Amours vraies - 3
Non pas qu’il soit paresseux, ou quelque…
Alison Kent
Non pas qu’il soit paresseux, ou quelque chose comme cela, mais il n’avait jamais trouvé une pizza qu’il n’ai mait pas, et cela avait commencé à le ralentir. Le Krav Maga avait beaucoup contribué à sa remise en forme, et progresser vers le deuxième niveau avait été un défi physique intense, un dont il était probablement plus fier qu’il ne l’avait été pour n’importe quoi depuis un moment.
Mais rien de cela n’expliquait pourquoi, le vendredi soir, il se retrouvait assis dans les vestiaires de la salle de gym à la suite de la douche qu’il avait prise après avoir fait travailler tous les muscles en sa possession, à respirer les odeurs de chaussettes sales et des sportifs les plus crasseux au lieu du parfum de la peau d’une femme.
— Salut, Bracken. Tu viens prendre une bière ou un burger, ou quelque chose ?
Todd se frotta le visage avec sa serviette pendant qu’il se décidait. Il avait travaillé tard, même très tard, et il avait l’intention de travailler encore une fois de retour chez lui. Il pourrait sortir pour une bière et un burger ; c’était vendredi soir, après tout, et il avait brûlé assez d’énergie ces deux dernières heures pour pouvoir se permettre de se restaurer.
Mais, pour quelque raison, il voulait juste rentrer chez lui. Il regarda Blake, qui avait jeté son sac de gym sur son épaule et vérifiait s’il n’avait rien laissé dans son vestiaire avant de regarder rapidement la mise en place de ses cheveux. Blake ne l’avait pas facile avec ses cheveux.
Todd secoua la tête.
— Une autre fois, mec ? J’ai… un truc en cours.
Blake fronça un sourcil.
— Par truc, tu veux dire un rendezvous torride dont tu ne veux pas me parler ?
Avec son lecteur DvD, peutêtre. Il était très en retard dans son visionnement des séries Perdus et The Office. et admettre qu’il avait planifié de se réfugier près de sa télé-
commande lui épargnerait sans doute bien des désagré-
ments. Mais Todd était davantage un homme direct qu’une victime. et Blake avait du mal à laisser son côté compétitif dans la salle de sport.
Blake aimait aussi savoir qu’il s’était réchauffé dans le lit de plus de femmes que le reste des hommes du cours. Non pas que Todd ait beaucoup donné en matière de chaleur dernièrement, mais savoir que Blake passerait la fin de semaine à maintenir sa position de tête donnait à Todd une raison de vivre.
Sans oublier que ce n’était pas lui qui avait eu des brû-
lures d’estomac intenses à cause d’un bol de soupe Tom Kha Gai la semaine dernière au déjeuner, et que Todd aimait prendre le dessus.
— Plus piquant que le Thaï épicé le lendemain matin.
Blake ferma les yeux, frissonna, puis claqua la porte de son vestiaire.
— Ne ramène pas ça sur le tapis. Tu pourrais te ramasser avec un bon coup de pied en marteau aux fesses sinon.
Todd n’était pas inquiet. Son camarade pourrait l’aplatir dans la salle de musculation, mais le corps svelte et les réflexes de Todd gagneraient sur le tapis à chaque fois. Pour aller avec l’esprit de Blake, il utilisa la devise du Krav Maga.
— « Alors, que chacun marche en paix humblement. »
Tu ferais peutêtre mieux de te taper plus de discipline, mec.
— ouais. Juste après que je me serai tapé ta sœur.
Todd laissa retomber sa serviette et enfila un teeshirt propre.
— Je vais lui dire que tu es en chemin. Ça lui laissera le temps de s’épiler le dos.
Cette fois Blake lança une demidouzaine de noms d’oiseaux.
— Bracken, tu es complètement malade ! Je pense que je t’aime bien.
— Pas sûr si je devrais être inquiet ou flatté.
Todd fit un clin d’œil.
— Je n’ai jamais eu de petit ami avant.
— Sur ce, je fiche le camp d’ici.
— Je dirai à ma sœur d’attendre ton appel, renchérit Todd, récoltant un doigt d’honneur en guise de réponse.
Il grommela et secoua la tête. Blake s’énervait si facilement ; Todd avait un meilleur résultat lorsqu’il le combattait sur le tapis.
Mais Blake était celui qui avait gagné ce soir tandis que Todd rentrait à la maison. Seul. encore. La maison dans laquelle il avait dépensé trop d’argent, et, maintenant que le marché s’effondrait, il ne récupérerait jamais son investissement même s’il parvenait à vendre.
Il ferma rapidement la porte de son vestiaire et prit son sac de gym, se demandant si travailler au lieu de s’amuser en fin de semaine prouvait qu’il était un garçon ennuyeux.
Pourquoi tout à coup ressentaitil la douleur lancinante de son âge au plus profond de lui ?
Il avait besoin de plus que d’une renaissance. Il avait besoin d’une métamorphose extrême. Lui et sa maison aussi.
Le fait qu’il passe prendre une pizza en route fit peu pour soulager l’impression que, renaissance ou pas, Todd n’avait pas fait tous les changements qu’il voulait. Non pas qu’il y ait quelque chose de mal avec la pizza, mais il laissait les choses s’installer, s’abandonnant à la routine.
Il avait besoin de chambouler à nouveau sa vie, de faire ce qu’il aimait le plus, comme courir, pour faire obstacle aux activités auxquelles il venait juste d’échapper, comme passer toute la fin de semaine à tenter de combler son gouffre financier à la place de passer ses journées de congé à bouger.
Alors il s’installa sur le sofa, la télévision allumée avec CNN en fond sonore, son ordinateur portable sur la table basse, et surfa sur le Web pendant qu’il mangeait. Il chercha des associations sportives axées sur la course : 10 kilomè-
tres, 5 kilomètres, tous les kilomètres iraient. Il pourrait en trouver dans le coin. C’est quand il courait qu’il réfléchissait le mieux, prenait des décisions ou faisait des plans. Courir le vidait, ne laissant pas de place pour les facteurs de stress quotidiens qui sinon le minaient.
Il mit dans ses signets des inscriptions pour trois événe-ments et ajouta les délais et dates à son calendrier pour le synchroniser plus tard vers son téléphone. C’était un début, et attendre avec impatience des défis était mieux que l’ennui qui se profilait à l’horizon.
Il était à une demiseconde d’éteindre son ordinateur portable quand l’annonce d’un courriel sonna. Il lança le compte de son courriel et vit qu’un message entrant était arrivé de Match.com. Intéressant, mais plus vraiment excitant. Il n’avait pas eu beaucoup de chance dans les rencontres en ligne et il s’était lassé.
Mais il n’avait rien de prévu pour la fin de semaine qu’il ne pouvait facilement annuler ; alors pourquoi ne pas terminer son vendredi soir avec une rencontre ? et peutêtre terminer son samedi soir avec un rendezvous ?
Tu as un merveilleux profil et un plus beau sourire encore.
D’accord, bon. Simple. Bien visé. Il aimait cela. Il était habitué aux doubles sens savamment élaborés au lieu d’une communication honnête. Il ne répondait pas à la plupart. Ce n’était pas pour cette raison qu’il était là. Mais, cette foisci… il ne savait pas pourquoi, mais ce message lui parlait, comme si l’expéditeur l’invitait à une conversation, une au cours de laquelle ils pourraient prendre leur temps.
Il cliqua sur son profil. Une femme blanche célibataire, 31 ans, habitant à Bethesda — dans sa zone géographique de recherche — et ayant comme surnom Snowstar. Jusqu’ici tout allait bien. et jolie photo. Très jolie photo. Il attrapa la dernière pointe de pizza et lut.
Je suis originaire d’une petite ville et j’essaie de percer dans la grande ville. J’ai travaillé dur pour en être où j’en suis financièrement, émotionnellement et personnellement, et j’aimerais rencontrer quelqu’un avec le même chemin. J’ai un grand cœur chaleureux et l’esprit ouvert, ainsi qu’une personnalité optimiste, et j’essaie de m’entourer de gens de la même nature. Je suis fière de moi, de mon apparence, de mes qualités et valeurs morales. Je viens d’une magnifique famille où j’ai été élevée au milieu de deux frères remarquables. Je consacre beaucoup d’énergie à toutes mes relations dans la vie, car elles ont toutes besoin d’amour, d’attention, de dévouement, de confiance et de temps.
Je recherche la dernière pièce du casse-tête qui me complètera.
Quelqu’un qui partage mes passions, mes intérêts, mon éthique, mes valeurs morales, mais qui a sa propre personnalité. Nous avons tous nos standards, et les miens ne sont assurément pas excessifs, mais je sais ce que je veux et je n’ai jamais prétendu à moins. La vie est trop courte et, à la fin de la journée, je veux juste être heureuse et aimée par mes amis, ma famille et l’Élu. En échange, je lui en donnerai aussitôt autant, voire davantage. :) Hmm. La dernière ligne du profil le perturba un peu.
La vie est trop courte et, à la fin de la journée, je veux juste être heureuse et aimée par mes amis, ma famille et l’Élu. En échange, je lui en donnerai aussitôt autant, voire davantage. :) L’Élu ? estce qu’elle faisait référence à une puissance supé-
rieure ou à une âme sœur ? Bien qu’assurément pas athée, il n’était pas complètement dévot ; alors il n’était pas certain de vouloir entrer en relation avec une femme qui était, serait spirituelle. Tout de même, il allait un peu vite. Il n’allait pas juger un livre par sa couverture, ou seulement deux mots charmants.
Alors il répondit, ne nourrissant pas l’espoir qu’il soit sur le point de changer sa vie, mais étant suffisamment optimiste pour saisir les opportunités qui s’ouvraient à lui.
*
Le samedi matin s’avéra clair et frais. Michelle évita le café
et apporta une bouteille d’eau sur son balcon, passant quelques minutes à regarder le soleil se lever avant de refermer et d’aller courir. elle aimait ce moment de calme quand la nuit faisait place à la journée, le monde se réveillant à son propre rythme. Toutefois, il fallait bien admettre que sa bonne humeur était modérée ce matin par les trois heures de sommeil qu’elle avait eues à la place des six heures dont elle avait besoin.
À miparcours de la porte d’entrée, elle s’arrêta, serrant ses clés dans sa main tout en s’en voulant de se permettre ce délai. Avaitil répondu ? Avaitil lu le mot qu’elle lui avait envoyé ? voilà, c’était la raison pour laquelle les rendezvous arrangés la rendaient folle. elle avait prévu de courir avant de commencer son samedi ; néanmoins, elle était là à se demander si le mystérieux DieselCat lui avait répondu.
Cela ne prendrait qu’une minute pour le savoir ; elle pouvait vérifier sur son téléphone et évacuer cette pensée.
De plus, le savoir libérerait son esprit pendant qu’elle cour-rait, ce qui, finalement, fut le facteur décisif. Couper court à son activité physique à cause de sa curiosité qui la rongeait n’allait pas arriver. elle refusait de donner autant de pouvoir à Match.com, ou à un homme qu’elle ne connaissait pas. La décision prise, elle verouilla la porte et se dirigea vers l’ascenseur, tapant sur l’icône de son courriel sur son téléphone pendant qu’elle attendait qu’il arrive.
Ton profil est encore mieux et ton sourire bat de loin le mien. Je m’appelle Todd, à propos. Ravi de te rencontrer.
Il avait répondu ! Il aimait son sourire ! Toute guillerette, elle sautilla sur place. Puis, avant qu’elle ne puisse s’en empêcher, elle tapa une réponde rapide.
Salut Todd. Je m’appelle Michelle Snow. Je dois aller courir, mais je serai de retour plus tard dans la matinée. On pourra se parler alors ?
Ceci étant fait, elle mit ses écouteurs et inséra son téléphone dans son brassard comme elle programmait l’ascenseur pour le rezdechaussée. elle fit un signe au portier alors qu’elle se pressait vers la sortie, puis se mit à courir, et un sourire, qui semblait aussi large que le monument de Washington était grand, apparut sur ses lèvres.
Todd. Il s’appelait Todd. et lui, Todd, aimait son sourire.
Après un circuit qui lui fit remonter l’avenue Wisconsin, passer l’hôpital naval américain, puis retourner vers chez elle en empruntant la rue old Georgetown, Michelle était bien essoufflée, mais pleine d’énergie et prête à rentrer. elle aurait probablement ajouté quelques kilomètres durant les jours de la semaine pour l’aider à passer son stress quand elle en ressentait, mais au moins elle avait la fin de semaine pour se désintoxiquer. elle avait pensé à DieselCat, à Todd, pendant qu’elle avait couru, mais savoir qu’il était intéressé ménageait bien plus ses nerfs que de se demander s’il l’était.
Bien sûr, maintenant elle était inquiète de la réponse qu’elle avait envoyée. Penseraitil qu’elle le faisait attendre ?
Qu’elle n’avait déjà pas de temps pour lui ? Que sa réponse à son message original était tombée à plat ? elle ne voulait pas qu’il pense cela !
Devant l’immeuble, elle prit une minute pour reprendre son souffle. elle utilisa la même minute pour consulter ses courriels et, quand elle vit que, oui — oui ! —, il avait répondu, elle courut à l’intérieur, sautillant jusqu’à l’ascenseur, écrasant son téléphone contre sa poitrine. elle se sentait comme une écolière, frissonnant d’excitation, et était prête à exploser au moment où elle ouvrit la serrure de son appartement et s’appuya à la porte pour lire.
Tu es sortie et affreusement tôt, Michelle Snow. Est-ce que tu distribues les journaux ?
oh ! cellelà était drôle. Il était drôle, mignon et accessible en voiture.
Le téléphone en main, elle monta sur un tabouret avec sa bouteille d’eau. elle devait se doucher et se changer avant de retrouver ses parents, mais elle avait quelques minutes d’avance. De plus, son diabolique amour de la compétition signifiait qu’elle ne pouvait résister à le battre à son propre jeu.
Ses doigts hésitèrent, alors que son esprit réfléchissait à une réplique, puis à une autre. Trop timide, elle pourrait le désintéresser. Trop intellectuelle, et elle pourrait l’effrayer.
Trouver un juste milieu n’était pas la chose la plus facile qu’elle ait déjà faite, mais elle devait admettre qu’elle n’avait pas eu autant de plaisir depuis des années.
Cela ne mène à rien, songeatelle, espérant que son sens de l’humour se déclare et qu’elle ne paraisse pas stupide.
J’ai été une droguée du travail la majeure partie de ma vie, mais non, il n’y a pas de distribution de journaux sur mon c.V. Je me suis déjà occupée de laver les serviettes dans une blanchisserie une fois et je me levais aussi tôt. J’espère que cela ne te déçoit pas ?
elle apporta le téléphone avec elle dans la salle de bain, retira ses vêtements et ouvrit l’eau de la douche. Juste après avoir jeté son haut dans le panier, sa boîte de réception vibra, et, nue, elle laissa l’eau couler pendant qu’elle lisait.
Est-ce que tu plaisantes ? J’ai toujours voulu une fille qui s’occupe de mes serviettes. Et je ne dirais pas non si elle proposait de faire le reste de mon linge, aussi.
elle rit. Fort. et elle était encore frissonnante comme une adolescente quand elle sauta dans la baignoire. Couverte de mousse de savon et de shampooing, elle se frictionna dans un mouvement de vaetvient, lançant les bulles ça et là et chantant Surfer Girl des Beach Boys à tuetête. elle chantait fort, et cela ne la dérangeait même pas.
elle avait l’impression que ce mec surfeur du fin fond de l’ohio pourrait être celui qui réaliserait ses rêves.
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