Au nom de tous les miens v2

Martin Gray · Chapitre 16 sur 22

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Au nom de tous les miens v2

13 Je la connaissais depuis toujours

13

 

Je la connaissais depuis toujours

 

Elle était sur son lit, déjà habillée, les mains croisées sur sa poitrine. Mon oncle était assis près d’elle. Elle était sur son lit mais ses lèvres ne bougeaient plus, elles étaient serrées, minces, comme aspirées vers l’intérieur, comme si elles avaient voulu donner un dernier souffle, jusqu’au bout. Elle était maigre, si maigre, vêtue de ses vêtements de fête, ceux qu’elle portait sur le dock, le premier jour, au bout du couloir entre la foule et j’avais marché vers elle depuis la place Muranowski, depuis ce moment où mon père m’avait parlé d’elle, la nuit, dans le ghetto la veille de notre combat. Ceux qu’elle portait quand, toute droite, elle était assise près de moi, quand nous roulions vers Atlantic City dans ma Plymouth bleue. C’étaient des vêtements de deuil, c’étaient des vêtements de fête, une mince étoffe à bas prix que je sentais sous mes doigts, une pauvre étoffe qui enveloppait sa richesse, sa vie. Oh ! Mama, mama, toujours le deuil. J’avais touché tant de morts, vu tant de corps. Oh ! Mama, mama, toi aussi. Je suis allé pleurer dans la cuisine. J’ai crié. Avec elle, tout était mort, j’étais mort aussi, oh ! Mama. J’ai touché les objets, les plats, la table, je suis retourné dans sa chambre. Elle était sur son lit, et je ne pourrais plus rien lui donner, jamais. Je l’avais quittée, j’avais vendu, acheté, sauté d’avion en taxi, j’étais riche, j’avais vécu pour moi, comme un sauvage, je l’avais laissée. J’aurais dû rester près d’elle, vivre avec elle, pour elle : la voir, la prendre contre moi, si maigre, si frêle, une enfant.

Je ne pouvais pas : je suis parti à la dérive dans les rues, les snacks, le métro. Je l’ai laissée. Adieu, mama, adieu. J’ai marché des heures dans la poussière et le bruit. Au milieu de la nuit, peut-être la deuxième nuit, je suis arrivé chez Margaret. Je n’ai rien expliqué, me remettant à pleurer, par grandes vagues.

— Mendle, Mendle.

C’est tout ce qu’elle pouvait dire mais sa voix me faisait du bien. Parfois je m’entendais pleurer, j’écoutais mon propre désespoir, je sortais de moi et je voyais ce Miétek qui frappait sur ses genoux, qui reniflait, qui se noyait. Alors, j’ai repris un peu le contrôle de moi.

— Je ne fais plus rien ici, Margaret. Je ne peux plus.

Elle ne comprenait pas.

— Pourquoi la vie ?

— Tu es fatigué, a-t-elle dit. Tu oses dire ça ? Penser ça ? Toi, Mendle.

Oh ! Mama, toute sa vie, son sourire, ces mains qui pétrissaient la pâte, ces questions qu’elle me posait avant de sortir avec moi lorsque je l’emmenais à Lakewood, à Fallsburg :

— Ce chapeau, crois-tu qu’il va, Martin ?

— Petite jeune fille, mama, une vraie jeune fille.

Tout cela, une éternité de souffrance, de joie, d’amour, de savoir, tout cela dilapidé d’un seul coup, dispersé dans la terre. Je ne m’habituerai jamais à la mort. Et la mort de mama rouvrait toutes les fosses, elle était à nouveau la mort de tous les miens, ils m’entraînaient.

— Tu n’as pas le droit, Mendle, et tu le sais bien, répétait Margaret.

Elle était ma douce amie, ma camarade. Nous sommes partis pour quelques jours à Fallsburg, puis elle m’a laissé seul, là-bas, dans l’hôtel entouré de forêts. J’ai ramé sur le lac, j’ai marché, marché à en crever de fatigue. C’était le moment du grand examen : je m’étais battu pour survivre, pour témoigner, pour venger les miens, les continuer, bâtir une forteresse, avoir des enfants. J’étais allé tout droit, de but en but, j’avais sauté par des fenêtres, dans des caves, je m’étais accroché sous un camion, je m’étais enfoncé dans la merde, j’avais tué, chassé les bêtes à visage d’homme, choisi le risque, changé cent fois de vie. Et puis j’étais seul. J’avais toujours dit adieu ; adieu les miens, adieu camarade aux cheveux, roux, adieu mama. J’étais las : toujours debout Miétek, mais comme un arbre rongé, l’écorce est belle et l’arbre est vide. J’étais malade de trop de solitude et de trop de malheur. Pourquoi enchaîner une femme à ma vie, pourquoi donner la vie, une vie que tout menaçait ? Pourquoi construire une forteresse, pour qui ? Pour qui ?

J’ai marché sous la pluie et la neige. Fallsburg était désert, balayé par un vent froid du nord. Certains jours le soleil brillait paraissant geler le ciel au lieu de le chauffer. Pour qui, ma forteresse ? Je n’avais pas le droit d’en finir avec la vie mais je n’avais pas le droit, avec ce gouffre en moi, de donner la vie. Je ne pouvais que durer, aller au jour le jour, comme ces fourmis qui recommencent sans fin leur chemin. Père, j’irai jusqu’au bout mais maintenant le jeu m’échappe. Ce que je devais faire je l’ai fait : j’ai survécu, je me suis battu, je vous ai vengés. J’ai retrouvé mama, je l’ai aidée à vivre, mal mais comme j’ai pu, j’ai entassé les pierres pour ma forteresse, j’étais prêt. Mais le malheur est en moi, le vide est autour de moi. Une forteresse pour qui, pourquoi ?

Je suis devenu une mécanique, une horloge exacte qui donnait ce qu’on attendait d’elle : des rendez-vous aux décorateurs, des coups de téléphone à Clark, des télégrammes pour Moshendorf ou Hof. J’agissais, efficace, je ne ratais ni les avions ni les ventes. Jamais mes affaires n’ont mieux marché : je n’étais que cela, un importateur, un fabricant, un rouage du monde des affaires que rien ne paraissait perturber, ponctuel, actif, inventif. J’aurais pu tourner ainsi jusqu’au bout de ma vie : j’encaissais, j’investissais, j’achetais, j’encaissais. Cela a duré des semaines, des mois. Puis j’ai commencé à ressentir des douleurs dans le dos, une fatigue diffuse qui naissait à la base du cou et rayonnait vers les épaules. L’œil que j’avais blessé depuis ce temps de Varsovie me faisait souffrir. Les cauchemars ont rongé mes nuits. Le matin je me levais avec difficulté. J’ai continué, j’encaissais, j’investissais, j’achetais. Puis un autre grain de sable est venu dans la machine, irritant. Le F.B.I. ne me laissait pas en paix : à chaque voyage j’étais fouillé, je perdais heures. Mes caisses étaient ouvertes, je retrouvais des plateaux de porcelaine brisés. Ils s’excusaient, on me dédommageait, mais ils revenaient, persuadés – par qui ? – que je transportais de la drogue ou que je volais le fisc. Je me suis habitué à ce grain de sable : à la douane, à Idlewild Airport, je devançais le policier qui feuilletait les pages du grand livre à couverture noire :

— Je suis dans le livre, je suis prêt.

Mais il y a eu d’autres grains, inattendus, douloureux, comme des avertissements. J’avais pris l’avion à Montréal pour Londres. Les passagers dormaient, je sommeillais regardant la nuit. Brusquement, j’ai senti que l’avion amorçait une courbe et j’ai aperçu des flammes jaune et bleu qui s’échappaient de l’un des moteurs. L’hôtesse est venue vers moi, tirant le rideau devant le hublot, mettant son doigt sur la bouche, montrant les autres passagers. Je me suis tu, gardant les poings serrés de ne pouvoir rien faire, d’être contraint de m’en remettre à d’autres. Enfin, nous nous sommes posés sans difficulté à Montréal. Et je suis reparti quelques heures plus tard, oubliant de télégraphier à Tolek qui m’attendait à Berlin. J’allais certainement avoir du retard, peut-être un jour ou deux. Je lui ai téléphoné dès mon arrivée à Tempelhof. J’étais heureux d’entendre sa voix, je lui racontais l’accident.

— Je ne peux pas te voir avant ce soir, a-t-il dit. Mais ce soir je tiens à te voir.

Il a raccroché sans explication. Toute la journée j’ai été repris par le mécanisme des affaires et quand je suis rentré chez lui j’avais oublié cette colère qu’il avait eu du mal à dissimuler. Il était assis, une fille qu’il connaissait depuis quelque temps auprès de lui.

— Miétek, il faut qu’on discute sérieusement.

Nous avions été des frères, nous avions couru ensemble dans les rues de Berlin, nous nous étions embrassés alors que les soldats brandissaient le drapeau de la victoire. Il savait tout de moi, j’étais lui. Et brusquement il balayait cela, d’un revers de main.

— Tu ne penses qu’à toi, Miétek, tu es un dictateur, tu donnes des ordres… Je ne peux plus travailler avec toi, réglons tout ça.

— Si tu veux, Tolek.

Nous nous sommes assis l’un en face de l’autre. La fille présente, indiscrète, bruissante » nous empêchait de dire ces mots qui réconcilient, de faire ces gestes où l’on retrouve une épaule, un frère.

J’étais englué dans la fatigue, la tristesse, la surprise. Je m’accusais : j’avais plongé dans le travail, ne prenant pas le temps d’interroger Tolek et nous nous étions éloignés l’un de l’autre sans autre raison que la fatigue et le poids du monde.

— Mettons de l’ordre dans les affaires, a-t-il dit.

Jamais nous n’avions compté, nous étions frères. Maintenant il le fallait. Peut-être un jour, plus tard, si venait la paix, nous retrouverions-nous. Adieu Tolek. Tu restes en moi comme une part vivante de moi. Adieu Tolek.

J’allais, j’allais tout droit et j’irai jusqu’au bout. Tout a continué : les médecins diagnostiquaient chez moi une grande fatigue.

— Vous payez vos efforts maintenant, disait l’un d’eux.

Je pouvais à peine lever le bras, souvenir de Pawiak, quand ils m’avaient pendu par les poignets, les mains dans le dos. Je payais. N’étais-je pas encore quitte ? Un jeudi, Margaret m’a téléphoné. Elle riait.

— Je suis tout heureuse, Mendle, je vais t’offrir un joli cadeau. « Ton ami » Wolker me fait faire un travail très intéressant.

Il copiait mes modèles, ceux qui venaient de Moshendorf, de Hof et de Berlin, et il avait trouvé au Japon, pour lui, des fabricants dont les prix étaient de soixante pour cent inférieurs aux miens. Margaret riait :

— Tu copies les Allemands, et les Japonais te copient ! Justice, Mendle, justice.

J’avais de la chance en affaires : j’ai liquidé presque tout mon stock en quelques jours avant que n’arrivent les porcelaines japonaises. Mais j’étais seul : je réussissais, mais sans Tolek, sans Wolker. La terre sous mes pieds était friable. Je réussissais et les miens mouraient. J’avançais et mes frères m’abandonnaient. Je m’enfonçais comme dans ces marécages que je craignais tant dans les forêts de Pologne. Seulement je restais une bonne mécanique. Je réagissais vite. J’ai télégraphié en Allemagne, stoppé les fabrications. Là-bas, à Moshendorf, dans son grand bureau donnant sur la campagne, le directeur de la manufacture devait maudire cet Américain qui lui avait promis d’immenses marchés.

C’était un samedi. Il faisait un temps sans joie, gris et froid. Depuis que mama était morte je vivais au-dessus du magasin, dans la Troisième Avenue. Je campais dans un appartement encombré de caisses, de meubles vides, de désordre. Je craignais les week-ends, la solitude. J’étais allongé sur le lit défait et brusquement je me suis souvenu des modèles que j’avais laissés, là-bas à Moshendorf, de très belles pièces qui valaient une petite fortune et qu’il me fallait récupérer. Je ne pouvais pas partir avant le mardi. Je devais écrire d’urgence à Moshendorf, préciser ce point, avertir de mon arrivée. J’écrivais mal l’allemand. Les secrétariats, ce samedi, étaient fermés. Margaret peut-être pouvait connaître quelqu’un. J’ai téléphoné, elle ne répondait pas. J’ai insisté, recommencé le numéro. Dans ma solitude, la possibilité d’écrire cette lettre ce samedi devenait l’enjeu de toute ma vie. Tout perdre ou tout gagner. J’ai téléphoné encore. Finalement, je suis sorti, fonçant vers Brooklyn, carillonnant à la porte de Margaret, laissé un mot. Elle m’a téléphoné en fin de journée.

— Ce sont bien des idées à toi, Mendie. Tu as le temps.

Je n’avais pas le temps : cette lettre c’était ma vie. Elle s’est mise à rire.

— J’ai une blessée avec moi, je ne peux pas la quitter. Elle parle un peu allemand.

— J’arrive.

J’ai refait la route. Il s’était mis à neiger, des flocons gris, rares, qui tournoyaient longtemps avant de tomber. Devant chez Margaret, j’ai glissé sur le trottoir, me relevant couvert de boue. J’ai sonné, et j’ai rencontré Dina. Elle était devant moi, la vie, elle souriait, puis elle a cligné de l’œil :

— Vous êtes dans un drôle d’état, a-t-elle dit.

Elle souriait et nous ne bougions pas. J’ai senti monter le rire en moi, comme une houle, prenant mon ventre et ma nuque. La vie. J’étais en face de la vie. Je me suis mis à rire, j’étais à ce moment où la douleur cesse, brusquement, quand le fer se desserre autour des tempes. Je riais. Margaret est arrivée, souriante, douce, inexistante.

— Tu es fou, Mendle, a-t-elle dit.

— Il est gai, je suis comique.

Dina a fait une grimace et s’est mise à rire avec moi. Puis elle a sautillé jusqu’à un fauteuil, soulevant sa cheville entourée de plâtre.

— Je ne vous ai pas présentés, a dit Margaret.

— Nous sommes déjà de vieux amis, a dit Dina.

Je la connaissais depuis toujours même si je ne savais rien d’elle : âge, religion, nom, des mots morts, des signes plats. Elle était là, assise, grave tout à coup, soulevant ses cheveux au-dessus de sa nuque : pour moi, elle était la vie, la force, la joie, la confiance. Depuis que je l’avais vue, j’étais à nouveau un arbre plein de sève. Je me suis mis à parler, des éclats de rire brisaient mes phrases. Le temps a passé.

— Et ta lettre, a dit Margaret.

— Dina va venir avec moi, je lui montrerai.

Elle s’est levée.

— Je peux marcher.

Elle s’est accrochée à mon épaule. Il neigeait encore, j’aimais son poids, sa peau, elle était des miens, depuis toujours.

— Nous ne sommes pas pressés, ai-je dit.

Le temps avait cessé de compter. Les rues de New York étaient vides, les pneus soulevaient des gerbes de boue. Je parlais sans retenue, je pouvais tout lui dire, ma voix s’appuyait sur elle. De temps à autre, elle m’interrompait ; elle me posait une question précise, deux ou trois mots qui ouvraient en moi une nouvelle écluse. Nous avons stationné dans la Troisième Avenue, devant chez moi, et je parlais toujours, la neige recouvrant peu à peu le pare-brise, nous enfermant. J’avais dit le ghetto, j’avais dit la forêt, j’avais dit les fosses et puis père, Zofia, Rivka, tous les miens, j’avais dit mon rêve, cette forteresse. Pour qui ? Alors elle a parlé, à son tour, ce divorce, son mari, un ancien des camps de concentration, sa famille dispersée en Hollande, en Australie, en Afrique, elle était protestante.

— Il est très tard, a-t-elle dit.

Elle devait rentrer. Je suis sorti enlever la neige. Nous avons encore parlé puis lentement j’ai roulé dans les rues. Elle habitait dans Manhattan. Je l’ai raccompagnée jusqu’à sa porte. Nous sommes restés appuyés l’un près de l’autre. Elle devait partir pour la Hollande, moi pour l’Allemagne. J’ai griffonné mon adresse sur un morceau de papier.

— Et votre lettre ?

— De la porcelaine, qu’est-ce que c’est ?

Nous avons ri ensemble. Puis nous sommes restés silencieux. Les voitures défilaient lentement, nous éclairant à intervalles réguliers. J’écoutais sa respiration, il me semblait entendre son cœur, voir sa poitrine se soulever.

— Chez moi, si vous voulez allez voir pendant mon absence ?

Tout perdre ou tout gagner.

Je lui ai tendu mon adresse et mes clés. Elle a hésité, puis elle les a glissées dans son sac, déchirant le morceau de papier.

— L’adresse, c’est inutile. J’ai une bonne mémoire.

Nous ne savions pas comment et pourquoi nous quitter.

— Avec un homme comme vous, j’aimerais bien avoir des enfants, a-t-elle dit tout à coup.

Elle m’a cligné de l’œil et elle est entrée dans son immeuble en sautillant.

Elle était la vie.

Ces jours ont été les plus longs : j’avais la fièvre. Les heures n’en finissaient pas. Je ne savais plus écrire, je ne voulais pas téléphoner. J’ai été à Paris, à Berlin, à Moshendorf, à Hof. J’ai récupéré mes modèles, discuté avec le directeur, liquidé des contrats, passé des commandes. J’étais double, l’un arpentant les rues de Moshendorf, marchandant des lustres à Paris, et l’autre, là-bas, avec elle dans la Troisième Avenue et à Manhattan. Tout perdre ou tout gagner. Peut-être étais-je quitte, peut-être ces derniers mois avaient-ils été la dernière épreuve, comme à Zambrow quand j’avais renoncé à franchir la palissade, glissant contre le bois, et que tout à coup j’avais senti les planches sous la main qui permettaient de me hisser. Le dernier obstacle avant la forêt.

J’ai envoyé de Paris, la veille de mon départ, un télégramme 364 à son prénom, seul, à mon adresse : je ne connaissais pas son nom. À Idlewild Airport, j’ai subi la fouille habituelle, je plaisantais, puis j’ai pris un taxi.

Il faisait nuit. Le magasin était fermé. Devant la porte, sur le trottoir, j’ai pris mon trousseau de clés, j’ai détaché les clés de mon appartement et je les ai envoyées très loin, dans la rue déserte. Tout perdre ou tout gagner. Le palier était silencieux. Pas un son de musique, pas un rai de lumière.

J’ai frappé.

Elle était devant moi, la vie. Elle souriait, puis elle a cligné de l’œil. Derrière elle, j’apercevais des meubles nouveaux.

— Je me suis installée, a-t-elle dit. Tu m’avais donné les clés. Je n’aime pas Uptown.

Je suis entré, il y avait une odeur douce, j’avais une maison. J’avais cessé d’être seul.

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