Amours vraies - 3
* Fraisinette : base de fraise recouverte…
Treize
* Fraisinette : base de fraise recouverte de crème au beurre à la fraise
— Maman ?
— Ici, Shelly.
La réponse vint de la même cuisine d’où provenait l’odeur du beurre chaud et des oignons, ce qui fit gargouiller l’estomac de Michelle. où aurait bien pu être sa mère sinon ?
songeatelle, souriant comme elle se dirigeait dans cette direction.
elle adorait cela de sa mère. Non pas qu’Anne Snow soit prévisible, mais qu’elle aime transformer le plus simple des ingrédients en le plus magistral des plats comme Michelle le faisait… et qu’elle ait mené à bien cet amour de la cuisine dans sa propre entreprise en tant que traiteur spécia lisé dans les desserts.
Aujourd’hui, cependant, elles commençaient avec une tarte choufleur et oignons, un plat riche qui comprenait à la fois du mascarpone et du gruyère, et rendu encore plus riche avec l’ajout de crème fouettée. Pas un plat pour les estomacs fragiles, mais un plat dans lequel Michelle avait assurément hâte d’enfoncer ses dents.
Chaque semaine, sa mère et elle se retrouvaient pour tester des recettes, faire les magasins pour des batteries de cuisine, assister à des démonstrations de fabrication de gâteaux, trouver le meilleur produit que les marchés locaux proposaient. Aujourd’hui, elle était certaine que le temps passé avec sa mère serait la seule chose capable de lui extirper Todd de l’esprit.
elle et Todd venaient juste de se rencontrer. elle n’était pas prête pour se retrouver si éprise d’un homme, s’ennuyer autant de lui. ou, pire, ressentir leur séparation comme une destruction de leur lien, de l’indépendance dont elle avait toujours été fière.
Étaitil censé être si difficile d’équilibrer l’individualité et la vie en couple ? ou avaitelle encore des problèmes avec la confiance ?
elle posa son sac sur un coin du comptoir avant de rejoindre sa mère au grand îlot central. elle pensait de nouveau à eileen et elle, qui partiraient pour la GrandeBretagne dans quelques mois, un voyage qu’elle attendait avec impatience depuis fort longtemps, et elle savait qu’elle affligerait la même torture à Todd. Du moins, elle espérait qu’elle lui manque tout autant.
— estce que tu as apporté le sel à la truffe ?
— oh oui.
Évidemment. elle était là pour cuisiner, pas pour être dans la lune ou se plaindre. elle sortit le sachet de son sac à main.
— J’espère que ce truc se garde parce que j’imagine qu’aucune de nous n’en n’utilisera suffisamment pour justifier le prix. et, s’il te plaît, prometsmoi que c’est meilleur que ce que ça sent. Beurk.
— oui, et oui, c’est cher, mais pas autant que l’huile de truffe que la recette exige. Je pense que le sel sera mieux.
Ann prit le sachet des mains de Michelle et en examina l’étiquette.
— Quoique je déteste vraiment les aliments compliqués.
Sa mère n’était pas la seule.
— Comme la cardamone que j’ai achetée et utilisée seulement une fois ? Dans le poulet au beurre que j’ai cuisiné pour le dîner que j’ai organisé avec eileen ?
— Tu ne l’as pas encore terminé ? demanda sa mère en mettant le sel de côté pour défaire la tête du choufleur.
Michelle regarda les minuscules fleurons empilés, en mit un dans sa bouche et secoua sa tête.
— eh non.
— Hmm.
Sa mère prit un couteau et commença à couper les fleurons en tranches.
— Alors on devra trouver un autre plat pour justifier l’achat.
— Toujours à chercher davantage de choses à cuisiner, n’estce pas ?
Ann sourit.
— Toujours occupée au travail ?
— Trop occupée.
Michelle saisit la recette que sa mère utilisait et parcourut les ingrédients et les indications.
— Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis prête pour des vacances.
— Tu vas toujours à Londres, n’estce pas ?
— en novembre, oui, mais je serai de retour pour Thanksgiving, s’empressatelle d’ajouter quand sa mère fronça les sourcils vers elle audessus des montures de ses lunettes. J’ai dit à eileen, quand nous élaborions le projet, qu’il était hors de question que je manque ta dinde.
— estce qu’elle viendra avec quelqu’un ? et, si c’est le cas, quel est son nom ?
Pour les cartons de table, bien sûr.
— Je lui demanderai et te le ferai savoir à temps.
— et toi ?
Michelle replaça la fiche de la recette sur l’îlot, faisant de son mieux pour ne pas sembler hésiter à répondre. elle n’avait emmené personne pendant des années ; alors la question de sa mère la surprit.
Qu’estce qu’elle suspectait et pourquoi ?
— Quoi, moi ?
— emmènerastu quelqu’un ?
Rester naturelle.
— Pourquoi me demandestu ça ?
Sa mère reposa son couteau, prêtant à Michelle toute son attention.
— La rougeur que tu as aux joues depuis que tu es là ?
Les étoiles dans tes yeux ? Le fait que je te connaisse depuis 31 ans et que je puisse lire en toi comme dans un livre ouvert ?
Étaitce si évident ? Affichaitelle sa passion pour Todd comme le nez au milieu du visage ?
— Je te le ferai savoir aussi.
— Alors tu as rencontré quelqu’un, dit Anne, transfé-
rant le choufleur de la planche à découper vers un plat pour le four et le mettant de côté.
elle l’avait rencontré, était sortie avec lui, avait fait l’amour avec lui, avait eu le coup de foudre en quelques jours. Mais qu’étaitelle prête à partager avec sa mère de tout ceci ?
— Il s’appelle Todd. Je le vois depuis quelques semaines.
Sa mère fronça les sourcils.
— et tu ne l’as pas emmené à la maison ?
— J’y travaille.
Silencieuse, sa mère retira un bol couvert du réfrigérateur contenant l’abaisse, et prit un rouleau à pâtisserie et un moule à tarte dans un des tiroirs de la cuisine. elle commença à préparer la pâte pour le fond avant de parler.
— Je pensais qu’on avait discuté à propos du fait que tu devais oublier ce qui est arrivé à l’université.
en effet. Mais parler était facile. oublier… pas autant.
Michelle débarrassa les restes de choufleur pour donner à sa mère de la place pour travailler.
— C’est un grand pas.
— Alors, tu aurais dû l’emmener aujourd’hui et commencer par faire un petit pas.
— Aujourd’hui aurait été impossible. Il est en Allemagne.
Il est parti hier soir.
et, bien qu’elle ne l’eût jamais cru, Michelle avait dormi les 10 heures d’affilée qui avaient suivi son retour à la maison après l’avoir conduit à l’aéroport.
— Pour affaires ?
— Avec des amis.
— vous avez donc l’amour des voyages en commun.
C’est bien.
— en fait, nous avons une tonne de choses en commun.
Nous aimons tous les deux voyager et les voitures de sport.
et les sushis. et courir. C’est vraiment incroyable. et — Michelle devait bien l’admettre — c’est un peu effrayant.
Plus qu’un peu. Très.
— Pourquoi cela ?
— Parce que les choses vont si vite. Nous avons à peine eu le temps de nous connaître.
— Néanmoins, tu as l’impression que vous vous connaissez depuis toujours ?
— oui, exactement.
Michelle prit le bord du rond de pâte que sa mère avait étalé.
— Mais, ce n’est pas le cas. Comment puisje croire en quelque chose qui, je le sais, n’est pas réel ?
Grimaçant, la mère de Michelle se tourna vers l’évier et se lava les mains, puis les sécha sur un des linges que Michelle savait être son préféré. elle reconnaissait aussi une tactique dilatoire quand elle en voyait une, et, bien que sa mère ne soit pas de celles qui donnaient des leçons, Michelle ne put s’empêcher de se sentir sur la corde raide.
Finalement, se mère s’approcha et prit le visage de Michelle entre ses mains avec une expression aimante et chaleureuse.
— effrayant, c’est légitime. effrayant veut dire que tu es sérieuse et que tu ne veux pas d’un gâchis.
L’émotion comprima la poitrine de Michelle.
— Mais comment puisje dépasser cette peur ? Je ne veux pas toujours m’attendre au pire.
— L’instinct, dit sa mère en lui donnant une petite tape sur la joue. Le bon sens. Tu as fait suffisamment de mau-vaises rencontres pour connaître la différence entre un homme qui cherche une femme et un homme qui te cherche.
Et à quel point cela était-il vrai ? Michelle y réfléchit tandis que sa mère retournait à sa tarte.
— Je déteste l’idée que l’université ait pu gâcher mes relations.
— Tu ne t’interrogerais pas sur ta prudence si c’était le cas.
— Hé, j’ai travaillé longtemps pour construire ces murs.
Je ne suis pas certaine d’être prête à les voir s’effondrer.
— Que peutil arriver de pire s’ils s’écroulent ? demanda sa mère, pliant délicatement la pâte en deux avant de la draper sur le moule.
— Je serai de nouveau blessée ?
— Tu pourrais, mais ne croistu pas que ces 10 années t’ont armée pour faire face aux coups durs de la vie ?
— Je suppose que oui.
Toutefois, elle n’était pas vraiment certaine d’avoir la force d’assumer de tels coups durs.
— Il y a beaucoup d’avantages à se jeter à l’eau, Shelly.
elle savait que sa mère avait raison.
— Cela veutil dire que tu seras mon filet de sécurité ?
— Ne l’aije pas toujours été ?
Un filet avec un tissage parfait, l’élasticité parfaite, exactement ce qu’il fallait pour amortir une chute, puis la faire rebondir pour la remettre en selle. Sa mère lui apportait toujours quelque chose qui la faisait se sentir mieux.
— Peutêtre que ces vacances avec eileen s’avéreront une bonne chose. Cela me laissera du temps et de la distance pour voir ce que je ressens vraiment.
— Tant que ce temps ne te retarde pas pour le dîner de Thanksgiving.
— Quand aije déjà été en retard pour le dîner de Thanksgiving ?
— Astu décidé de ce que tu allais apporter ?
— Je pensais à un dessert.
Un dessert, en fait, avec du potiron et du piment, un gla-
çage avec du fromage à la crème et de la crème au beurre à la vanille, et un infime saupoudrage de cannelle pour la couleur sur le dessus.
— Des cupcakes peutêtre.
À cela, sa mère sourit.
— Cela veutil dire que tu penses davantage à ta pâtisserie ?
Sa pâtisserie. Michelle aimait la foi que sa mère avait en elle malgré les nombreux obstacles qui jouaient contre elle.
— oui j’y pense. et j’en ai même parlé avec Todd.
— Bien. Alors il sait que c’est ce que tu veux ?
vouloir était la partie facile, mais seulement une petite portion de l’ensemble.
— Je ne suis même pas certaine que c’est ce que je veux.
Je veux dire, je sais que ça l’est, mais je ne sais pas si cela va arriver. L’économie va si mal, et quand vaisje trouver le temps pour tout le travail que cela implique alors que je passe 10 heures par jour au bureau ?
Époussetant la farine sur ses poignets et son tablier, sa mère ouvrit le gruyère pour le râper.
— Élabore un plan, puis montrele nous. À ton père et moi. Nous voulons t’aider pour que cela se réalise.
estce qu’elle plaisantait ? Savaitelle combien de fois Michelle avait rêvé d’impliquer sa famille dans tout projet d’entreprise qu’elle abordait ?
— J’aimerais que vous deux en fassiez partie, mais je voudrais que vous ayez votre mot à dire en étant de vrais partenaires.
— C’est ton bébé, Michelle. Ton père et moi en avons parlé l’autre jour après le cours de pâtisserie. Nous savons tous les deux depuis combien de temps tu rêves de posséder ta propre pâtisserie. Nous voulons faire partie de ce rêve, t’aider de toutes les façons possibles, mais nous voulons que toi seule soit la force créative. Donnelui vie avec tes propres idées.
La gorge de Michelle se gonfla, sa poitrine lui fit mal, ses yeux devinrent humides. Qu’avaitelle fait pour mériter une famille si aimante ? Leur soutien, leur générosité ; cela signifiait tout.
— Je ne sais même pas quoi dire.
— Dis oui.
— Bien sûr que je vais dire oui !
elle rit, renifla, tendit les bras vers sa mère et l’étreignit.
— Mais tu ne peux pas être une partenaire trop silen-cieuse. Je veux que tu cuisines avec moi. Ce ne sera pas aussi drôle si je le fais toute seule.
— Pourvu que par cuisiner tu ne veuilles pas dire faire la vaisselle.
Michelle leva une main pour jurer.
— Jusqu’à ce que nous puissions nous permettre d’engager une aide supplémentaire, je promets de faire la vaisselle.
La mère de Michelle scruta le comptoir et l’îlot, fronçant les sourcils.
— Regarde si j’ai laissé la moutarde de Dijon dans le réfrigérateur. Je jurerais l’avoir sortie mais, manifestement, je devrais jurer que je perds la tête.
La moutarde était dans la porte avec le reste des condiments.
Michelle la donna à sa mère et demanda : — Que veuxtu que je fasse ?
— Remuer les oignons, tu veux ?
Pendant que sa mère mettait la tarte dans le four et pré-
parait les fleurons à suivre, Michelle commença à remuer la poêlée d’oignons dorant dans l’huile d’olive et le beurre.
elle se sentait comme si elle marchait sur les nuages.
Non seulement avaitelle le soutien émotionnel de ses parents, mais aussi leur soutien financier. Leur confiance en elle n’avait jamais vacillé, pas une fois dans sa vie, mais c’était plus qu’elle ne s’y attendait. elle ne savait pas ce qu’elle ferait sans eux.
Son rêve paraissait de plus en plus pouvoir se concré-
tiser, bien que beaucoup de travail soit nécessaire.
Inspections, licences, permis. elle était submergée juste à y penser. Une étape à la fois. C’était tout ce qu’elle pouvait faire. elle commencerait avec une liste des listes qu’elle aurait besoin de faire, et partirait de là.
et, bien sûr, elle allait devoir décider comment faire tout ceci sans gâcher ce qu’elle avait avec Todd.
— oignons remués. Quoi d’autre ?
— Les miniartichauts. Il y en a quelquesuns dans le réfrigérateur. Tu peux les préparer pour les mettre avec les pommes de terre rouges fingerling.
— et qui va manger tout ça ?
— Ton père et moi pour le dîner, et toi si tu es encore là.
Sinon, tu devras emporter à la maison ton tiers de la tarte, et des pommes de terre.
Avec tout ce fromage, les œufs et la crème ajoutée aux légumes, Michelle était pratiquement certaine que même une part de tarte serait plus que ce qu’elle ne pourrait manger. Cependant, elle pourrait se régaler des pommes de terre pendant des jours.
Après avoir coupé les artichauts près de la base, elle commença à peler les queues et se débarrassa du bout et des feuilles dures extérieures. Ses pensées dérivèrent vers Todd et ses rêves de pâtisserie, et l’équilibre entre le travail et l’amour.
Si leur relation était de longue date, elle ne réfléchirait pas à deux fois à se lancer dans une nouvelle entreprise, mais étaitce juste de mettre autant de pression sur eux deux aussi tôt ? Ce qu’ils avaient était nouveau, excitant, et elle devait admettre qu’elle voyait un grand potentiel d’amour durable.
Mais le plus gros souci était de commencer une relation en même temps qu’une entreprise. Une pâtisserie lui gruge-rait des heures et des heures, des semaines, et ils passeraient nécessairement moins de temps ensemble.
Même s’il était un fan de son idée de pâtisserie, comment se sentiraitil face à la réalité d’avoir de moins en moins son attention, sa concentration ? et comment se sentiraitelle d’avoir moins à lui donner d’ellemême ?
Prendre une quelconque décision quand il était loin ne serait pas juste pour aucun des deux. oui, elle pouvait sou-peser les options, faire ses listes, en inclure une pour les avantages et les inconvénients. Mais elle se devait à ellemême d’explorer aussi le sujet avec Todd. elle voulait les deux, une entreprise et une famille. elle avait vu sa mère réussir et savait que ce n’était pas un exploit impossible.
Même si Todd ne s’avérait pas l’Élu, elle allait devoir faire face aux mêmes conflits avec quelqu’un d’autre. Peut être que la double pression de s’engager avec un homme et de créer son entreprise allait être trop à gérer. Peutêtre qu’elle avait besoin de solidifier l’un des projets, d’avoir une bonne fondation à la base, avant même de considérer l’autre.
Mais par quoi commencer ?
Comment prenaiton une telle décision ?
— Michelle. Tu es censée te débarrasser des feuilles et du chardon, pas d’enlever les cœurs.
elle regarda le désordre qu’elle avait laissé sur l’îlot.
oups.
— Je pense que je devrais courir au marché.
— oui, dit sa mère, secouant la tête. Je crois que tu devrais.
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