait été utilisé pour une pâtisserie quelque part dans le pays.

Non pas qu’elle comptât être totalement originale, mais quelque chose de trop kitsch et excessivement raffiné serait bizarre.

elle voulait que ce soit simple, clair, simplement pas ennuyeux.

— Frosting. Une pâtisserie de cupcakes.

Ses yeux s’agrandirent.

— Chelle ! J’aime ça ! J’aime vraiment, vraiment ça !

Devant son enthousiasme, l’inquiétude qui avait hanté son esprit toute la journée disparut.

— on l’a tout le temps appelée « pâtisserie de cupcakes » ; je me suis dit : « Pourquoi ne pas l’intégrer dans le nom ? »

— C’est parfait. Sincèrement. et « Frosting », c’est vraiment parlant. Mignon et accueillant, et tout ce que tu voulais.

— Je le pense aussi. Je pense que ça marchera. Je peux voir l’affiche et les lettres.

elle fit un mouvement de la tête, réfléchissant, savourant, contente. Du moins elle fut contente jusqu’à ce qu’elle se rende compte que l’expression du visage de Todd avait changé.

Il était sérieux maintenant, songeur, et avait quelque chose de réellement important à l’esprit.

— Todd ? Qu’estce qui se passe ? Pourquoi ne me le distu pas ?

— Je t’ai tout dit, avouatil, sa voix basse et calme, son ton mesuré, comme s’il ne voulait pas faire d’impair. Je t’aime Michelle. et j’aimerais que tu laisses ton rêve être le mien.

Il l’inspirait. Il lui donnait des forces. Mais il devait connaître les enjeux.

— Tu sais que si ça tombe à l’eau, je croulerai sous les dettes. Même si ça réussit, les dettes vont peser sur ma tête pendant des années.

Un léger mouvement de la tête la rassura à l’effet qu’elle n’avait pas besoin de s’inquiéter.

— Si les dettes pesaient sur la mienne aussi, cela ne te ferait pas autant mal si ça échouait.

— Todd, je ne veux pas te demander de faire ça.

— Tu ne me l’as pas demandé. J’ai fait la proposition.

Il saisit ses deux mains, si petites dans les siennes, si fortes et néanmoins fragiles. Sa force le surprenait, son courage. elle devait le savoir.

— Je veux faire partie de ta vie. Je veux être avec toi pour toujours. Je veux pleurer tes échecs aussi bien que célé-

brer tes victoires. Je veux tout, absolument tout, que tout soit nôtre.

elle dévia son regard sur leurs mains jointes alors qu’il frottait ses pouces sur ses doigts, ses poignets. Mais il ne savait pas qu’elle pleurait jusqu’à ce que la première larme tombe pour mouiller sa peau.

— Qu’estce qu’il y a, chérie ? Dismoi ce qui ne va pas, à quoi tu penses.

elle secoua sa tête, renifla, ses cheveux tombant en vagues, dorées et marron.

— J’ai tout fait seule pendant si longtemps. Pendant des années. Toute ma vie d’adulte. Une partie de moi a peur que, si je ne peux pas agir seule, c’est que je suis une bien belle ratée.

— et l’autre partie ?

— L’autre partie meurt d’envie d’avoir une épaule sur laquelle se reposer.

— J’ai une épaule. J’en ai deux.

— Mais pas juste une épaule. Je veux un cerveau à questionner.

— Tu en as un.

— et des bras pour me serrer.

— Tu en as deux.

— et un dos solide pour me ramasser quand j’affron-terai le stress et la surdose de sucre de tous les essais que je devrai faire.

— Je suis doué pour goûter. Doué aussi pour enfiler nos souliers de course afin de brûler toutes ces calories.

— Alors tu ne crois pas que j’aie besoin de grossir de quelques kilos pour être séduisante ?

— Michelle Snow. Si tu ne sais pas encore comme tu es magnifique.

— À quel point pensestu que je suis magnifique ?

— Non, je ne veux rien dire.

et il attendit qu’elle lève les yeux. Seulement quand elle le fit, quand ses yeux qui étaient si intenses et si bleus rencontrèrent les siens, il continua : — Tu es une femme incroyable, Michelle Snow. Je comprends que cette pâtisserie te rende folle, mais cela ne change rien à ce que tu es. Tu es aimante et généreuse. Tes amis savent cela. Ta famille sait cela. Je le sais probablement davantage que chacun d’entre eux. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un avec un cœur si généreux.

Il prit une respiration et réfléchit. Il n’allait pas lui raconter d’histoires, ni rester les bras croisés pendant qu’elle abandonnait son rêve.

— Tu es tellement intelligente. Tu es déterminée. Tu sais ce que tu veux et tu y tiens. C’est une énorme prouesse.

— vraiment ?

— vraiment. Tu as également bon goût, comme si tu étais le roi Midas, ou quelque chose de la sorte, qui transforme tout ce qu’il touche en or. Les tables que tu dresses, les fêtes que tu organises, sans oublier que tu as fière allure.

et qui a dit que tu avais besoin de prendre quelques kilos pour être séduisante ?

Il voulait vraiment qu’on lui botte le cul à cet idiot.

— Montrelemoi.

elle ébaucha un sourire.

— Alors tu peux t’adonner au Krav Maga sur lui ?

— Ça aussi. Tu es formidable, et te voir si perturbée par cette affaire de pâtisserie me donne envie de frapper quelqu’un. ou de taper dans un mur, ou autre chose.

Làdessus, elle se mit à rire. La légère tension qui se relâcha facilita sa respiration.

— Si tu veux cogner dans un mur, faisle chez toi où tu as déjà les outils pour le réparer. en ce qui concerne l’autre chose… tu pourrais m’embrasser.

Cela, il pouvait le faire. oh oui, il pouvait le faire. Il se pencha, posa le coin de ses lèvres sur les siennes et l’embrassa doucement, avec une tendre expression de tous les sentiments auxquels il ne pouvait céder avec une table dans le passage et en public. Mais, quand sa bouche s’entrouvrit et qu’il la goûta, il se décida, et puis zut.

Il repoussa sa chaise, fit le tour vers l’endroit où elle était assise, s’empara d’elle et glissa sur son siège avec elle sur ses genoux. elle plaça énergiquement ses bras autour de son cou pour éviter de tomber sur le sol, puis elle sourit. Un grand, large sourire gagna ses yeux encore larmoyants, et il ressentit également des picotements.

Bon sang que cette femme lui procurait du désir. elle lui donnait envie de choses qu’il avait crues impossibles à réaliser. elle lui donnait envie d’être meilleur, de se battre, de prendre des risques et d’affronter qui que ce soit. Mais, pardessus tout, elle lui donnait envie de l’avoir à ses côtés, d’être son partenaire, son époux.

Il tint l’arrière de sa tête et amena sa bouche vers la sienne. Autour d’eux, les clients de Raku applaudirent et les acclamèrent. en dessous de lui, Michelle soupira et sourit. Il sourit aussi, mais il ne la lâcha pas. À la place, il inclina sa tête suffisamment et ouvrit sa bouche. elle lui retourna la délicieuse faveur, sa langue trouvant la sienne, son abandon pour le moins pressé et insistant. Égal au sien.

Sa bouche était douce, abandonnée. Ses mains sur son cou serraient avec une volonté possessive. Il pensait à la manière dont elles agissaient sur sa peau, provocantes, ten-tantes, obsédantes, et il savait qu’il ne pourrait jamais avoir ce qu’il voulait, aller où il voulait, au milieu du restaurant avec le monde qui les regardait.

Avec une certaine réticence, il se détacha d’elle, mais juste assez loin pour qu’il puisse voir son reflet dans ses yeux.

— estce que tu laisseras ton rêve devenir le mien ?

elle fit un mouvement de la tête, le signe éperdu d’un fol espoir.

— oh, Todd, oui. Partager la pâtisserie avec toi, c’est comme si la dernière pièce du cassetête trouvait enfin sa place.

Ce n’était pas vraiment la dernière, mais celleci pouvait attendre jusqu’à la semaine prochaine.

 

Vingt-six

 

* Tarte à la citrouil e : base épicée à la citrouil e recouverte de crème au beurre et fromage à la crème à la vanil e Michelle ne pouvait rien trouver de moins palpitant que de courir ce matin les 10 kilomètres de la Turkey Chase. C’était une belle cause, des organismes de charité supportés par le Rotary Club, et elle se sentirait pingre si elle abandonnait.

Mais elle y pensait. elle n’avait plus aucune énergie, Todd couvait un gros rhume, et, d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, c’était la première fois qu’ils étaient tous les deux en retard.

elle se glissa sur l’ottoman devant son confortable fauteuil marron, la chaise qu’elle n’avait pas utilisée pendant des mois, puisque le fait d’être lovée sur le sofa à regarder la télévision, les bras de Todd autour d’elle, était devenu un rituel à la fin de la journée. Passer sa matinée ici, ou même retourner au lit, semblait tellement mieux que de sortir par un temps atroce.

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Alison Kent

— Tu es sûr que tu es en état pour ça ?

— C’est Thanksgiving, chérie. C’est une tradition. Les dindes comptent sur nous.

Il le dit avec le nez déjà bouché. Il n’était pas en état de courir dans l’humidité et le froid pas plus qu’elle ne l’était.

Son héros ! Il avait un tel courage. elle était deux fois moins malade que Todd et, pourtant, elle était celle qui cherchait une raison pour ne pas y aller.

Au moins elle avait terminé hier soir de préparer les cupcakes. Tout ce qui restait à faire avant de les emporter chez ses parents pour le dîner était de les glacer. Le faire semblait bien mieux que de courir, et, comme excuse, il n’y avait qu’un pas.

— Je devrais sans doute rester et glacer les cupcakes.

— Tu auras le temps quand nous rentrerons, lui ditil, vérifiant qu’il avait ses deux gants.

Qu’estce qu’elle avait fait des siens ?

— en supposant que nous trouvions l’énergie pour faire notre course dans les délais habituels.

— Ça ira.

— Sinon nous arriverons à la maison, fiévreux, avec une pneumonie.

— Pas de pneumonie. Pas de fièvre. Promis.

Il prit sa main et la mit debout.

— on prendra la voiture et on se garera près de l’accueil.

Gardons nos forces pour la course.

Bien. Mais elle n’allait pas lui faciliter la tâche pour l’emmener jusqu’à la porte.

— Je dois trouver mes gants.

— Dépêchetoi, chérie. Le temps presse.

Qu’avaitil aujourd’hui ? Il se sentait tellement mal pour agir si joyeusement, même si elle admettait que l’idée du dîner du Thanksgiving de sa mère était suffisante pour mettre n’importe qui de bonne humeur. et si elle se remuait le popotin, la course serait terminée et bouclée, et ils seraient en route pour profiter du festin, de la famille et des amis.

Ce fut la seule pensée qui lui fit passer la porte et entrer dans la voiture. Le chemin était court, et Todd trouva un endroit pour se garer dans les environs près de l’accueil du YMCA de Bethesda. Cependant, la marche fut horrible, le froid s’infiltrant au travers des vêtements de Michelle, lui donnant la chair de poule.

elle tremblait quand ils prirent leurs numéros et leurs chronomètres de chaussures, cette procédure la faisant se sentir mille fois pire. Tout ce qu’elle voulait, c’était de rentrer à la maison.

en raison de leur retard, ils avaient seulement quelques minutes pour s’échauffer avant que les coureurs soient appelés à la ligne de départ. et c’était la cohue. Génial.

Dix kilomètres passés à courir serrés comme des sardines dans les rues étroites de la ville, ce n’était pas sa conception d’un bon moment. C’était seulement l’étrange bonne humeur de Todd qui l’empêchait de retourner vers la voiture pour faire la sieste pendant qu’elle attendrait qu’il finisse la course.

Ne voulant pas gâcher sa journée, elle avança, un pas après l’autre. Todd, juste devant elle, faisait de même. elle pensa à ses cupcakes en courant, son corps bougeant spontanément, mais, même en courant avec l’homme qu’elle 331

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